POSITION DE THÉMISONIUM. — CORRECTION D'UN PAS&AGR ' DE TITE-UVE
Le récit de la campagne de Manlios contre les Gallo- Grecs, conservé en entier dans Tite-Live (lib. xxxvui, 12- 15) , et en partie dans les fragments de Polybe (lib. xxii ) , est d'un grand intérêt pour la géographie de l'Asie Mineure. Il y est fait mention de villes et de rivières, dont on trouve peu ou point de traces dans les ouvrages des géographes anciens , et de plus les distances sont généralement indiquées avec assez de précision. Malheusement les noms ont été souvent défigurés dans les manuscrits, et il n'y a que les inscriptions et les médailles qui puissent remédier à cette plaie de la géographie ancienne. Nous allons passer rapidement en revue les passages de l'historien . que les monuments et les recherches des voyageurs ont éclaircis, et nous ajouterons notre contribution à celles de nos prédécesseurs.
Le consul romain , parti d'Épbèse , traversa le Méandre près de Magnésie et remonta la rive gauche de ce fleuve jusqu'à Antioche. On voit encore les ruines de cette ville à Jénidjé, près dé l'endroit où la petite rivière de Kara-sou se jette dans le Méandre. Pline rapporte (V, xxix, sect. 29)
qu Antiocbe était bâtie au confluent du Méandre et de
rOrsinus, mais le véritable nom de cette rivière est
H&tSLiucs j6ornfmu&, ainsi que le prouvent les médailles d*Aphrodisias
(Mion., Carie, n** 126). En effet, Apbrosidias, dont les
belles ruines se voient au village de Gheira^ était bâtie
précisément près de la source de la rivière de ITara-^oii,
et une portion de ce cours d*eau traversait son territoire
M I N ( yoy- la carte de Kiepert ) ; ainsi le IjfoPCYjloC des mé-
' dailles d'Apbrodisias est évidemment FOrsinus du texte
de Pline.
En partant d' Antiocbe, Manlius quitta la vallée du Méandre et se dirigea brusquement vers le midi ; la première étape fut un endroit appelé à tort Gordiuticbos dans les éditions de Tite-Live. Les manuscrits portent Cardurtkicos^ Cordniticos , etc., et ce nom est constamment suivi par les mots « quos vocant , » ce qui prouve que le nom n'est pas celui d'une ville , mais bien un ethnique. Gronovius a proposé la correction n Gordiuticbos quod vocant, » que les éditeurs ont acceptée trop légèrement; car Topoiovreixoç est une ville du nord de la Phrygie ( Voy. Steph. Byz , m voce), probablement la même que Gordium. La leçon des manuscrits indique plutôt une ville dont le nom serait Gordium , ou quelque chose de semblable , et on remarquera que ce nom se rapproche de celui de la rivière voisine , Corsymus.
L'armée romaine arriva ensuite à Tabœ , dont remplacement est marqué par la ville turque de Davos , et après trois jours de marche , elle campa sur les bords d'une rivière appelés (haus , dans les éditions de Tite-Live , mais dont le véritable nom est Cazanès, comme nous leprouverons plus loin. Le jour suivant l'armée romaine emporta d'assaut la ville d'Ériza, dont les ruines de Dérékoi ( Voy. carte
de Kiepert) paraissent marquer la positioo. Manlius romonta alors la vallée de Flndus, rivière qui coulait à peu de distance de la grande ville de Cibyra. La position de Cibyra, l'un des points les plus importants pour la géogn-phie de TÂsie Mineure, a été déterminée par MM. Spratt et Forbes, qui découvrirent, près du village de Khorzoumy des ruines très-considérables et des inscriptions nombreuses contenant le nom de la ville de Cibyra ( Foy. Spratt et Forbes, Travels in Lycia).
L'itinéraire présumé de l'année romaine , depuis Cibyra jusqu'à Termessus , a été examiné avec soin par les mêmes voyageurs ; mais le lac marécageux de Caralia , Curalilis pafuê^ est le seul point quMls aient pu reconnaître avec certitude. Les ruines de Termessus, découvertes également par eux, sont situées à une journée de marche au nord- * ouest d'Adalia, près d'un endroit nommé Edvir-Khan. Les points intermédiaires entre Termessus et Sagalassus ne sont encore connus que fort imparfaitement; toutefois le lac de Kestel^ dont une partie est marécageuse, doit correspondre aux marais placés par Tite-Live dans les environs de Lysinia , ville dont le nom, écrit Lysinoê dans les éditions, a été établi par une médaille de la collection Fontana, avec la légende AYCINI € ON (BuUML Instit. archtoi. , 1831, p. 15).
Les positions de Sagalassus et d' Apamée sont bien con^ nues; mais entre cette dernière ville et Synnada il y a un assez grand intervalle qui n'a pas encore été exploré. La ville turque d! Afioum-Kara-hissar occupe remplacement de l'ancienne Synnada , et à partir de là les positions des villes traversées par l'armée romaine, jusqu'à la frontière de Galatie , sont encore à découvrir. Nous remarquerons seulement que le nom de Beudos Vêtus, donné par quelques
manuscrits à la première station iqprës Synoada, est pleinement confirmé par nae médaille que nous avons pobliée avec la légende BGïAHNQN. nAAAIÛN {Rev. Num., 185S).
Nous avons dit plus haut que l'armée romaine, avant d'arriver à Ériza, traversa une rivière appelée Chaùs dans le texte de Tite-Iive. Les manuscrits portent, outre la leçon ad Ckaum amnemon ad Cdkumammem^ les variantes suivantes : ad Causamenem , ad Casuannem , ad Canuune^ nem^ad Casum amnem (Liv.xxxviii, lA, éd. Drakenborck). Nous croyons que la véritable leçon est Casanem amnem; c'est ce qui résulte d'une médaiUe dont voici la description : ATR. CaZiOi, tète radiée d'Apollon, à droite ; rever$:QG lUCnN € ûN. KAZANHG. , fleuve couché, tenant un roseau , et appuyé sur une urne ; £. 6 (de ma collection).
Une médaille semblable , mais dont les légendes étaient incomplètes des deux côtés, a été publiée par Borrril {Num. Chron., 18&S) ; celle que donnons ici est d'une conservation parfaite. La légende qui entoure la tète d'Apollon d(Ht se lire Awa^x^ Icii^adv, ce qui équivaut à HXcoç confia; on sait que les Thénûsoniens adoraient une triade composé^) d'Hercnle , d'Hermès de d'Apollon, divinités à l'intervention desquelles ils attribuaient leur salut, lorsque leur territoire fut ravagé par les Galates (Paus., X, S2, A) : et c'est évidemment à ce culte que £ût aUusion la légende de notre médaille. Le revers de cette pièce intéressante nous apprend qu'une rivière nommée Cazanés coulait dans le territoire de Thémisonium , et noos allons voir que cette rivière doit être le Karadjouk-Tchai de Kiepert et le Chaus des éditions de Tite-Live.
La position exacte de Thémisonium n'a pas encore été
déterminée; on a cm qne les ruines de Tiff nu ^ entre Ériza et Olbasa , en marquaient l'emplacement ( Voy. Carte de Kiepert et Corpus Inic.^ n* AS66, te), mais cette position, quoique peu éloignée de la vérité, ne nous paraît pas répondre aux indications assez nombreuses que Ton trouve à ce sujet dans les géographes andens. Dans le Synerdemus d'Hiéroclès, Thémisonium est une ville de la prérecture de Phrygie Pacatiane , province qui ne s'étend pas assez loin vers le midi pour comprendre Tifènu dans ses limites. Thémisonium est nommée dans la liste d'Hiéroclès après Colosses et Cérétapa ; dans Strabon ( xii , p. 576 ) , cette ville est également indiquée comme peu éloignée de Colosses et de Laodicée. Pausanias (x , 82 , & ) en précise encore mieux la position en l'appelant Os/xiauviov ro uTrèp Aaodixeca;; enfin, dans la table de Peutinger, Thémisonium est la première ville sur la route de Laodicée à Perge.
De toutes ces indications, il résulte que Thémisonium était peu éloignée de Laodicée, et située dans la région montagneuse qui s'étend au sud-est de Déniêlù En examinant la carte, on verra que le Karadjouk-Tchai prend sa source dans ces montagnes et, coulant du nord au midi, va se jeter dans Tlndus ou rivière de Cibyra. Kiepert a déjà identifié le Karadjouk-Tchai avec le Chaus ou Casanes de Tite-Live ; notre médaille prouve que Thémisonium était située près de cette rivière et dans les environs de la petite ville turque de Kadjahissar. Cette portion de la Pnrygie est encore à peu près inconnue, et c'est là que les voyageurs devront chercher les ruines , non-seulement de Thémisonium , mais aussi de Sanaûs et de quelques autres villes.
Il nous reste à signaler une erreur numismatique qui a contribué à confirmer la fausse leçon Chaus. Mionnet a
— ni —
publié, d'après Pellerin (Mioo., Carie ^ d*" 2A8), une médaille d'Ériza, avec les légendes KAOC et € PI ; et PeUerin a rapproché le mot KAOC du Cbaus de Tite-Live. Il nous suffira de dire que cette médaille, conservée au cabinet de la Bibliothèque , est une monnûe de la colonie de Corintbe, très-fruste, et mal lue par Pellerin ( Voy. supràr p« 21, et Rev. Num., 1856, p. S73).