Même tête, tournée à gauche
r). Partie antérieure d'un pégase. — Statère d'or. (Musée Hunter. Voy. pi. VII, n* 8. ) Ces trois médailles, surtout la première et la troisième,
sont cTun travail admirable qui soutient la comparaison avec les plus belles œuvres des artistes de la Sicile et de la Grande Grèce; les tètes surtout sont traitées avec une largeur et une facilité qui dénote la main d'un artiste de premier ordre. La première pièce est connue depuis longtemps et a été souvent publiée; les deux autres sont nouvelles; et la seconde d'entre elles prouve d'une manière irrécusable que la légende est complète et qu'il s'agit ici du roi de Perse, du roi par excellence.
11 est lusé de déterminer l'époque où ces monnaies ont été fabriquées; c'est celle où on commençait à abandonner l'usage du carré creux sur les monnaies, c'est-à-dire le commencement du n* siècle. L'une d'elles a un carré creux assez prononcé, la première n'en a que de faibles traces, la troisième n'en a plus du tout; et cependant le portrait sur les trois est absolument le même, et elles représentent le même personnage. De plus, ces pièces n'ont pu être frappées que dans la pai*tie occidentale de l'Asie Mineure, et probablement dans une des villes grecques du littoral; car le statère d'or sort certainement de l'atelier de Lampsaque, et les deux pièces d'argent sont d'un poids qui n'a été usité que dans la portion hellénique ou hellénisée de la Péninsule. Dans ce système, les tétradrachmes bien conservés pèsent 15<%26, et il a été en usage général depuis la fin du v* siècle jusqu'à la conquête d'Alexandre, dans la plupart des villes grecques depuis Cyzique jusqu'à Hhodes, entre autres à Chios, à Saraos, à Ery tbrœ, à Éphèse, à Cnide, à Cos, et c'est le seul employé par les rois de Carie. Mais il ne s'étend pas plus loin que Rhodes, et les monnaies lyciennes et ciliciennes appartiennent à des systèmes complètement différents. Ces considérations restreignent dans des limites assez étroites l'époque et la localité qui ont vu paraître ces médailles. Elles ne peuvent
avoir été frappées au plus tôt avaot la révolte des Grecs asiatiques contre Athènes en 412 : car jusqu'alors les villes grecques étaient tributaires d'Athènes et, à très-peu d'exceptions près, étaient entièrement affranchies de l'autorité du Grand Roi. Ce n'est que pendant les dernières années de la guerre du Péloponnèse que cette autorité commença un peu à se rétablir, grâce aux discordes de Sparte et d'Athènes •e: à l'influence que le jeune Gyrus sut acquérir panni les Grecs; plus tard, pendant la suprématie lacédémonieone, lorsqu'Agésilas pénétrait avec son armée en Phrygie et en Bithynie, la domination persane n'existait plus dans les provinces helléniques ; mais la victoire de Cnide (395) la releva, et elle fut définitivement rétablie et reconnue par tous les Grecs de l'Europe, à la paix d'Antalcidas (387).
C'est à ce moment que je place la fabrication de nos médailles. La seconde paraît un peu plus ancienne que les deux autres, et peut avoir été frappée un peu plus tôt; mais il n'en a pas été nécessairement ainsi; car l'usage du carré creux a duré jusqu*aux premières années du IV* siècle, et Tanbée précise où on l'a abandonné a dû varier un peu suivant les ateliers et les usages locaux ; de plus, la fabrique de cette pièce est moins soignée que celle des autres, ce qui indique un atelier de second ordre. A en juger par le portrait qui est le môme sur les trois pièces, elles doivent avoir été frappées à des époques peu éloignées, bien que dans des ateliers différents.
Nous avons donc ici un portrait authentique et admirablement exécuté d'Artaxerce Mnémon, qui régna quarantesix ans sur la Perse, depuis A06 jusqu'à 359. A la paix d'Antalcidas il était âgé d'environ quarante ans, et ceci s'accorde avec la tète des médailles, qui donne bien l'idée d'un homme de cet âge.
Un savant, enlevé trop tôt à la science, et dont la mort
a été un deuil pour tous les amis de l'antiquité classique, a attribué la première des trois médailles à Cynis le Jeune, frère cadet d'Artaxerce Mnémon, et qîiî périt dans sa révolte contre lui. (M. Ch. Lenormant, dans les Annales de T Institut archéologique^ t. XIX, p. 380 et suiv.) Mais ce qui était une opinion très-plausible, lorsqu'on ne connaissait que cette seule pièce, n'est guère admissible en face des documents nouveaux que nous avons publiés. 11 y a d'abord une difficulté historique, qui n'avait pas échappé au savant auteur de cette attribution ; c'est que Cyrus en partant pour son expédition tenait son projet profondément secret ; il ne fut généralement connu qu'après que l'armée eût pénétré en Syrie, et peu de temps après eut lieu la bataille de Gunaxa où Cyrus perdit la vie. Il ne s'écoula donc qu'un intervalle de temps très-court , deux ou trois mois au plus, pendant lesquels on put à la fois connaître en lonie les projets du prince et croire à leur réussite ; et bien que Cyrus fut certainement très-popiilaire parmi les Grecs du littoral, il n'eût été guère en harmonie avec leurs traditions d'autonomie de battre monnaie en son nom sans y être contraints. Cependant à la rigueur, et comme fait isolé, cela aurait peut-être pu avoir lieu; mais nous connaissons maintenant trois médailles frappées dans des vifles différentes, et probablement à quelques années d'intervalle, et l'hypothèse de Cyrus le jeune devient par là même inadmissible. D'ailleurs, comme me l'a fait observer mon savant ami, M. de Witte, les traits du visage gravé sur ces pièces ne peuvent convenir à un prince mort à vingt-deux ou vingt-trois ans, et j'ajouterai que Lampsaque dépendant de la satrapie de Phamabaze, et se trouvant en dehors de l'influence de Cyrus, ne pouvait avoir aucun motif pour frapper une médaille à son effigie.
11 est difficile de déterminer dans quelle ville lesdeux pièces
OXFORO
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d'argent ont été frappées : la première sort probablement de l'atelier de Colophon , ville dont les Perses avaient occupé l'acropole dès 430 ( Thucyd., III, 3A) ; la lyre est le type habituel des monnaies de Colophon , et je ne vois aucune autre ville située dans le rayon que j'ai déterminé plus haut, qui puisse revendiquer cette médaille à meilleur titre; car Mitylène n'était pas soumise au roi de Perse, et les villes considérables du littoral avaient toutes des emblèmes particuliers, auxquels elles restèrent fidèles pendant des siècles. Quant à la seconde médaille, on ne peut rien en dire, sinon qu'elle a été frappée dans une ville maritime; son travail est inférieur à celui des autres pièces, et je crois qu'on ne se trompera pas de beaucoup en lui donnant pour patrie quelque ville de la Carie, peut-être lasus, l'une des principales forteresses de la côte.
Avant de terminer ce long article, nous allons tirer quelques conclusions générales qui nous semblent résulter de l'étude que nous venons de faire.
1'' L'émission de monnaies des satrapes et des dynastes héréditaires, ainsi que celle des monnaies du roi de Perse à légende grecque, semble commencer à la paix d'Antalcidas, époque où, d'un côté, les Hellènes de l'Asie forent définitivement abandonnés par leurs frères d'Europe, et de l'autre, l'empire persan fut déchiré par une suite continuelle de révoltes. On remarque à la même époque, un affaiblissement de l'influence hellénique dans les provinces araméennes de l'Asie Mineure, notamment en Cilicie; à Tarse, les monnaies grecques et bilingues font place à de nombreuses monnaies purement araméennes qui continuent jusque sous les Séleucides.
T La langue dans laquelle est conçue la légende d'une
— iOl — médaille est toujours œlle de la province ou de la ville où elle a été frappée, et où elle est destinée à circuler.
Cette règle, si banale en apparence, a été cependant souvent méconnue. L'on sait maintenant que les monnaies du roi de Perse sont grecques en lonie ; celles de Pharnabaze, grecques à Cyzique, araméennes à Tarse; celles de Datame, grecques à Sinope, araméennes en Cilicie; celles des satrapes de la Lycie et de la Cappadoce^ lyciennes et araméennes.
3* Le droit monétaire n'était pas dans l'empire persan, ni même dans l'antiquité généralement, Tapanage ezcliisif du pouvoir politique suprême, comme il l'est de nos jours ; c'était un droit inhérent à chaque communauté, petite ou grande, qu elle fût cité, principauté héréditaire ou satra< pie. En fait, ce droit a été exercé pendant tout le cours de la domination persane, concurremment et simultanément avec la monnaie royale, par des villes, par des despotes locaux, par des satrapes héréditaires ou revêtus de fonctions extraordinaires.
Nous avons développé dans cette Revws (1856, p. iO, 60) les preuves de cette assertion, qui ne peut plus être révoquée en doute, en présence du nombre toujours croissant de médailles qui en démontrent l'exactitude.
h"* La langue en usage parmi les populations sémitiques de l'Asie Mineure, notamment celles de la Cilicie et de la Cappadoce, était la langue araméenne, c'est-à-dire une langue très-voisine du phénicien et de l'hébreu, mais qui s'en sépare par certaines particularités grammaticale», et dont l'alphabet présente des différences notables avec celui qui était usité à la même époque en Phénicie.
C'est surtout dans le but d'établir ce point important que j'avais entrepris les recherches dont je viens de soumettre le résultat au lecteur; et j'espère avoir réussi à jeter un
peu de lumière sur la question , en rectifiant des attributions erronées et en appuyant de preuves nouvelles œlles qui m* ont paru être justes. En rendant à Ariarathe et à la Cappadoce des médailles qu'on avait cru frappées en Palestine, en restituant au syrien Abd-Hadad la médaille qui avait été revendiquée pour Abdémon de Cypre, on obtient pour toutes ces contrées qui s'étendent depuis TEupbrate jusqu'à l'Halys un alphabet homogène, pareil à celui des papyrus araméens recueillis en Egypte ; et de plus, la terminaison des noms propres en i et la présence de la particule n sur une médaille de Tarse, prouvent que la langue employée était la langue araméenne ; ce n'est donc pas sans raison que les habitants de la Cappadoce étaient appelés Leuco-Syri par les Grecs.
En comparant les médailles araméennes à celles de la Phénicie proprement dite, on s'apercevra facilement qu'elles forment deux classes bien distinctes ; elles diffèrent par les types, l'alphabet et le travail. L'alphabet usité sur les médailles phéniciennes est à peu près identique avec celui de T inscription d'Eschraunazar, et paraît avoir peu varié jusqu'à T époque où les légendes phéniciennes disparaissent des médailles ; mais comparé à l'alphabet de Tarse, il présente des différences que nous avons signalées dans le cours de cet article. Plus tard, on pourra avec plus d'exactitude préciser l'étendue de ces différences à mesure que les monuments se multiplieront , et j'ose espérer que les observations que je viens de faire en rendront le classement plus sûr et plus facile.
SUR LA POSITION D'HYRGALLEA EN PHRYGIL.
œRRECTlON D*UN PASSAGE DE PLINE.
L'abbé Belley, daos uo mémoire * sur deux monnaies d'Hyrgallea, a fait remarquer que les auteurs anciens n'ont pas parlé de cette ville , et que la fabrique et le type de ses médailles ont seuls pu la faire placer en Phrygie. Le savant académicien croyait cependant retrouver Hyrgallea dans le mot AupaxXeta» nom d'une ville phrygienne citée par Hiéroclès, et mentionnée dans les actes des conciles et les notices ecclésiastiques , avec les variantes ÀSpoxXojv, AvpoxXan/. Le but de cette note est de montrer que la ville d'Hyrgallea est mentionnée par un géographe ancien; de plus, au moyen d'une inscription, nous pourrons déterminer sa position exacte, qui est effectivement en Phrygie, dans la vallée du Méandre.
Sut les médailles on trouve la légende TPrAAAE(2N , quelquefois TPrAAEQN ; mais les plus anciennes portent la première de ces deux formes , et c'est celle-là que l'on doit adopter.
Dans Pline * on lit, à propos du cours du Méandre, le
* Mém. Acad, ifucripltofu, t. XXXV.
* Pline , Biat, nul,^ lib. V, 29, sect. 31.
passage suivant : «Atnnis Meander Apanienam pri-
inum pervagatur l'egionem , mox Eumeneticam , ac dein Bargyltticoi campos» postremo Cariam placidus, etc. » Toutes les éditions , y compris la denûëre et la plus correcte, celle de Sillig, donnent la leçon HargyUiicos; cependant de nombreux manuscrits, et des meilleurs, ont les variantes Yrgaleiicos , Byrgaleticos , H\rcaUtico%^ HirgaseticM \
L'attentiion des éditeurs de Pline ne s est pas aiTëtée à ces variantes, parce que le nom d'Hyrgallea, paraissant seulement sur quelques rares médailles, leur était inconnu , tandis que celui de Bargylia leur était familier ; en effet, cette ville du littoral de la Carie est souvent mentionnée dans l'antiquité. Mais ils auraient dû se rappeler que Bargylia est uue ville maritime , située fort loin du cours du Méandre , et qu'il serait singulier qu'elle eût donné son nom à des plaines de la Phrygie ou de la Lydie. Il faut donc replacer dans le texte la véritable leçon Hyrgaleticos^ et le passage de Pline, loin d'offrir de l'obscurité, nous fournira le moyen de fixer exactement la position d'Hyrgallea.
Après avoir baigné les ruines d'Apamée à Dineir^ le Méandre traverse une suite de plaines, qui répondent aux Campi Eumenelid et Hyrgatelid de Pline ; la portion qui s'étend au sud- ouest d'Eumenia porte maintenant le nom de Baklan Ova. C'est au village de Démîrdjt-iToi , situé dans cette plaine et près de la rive gauche du Méandre, que le voyageur anglais Hamilton a copié une inscription mutilée , de l'époque romaine impériale , qui nous paraît déterminer la position d'Hyrgallea. Voici le commencement
^ Sillig, Jpparaf . Crtl. ad locum.
de ce document, qui est inséré au Corpus Imcr. Grxc.^ sous le n* 3002 u :
HBO...
.xVlOAHMO.
....AEfiNT.N....
Le savant éditeur du Corpus a proposé , quoique avec hésitation , la restauration suivante : r' jSouiyj xat ô d)7f/.o: Tpvllécùv ; et il rappelle à ce sujet qu'il y avait en Lydie une seconde ville de Tralles , citée dans Hiéroclès et les notices, et différente de la célèbre Tralles de Carie. Toutefois , il ne s'est pas dissimulé que l'ethnique de Tralles de Carie est, à cette époque, constamment Tpa/Xtovo;; on ne pourrait citer même qu'un exemple de l'ethnique TpaXXev; , et il est fourni par une inscription ' contemporaine du satrape Idriée , et par conséquent antérieure de quatre ou cinq siècles au monument qui nous occupe. Quant à la seconde ville de Tralles , son ethnique éuit également TpaXXcavo; , et l'on en trouvera la preuve dans une inscription d'Isaos en Carie *, où on lit la désignation complète, Tpakliavo^ Tpaïkétùv rûv h Uûva toO Toupov. n ne peut donc être question ici de Tralles ; et le passage de Pline prouve qu'il faut lire TPFAAAEfiN ou TPFAAEÛN, et que la ville d'Hyrgallea était située à Démirâji'-Koi ou dans les environs.
La conjecture de l'abbé Belley au sujet d'AvpoxXeca est dénuée de fondement ; en effet cette ville , ou plutôt ce
1 Corpuê, n* 2919,
s Le Bmb» Koy. archéoL, III, &• 287.
dèmc , est placé par Hiéroclës dans la Piirygie Salutaire, province qui comprend la portion de Tancienne Phrygie à l'est et au nord d'Eumenia, et dont la limite est assez éloignée du Démirdji'Koty et même de Méandre.