Même droit
^ [R]NIAm[N]. Tête de Vénus à droite; dans le champ, une petite proue de vaisseau; traces d*un cercle creux. — (Soufre communiqué par M. Lampros d'Athènes. PI. H, n*4.)
h. Même droit, sans légende.
B^ PO. Fleur du balaustium; traces d'un cercle creux. — Poids, 11»',86. (Collection de Luynes. PI. II, n^ 8.) Il y a dans le musée Hunter un exemplaire très -fruste de cette médsdlle.
Ces monnaies présentent d'un eêté un type uniforme, de l'autre les types bien connus de quatre villes situées sur la côte de l'Asie Mineure et dans les lies adjacentes ; leur poids, qui n*est en usage dans aucune des quatre villes, et qui se rattache à un système particulier; le mot 2TN, inscrit auprès d'une représentation de la force héroïque, comme A l'on avait voulu dire « l'union fait la force ; » tout indique que nous avons sous les yeux les monuments d'une confédération politique. Ces monnaies sont d'ailleurs les seuls témoins d'une alliance que l'histoire a passée sous silence, et nous allons examiner quelles sont les circonstances qui ont pu donner lieu à un rapprochement entre des villes qui généralement étaient loin de suivre les mêmes errements politiques»
Il est facile de rédmre à d'assez étroites limites l'intervalle pendant lequel a pu avoir lieu l'émission de ces monnaies; elles ne peuvent être ni antérieures à Tannée AOd, époque de la fondation de Rhodes, ni postérieures à la paix d'Antalcidas (387 A. C), qui replaça définitivement toutes les villes du continent asiatique sous la domination du roi de Perse, et qui leur interdisût tout rôle politique. Un coup d'oeil rapide jeté sur les événements de ces vingt années nous suffira pour déterminer exactement la date de
Talliance que ces pièces viennent révéler pour la première fois.
La bataille d'iEgospotami, qui mit fin à la longue domination des Athéniens sur les côtes d'Asie et sur les lies de la mer Egée , avait été livrée vers le mois de septembre A05. A cette nouvelle, toutes les villes qui tenaient encore pour Athènes se révoltèrent et chassèrent leurs garnisons, à la seule exception de Samos. Les Samiens , craignant par-dessus tout le retour des oligarques exilés, refusèrent de rendre leur ville aux officiers envoyés par Lysandre, et ils allèrent même jusqu'à faire périr un certain nombre des principaux citoyens soupçonnés de comploter le renversement de la démocratie. Lysandre, après avoir installé partout des harmostes lacédémoniens, fit voile pour Athènes, dont il forma immédiatement le siège; mais après la reddition de cette capitale, qui eut lieu au printemps de Tannée suivante {hOà) « il revint immédiatement à Samos pour éteindre le dernier foyer de résistance en Asie. Bloqués par les forces du général lacédémonien,les Samiens capitulèrent au moment où Ton allait donner l'assaut; ils purent se retirer avec la vie sauve, et n'emportant chacun qu'un seul vêtement. Lysandre restaura les oligarques exilés , et leur livra la ville avec tout ce qu'elle contenait ; il y établit une décarchie ou conseil de dix, comme dans les autres villes, et y laissa en outre le Lacédémonien Thorax comme harmoste. A partir de ce moment, il ne reste pas de ville hellénique sur la côte d'Asie et dans les lies qui ne fût soumise à l'autorité de Sparte ; Éphèse et les villes rbodiennes s'étaient détachées d'Athènes plusieurs années auparavant.
La suprématie de Sparte dura environ dix ans ; mais l'insolence et les exactions des harmostes, la tyrannie des
clécarchies, et surtout les réactions sanglantes amenés par le retour des oligarques, ne tardèrent pas à dégoûter les Grecs de leurs nouveaux maîtres, et à faire regretter la domination athénienne , moins dure pour les villes tributaires, et reposant presque partout sur des institutions démocratiques; ce furent Thëbes, en Grèce, et Rhodes, en Asie, qui donnèrent le signal de la révolte. Vers le commencement de l'année 395, le satrape Phamabaze, alors en guerre avec Agésilas et les Lacédémoniens, obtint pour l'amiral athénien Gonon le commandement d'une flotte persane, qui alla croiser sur les côtes de la Carie, entre Rhodes et Cnide; profitant de sa présence dans leur voiai* nage, les Rhodiens se soulevèrent, chassèrent l'amiral lacédémonien Pharax qui était dans leur port avec une flotte, et appelèrent Gonon « qui fit de Rhodes la base de ses opérations (Diod., XIV, 79). Pendant plus d'une année, les choses en restèrent là$ Gonon, paralysé par les intrigues et les jalousies des officiers persans, ne pouvait rien entreprendre. Finalement, à la suite d'un voyage qu'il fit lui-même à la cour de Perse, il obtint du roi Artaxerce des subsides considérables et l'énergique coopération du sar trape Phamabaze. A la tète d'une flotte nombreuse, les deux commandants vinrent jeter l'ancre à Rhodes vers le mois de juillet S9A, et peu de jours après ils attaquaient en vue de Gnide la flotte lacédémonienne, commandée par Pisandre ; ils remportèrent une victoire complète , la flotte ennemie fut prise ou dispersée, et Pisandre fut tué pendant l'action. A quelques jours de distance avait lieu , en Béotie, la bataille de Goronée, où les Lacédémoniens remportaient sur les Thébains et leurs alliés une victoire stérile et chèrement achetée. Les conséquences de ces deux batailles furent immenses. Pharnabaze et Gonon parcou-
raient les lies de la mer Egée et les côtes de l'Asie , et proclamaient l'autonomie de chaque ville; partout les harmostes lacédémoniens s'enfuyaient , sans même essayer de résister, tellement ils se sentaient impopulaires et incapables de tenir tète à la haine violente que leur tyrannie avait suscitée contre eux. Cos, Nisyros, Ghios, Samos et Mytilène, parmi les lies, Éphèse , Erythrae et Téos , sur la c6te, sont mentionnées par les historiens^ les unes comme ayant dédaré leur neutralité « les autres comme ayant embrassé le parti d'Athènes; toutes les villes asiatiques suivirent cet exemple, à l'exception d'Abydos, qui, persistant dans sa vieille haine contre Athènes , devint bientôt le refuge des Lacédémoniens et le c^tre de leurs opérarations sous les ordres de Dercyllidas. (Xen., Heden.^ 1V,8. — Diod.,XIV, 8A, 97.)
"" Phamabaze brûlait de se venger de Sparte et de lui rendre chez elle les affronts qu'il en avait reçus. Au printemps de l'année suivante (398), il quitta FHellespont avec une flotte considérable, et alla débarquer sur les côtes de la Laconie, qu'il ravagea pendant quelque temps; puis il s'empara de l'Ile de Cythère, en chassa les Lacédémoniens, et vint avec toute ^a flotte à Tisthme de Gorinthe , où était rassemblée Farmée des États alliés contre Sparte. Il leur distribua des subsides, et les encouragea à persévérer; il permit à Conon d'employer les équipages de la flotte à relever les fortifications du Pîrée et les murs qui rattachaient ce port à Athènes, sachant bien qtfil ne pouvait porter aux Lacédémoniens de coup plus sensible; ayant ainsi goûté les plaisirs de la vengeance, il retourna en Asie. ( Diod.,. XIV, 84, 85.— Xen., HelL, IV, 8.)
Conon employa le reste de l'année 393 à la tâche qu'il avait entreprise; promenant sa flotte à travers la mer Egée
II s'avança alors vers le Méandre, occapa Priëne et quelques autres villes» et de là étendit ses ravages dans Tintérieur; mais il ne tarda pas à être attiré par Struthas dans une embuscade. Attaqué à l'improviste par la cavalerie persane, Tbîbron fut tué dès le premier choc; son camp fut envahi et son armée détruite ou dispersée : un petit nombre de soldats échappa à la poursuite de Tennemi et se réfugia dans les villes voisines. ( Xen. , HelL , IV, 8. — Diod.,XlV, 99.)
Diphridas, envoyé de Sparte pour remplacer Thibron, rassembla les restes de l'armée battue, et réussit à protéger les villes grecques qui avaient accueilli les Lacédémoniens; il obtint même quelques succès contre les Perses, mais il n'accomplit rien d'important. Le vaisseau qui l'avait amené à Éphèse faisait partie d'une petite escadre de huit navires, sous les ordres d'Ecdicus, destinée à secourir le parti lacédémonien dans l'île de Rhodes; en passant à Samos, Ecdicus persuada aux Samiens de s'allier avec Lacédémone, puis il alla relâcher à Gnide, où il parait avoir été accueilli favorablement ; mais il n'osa rien entreprendre contre Rhodes. En effet, le parti démocratique était encore maître de l'Ile, bien que les oligarques, partisans de Lacédémone, se fussent relevés un peu depuis leur défaite en 395. Vers la fin de Tannée (390), Tamiral Téleutias vint remplacer Ecdicus ; ayant augmenté son escadre de quelques vaisseaux samiens, il fit voile pour Rhodes. A son arrivée , la guerre civile éclata ; mais Téleutias et les oligarques furent vaincus , et ils durent se borner à occuper un poste fortifié, sous la protection de la flotte lacédémonienne, tandis que leurs adversaires restaient maîtres de la capitale, ainsi que des anciennes villes , importantes par leur position , et encore habitées bien qu'elles eussent cessé de
former des communautés indépendantes. (Xen., Btll.^ IV, 8. — Diod.,XlV, 07.)
Pendant que ces événements se passaient à Rhodes, les Athéniens, inquiets de la réapparition d'une flotte lacédémonienne sur les côtes d*Asie, avaient décidé l'envoi d'une flotte de quarante vaisseaux au secours des Rhodiens, et en avaient confié le commandement à Thrasybule, le héros de Phylé. Celui-ci, après avoir rétabli la suprématie athénienne dans la Propontide et à Lesbos, parut enfin dans les eaux de Rhodes ; mais avant de commencer les opérations contre Téleutias, il voulut lever des contributions qui lui permissent d'assurer pendant quelque temps la solde de ses équipages. Après avoir commis à Halicarnasse et ailleurs des exactions qui excitèrent plus tard une vive réprobation à Athènes, il s'avança jusqu'à Aspendus, en Pamphylie, et jeta l'ancre dans l'Eurymédon auprès de la ville. Déjà il avait reçu des Aspendiens leur contribution, lorsque quelques soldats se mirent à piller dans la cam* pagne ^ furieux de cet outrage, que le payement de la contribution devait leur épargner, les Aspendiens attaquèrent pendant la nuit le camp athénien ; Thra.sybule fut tué dans sa tente, et les triérarques, saisis de frayeur, rembarquèrent leurs hommes en toute hâte, et amenèrent l'escadre à Rhodes. Mais les oligarques étaient maintenant maîtres de la ville, soit qu ils l'eussent prise de vive force, soit que la nouvelle de la mort de Thrasybule, devançant l'arrivée de l'escadre athénienne, eût jeté la consternation parmi les démocrates, et ces derniers étaient, à leur tour, réduits à se défendre dans un poste retranché ; les Athéniens se joignirent à eux, et les aidèrent dans leurs opérations contre la ville ; quelque temps après, Agyrrius arriva d'Athènes pour remplacer Thrasybule. (Xen., Betl.^
IV, 8. — Diod.» XIV, 94,99.— Lysias contr. Ergoclem.)
De soD côté, Téleulias avait dû quitter Rhodes pour aller lever des contributions parmi les tles; vers la fin de 389, il fut remplacé par Hiérax, qui se rendit à Rhodes avec son escadre ; il y était encore lorsque les éphores nommèrent Antalcidas pour lui succéder. Ce dernier vint prendre le commandement à Éphèse , et , après avoir envoyé ses vaisseaux à Abydos , il se mit en route pour la Perse , où son ami Tiribaze se trouvait encore; il était chargé par son gouvernement d'en finir avec Ârtaxerce, et de conclcflre avec lui une alliance à tout prix. (Xen., JETfl/., V, 1.)
Nous n'avons pas à raconter les derniers incidents de la lutte entre Sparte et Athènes; ils se passèrent principalement sur les côtes de la Propontide, et l'on ne sait pas comment se termina la guerre civile qui ensanglantait l'Ile de Rhodes. Il nous suffira d'ajouter que vers la fin de S87, la paix, imposée par Artaxerce et les Lacédémoniens au milieu de la lassitude générale, fut acceptée solennellement par tous les États de la Grèce. D'après la teneur de cet acte, connu sous le nom de paix d' Antalcidas, tout le continent asiatique, avec l'Ile de Cypre et l'Ilot de Clazomènes. était définitivement abandonné au roi de Perse : toutes les autres villes helléniques, grandes et petites, conservaient leur autonomie.
Il résulte clairement de l'exposé que nous venons de faire que les villes od furent frappées les monnaies décrites plus haut ne jouirent toutes et simultanément de leur autonomie politique que pendant les premières années qui suivirent la bataille de Cnide. En effet, la victoire de Conon n'eut pas pour résultat le rétablissement de la suprématie athénienne; sans doute les villes délivrées de la tyrannie des harmostes étaient favorables à la cause
athénienne, mais Athènes était encore trop faible pour reprendre son ancien rang à la tète d'une grande confédération maritime, et elle ne le tenta que pins tard, quelques années après la paix d'Antalcidas. Ce que Pharnabase et Gonon assuraient aux villes helléniques, c'était la liberté, et effectivement plusieurs d'entre elles ne se rangèrent d'abord ni d'un côté ni de l'autre , et se déclarèrent neutres. C'est évidemment à cette époque, et dans le but de se garantir mutuellement leur liberté naissante, que Rhodes, Samos, Épbèse et Cnide, et probablement d'autre villes, formèrent l'alliance dont les monnaies frappées à un type uniforme sont les seul» monuments. Inaugurée dès la fin de l'année S9i, et due peut-être à l'initiative des Rhodiens, l'alliance ne subsista pas longtemps. Dès le printemps de 390, les Lacédémoniens étaient maîtres d'Éphèse ; dans le courant de la même année, Samos et Cnide embrassaient de nouveau leur parti, tandis que Rhodes restait fidèle à l'alliance athénienne ; mais dès le commence^ ment de l'année suivante la guerre civile éclata dans l'île , et dura jusqu'à la pdx d'Antalcidas. Il n'y eut donc qu'une période de trois ans et demi environ pendant lesquels les quatre villes jouirent de leur autonomie complète, tout en suivant une politique démocratique et favorable à la cause athénienne ; c'est pendant cet intervalle, qui s'étend de la fin de 39A au milieu de l'année 390, qu'eut lieu l'émission des monnaies de la confédération.
Les données numismatiques sont conformes à cette conclusion; en effet, ces monnaies appartiennent par le style à la meilleure époque de l'art, et les traces de creux qu'on remarque sur le revers de quelques-unes d'entre elles montrent qu'elles ont été frappées an commencement du IV* siècle avant l'ère chrétienne , époque où l'usage du
carré creux yenait de cesser dans cette partie du moude ancien. (Voy. Rev, num., 1866, p. 61.)
Le type choisi par les villes alliées. Hercule jeune étranglant les deux serpents, répond parfaitement au but qu'elles devaient avoir en vue en fondant leur confédération, c'estàrdire d'assurer leur indépendance en restant unies entre elles et neutres vis-à-vis des deux puissances qui les avûent tour à tour asservies, Athènes et Lacédémone. Ce type était, vers la même époque, celui que les Thébains employaient pour leurs monnaies {voy. pL III, 2, 3), et cette circonstance influa peut-être sur le choix qu'en firent les Rhodiens et leurs alliés; car ce fut Thèbes qui donna le signal de la résistance à Sparte , et dès Tannée 306 le Rhodien "fîmocrate avait été envoyé en Grèce par le satrape Tithrauste, avec des fonds considérables, destinés à gagner l'adhésion des principaux chefs de Thèbes, d'Argos et de Goriotbe -, en même temps que les affaires du satrape, nmocrate faisait sans doute aussi celles de sa patrie. (Xen., Bell, III, 5.— Plut.,^rlaa^c., 20.)
Les ateliers monétaires de Lampsaque et de Cyzique, trèsactifs à cette époque, et habitués à s'approprier les types les plus en vogue chez les peuples voisins, s'empressèrent de frapper des monnaies au type de la confédération ; le fait est certain pour Lampsaque , dont il existe des statères au type d'Hercule et des serpents, frappés certamement à cette époque ; quant à Cyzique, c'est moins sûr, car le type n*est pas parfaitement semblable (voy. pL II, 5, 6). Enfin le même type se retrouve encore sur les médailles de Crotone dans la Grande Grèce, et sur une pièce inédite de Zacynthe, dont je dois la communication à l'obligeance de H. Lampros; cette dernière pièce parait postérieure aux monnaies des quatre villes alliées. ( Foy. pi. III, n"* 1.)