PRÉTENDANT AU TRÔNE DE BYZANGP
ÎPP [0T]. Buste de face et nimbé de la Vierge, les mains élevées ; le tout dans un grènetis.
î$ [K€BOH0ei] NIKH$0PU) AecnOTHTO) MGAI- CHNO), en cinq lignes ; le tout dans un grènetis.
Cette médaille a été frappée à une époque où l'empire de Byzance approchait rapidement de sa fin ; déchiré par les rivalités des différents prétendants au trône, il devenait la proie de plus en plus facile des hordes seldjoukides. La grande défaite de Bomain IV Diogëne à Manzikert (1071) avait définitivement ouvert les frontières orientales de Tempire aux invasions des Turcs, et les traités onéreux que chaque nouvel empereur, ou chaque prétendant se hâtait de conclure avec les envahisseurs, achevaient de fixer dans les plus belles provinces de Tempire les bandes, qui jusqu'alors n'y avaient fait que des ravages tempo- VBÎres,
Le règne de Michel VII Ducas, successeur de Romain, ne fut qu'une série de désastres; la révolte des Bulgares, celle de Nestor et des Patzinaques sur le Danube, celle de Pbilarétus en Gommagène, et du chef normand Oursel en Galatie ; un traité abandonnant à Soliman, fils de Koutoulmicb, chef des Seldjoukides d'Anatolie, plusieurs provinces de l'Asie Mineure; enfin la rébellion de Nicéphore Bryennius, qui vint ravager les faubourgs de Constantinople, voilà les principaux événements de ce triste règne. Dne autre révolte vint y mettre fin: Nicéphore Botaniate, commandant des troupes impériales en Asie Mineure, enhardi par l'exemple de Nicéphore Bryennius, résolut de renverser le faible Michel VIL Après s'être assuré, au prix de nouvelles concessions territoriales, l'appui d'un chef turc nommé Chrysoskoulos, il quitta la Phrygie où ses troupes étaient cantonnées, marcha sur Nicée, où il fut accueilli par les habitants avec enthousiasme, et bientôt après il recevait la nouvelle que Michel avsdt été déposé, et s'était retiré dans le monastère de Studion, à la suite d'une insurrection générale de la population de la capitale; Nicéphore fut couronné à Sainte-Sophie, le 13 avril 1078.
Son premier soin en montant sur le trône fut d'envoyer Alexis Comnène, qui avait embrassé son parti, contre Nicéphore Bryennius, qui avait pris le titre d'empereur et qui se maintenait dans la Thrace. Les deux armées s'étant rencontrées près de Kalabrya, celle de Bryennius fut mise en déroute, et son chef fait prisonnier ; Botaniate lui fit crever les yeux. Un second prétendant, Basilacius, qui s'^étaît rendu maître de Thessalonique, fut également battu par Alexis et subit le môme sort que Bryennius. Tranquille désormais du côté de l'Europe, grâce aux talaits militaires d'Alexis Comnène, l'empereur tourna ses efforts vers l'Asie
Mineure, où son autorité était loin d'être généralement reconnue. Il eut facilement raison de Constantin Ducas, père de Michel VII, que les troupes avaient proclamé empereur, mais qui se montra si peu digne de la pourpre que ses propres partisans le livrèrent à Botaniate ; celui-ci se contenta de lui faire prendre Tbabit monacal et l'enferma dans un monastère des lies. Mais à peine était-il débarrassé de •ces trois concurrents, qu'il s'en éleva un quatrième, dont il ne put venir à bout, et dont la révolte dura jusqu'à la fin de son règne; c'était Nicéphore Mélissénos.
La famille des Mélissènes était une des plus anciennes et des plus puissantes de l'empire; c'est d'elle qu'était issue l'impératrice Eudoxie, troisième femme de Gonstantin V Gopronyme, et sœur de Michel Mélissénos, dont le fils, Théodotos Kassiteras, fut nommé en 815 patriarche de Constantinople. Léon et Tbeognostus Mélissène prirent part à la révolte de Phocas contre Basile II, vers 987 (CcdrenuSy p. àhb). Un autre Mélissène figure pendant le règne de Constantin Porphyrogénète {Genesius^ p. 88), et une branche de la famille portait, vers le milieu du ix* siècle, le surnom de Lydiatès {Vita S. Nicolai Sliiditw, apudCombefis. Hist. Monothelit. p. 9â3].
Nicéphore avait épousé, vers la fin du règne de Constantin XllI Ducas (1069-67), Eudoxie Comnène, nièce de l'empereur Isaac I Comnène, et sœur de Manuel, qui fut •curopalate et général des troupes asiatiques sous Bomain Diogène, et d'Alexis Comnène, qui succéda à Nicéphore Botaniate sur le trône de Byzance. Bien qu'il ne soit désigné que sous le nom de Mélissénos, il ne descendait probablement que par les femmes de cette famille illustre : car Bryennius dit expressément que du côté paternel il des- <:endait des Mortii ou Bourtzii, race dont l'illustration
égalait presque celle des Hélissënes (Nie. Bryen. 1, 6; III, 15). Il est mentionné pour la première fois en 1070« à roecasion de la bataille de Sébasté, où son beau-frère Manuel Gomnène fut battu et fait prisonnier par le Turc Cbrysoskoulos; Nicéphore et son autre beau-frère Michel Taronite, qui avait épousé Marie Gomnène, tombèrent aussi au pouvoir du vainqueur, qui ne tarda pas du reste à changer de politique, se révolta contre son suzerain le sultan Alp Arslan, et se ligua avec les Byzantins {Nie. Bryen. I, 11). Huit ans plus tard, lorsque Botaniate leva Tétendard de la révolte contre Michel VII, il n*y eut parmi les chefs influents de l'Asie Mineure que deux hommes qui refusèrent de se joindre à lui, et qui restèrent fidèles à l'empereur; c'étaient Georges Paléologue et Nicéphore Mélissène, dont la résidence habituelle était Dorylée (iVtc* Bryen. III, 15 Cinnamus^ VU, 2). Il ne chercha pas d'abord à résister ouvertement à Botaniate, mais il se retira dans l'île de Gos ou dans le voisinage, et entama des négociations avec les Turcs d'Iconium; dès que leur appui lui fut assuré, il ne balança plus; il chaussa les souliers de pourpre, insignes de la dignité impériale, et se mit à parcourir l'Anatolie accompagné par les troupes de ses nouveaux alliés. Partout les villes lui ouvraient leurs portes et le reconnaissaient comme empereur, tandis que lui les remettait, bien à regret, dit l'historien, aux Turcs ; de sorte qu'en trèspeu de temps ces derniers se trouvèrent maîtres sans coup férir de l'Asie proconsulaire, de la Phrygie et de laGalatie ; Nicéphore s'établit avec ses auxiliaires à Nicée , et se prépara à marcher sur la capitale. Botaniate eut alors recours encore une fois à Alexis Gomnène, et le chargea de conduire une armée contre le rebelle; mais le prudent Alexis déclina cette tâche; il n'avait qu'une médiocre con-
fiance dans la loyauté et la reconnaissance de l'empereur, et il prévoyait que, si son armée était battue, les courtisans attribueraient sa défaite h une entente avec Mélissène qui était son beau-frère. Sur son refus, Botaniate donna le corn-* mandement des troupes à l'eunuque Jean, titulaire de la charge de protovestiaire (Nie. Bryen. IV, 31). Ce dernier, qui n'avait aucune des qualités d'un général, s'avança jusqu'à Nicée, et résolut d'en entreprendre le siège, malgré l'avis de Georges Paléologue et de ses meilleurs officiers ; mais au lieu de le poursuivre avec vigueur, il entra en pourparlers avec les habitants, donna aux auxiliaires turcs le temps d'arriver, et fut réduit à décamper précipitamment ; attaqué pendant la retraite par la cavalerie ennemie, il ne dut son salut qu'à la valeur de Paléologue (ibid. IV, 32-36). Ces événements se passaient vers la fm de l'an 1080 ; au commencement de l'année suivante, Mélissène se préparait à marcher sur Constantinople, lorsqu'une révolution de palais vint déjouer tous ses calculs; il parait avoir compté sur la neutralité d'Alexis Comnëne, lorsque tout à coup côlui-ci fut contraint de se révolter pour sauver sa vie ; cette nouvelle candidature au trône de Byzance devait nécessairement rejeter dans l'ombre les prétentions de Mélissène.
Alexis Comnène, qui avait rendu de grands services à Botaniate, avait trop d'influence et de popularité pour ne pas exciter la jalousie des ministres de l'empereur, les Esclavons Borilas et Germanus, et la prise récente de Cy-^ zique par les Turcs allait lui donner une nouvelle occasion de mettre en relief ses talents militaires; car on ne pouvait confier qu'à lui seul le commandement des forces destinées à secourir cette place importante. Ils proposèrent donc de l'arrêter et de lui crever les yeux; mais Alexis, informé du
-^30 — complot qtii se tramait contre lui, s'échappa de la capitale «vec son frère Isaac, Georges Paléologue et Jean DÛcas, se rendit à l'armée qui le salua par acclamation du titre d'empereur, et revint bientôt devant Gonstantinople, dont il commença le siège (Ann. Camn. II, 1-7).
Au même moment Mélissène atteignait avec ses troupes les rives du Bosphore, et campait à Damalis auprès de GbalcédoD. Il se hâta d'entrer en négociation avec son beau-frère; il lui proposait de réunir leurs forces contre BotaniatCi et une fois la capitale prise, de partager l'empire : à lui les provinces asiatiques, à Alexis celles de l'Europe; tous les deux devaient porter le titre d'empereur et les insignes impériaux. Alexis, qni se sentait maître de la situation, après avoir fait attendre quelques jours les envoyés de Mélissène, offrit d'abord de lui concéder le titre et le rang de césar, avec la ville de Thessalonique pour apanage ; puis sous prétexte de préparer la bulle d'or qui devait contenir ses promesses, il retint les envoyés jusqu'au moment où il allait pénétrer dans la ville, et finalement les congédia avec des assurances générales qu'on s'entendrait facilement après la victoire (tfrtd. II, 8-10). De son côté, Botaniate entamait aussi des négociations avec Mélissène, et envoyait à la flotte l'ordre de traverser le Bosphore et d'embarquer les troupes qui campaient sur la rive opposée. Mais déjà les soldats de Gomnène s'étaient répandus dans la ville, et Georges Paléologue, jeune officier entreprenant ei énergique, s'était jeté dans une barque et faisait force de rames pour atteindre l'endroit où stationnait la flotte; il monta seul et sans armes sur une des galères , harangua l'équipage, qui bientôt acclama Alexis, et peu d'instants après toute la flotte s'était déclarée pour le nouvel empereur. Avant la fin du jour Alexis était maître du palais et
— aide la capitale, et Botaniale était relégué dans un monastère; c'était le 1" avril 1081, et le jour suivant, qui était un vendredi saint, Alexis fut couronné à Sainte-Sophie {ibid. II, 11-12) . Mélissène ne fit aucune opposition au nouvel ordre de choses, et huit jours après le sacre d'Alexis il recevait lui-même le titre de césar et l'apanage qui lui avait été promis {Ann. Comn. III, â; Zonar. XVIII, 2J); depuis lors il n'est plus question de lui ; on sait seulement qu'il mourut le 17 novembre 1104 (Ducange, Familix AugusL Byzanl. p. 173).
Les descendants de Nicépbore Mélissène continuèrent à jouer un rôle important à Constantinople, et ensuite dans le Péloponnèse, où ils possédèrent des fiefs considérables ; forcés de s'expatrier à la suite de la conquête ottomane, ils se réfugièrent, les uns à Naples, les autres à Céphalonie, où la famille s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Quelques-uns d'entre eux méritent une mention particulière. Théodore Mélissène Gomnène, arrière-petit-fils de Nicéphore, épousa Marie Gomnène Paléologue, et fut père d'Alexis, surnommé Stratégopoulos, qui fut créé césar, et qui reprit Constantinople à Baudouin II, en 1261. Son arrière-petit-fils Léon était seigneur de Messénie et métropolitain d'Andrinople. Nicéphore, fils de Léon, fut sébastocrator, seigneur d'Ithôme et de presque toute la Messénie, et métropolitain d'Andrinople ; sa sœur Marie épousa, vers lAOO, Antoine Acciaiuoli, duc d'Athènes, et lui apporta laTzaconie en dot ; son fils atné Nicolas, chassé par les Ottomans, se réfugia en 1A62 à Candie, et alla ensuite s'établir à Céphalonie ; c'est de lui que descendent les Mélissènes actuels. Son fils cadet Georges resta en Morée, et fut père de Théodore, despote de Messénie, qui souleva le Magne en 1572, à l'approche de don Juan d'Autriche; mais abandonné par la ligue des princes
chrétiens, il dut s'enfuir avec tous les membres de sa famille ; les exilés se fixèrent à Naples, où leur branche s'éteignit à la génération suivante. Mais il étsdt resté des Mélissëues dans la Morée, ainsi que l'atteste la relation de la singulière tentative du duc de Nevers, qui, en 1618, chercha, comme représentant des Paléologues, à faire valoir ses droits sur la Morée; en effet, parmi les signataires d'une adresse de dévouement qui lui fut envoyée par les principaux habitants, on trouve le nom de Micétas Mélissénos. (Voyez, pour de plus amples détails, Buchon, Nouvelles recherches sur les principautés françaises de Morée^ voL 1, l'« partie, p. 173, 2A2-2&5 ; Berger de Xivrey, Mém. Acad. Inscript. 2" série, t. XV; Georgii Phranlzx Annales^ II, 2, etc.) Enfin il ne faut pas omettre le moine Grégoire Mélissénos qui joua un rôle assez important au concile de Florence, fut nommé patriarche de Gonstantinople en 1&&6, et mourut à Rome en 1459 {Phrantza, II, 2, 12, 15; III, 1; Lequien, Oriens ChrislianuSy I, p. 309).
La monnaie de Nicéphore Mélissène est entièrement semblable à celle de ses contemporains Botaniate et Gomnène. {Voyez Sabatier, Monnaies byzantines^ pi. LI, 17; pL LU, 9-12.) Espérons que de nouvelles découvertes nous feront retrouver celle des autres prétendants à la pourpre impé« riale, Nicéphore Bryennius et Basilacius.