‹ Mélanges de numismatiqueChapitre 79 sur 80 · III. Ère césarienne d'Antioche · texte numérisé non relu

III. Ère césarienne d'Antioche

Au nord des montagnes d'£l-Barra, dont il est séparé par la fertile plaine d'Edlip, s'étend un second groupe de mon« tagnes, appelé le Djebel-Ala, qui, à Touest, domine le lac d'Antioche, et, à Test, pousse ses demiei*s contre-forts jusqu'à une demi-journée d'Alep. Plus au nord, on rencontre un second groupe de montagnes moins élevé que le Djebel-AIa, et qui porte le nom de Djebel-Sémftn. Dans le premier, on trouve encore une foule de belles ruines chrétiennes semblables à celles d'£l-B«rra, et dans le se-

cond, la magnifique église de Deîr-Sémàn, bâtie, à la Rn du Y* siècle, en l'honneur de saint Simon Stylite, et qui est, sans contredit, la plus belle ruine chrétienne qui existe au monde. La grande route d'Antioche à Alep passe entre les deux pâtés de montagnes et suit la dépression qui les sépare.

Ici encore les monuments et les inscriptions abondent ; mais, bien que l'architecture soit à peu près la même que celle des édifices d'El-Barra, les chiffres des dates sont beaucoup moins élevés, et si on les rapportait à l'ère des Séleucides, la construction de toutes ces églises, plus ornées et plus vastes que celles d'El Barra, tomberait en plein paganisme, à l'époque des plus cruelles persécutions de l'Église. 11 faut donc chercher une autre ère, et le doute n'est point permis; tout ce district est voisin d'Antioche, la grande métropole païenne et chrétienne de la Syrie, et l'ère en usage à Antioche doit être celle qui a été employée ici. Le point de départ de cette ère a été déterminé par Noris et Belley, et ensuite, plus exactement, par Ideler ; elle commence à l'automne de Tannée A9 avant Jésus-Christ. Le véritable commencement de l'année syrienne était le 1" octobre ; mais, à une époque qu'on ne peut déterminer avec précision, on le recula d'un mois, et on fit coïncider le commencement de l'année civile avec celui de l'indiction, c'est-à-dire avec le 1" septembre. On trouve dans les auteurs des exemples des deux manières de compter, et nous verrons qu'il en est de même dans les inscriptions. Ainsi l'historien ecclésiastique Evagrius, qui écrivait à Antioche au vi* siècle, fait commencer l'année au !•' septembre, comme l'a démontré Ideler (I, p. 468), et l'historien syrien Abou-1-Faradj dit que, de son temps, les Grecs de Syrie commençaient l'année au 1*' septembre,

— no — tandis que les Syriens proprement dits conservaient Tancîen usage du l** octobre ( I« p, A6S).

Dans le district de Deir*Semân, bahiié autrefois par des populations hellénisées, syriennes d'origine, msis ne parlant plus que le grec, Tusage ayait prévalu de faire coïncider le commencement de Tannée avec celui de Findiction. L'inscription suivante en est la preuve; elle a été copiée par H. de Vogué, au village de Dana, sur une grapde maison antique ; elle est datée du 27 de Gorpiaeus, dp l'an 632 et de la septième indictipn. L'année 632 de l'ère d'Antjoche, sdnsi que la septièipe indictîon, commence au 1" septembre 483, et l'inscription a été gravée le 27 septembre de cette année; si on faisait commencer l'année au l** octobre 483, le 27 Gorpiaens 53(2 correspondrait au 27 septembre &8i; m^s alors la huitième indiction était déjà commencée, et il n'y aurait plus accord entre les deux données. Deux autres inscriptions, datées du mois d'aoât et du mois d'octobre, s'accordent avec l'un et l'autre système» Hais il n'en est pas ainsi d'un autre texte trouvé à Ktell-Lata, k la lisière septentrionale des montagnes d'EI- Barra. Elle est datée de Tan A97 et de la troisième indiction; Tannée A97 d'Antioche commence à Tauiomne de Tan 148 d,e notre ère. et la troisième îndlction a^ i*' septembre de Tan. 449; si donc Tannée de Tëre locale commençait, comine Tindictioo, au 1" Sjepteojibre, il y aurait juste une awée de différence entre Taupée de Tère et Tindictioo» et les deux données chronologiques ne s'accorderaient point çi^tre elles ; mais si on (ait commencer Tannée de Tère lo/cale au 1*' octobre, le dernier mois de cette année co^içidera avec le premier mois de la troisième indictiop, et il en résultera que Tinscription a été gravée au mois de septembre 449. On se demande pourquoi les anciens habi-

tants du village de Ktell-Lata ont employé l'ère d'Antiocbe de préférence à celle des Séleucides, usitée dans tont le groupe de montagnes dont dépendait leur territoire ; cela peut tenir au caprice du personnage qui a fait élever le monument, ou bien à la circonstance que ce village se trouve à l'extrémité des montagnes d'El-Barra, sur la limite, en quelque sorte, du domaine des deux ères. Quant à l'époque du commencement de l'année, pour laquelle il eût été fort incommode de s'écarter des errements suivis dans le voisinage, Thabitant de Ktell-Lata s'en est tenu à Tusage universellement adopté par ses voisins d'El-Barra, qui se servaient de l'ère des Séleucides, et commençaient leur année au 1*' octobre.

Des remarques que nous venons de faire, il résulte clairement que l'ère des Séleucides était généralement employée dans la portion moyenne de la Syrie, et l'ère d'Antioche dans la Syrie du Nord. Ces deux ères appliquées aux monuments donnent dés résultats parfaitement concordants. Dans les deux groupes, les derniers monuments païens portent des dates antérieures de quelques aimées au règne de Constantin, et les monuments chrétiens des dates postérieures à la paix de l'Église. Quant aux questions de détail, comme le commencement des différentes années civiles et des indktions, les t^oignages des meilleurs auteurs et les travaux de Noris, de Belley, d'Idèler, et de M. de Wailly, trouvent dans nos découvertes une confirmation éclatante; car c'est la première fois qu'il a été possible de les contrôler par des monuments anciens, d'une conservation parfaite et d'une authenticité irrécusable.

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