II. Ère des Séleccides
L'usage de l'ère de Bostra ne s'étendit pas, vers le nord, au delà des limites de la Trachonite; entre ce district et le premier village de la banlieue de Damas, s'étend une plaine déserte qui va rejoindre, à Test, le grand désert de Syrie, et qui a constitué de tout temps une limite naturelle entre le pays damasquin et la province méridionale. Au village de Deir-Ali, le' premier endroit habité qu'on rencontre lorsqu'on quitte la Trachonite pour se rendre à Damas, et qu'on a traversé le petit désert, il se trouve une inscription intéressante à plus d'un titre, et qui prouve que l'ère des Séleucides y était usitée. Cette inscription constate la construction d'une synagogue des hérétiques
> Ce mémoire a été In à TAcadëmip le 17 février 1865. V. pins hant p. X9
Marcioniles par les soins d'un ancien nommé Paul, et elle est datée de l'année 630. Or l'hérésie de Marcion se répandit en Orient dans la seconde moitié du u* siècle ; pendant le m*, elle avait de nombreux adhérents, ainsi que le montre la vigueur avec laquelle elle est combattue par TertuUien et par l'auteur des Philosophoumena; enfin, saint Épiphane, écrivant au iv* siècle, déclare formellement qu'elle était enccre très-répandue de son temps en Syrie et en Egypte. 11 est donc évident que Tannée 680 ne peut être comptée d*après une ère moins ancienne que celle des Séleucides, et on peut avec toute certitude placer la construction de la synagogue des Marcionites en Tan 318 de l'ère chrétienne.
Pour Damas et Émèse, l'usage de Tère des Séleucides est attesté par les médailles ; pour Palmyre, par de nonibreuses inscriptions; pour quelques localités moins importantes, telles que Abila de Lysanias, Maloula et les villages de la banlieue de Damas, on peut invoquer le témoignage des inscriptions funéraires païennes, datées des années 509, 612, 656, 672, qu'il serait dîiTicile de rapporter à une autre ère. A Hamâh ou Epiphanie, la principale ville de la vallée de l'Oronte, l'ère qui figure sur les médailles n'est point celle des Séleucides, mais au village de Kéfafbou, situé à deux lieues à l'ouest de Hamah, j'ai trouvé une inscription chrétienne avec la date 861 et là troisiiëtne indiction, qui se rapporte certainement à Tère des Séleucides. Enfin, à une journée de marche au nord de Hamah, dans les montagnes d'El-Barra, dans ce district rëinpll des plus magnifiques ruines chrétiennes, la seule ère en usage est encore celle des Séleucides. C'est ce que nous allons démontrer par quelques exemples.
D'abord la seule inscription païenne avec date, que j'ai
rencontrée dans ce district, où les monuments sont presque sans exception de l'époque chrétienne, est une inscription funéraire de Tan &98, ce qui établit une forte présomption en faveur de l'ère des Séleucides. Quant aux inscriptions chrétiennes, les dates descendent jusqu'aux années 710, 720, 728, 781, 741 et 877, qui tomberaient toutes longtemps après l'établissement de l'islamisme, si on les rattachaitàune ère plus moderne que celle des Séleucides. Or on ne peut admettre que les monuments d'El-Barra et des environs aient été construits à uneépoqueoùle christianisme n'était plus la religion dominante ; bien au contraire, ces belles ruines attestent à chaque pas la présence d'une population riche et civilisée, dans toute la ferveur du christianisme, élevant des églises magnifiques, des habitations spacieuses, des tombes monumentales, et y gravant partout le symbole de sa foi, la croix, le monogramme du Christ, et des sentences pieuses tirées des Écritures saintes. Tout cela ne pouvait plus avoir lieu après rinvasion musulmane, et l'état même des ruines montre qu'après la conquête ces montagnes furent abandonnées par leurs anciens habitants, et très-peu colonisées par les envahisseurs musulmans.
Du reste, il nous sera facile de prouver que l'ère des Séleucides est la seule qui s'applique parfaitement à la triple donnée chronologique fournie par quelques inscriptions, c'est-à-dire l'année, le jour du mois et l'indiction. Je prends pour exemple une inscription gravée au-dessus de l'entrée d'un grand tombeau, creusé dans le roc, à Kbirbet-Hâs; elle est datée du vingtième jour de Xûnthicus de l'année 7i1 et de la treizième indiction. Le commencement de Tère des Séleucides a été fixé avec une entière certitude, par Ideler et Clinton, au 1*' octobre de
Tannée 312 avant Jésus Christ; ainsi l'année 7A1 com« mence au 1*' octobre de Tannée 429 de Tère chrétienne. D'un autre côté, la treizième indiction constantinienne, la seule en usage en Orient, commence au 1** septembre de la même année, et le mois syro-macédonien Xanthicus correspond à notre mois d'avril; il y a donc accord complet, et la date du monument correspond au 20 avril de Tannée A30 de Tère chrétienne. L'inscription de Kéfarbou, dont j*ai déjà parlé, nous fournira un second exemple également concluant; ici la date est le mois Artémisius de «année 851, et la troisième indiction; Tannée 851 des Séleucides coromencs au i*' octobre 639 de notre ère, la troisième indiction au 1" septembre de la même année, et le mois Artémisius correspond au mois de mai : Tinscription fut donc gravée au mois de mai de Tannée 5&0. Une troisième inscription, copiée à Deîr-Sambil, par M. de Vogué, conduit au même résultat. La date la plus basse que j'aie rencontrée est le mois de mai de Tannée 566 de Tère chrétienne, c'est-à-dire soixante-cinq ans environ 1
avant Tinvasion musulmane. >