‹ Mélanges de paléographie et de bibliographieChapitre 2 sur 76 · CHAMPION, LIBRAIRE · texte numérisé non relu

CHAMPION, LIBRAIRE

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PRÉFACE

Les quinze morceaux réunis dans le présent ■volume, et dont deux seulement avaient été précédemment publiés dans la Bibliothèque de VÉcole des chartes, ont tous trait à des documents qui méritaient d’être signalés au public. On y trouvera la notice d’environ 450 volumes ou recueils, dont les uns ont été récemment incorporés dans les collections de la Bibliothèque nationale, et dont les autres sont conservés dans différentes bibliothèques publiques ou privées de la France et de l’étranger. Tous ont passé sous mes yeux dans ces trois dernières années.

Je n’ai pas la prétention de donner, dans un seul volume, la description minutieuse et raisonnée d’un aussi grand nombre de manuscrits. Le plus souvent, j’ai dû me borner à de brèves indications, qui cependant, je l’espère, suffiront pour fixer l’attention des personnes qui ont intérêt à connaître Fexistence d’un texte ; mais, à l’occasion de monuments remarquables, j’ai

PRÉFACE

traité, avec quelques développements, plusieurs questions de paléographie, de diplomatique, d’histoire littéraire et de bibliographie.

Les exemples que j’ai cités montrent combien il reste à faire pour mettre en lumière, et par conséquent pour soustraire à toutes mauvaises chances, les richesses de nos dépôts publics. Ils font voir en même temps l’étendue des pertes que nous avons subies et l’utilité d’une exploration attentive des bibliothèques étrangères pour y reconnaître les manuscrits d’origine française que notre indifférence et notre incurie ont condamnés à l’exil.

Ce qui peut, jusqu’à un certain point, nous consoler de ces pertes, c’est l’accroissement de nos propres collections. Le tableau de ce que, dans les trois dernières années, la Bibliothèque nationale a pu ajouter aux fonds de ses manuscrits latins et français n’a rien que de rassurant. Un tel résultat est dû à la libéralité des pouvoirs publics, qui n’ont jamais mieux compris les besoins d’un établissement dont les destinées sont intimement liées à l’avenir de l’enseignement supérieur en France. Il est également dû au nombre et à l’importance des dons particuliers. La plupart de ces dons seront mentionnés dans les pages qui vont suivre; mais je remplis un devoir en groupant ici les noms des bienfaiteurs qui, par des dons de manuscrits, se sont, depuis 1877, acquis le plus de droits à notre reconnaissance.

PRÉFACE

En tête de la liste se place M. le duc de La Trémoïlle, qui ne nous a pas donné moins de dix manuscrits (1) ; tous sont importants à divers titres : trois offrent un intérêt de premier ordre pour Fhistoire de la peinture en France au xi® et au xiiF siècle ; un quatrième nous a rendu de précieuses chroniques du xiF siècle qu’on avait inutilement cherchées jusqu’à ce jour et que la Société de l’histoire de France va prochainement publier ; un autre est un cartulaire monastique du milieu du xiii® siècle. C’est encore à l’intervention de M. le duc de La Trémoïlle que la Bibliothèque est redevable d’une communication qui a permis de compléter une assez curieuse découverte sur les origines de l’imprimerie à Angoulême.

Pour rappeler ce que d’autres bienfaiteurs ont daigné nous offrir, j’indiquerai à la suite de leurs noms les pages du volume où se trouve la mention des objets donnés, et je comprendrai dans la présente nomenclature plusieurs articles que je n’ai pas eu l’occasion de citer dans un travail spécialement consacré aux récents accroissements du fonds latin et du fonds français.

La liste qui suit est purement alphabétique.

M. Louis Barbier : pièces de la Correspondance de Bouchot, qui doivent rester provisoirement sous scellé.

M. Edmond Blanc : p. 494.

(1) Voyez plus loin, p. 239-235, 366, 377, 417, 435, 448, 449, 452, 477, 498 et 503.

VlII PRÉFACE

M. Blancard, archiviste des Bouches-du-Rhône : p. 435 et 437.

M. Bordier : p. 451.

Madame Boselli, née Jomard : deux papyrus grecs.

Feu le docteur de Bonis : p. 417, 425, 476, 493 et 496.

Madame veuve Boüllé, née Delalain : 371, 395, 396, 472 et 477.

Le R. P. Cahier : p. 377.

M. Etienne Charavay : p. 442.

M. Ghassainu, juge au Puy : p. 376 et 427.

M. Aurélien de Courson : p. 474, 475 et 478.

Les héritiers de M. Didot : p. 165.

M. Denis Ducom: un manuscrit en langue batak,

M. Georges Duplessis : p. 416 et 421.

M. Fédérique, de Yire : p. 435.

M. Fierville, du Havre : p. 428.

M. Benjamin Fillon : p. 460 et 461.

M. Grellois, inspecteur du service de santé: trois manuscrits arabes.

M. le vicomte de Grouchy : p. 420 et 430.

Feu le docteur Halleguen : p. 375.

Madame veuve Huillard-Bréholles : p. 410.

M. le comte d’Imécourt : p. 411.

Le gouvernement du Japon, par l’entremise de M. Schefer et de M. Du Bousquet, un exemplaire complet de la collection chinoise des livres canoniques bouddhiques (le Tripitaka), en 1612 volumes provenant d’un temple des environs de Kioto.

M. DE Lagrée : empreintes d’inscriptions cambodgiennes et notes de M. Doudart de Lagrée.

M. le comte Robert de Lasteyrie : p. 490 et 499.

M. François Lenormant : p. 492.

M. Lespy, de Pau : p. 371.

M. le comte Ed. de Malijay : une planche gravée, contenant le texte chinois d’une lettre du pape Sixte V à Tempereur de la Chine, en 1590.

PRÉFACE

Les Missionnaires jésuites du Kiang Nau : livres chinois imprimés par leurs soins.

M. Morand, de Boulogne : p. 475.

Le docteur Moreau : p. 468.

Madame veuve Mortreuil, de Marseille : p. 452-454.

M. Alph. Pauly: p. 461.

M. Peigné-Delacourt : p. 374 et 465.

M. DE PoNTAUMONT, de Cherbourg : p. 481.

M. PouY, d'Amiens: p. 472.

Le Rajah Ragendralala Mitra : une collection de manuscrits sanscrits, transmise par l’intermédiaire de l’Académie des inscriptions.

M. le comte Paul Riant : p. 486.

M. Roman : p. 427.

M. de Saulcy, membre de FInstitut : p. 459.

M. ScHEFER, membre de FInstitut : empreintes d’inscriptions chinoises et tibétaines.

Les héritiers de feu M. Solvet, président à la Cour d’Alger :

Dictionnaire français-arabe de l’idiome d'Alger.

M. Templier, libraire : p. 425.

M. André Thury, libraire à Genève : p. 423.

M. ViGLAs, de Beauvais: p. 490.

M. VossiON : trois manuscrits birmans.

M. le baron Oscar de Watteville : 23 fascicules chinois et 25 japonais.

A ces noms il faut ajouter celui du feu duc d’Otrante : la rente de 4,000 francs qu^il a léguée à la Bibliothèque est successivement mise à la disposition de chacun de nos quatre départements. Pour montrer quel honneur une telle fondation fera à la mémoire du duc d'Otrante, il suffit de noter ici ce que le produit de la fondation a permis d’enregistrer sur nos cata-

PRÉFACE

logues au nom du duc d’Otrante depuis le mois de juillet 1875, date à laquelle la Bibliothèque est entrée en jouissance de la rente annuelle de 4,000 francs.

Département des imprimés.

U illustre théâtre de M. Corneille. Leyde, 1644. Trois volumes in-12.

Breviarium ad usum Cisterciensis ordinis. Paris, Kerver. 1503. Petit in-8°, sur vélin.

Pétri de Castrovol commenta super libros Yconomice et Politicorum. Parapelune. 1481. In-folio.

Le Roman des sept Sages de Rome. Avec la marque de Pierre Le Rouge. In-4®.

Terencius cum commento Donati. Sans lieu ni date. In-4‘>.

Le Sentier et l'adresse de dévotion et contemplation intellectuelle. Toulouse, Jacques Golomiès. Sans date. In-4o.

Ars moriendi. Impression xylographique. In-folio de 14 feuillets.

Joannis Cuspiniani... de cœsarïbus atque imperatoribus Romanis opus insigne. Strasbourg, 1540. In-folio. Exemplaire relié pour Canevari.

Département des manuscrits.

Evangéliaire grec^ du, xii® siècle. (Supplément grec, 380.)

Commentaire sur le Nouveau Testament par Théophylacte de Bulgarie^ diixiii® siècle. (Supplément grec, 381.)

Lectionnaire grec, avec notation neumatique, du milieu du XI® siècle. (Supplément grec, 382.)

Cartulaire de L abbaye de la Val-Roi. Voyez plus loin, p. 494.

Recueil de lais bretons ; ms. du xiii® siècle. Voyez plus loin, p. 438.

PRÉFACE

Département des médailles.

Sou d’or de Dagobert^ avec la légende Lemmovix Agvsto- REDO, La valeur exceptionnelle de cette pièce a été mise en relief par M. Deloche, dans une notice lue à l’Académie des inscriptions, le 6 septembre 1878.

Département des estampes.

Le Massacre dès Innocents^ gravé d’après Raphaël par Marc Antoine. Épreuve avant l’inscription sur le piédestal à gauche et avant des travaux dans le visage du bourreau à droite.

Je suis heureux d’avoir à consigner de tels souvenirs en tête d’un volume qui, à proprement parler, est une page de Fhistoire de la Bibliothèque nationale pendant les trois dernières années.

15 février 1880.

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LE PENTATEUQUE DE LYON

EN LETTRES ONCIALES (1

Dans un récent voyage à Lyon, j’ai voulu jeter un coup d’œil sur plusieurs manuscrits carlovingiens que, d’après les indications consignées dans le catalogue de Delandine (2) et dans un substantiel rapport de M. Léopold Niepce (3), je supposais renfermer des dates précises et fournir des données importantes pour la paléographie du ix® siècle. Je ne tarderai pas, je l’espère, à rendre compte à l’Académie de l’examen de ces manuscrits. Aujourd’hui je me propose de lui signaler un monument d’un ordre tout différent, dont j’ai été amené à reconnaître le caractère et la valeur exceptionnelle en étudiant le ms. 54 du classement actuel des manuscrits de la grande bibliothèque de Lyon.

D’après les indications très exactes de M . Léopold Niepce, j’avais noté ce ms. 54 comme un texte de Bède donné à la cathédrale de Lyon par Amolus, qui fut archevêque depuis 841 jusqu’en 852. La seconde partie du ms. 54 répond, en effet, à cette désignation ; mais la première partie du volume se compose de cahiers tout à fait étrangers à l’ou-

(1) Notice lue à l’Académie des inscriptions, le 23 octobre 1878.

(2) Manuscrits de la bibliothèque de Lyon. Paris et Lyon, 1812. Trois volumes in-8o.

(3) Département du Rhône. Ville de Lyon. Comité des bibliothèques publiques et des Archives. Rapport à M. le Ministre de l'Instruction publique. Lyon, 1878. Grand in-8o.

LE PENTATEUQUE DE LYON

vrage de Bède. Delandine les a meniionnés, sous le n° 329, dans les termes suivants (1) :

Biblia latina. In-folio, environ 200 pages. Ce manuscrit très antique date de l’an 850 environ. Il est en écriture carlovingienne, sur vélin, à trois colonnes. La version latine du texte hébreu diffère souvent de la Vulgate. Il manque des feuillets en tête et à la fin du volume ; celui-ci ne commence qu’au 33^ verset du xxvi® chapitre de la Genèse. Il vient de la bibliothèque des comtes de Lyon et paraît avoir été tiré de celle de rile-Barbe, mise sous la direction de Leydrade, bibliothécaire de Charlemagne.

C’est sans doute aux inexactitudes de cette description qu’il convient d’attribuer le trop long oubli dans lequel est resté ce manuscrit. Il était difficile de supposer qu’un livre annoncé comme copié vers l’année 850, en écriture carlovingienne, était un texte en onciales du vi® siècle. Telle est, en effet, la date qu’il faut, comme on le verra plus loin, attribuer au texte dont j’ai fait reproduire deux pages par les procédés béliographiques de M. Dujardin.

La première idée qui se présenta à mon esprit quand je vis ces pages vénérables, c’est qu’elles étaient identiques à celles du manuscrit dans lequel le dernier comte d’Asbburnham a eu le bonheur de retrouver deux livres d’une ancienne version du Pentateuque(2).

Comme je n’avais à Lyon aucun moyen de m’assurer si j’étais bien servi par ma mémoire, je me décidai à faire exécuter des photographies et à prendre des notes, à l’aide desquelles je pourrais plus tard procéder à des vérifications plus rigoureuses. Ma tâche a été singulièrement facilitée par le concours empressé qu’ont bien voulu me prêter M. Léopold Niepce, M. Guigue et les conservateurs de

(1) Manuscrits de Lyon, I, 269.

(2) Librorum Levitici et Numerorumversio antiqua e codiceperantiquo in bibliotheca Ashburnhamiensi conservato nmic typis édita. Londini, 1868. In-folio.

EN LETTRES ONCIALES 3

la bibliothèque de Lyon, MM. Mulsant et Aimé Vingtrinier. *

Pour procéder avec ordre, je dois, avant tout, faire exactement connaître le texte de Lyon.

La première partie du ms. 54 de Lyon se compose de 64 feuillets de parchemin, hauts de 30 centimètres et larges de 24. L’écriture de chaque page est disposée sur trois colonnes, chacune de 27 lignes. Le cadre rempli par l’écriture mesure 193 millimètres de hauteur et 206 millimètres de largeur. Le caractère employé par le copiste est une onciale assez peu soignée, dont on peut juger par les reproductions héliographiques. Il faut, je crois, en rapporter l’exécution au vi® siècle : cette date répond au genre de l’écriture, à la disposition du texte sur trois colonnes, au fréquent emploi des points en forme de feuille de lierre, au style de la formule du fol. 24 v® : Incipit Exodus. Lege cum page, à la finesse de l’onciale des titres courants, et à l’élégance des notes marginales ou interlinéaires qu’on a ajoutées après coup en onciale ou en minuscule. Je ne parle pas ici des notes que les reviseurs ont tracées pour corriger ou compléter le travail du copiste, mais bien de quelques notes destinées à guider les clercs qui se servaient du livre pour la récitation des offices ecclésiastiques, par exemple : ING (1) ou INGP (2), pour indiquer le commencement de la leçon ; SALI (3), pour avertir des versets à omettre ou à sauter ; et FINIT (4), pour marquer l’endroit où Ton devait s’arrêter.

Les 64 feuillets du manuscrit contiennent une ancienne version latine d’une grande partie de la Genèse, de l’Exode et du Deutéronome, savoir :

Genèse : xvi, 9 — xvii, 17.

(1) Fol. 1, 1 vo, 19 et 20 v°.

•(2) Fol. 1 et 57 v«.

(3) Fol. 1, 14 et 19.

(4) Fol. 19, 20 v» et 22 v®.

LE PENTATEUQUE DE LYON

Genèse : xix, 5 — 28.

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