LES MANUSCRITS
DE LIPOGALYPSE DE BEATES
CONSERVÉS A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE Et cLans le Cabinet cio M. Did.ot ( 1 )
J’ai riionneur de mettre sous les yeux de l’Académie un volume que j’ai remarqué, il y a quelques jours, dans un lot de manuscrits envoyés d’Italie à un libraire de Paris, et qui va prendre place dans les collections delà Bibliothèque nationale. Ce manuscrit doit être d’origine espagnole ; le côté intérieur des plats est doublé d’un acte en espagnol, émané de Charles III, roi de Navarre, daté du 4 mai 1389 et attesté par « Moss. Miguel deTavar, prier de Roncesvaylles. » Il se compose actuellement de 157 feuillets de parchemin, hauts de 350 millimètres et larges de 230. Il y a des traces d’arrachement au commencement et à la fin (2), et j’ai constaté des lacunes après les feuillets qui sont aujourd’hui cotés 8, 56, 72, 73, 75, 114, 118, 138, 142 et 143. L’écriture, qui est disposée sur deux colonnes, peut être rapportée à la fin du xii*" siècle ; elle ne diffère
(1) Développement d’une notice communiquée à l’Académie des inscriptions, le 14 février 1879.
(2) On verra bientôt qu’il devait y avoir au commencement une suite de tableaux relatifs à l’histoire de l’Ancien Testament, et à la fin un commentaire sur le prophète Daniel.
APOCALYPSE
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pas sensiblement des meilleur types adoptés à cette époque par les calligraphes français ; mais l’emploi alternatif du rouge et du violet pour les initiales et le style des peintures nous indiquent suffisamment que c’est un travail espagnol (1).
Tel ffu’il se présente à nous, le manuscrit contient le commentaire de Beatus sur l’Apocalypse (2), ouvrage fort important pour l’histoire littéraire du moyen âge de l’Espagne, dont notre regretté confrère M. d’Avezac a entretenu l’Académie le 28 septembre d866 et le octobre 1869, et sur lequel un autre de nos confrères, non moins regretté, M. Didot a fait imprimer en 1870 une dissertation que les événements politiques ont empêchée d’obtenir une publicité suffisante.
Voici, d’après le manuscrit nouvellement acquis pour la Bibliothèque, l’indication des trois préfaces, du sommaire et des douze livres dont se compose le commentaire de Beatus sur l’Apocalypse.
Fol. 1. Préface adressée par Beatus à Etherius. « Quedam que diversis temporibus in Veteris Testamenti libris prenunciata sunt. . . — . . , coheredem faciam et omnis mei laboris. » Dans l’édition de Florez, p. 1, et dans Pasini, ii, 27.
Fol. 1. (( Prologus Jheronimi in libro Apochalipsin Johannis apostoli. Johannes apostolus et euvangelista a Domino Christo electus atque dilectus in tanto amore. et querentihus laboris fructus et Deo doctrina magisterii servetur. » Dans l’édition de Florez, p. 2.
Fol. 1 V®. « Item dompni Jheronimi in explanatione Apo-
(1) J’ai depuis acquis la certitude que ce manuscrit avait été acheté en Espagne par un libraire de Lyon, qui, après l’avoir offert en novembre 1878 à un libraire de Londres, l’a cédé à M. Vergani, libraire à Milan.
(2) Je citerai cet ouvrage d’après l’édition jusqu’à présent unique, dont un exemplaire m a été obligeamment envoyé de Londres par le docteur Nolté : Sancti Beati presbyteri lüspani Liebanensis, in Apocalypsin ac plurimas utriusque fæderis paginas commentaria... opéra ri Studio IK. P. doct. Henrici Florezi. Matriti, 1770. In-4“ de XLViii et 584 pages.
De beatüs
chalipsin Johantiis apostoli. Divêrsi marina discrimina transvadantes inveniunt casus . . . . tibi nostrum in
hoc volumine potissime sudabit ingenium, Anatholi karissimæ, » Dans l’édition de Florez, p. 3.
Fol. 1 v". Sommaire de l’ouvrage. « ïnterprelatio libri hujus. Johannes quoddam ex [merilo vaticinium nomen accepit. Interpretatur enim in latino eîoquio Domini gratia... » Dans l’édition de Florez, p. 4. — La dernière colonne dû sommaire manque, par suite de l’enlèvement d’un feuillet, entre les fol. 8 et 9. La lacune commence aux mots et terrà Nullus enim. (Florez, p. 35, ligne 2.)
... « [Incipit (1) tractatus de Apocalipsi Johannis in explanatione sua a multis doctoribus et probatissimis viris inlustribus, diverso quidem stilo sed non diversa ilde, iûterpretata, ubi de Ghristo et ecclesia, de Antichristo et ejus signis plenissimê cognoscas.] » Les premiers mots conservés sont Apochalipsis JfiesuGkristi quant. (Florez, p. 37, ligne 19.)
Fol. 21. Titre final du livre 1. « Explicit de filio hominis explanacio et de ecclesiis liber primus, in explanationô Apochalipsin Johannis apostoli. » (Chap. i de i’ Apocalypse.)
Fol. 21. Livre IL « Incipit prologus libri secundi de ecclesia et sinagoga, quid proprie dicantur, et quis in qua auctor esse dinoscitur plenissime lector agnoscat. » C’est le prologue du livre II dans l’édition de Florez, p. 84.
Fol. 34 V’. « incipit liber terciüs septem ecclesiarum. Hic liber continet quatuor animalia, et quatuor equos, animas interemptorum, quatuor ventos et düodena milia. » (Apocalypse, îï, 1 — IV, 6.) C’est le livre II dans l’éditinn de Fierez, p. 139.
Fol. 59 v». « Incipit explanâtio quatuor ânimalium in libro quarto. » (Apocalypse, iv, 6 — v, 14.) Dans l’édition de Florez, p. 242.
Fol. 72 v“. (( Incipit liber- quintus de septem sigillis. o (Apocalypse, ïv, 1 — VIII) 1.) Livre IV dans l’édition de Florez, p. 292.
(1) Je rétablis d’après l’édition (p. 36) Ce litre qui manque par suite
de la lacune signalée dans le manuscrit entre lës fol. 8 et 9.
APOCALYPSE
Fol. 85 V". Livre VI. « Incipit liber quintus [de septem tubis.l » (Apocalypse, viii, 2 — xiv, 5.) Livre V dans l’édition de Florez, p. 356.
Fol. 115 v°. « Incipit liber septimus. » (Apocalypse, xiv, 6 — XV, 8.) Dans l’édition de Florez, p. 451.
Fol. 121. (( Incipit liber octavus. » (Chapitre xvi de l’Apocalypse.) Dans l’édition de Florez, p. 467.
Fol. 128. « Incipit liber nonus de muliere et bestia. » (Chapitre XVII de l’Apocalypse.) Dans l’édition de Florez, p.489. Fol. 134. « Incipit liber decimus de diaboli civitate. o (Apocalypse, XVIII, 1 — XIX, 10.) Dans l’édition de Florez, p. 508.
« [Incipit liber undecimus.] o Le commencement de ce
livre était sur un feuillet qui manque, entre les fol. 138 et 139. (Apocalypse, xix, 11 — xx, iO.) Dans l’édition de Florez, p. 522.
Fol. 145 v°. c< Incipit liber duodecimus de diem judicii et civitatem id est ecclesiam.» (Apocalypse, xx, 11— xxii, 21.) Dans l’édition de Florez, p. 547.
Fol. 157. « Explicit liber Apocalipsin duodenario ecclesiarum numéro ita duodenario ordine librorum in cystone distincto. » Dans l’édition de Florez, p. 575.
Fol. 157. Note sur les mots Codex, Liber et Folia,
Les feuillets qui paraissent avoir été arrachés au commencement et à la fin, devaient contenir les uns une suite de tableaux relatifs à l’histoire de l’Ancien Testament, les autres un commentaire sur le prophète Daniel.
Le commentaire de Beatus est complété et éclairci par une suite de peintures qui représentent les principales scènes de l’Apocalypse et qui, dans le manuscrit nouvellement acquis, sont au nombre de soixante. J’en indiquerai en deux mots la place et le sujet.
1 (Fol. 10 v^). L’avènement de Jésus-Christ à la fin du monde.
2 (Fol. 12 v»). Le fils de Dieu au milieu de sept chandeliers d’or.
3 (Fol. 24 v° et 25). Mappemonde.
4 (Fol. 30 V”). La prostituée.
DE BEATUS
5-11 (Fol. 35, 38, 41 y°, 45, 48, 51 et 55 v“). Chacune des sept églises.
12 (Fol. 59). Les quatre animaux symboliques.
13 (Fol. 75 V'’). L’Ange de l’Orient.
14 (Fol. 85 v°). Le silence du ciel.
15 (Fol. 86). Les sept anges debout devant Dieu.
16-20 (Fol. 87, 88 v°, 89, 89 vo, 90 v°). Chacun des cinq premiers anges.
21 (Fol. 92). Les sauterelles semblables à des chevaux.
22 (Fol. 93). Le sixième ange.
23 (Fol. 94). Les chevaux à têtes de lions.
24 (Fol. 95). L’Ange remettant un livre à saint Jean.
25 (Fol. 97). Élie et Énoch.
26 (Fol. 98 v°). L’Antéchrist détruit Jérusalem et met à mort Élie et Énoch.
27 (Fol. 99 v°). Élie et Énoch enlevés au ciel.
28 (Fol. 100 v°). Le septième ange.
29 (Fol 101). Le temple de Dieu dans le ciel.
30 (Fol. 102). La bête montant de l’abyme,
31 (Fol. 102 v^"). La femme et le dragon.
32 (Fol. 103). Combat de saint Michel et du dragon.
33 (Fol. 106 v^*). La bête s’élevant au-dessus de la mer.
34 (Fol. 109). Autre bête s’élevant de terre.
35 (Fol. 114 \°). Tableau pour trouver le nombre de la bête.
36 (Fol. 116). L’Ange portant l’Évangile.
37 (Fol. 117 v°). Le fils de l’homme sur un nuage blanc, tenant une faucille à la main.
38 (Fol. 120). Le temple ouvert et les sept anges.
39 (Fol. 121). Les anges reçoivent l’ordre de répandre sur la terre les fioles de la colère de Dieu.
40-45 (Fol. 122 v^, 123, 124, 124 v% et 125). Chacun des six premiers anges répandant sa fiole.
46 (Fol 125 v°). Les trois grenouilles.
47 (Fol. 127). Le septième ange.
48 (Fol. 128). La condamnation de la prostituée.
49 (Fol. 129). La prostituée montée sur la bête.
50 (Fol. 133). Les dix rois vaincus par l’agneau.
51 (Fol. 135). L’incendie de Babylone.
APOCALYPSE
52 (Fol. 137). L’Ange jetant ane pierre dans la mer.
53 (Fol. 138). L’adoration des quatre animaux évangéliques et des vingt^uatre vieillards.
54 (Fol. 139 v“). L’Ange debout sur le soleil,
55 (Fol. 141). Combat du cavalier contre la bête et les rois.
56 (Fol. 142). L’Ange tenant la clé de l’abyme.
57 (Fol. 145). Le feu du ciel consume les ennemis de Dieu.
58 (Fol. 146), Le Seigneur sur son trône au jugement dernier.
59 (Fol. 148 v ’ et 149). L’Ange montre à saint Jean la Jérusalem céleste.
60 (Fol. 155 v"). L’Ange et saint Jean.
Ces peintures, malgré leur grossièreté, font le principal mérite du manuscrit ; nous n’avions rien qui pût nous donner une aussi juste idée du point auquel était arrivé l’art du miniaturiste dans les provinces septentrionales de FEspagne vers la fin du xii® siècle. Elles fourniront le sujet de curieuses remarques sur la nature des couleurs dont le peintre se servait, par exemple sur l’emploi d’une gomme à reflets argentins, et sur l’absence du bleu, qui est presque constamment remplacé par le pourpre ou le violet.
Le livre de Beatus a été publié par Henri Florez, à Madrid en 1770. Cette édition, fort peu connue, ne saurait dispenser d’étudier les anciens exemplaires, qui ne sont pas très rares, mais dont la dispersion rend les comparaisons assez difficiles. Notre Bibliothèque nationale est peutêtre le seul dépôt qui possède deux anciennes copies du commentaire de Beatus. On a signalé une vingtaine de manuscrits'de cet ouvrage ; mais il est probable que plusieurs d’entre eux n’existent plus. J’en ai dressé la liste suivante :