II
Il 46
APOCALYPSE
Je sais tout ce que ces relevés ont d’insuffisant et je regrette de ne pouvoir convenablement analyser et apprécier le caractère et la valeur de ces peintures, notamment de celles qui ornent le manuscrit de Saint-Sever. Je me borne à appeler l’attention de l’Académie sur quelques pages particulièrement intéressantes de ce dernier volume.
En dehors des scènes apocalyptiques, je citerai :
Le frontispice, sur lequel le nom de l’abbé Grégoire, qui a fait exécuter le volume, est encadré d’ornements où M. de Longpérier (1) a reconnu l’imilation d’une inscription coufique.
Le grand A du fol. 14, qui doit certainement être rapproché de l’alpha et de l’oméga du manuscrit de Girone, et du grand A du manuscrit de Saint-Isidore de Léon.
La mappemonde du fol. 45 bis verso, dont le fac-similé publié par M. Cortambert (:2) peut donner une idée.
Plusieurs pages restées en blanc ont été couvertes par des ornements et par de petits sujets étrangers au texte. Tels sont :
Les entrelacs des fol. 26, 138 et 176 v° ;
Les rosaces des fol. 143 v“ et 171 v” ;
Les médaillons à bêtes du fol. 198.
Telle est encore la petite miniature du fol. 184, où nous voyons deux hommes chauves s’arracher la barbe en présence d’une dame dont ils se disputent sans doute les faveurs.
Il est intéressant de comparer entre elles les peintures des différents exemplaires de Beatus, pour se faire une idée de la dérivation et de la dégradation des types, comme aussi de la variété des interprétations qui résultait de la
(1) Revue arcMologique, 1^° série, t. II, p. 698.
(2) Trois des plus anciens monuments géographiques du moyen âge. Paris, 1877. In-8o de 31 p. et 2 planches. Extrait du Bulletin de la Société de géographie.
DE BEATUS
différence des époques et du génie propre aux différents artistes. Rien n’est plus instructif que de mettre le manuscrit de Saint-Sever, qui est du milieu du xi® siècle, à côté du manuscrit de M. Didot, qui est de la fin du xii® siècle. Dans le premier, des bordures et des entrelacs, d’une grande pureté de lignes et d’une étonnante richesse de couleurs, rappellent les beaux monuments des écoles carlovingiennes ; beaucoup de tableaux sont empreints d’un sentiment religieux très élevé, tout k fait idéal et comparable aux meilleures peintures byzantines. On peut apprécier ces qualités dans les tableaux qui représentent les serviteurs de Dieu marqués au front par l’ange (fol. 119) ; l’adoration de l’agneau par les justes (fol. 120 v® et 121) ; la glorification de Dieu par les vieillards et les anges (fol. 121 v° et 122) ; les sept anges porteurs de trompettes et l’ange à l’encensoir (fol. 135 v®).
Dans l’autre manuserit, celui de M. Didot, les encadrements sont à peu près nuis ; les figures, plus raides, moins riches de couleurs, rappellent les majestueuses statues qui font la gloire de nos cathédrales de la fin du xii® siècle ; les animaux sont bien compris, vigoureux et pleins de vie ; les détails d’architecture et de costume sont parfaitement rendus ; mais les types sont souvent devenus vulgaires, par exemple, l’Enfant Jésus du fol. 143, qui provoque le sourire quand on le rapproche du sujet correspondant sur le fol. 159 du manuscrit de Saint-Sever.
La comparaison des deux manuscrits est d’autant plus instructive qu’ils dérivent tous deux d’un type commun, comme le prouvent non seulement la composition et la succession des sujets représentés, mais encore la parfaite ressemblance de certains détails secondaires, par exemple les enroulements qui forment le cadre d’une note relative à la chronologie de l’histoire romaine (fol. 11 v° du manuscrit de Saint-Sever, fol. 12 v° du manuscrit Didot).
Il serait bien désirable que les comparaisons pussent