MANUSCRITS DU CARINBT DE M. DIDOT
La bibliothèque de M. Didot renfermait une célèbre collection de manuscrits que nous aurions vivement désiré ne pas voir dispersée. Si elle était entrée en bloc à la Bibliothèque nationale, elle aurait rendu de grands services aux artistes comme aux érudits ; placée à côté des séries de manuscrits que nous devons aux grands amateurs du XVII® et du xviii® siècle, elle eût immortalisé dans le sanctuaire des Lettres françaises un nom déjà cher aux amis de l’art typographique. Il n’a tenu ni à Tadministration de la Bibliothèque, ni aux ministres de l’Instruction publique que des arrangements ne fussent pris pour assurer à notre pays la ptissession de l’ensemble des collections manuscrites de M. Didot ; mais il était impossible de donner suite à un aussi louable projet, du moment où il était décidé que toute la bibliothèque de M. Didot serait l’objet de ventes successives, dans lesquelles chaque article devait être poussé jusqu’aux prix extrêmes parles libraires les plus audacieux et par les particuliers ou les établissements les plus riches ou les plus intéressés à posséder tel ou tel livre, tel ou tel manuscrit. Dans ces conditions, il eût été insensé
(1) Extrait ou développoment de rapports adressés en 1878 et en 1879 à M. Bardoux et à M. Ferry, ministres de l’Instruction publique.
MANUSCRITS DIDOT
de vouloir entrer en concurrence avec les amateurs pour qui l’argent n’a point de prix, comme disait au xvii^ siècle le conseiller Jean Bouhier, quand il voulait se consoler de ne pouvoir disputer à l’avidité du surintendant Fouquet les manuscrits grecs de Charles de Montchal. La Bibliothèque a donc renoncé, non sans regrets, à. tout ce qui, chez M. Didot, tirait principalement sa valeur du caprice ou delà rareté, de la richesse de l’exécution, de la beauté des peintures, de la condition des exemplaires ou du luxe des reliures. Garder en France les documents les plus indispensables aux travaux de nos compatriotes, telle a été l’unique ambition des conservateurs de la Bibliothèque nationale. M. Bardoux et M. Ferry, ministres de l’Instruction publique, ont bien voulu approuver cette manière d’envisager la question. Les crédits qu’ils ont obtenus des Chambres nous ont permis d’effectuer les acquisitions les plus désirables aux deux ventes qui ont eu lieu en juin 1878 et en mai 4879.
Les héritiers de M. Didot se sont acquis des droits à notre reconnaissance, non seulement en nous offrant des délais de payement, mais encore en ajoutant généreusement aux dix manuscrits par nous acquis un onzième manuscrit, qui leur vaudra une place honorable sur la liste des bienfaiteurs de la Bibliothèque nationale.
Suit la notice des manuscrits de M. Didot, qui ont été insérés en 1878 et 1879 dans le fonds latin et dans le fonds français des nouvelles acquisitions.
I. (1) Quadruple version du psautier, savoir : les trois versions latines de saint Jérôme et la version grecque des Septante, transcrite en caractères latins. Voici les premiers mots de chacune de ces versions, qui dans le manuscrit
(1) du catalogue de la vente faite en 1879.— Nouv. acq. lat. 2193.
sont disposées synoptiquement sur quatre colonnes, et qui
commencent au fol. 8 v° :
Gallicîim. — Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum et in via peccatorum non stetit et in cathedra pestilentiæ non sedit. — Sed in lege Domini voluntas ejus et in lege ejus meditabitur die ac nocte. — Et erit tanquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum, quod fructum suum dabit in tempore suo. — Et folium ejus non defluet, et omnia quecumque faciet prosperabuntur. — - Non sic impii, non sic, sed tanquam pulvis quem proicit ventus a facie terræ. — Ideo non resurgunt impii in judicio neque peccatores in consilio justorum. — Quoniam novit Dominus viam justorum et iter impiorum peribit.
Romanum, — Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum et in via peccatorum non stetit et in cathedra pestilentiæ non sedit. — Sed in lege Domini voluntas ejus et in lege ejus meditabitur die ac nocte. — Et erit tanquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum. Quod ffuctum suum dabit in tempore suo, et folium ejus non decidet, et omnia quæcumque faciet prosperabuntur. — Non sic impii, non sic, sed tanquam pulvis quem proicit ventus a facie terræ. — Ideo non résurgent impii in judicio, neque peccatores in consilio justorum. — Quoniam novit Dominus viam justorum et iter impiorum peribit.
Hebraicum. — Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum et in via peccatorum non stetit in cathedra derisorum non sedit. — Sed in lege Domini voluntas ejus et in lege ejus meditabitur die ac nocte. — Et erit tanquam lignum transplantatum juxta rivulos aquarum. — Quod fructum suum dabit in tempore suo, et folium ejus non defluet, et omne quod fecerit prosperabitur. — Non sic impii, sed tanquam pulvis quem projecit ventus. — Propterea non resurgunt impii in judicio neque peccatores in congregatione justorum. — Quoniam novit Dominus viam justorum et iter impiorum peribit.
Grecum. — Makarios anir os uc eporeuthi en buli asebon. ce en odo amartolon uc esti. ce epi cathedra limon uc ekatisen.
MANUSCRITS DIDOT
— Alli en ti nomo Kiriu tho thelima autu. ce en to nomo autu melelisi imera ce nictos. — Ce este osto xilon to pefiteumenon para tas diexodus ton idaton. — 0 ton carpon autu dosi en cero autu. — Ce to fdlon autu uc aporusete. ce panta osa an pii cateuvodothisete. — Uc hutos i asebis, uc hutos. allios o chnus on ecripti o anemus apo prosopu tis gis-
— Dia tuto uc anastisonte asebis en crisi ude amartoli en buli diceon. — Oti ginosci kirios odon diceon. ce odos asebon apolite.
Chacune de ces quatre versions se termine au fol. 108
par un titre final :
Explicit psalterium gallicum secundum hebraicum et LXX® interprètes emendatum a sancto Hieronimo presbitero. — Explicit psalterium romanum, quod de hebreo in grecum transtulerunt LXX interprètes. — Explicit psalterium bebraicum quod de hebreo in latinum transtulit Hieronimus presbiter. — Explicit psalterium grecum, quod in aliquibus locis concordat cuin gallico, in aliquibus cum romano, in aliquibus cum hebraico.
En tête du psautier sont les pièces suivantes ;
Fol. 1 V®. « Incipit origo prophetiae regis David psalmorüm numéro centum quinquaginta. David tilius Jesse, cum esset in regno suo, quatuor elegit. ...»
Fol. 1 v°. « Hieronimus ad ; Paulam et Eustochium de correctione psalterii in latino juxta LXX interprètes. Psalterium Romæ dudum positus emendaram .... »
Fol. 2. « Hieronimus Sophronio, quod liber psalmorüm unus sit et non plures secundum quosdam, et quod omnes psalmi auctorum sint qui ponuntur in titulis, et quod ipse psalterium de hebreo transtulerit in latinum. Hieronimus Soffronio suo salutem. Scio quosdam putare psalterium in quinque »
Fol. 2. « Incipit æpistola sancti Hieronimi presbiteri ad Sunniam et Fretelam, de verbis psalterii, quæ de septuaginta interpretum editione corrupta sunt. Dilectissimis fralribus Sunniæ et Fretelae et ceteris qui vobiscum Domino
A LA BIBLIOTHÈÜUE NATIONALE
sérviunt, Hieronimus. Vere in vobis apostolicus. . . . » — Les corrections interlinéaires qu’on lit à plusieurs endroits de ce morceau témoignent des efforts tentés au xii® siècle, probablement par un moine de Saint-Martin de Tournai, pour rétablir des mots grecs altérés par le copiste du manuscrit.
Fol. 7. « Hieronimus ad Marceilam de diapsalmate. Quæ acceperis reddenda cum fœnore sunt. . . , n
A la suite du psautier, on trouve (fol. 108) le texte des cantiques, qui sont pour la plupart en quadruple version ; puis, les alphabets latin, grec et hébraïque (fol. 116 v») ; rO raison dominicale et le Symbole des Apôtres en latin et en grec [ihid.) \ le Te Deum, intitulé « Hymnus sanctorum doctorum Ambrosii et Augustin! episcoporum, » dont les onze premiers versets sont seuls accompagnés de la version grecque (fol. 117); le Symbole de saint Alhanase (fol. 117) ; les Litanies des saints, en latin et en grec (fol. 117 v*^).
Une longue inscription tracée à la fin du volume (fol. 118 v° et 119), nous apprend qu'il appartenait à l’abbaye de Saint-Martin de Tournai, et qu’il avait été copié en 1105 par ordre de Tabbé Eudes, depuis évêque de Cambrai :
Liber Sancti Martini Tornacensis (1) cenobii. Si quis hune librum de æcclesia Sancti Martini Tornacensis abstulerit vel auferri permiserit, anathema sit. Fiat. Fiat. Amen. Amen. Anno ab incarnatione Domini millésime centesimo quinto, et a restauratione hujus cenobii quarto decimo, scriptus est liber iste in hoc ipso cenobio a quodam fratre monacho et subdiacono, precipiente viro venerandæ memoriæ domno Odone primo monacho et primo abbate hujus sancti cenobii. Qui venerandus abbas eodem anno raptus ad episcopatum Cameracensis civitatis, non sine damno totius nostræ congregationis nobis ablatus est ; consecratusque est episco-
(1) Une main moderne a transformé ce mot en Turonensis.
MANUSCRITS UIDOT
pus supradictæ Cameracensis civitatis a Manasse Remensi metropolitano et septem comprovincialibus episcopis, anno dominicæ incarnationis millesimo centesimo quinte, indictione tertia décima, epactalIR, sexto nonas Julii, die dominica, Romanæ urbis cathedrae présidente domno Paschali papa, Francorum regnum gubernante rege Philippe. Nostriim vero cenobium rexit annis XIIpî”, in quibus ita ei divina gratia affuit ut, cum ante ejus adventum per trecentos fere annos nullus in bec loco monachus fuerit,. infra duodecim annos, non solum terras et mansiones et officinas et quæque usibus servorum Dei sunt necessaria, verum etiam plus quam LXX*® monachos omnipotenti Domino regulariter servituros in hoc loco aggregaverit.
Volume sur parchemin, de 119 feuillets. 375 millimètres sur 285.
De ce manuscrit, Pun des plus précieux débris de la bibliothèque de Saint-Martin de Tournai (1), parait dériver le Psautier quadriparti de Saint-Amand, aujourd'hui conservé à Valenciennes. 11 faut aussi en rapprocher le manuscrit latin 15198 de la Ribliothèque nationale ; mais celui-ci ne renferme, en regard les unes des autres, que la version hébraïque, la version romaine et la version grecque écrite en caractères latins. — Nous avons aussi, dans le magnifique psautier, n'^ 8846 du fonds latin, la réunion des trois versions latines de saint Jérôme. — Dans la préface de son édition du Psalterium juxta Hehrœos Hieronymi (Lipsiæ, 1874. In-8), M. Paul de Lagarde a donné quelques indications sur plusieurs manuscrits qui renferment synoptiquement les différentes versions du psautier (2).