DE BELGIQUE ET DE HOLLANDE
Dans un voyage que je fis, au mois de juillet 1879, en Belgique et en Hollande, pour acheter quelques yolumes destinés à la Bibliothèque nationale et pour rechercher les volumes originaux des traductions de Nicole Oresme, j’eus l’occasion d’examiner à Bruxelles, à La Haye et à Leyde un certain nombre de manuscrits, que les conservateurs MM. Ruelens, Campbell et du Rieu mirent à ma disposi- i tion avec le plus gracieux empressement. Ces manuscrits ' ont presque tous une réelle importance, et comme la plupart d’entre eux n’ont pas été signalés, ou du moins décrits avec une suffisante exactitude, j’ai cru devoir consigner ici, i quelque sommaires qu’elles soient, les notes que j’ai rap- ' portées de mon voyage. Je les offre au lecteur, sans autre ' préambule, en suivant à peu près l’ordre chronologique des transcriptions, c’est-à-dire en commençant par les plus i anciens.
I. Opuscules de saint Jérôme, de saint Augustin, d’Isidore, etc. (Ms. 46S de| la Bibliothèque royale de ^ La Haye.) '
Petit volume sur parchemin, du viii^ siècle ou peutêtre du commencement du ix® siècle. Il a jadis fait partie
MANUSCRITS DE BELGIQUE
de la bibliothèque de Tabbaye de Saint-Berlin, comme l’indique une note du xv® siècle, tracée en tête du manuscrit : « De libraria Sancti Berti... Jheronimus. Questiones super Genesim. Secundo folio Cum dum. »
Fol. 1. « Hieronimi in libro Genesy questione. s Fol. 25 V®. « In libro questionum sancti Agustini episcopi. » Fol. 28 V®. « Incipit tractatus Isidori in exposicione Genesis. » Fol. 45 v°. « Incipit exposicio quatuor evangeliorum sancti Hieronimi presbiteri de brevi proverbio édita secundum anagogen. »
Fol. 126 V®. <s Civitas Hierusalem habens portas majores vu absque porticaid est porta Benjamin... — ... (Fol. 134 v») inter duos pedes passus cxxv, passus (1) stadium est. viii stadia mille passus eftlciunt. d (C’est l’opuscule de Theodosiu?.)
Fol. 134 V®. <( Prefatio Bedani. Dilectissimo fratri Notelmo Beda salutem. Que de libro Regum dilucidanda tibi, frater dilectissime, misisti... »
Fol. 139. (( Incipit liber questionum in Regum domni Bedani presbiteri. »
II. ViEd’ÀLEXANDRE. (Manuscrit du Muséum Meermanno- Westreenianum, k La Haye.)
Parmi les débris de la bibliothèque du collège de Clermont qui sont arrivés dans ce dépôt, j’ai remarqué plusieurs cahiers d’un volume écrit au x® siècle et qui renferme une vie latine d’Alexandre, probablement l’abrégé de Julius Valerius. Cette vie, dont le commencement paraît manquer, se termine ainsi : « .... Insignîvit ergo muros earum primorum quinque grecorum elementorum characteribus, ut legeretur in ûs Alexander rexgenus Jovisfeoit: ABrA[E]. Et quem orbis universus ferro superare non potuit, vino et veneno superatus, extinctus occubuit. Finis. «
(1) Des points ont été marqués au-dessus du mot passus, sans doute pour l’exponctuer*
ET DE HOLLANDE
Sur le dernier feuillet est une note contemporaine de l’exécution du manuscrit. Elle énumère plusieurs livres qu’avait à garder Gui, archidiacre de Langres:
Sont in custodia Vuidonis, archidiaconi Lingonensis, isti libri quorum hec sunt nomina :
Orosius ab urbe cundita.
Capitula Karoli Magni sive Luduici Aigusti vel Clotarii cesaris.
Exposicio super Isayam.
Gesta Francorum.
Virgilius.
Exmaradus.
Lex Reboariorum ,sive Alemannorum .
Prissianus miiior.
Euticius.
Une note absolument semblable se trouve à la fm d’im manuscrit de lois barbares qui, après avoir appartenu aux jésuites du collège de Clermont (1), à Meerman (2) et à Relier (3), a été acquis en 1862 pour la bibliothèque centrale de Varsovie (4).
III. Psautier de l’abbaye de Peterborough. (Ms. 9961 de la Bibliothèque royale de Bruxelles.)
Volume de 141 feuillets de parchemin, hauts de 300 millimètres et larges de 194. Écriture du milieu du xiii® siècle, à deux colonnes, en lettres d’or, d’azur et de vermillon, sans emploi d’encre noire.
Fol. 1. Calendrier, orné de plusieurs petites miniatures
(!) P. 227 du Catalogue, art. 617. Le texte de la note est destiné à la page 228.
(2) P. 103 du Catalogue, art 600.
(3) Hænel, Lex Romana Wisigoth.^ p. lxix.
(4) Hubé, Laloi salique; Varsovie, 1867, in-octavo.
MANUSCRITS DE BELGIQUE
dont le fond est fleurdelisé. On y remarque les fêtes suivantes :
Nonis Maii. Johannis, episcopi de Beverleio.
IIIl Kal. Oct. Dedicatio ecclesie Burgi.
III Nonas Oct. Octave dedicationis.
XVII Kal. Nov. Michaelisin monte Tumba.
XII Kal. Nov. Festivitas reliquiarum.
XV Kal. Dec. Hugonis episcopi Lincolniensis. Hylde virginis et Aniani.
IIII Kal. Jan. Thome archiepiscopi et martyris.
Fol. 7. Préface du psautier. «David filius Jesse cum esset... »
Fol. 13 v°. Prière attribuée à saint Benoît, qu’on avait k réciter avant de chanter le psautier : « Suscipere dignare, Domine Deus omnipotens, hos psalmos consecratos, quos ego indignus peccator decantare cupio... » En tête de cette prière, deux médaillons, représentant Notre-Seigneur et saint Benoît à genoux.
Fol. 14. Psautier.
Fol. 89. Litanies, da.nslesquelles sont invoqués beaucoup de saints anglais. L’article Sancte Bénédicte est suivi du chiffre II, ce qui indique que le livre était à l’usage d’une maison de l’ordre de Saint-Benoît.
Fol. 94. Cantiques.
Fol. 99 v°. Symbole de saint Athanase.
Au fol. 100 V® commence une série de prières, dont beaucoup sont en vers et dont j’ai relevé les titres et les premiers mots. Dans la grande lettre initiale du fol. 100 v°, on voit un bénédictin adressant sa prière à Dieu le père.
Fol. 100 V". « Oratio ad patrem omnium creatorem. Summe pater rex elerne... »
Fol. 101. « Oratio ad filium. Christe summi patris splendor et gloria... »
Fol. 101 V®. « Ad spiritum sanctum oratio. Paraclite totum solacium .... »
ET DE HOLLANDE 199
Fol. 101 yo. « Ad sanctam Trinitatem. Adoramus te summa deitas... »
Fol. 102. « Oratio ante crucem. Benedictus pater ingenitus ...»
Fol. 102 v°. « Te adoro crux beata... »
Fol. 103. « Alpha et oo magne Deus... »
FoL 103. c( Nate patri coequalis. . . »
Fol. 103 yo. « Paraclitus increatus... »
Fol. 103 y°. « Extra portam jam delatum. . . »
Fol. 104 y®. « Deus bonus et immensus. . . »
Fol. 104 y°. « Oratio ad patrem. Oro teDeus rector omnium... » Fol. 105. « Oratio ad fdium. Jhesu Ghriste salyator hominis...» Fol. 105. « Oratio ad spiritum sanctum. Sancte spiritus qui mortalium ...»
Fol. 105. « Oratio ad sanctam crucem. Sahe crux sancta yenerabilis ...»
Fol. 105 y°. (( Oratio de tribus magis. Deus qui très magos orientales... »
Fol. 105 yo. a Incipit oratio beate Marie yirginis gloriose. » Cette oraison se compose de 150 quatrains, en tête de chacun desquels se récitait la Salutation angélique. En yoici le premier :
Aye, porta paradisi,
Lignum yite quod amisi,
Per te michi jam dulcescit,
Et salutis fructus crescit.
Fol. 112. « Letania de beata Maria yirgine. Ky ceste letanie dirra chescun jur, Nostre Dame seinte Marie luy moustra queu jur ke il murra, ou le jur deyaunt. »
Fol. 112 y\ « Aye Ghristi mater digna. . . »
Fol. 113 y°. « Oregina angelorum | Virgo mater melliflua... » Fol. 114. « Ecce ad te confugio. . . »
Fol. 115. « Ghristi mater generosa. . . »
Fol. H5 y". (( Ghristi mater ad te clamo, . . »
Fol. 116. « O regina celestis glorie. .. »
Fol. 117. « Dei mater o yirgo yirginum. . . »
Fol, 118 yo. « Nostrum decus et nostrum gaudium. . . »
MANUSCRITS DE RELGIQUE
Fol. H9 v“. Oraison à Notre-Dame, en 28 couplets, dont voici le premier :
Alma serena pia precelsa beata Maria,
Tu fons orthorum, tu certa sains raiserorum.
Lumen cecorum, requies optata laborum,
Da rnichi te care carissima semper amare Te rnichi da clare clara cum laude vocare.
Fol. 421 (( Animarum spes lapsarum. . . »
Fol. 121 V”. c( Stella maris que preclaris emicas virlutibus...» Fol. 122. (( O Maria, vite via, plena Dei gratia... »
Fol. 122 v°. « Oratio ad patrem. Domine Deus pater. . . »
Fol. 122 v»., (( Oratio ad filium. Domine Jhesu Christe tili Dei vivi ...»
Fol. 122 v°. « Oratio ad spiritum sanctum. Domine sancte spiritus, qui coequalis. . . »
Fol. 123. « Oratio ad sanctamTrinitatem. Domine Deus meus qui es triiius... »
Fol. 124 v». « Item alia oratio ad sanctam Trinitatem. Adoro te, pater et fili et spiritus sancte... »
Fol. 126. « Oratio ad sanctam crucem. Adoro te Domine Jhesu Christe... »
Fol. 126 v». « Alia ad sanctam crucem. Deus qui voluisti... » Fol . 126 v“. « Oratio ad sanctam Mariam et sanctum Johannem ewangelistam. O intemerata et in eternum benedicta .. » Fol. 127 v“. « Oratio ad eandem gratulatoria. Ave Maria gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui. Amen. Yere gratia plena et benedicta cujus plénitude benedictionis... »
Fol. 128 V". « Oratio Walteri clerici, quam in laudem beate Marie semper virginis fecit et devote ad honorem ejusdem colidie decantavit, cui beata virgo in agone mortis apparens banc oraîionem scribi jussit. Ave mater Domini, Ave regina celi, Ave domina mundi... »
Fol. 129. « Sanctus Bernardus, abbas Clarevallis, videns duas animas in celum deferri et a caterva demonum, eis obvia, ab ascensu suo impediri, audivit ipsas animas advocantes auxilium beate Marie, et banc antiphonam cantantes, que
ET DE HOLLANDE
statim per duos angelos a beata virgine missos a demonibus fuerunt liberale et in celo collocale. Antiphona. Salve regina misericordie... »
Fol. 129. «Jtem alia. Sancta Dei genitrix Maria, virgo ante partum... »
Fol. 129 V®. « Sancta et perpétua virgo Maria, domina et advocatrix mea... » '
Fol. 130 v°. « Oratio eximia de beata et perpétua virgo (sic) matre Domini Maria. Singularis meriti sola sine exemple mater et virgo... »
Fol. 131 v". « Oratio ad sanctum Michaelem archangelum. » Fol. 132. « Oratio ad sanctum Gabrielem archangelum. »
Fol. 132. « Ad sanctum Raphaelem. »
Fol. 133. « Oratio ad angelum homini deputatum. »
Fol. 133. « Item alia oratio. Obsecro te, angelice spiritus, cui ego ad providendum commisses sum... »
Foi, 133 v°. « Oratio ad omnes angelos. »
Fol. 133 v°. (( Ad sanctum Johannem Baptistam. »
Fol. 134. « Oratio ad sanctum Petrum apostolum. )>
Fol. 135. « Oratio ad sanctum Paulum apostolum. »
Fol. 135. « Oratio ad sanctum Andream apostolum. »
Fol. 135. « Ad sanctum Andream apostolum oratio. »
Fol. 135. (( Ad sanctum Johannem evangelistam. »
Fol, 135 v”. « Oratio ad sanctum Thomam apostolum. »
Fol. 135 v». (( Oratio ad sanctum Jacobum fratrem Domini. » Fol. 135 V®. « Oratio ad sanctum Philippum. »
Fol. 136. «Oratio ad sanctum Bartholomeum. »
Fol. 136. «Ad sanctum Matheum apostolum et evangelistam oratio. »
Fol. 136 V". « Oratio ad sanctum Stephanum prothomartyrem. »
Fol. 136 v^’. « Ad sanctum Thomam martyrem. »
Fol. 136 v“. « Oratio ad sanctum Laurentium. )>
Fol. 137. a Ad omnes martyres. »
Fol. 137. « Oratio ad sanctum Nicholaum. ))
Fol. 137 v°. « Oratio ad sanctum Benedictum. »
Fol. 138. « Oratio ad sanctum Guthlacum. »
Fol. 138. « Oratio ad omnes confessores. »
MANUSCRITS DE BELGIQUE
Fol. 138 V®. « Ad sanctam Mariam Magdalenam. »
Fol. 138 v®. « Oratio ad sanctam Katerinam. »
Fol. 139 v“. <L Ad sanctam Margaretam oratio. »
Fol. 140. Ad sanctam Geciliam oratio. »
Fol. 140. « Oratio ad sanctam Agatham. »
Fol. 141 v°. « Ad omnes virgines. »
Fol. 141 V”. « Oratio ad beatam Mariam et omnes sanctos. »
Premiers mots du deuxième feuillet du psautier (fol. 15 du manuscrit): «dit nobis bona...» — Premiers mots des trois derniers feuillets : « Félix et inclita (fol. 139)... ; Adjuvit decertantem (fol. 140)...; Sustinentiam pauperibus (fol. 141)... »
Les fol. 10-13, 24-25 v°,32 v®-33 40 et verso, 47 v°,
48, 56 et verso, 64 et verso, 72 v°-73 v®, 92-93 sont couverts de peintures, dont la réunion forme 109 petits tableaux, représentant diverses scènes de F Ancien et du Nouveau Testament. Ces tableaux sont d’ordinaire au nombre de quatre par page ; ils sont entourés de vers explicatifs, tracés en vermillon et en azur. La première page peinte (fol. 10) renferme quatre sujets: l’Annonciation, en regard du Buisson ardent; — la visite de la sainte Vierge à sainte Elisabeth , en regard des figures de la Loi ancienne et de la Loi nouvelle, avec la Paix embrassant la Justice. Voici les légendes de ces tableaux :
Femina sancta virum circumdat, ait Jeremias : Circumdat dominum virgo Maria suum.
Enpariet et concipiet, sic fert Ysayas,
Virgo Deum semper imviolata manens.
Non ardens ardere rubus, non tacta videtur Virginitas tangi, dum parit absque pari.
Virginitas vellus, verbum ros, arida lellus Est caro virginea. Conca quid? Ecclesia.
Plaude puerperio virgo vetiile, quiavero
Obviât hic pietas, veteri dat lex nova metas.
Oscula justicie dat pax, cognata Marie,
Applaudet régi precursor, gratia legi.
ET DE HOLLANDE 203
Outre les tableaux destinés à l’instruction et à l’édifica tion des personnes qui feuilletaient ce psautier, il y a, çà et là, de petites miniatures, qui n’ont point de caractère religieux et qui sont simplement destinées à remplir des vides.
Au foL 39 v®, un jeune homme dans un arbre jette des cerises à une jeune fdle qui les reçoit dans un pan de sa robe.
Sur la même page, un ours se dresse contre le tronc d’un arbre dans les branches duquel sont un oiseau et un singe. Au fol. 47, scène de chasse.
Au fol. 72 v°, un chevalier avec un faucon sur le poing embrasse une dame; le cheval est tenu par un valet.
Au milieu des ornements et des arabesques qui couvrent les marges, on distingue des armoiries peintes avec soin et qui ne sont pas de simples caprices d’imagination :
D’or au lion de sable. Fol. 34, 41, 48 v», 57, 65,
D’or au lion de gueules. Fol. 41, 57, 65.
Un lion d’or sur un fond d’azur semé de billettes d’or. Fol. 41, 65.
Bandé d’or et d’azur à la bordure de gueules. Fol. 57.
D’argent au lion de gueules. Fol. 65.
D’or à trois besans de gueules. Fol. 34, 48 v°.
Ces petits blasons ont été ajoutés après coup, ;en même temps que les grandes armoiries qui se voient au bas de la page et dont voici la description :
Écartelé :
Au 1 et au 4, de France à la bordure d’argent et de gueules ; Au 2, parti : 1 bandé d’or et d’azur à la bordure de gueules:
• — 2 de sable au lion d’or.
Au 3, parti : 1 bandé d’or et d’azur à la bordure de gueules ; — 2 d’argent au lion de gueules.
Après avoir ainsi minutieusement décrit ce beau volume, nous devons en rechercher l’origine.
3IANUSCRITS DE BELGIQUE
1 II doit venir d’une abbaye bénédictine, comme l’indiquent es miniatures des fol. 13 v° et 100 v°, et mieux encore la répétition de l’invocation Sancte Bénédicte, dansleslitanies des saints. — Cette abbaye était située en Angleterre : cela résulte de la mention de quelques saints anglais dans le calendrier, et surtout de la prière k saint Gutlilac qui se lit au fol. 138. — Le nom de cette abbaye est formellement exprimé dans le calendrier :
IIII Kal. Octobris. Dedicatio ecclesie Burgi.
Or, parmi les églises du diocèse de Lincoln qui furent dédiées en 1238, Mathieu Paris (ou, pour parler plus exactement, Mathieu de Paris) mentionne pareillement k la date du 28 septembre, l’église de Peterborough :
Ecclesia de Burgo, quarto kalendas Octobris (1).
Le psautier a donc été copié et peint au milieu du xiii® siècle pour l’usage de l’abbaye de Peterborough. Je vais maintenant établir qu’au siècle suivant, sous lesrègnes de Charles V et de Charles VI, il se trouvait dans la librairie royale au Louvre.
Nous lisons, en effet, dans l’inventaire de Gilles Mallet
Un très beau psaultier, tout escript de lettre d’or et d’azur, et sont lez hays brodez des armes de Bourgongne, et y est le sacre des roys d’Angleterre, à une chemise blanche (2) .
Et dans celui de Jean le Bègue, en 1411 :
Item un psaultier très bel, tout escript de lettre d’or et d’asur et de vermeillon, et sont les aiz brodez des armes de Bour-
(1) Chronica majora, éd. Luard, III, 517. (London. 1876. In-8.) — C’est à tort qu’on a voulu rapporter la dédicace de Peterborough au 4 des nones (et non pas des calendes) d’octobre; voyez The history of the Cliurch of Peterburgh, by Symon Gunton and Symon Patrick (London, 1686. In-folio), p. 303, QtMonast. anglicanim, nouv. édit., l. I, p. 355.
(2) Manuscrit français 2700 de la Bibl. nat., fol. 35 v“, article 879.
ET DE IIOLLÂJ^DE
gongne, et y est le sacre des roys d’Angleterre, à une chemise blanche de toille, à deux fermoirs d’argent, de grosse lettre de forme, en latin, commençant ou IP foillet du psaultier dit nobis bona,et ou derrenier Dommws vobiscum{i).
Il est évident que ces deux articles d’inventaire se rapportent à un même psautier, qui est incontestablement le ms. 9961 de Bruxelles. En effet, le ms. 9961 de Bruxelles est un psautier tout écrit de lettres d'or, d'azur et de vermillon, doiii le second feuillet dutexte commence par les mots dit nobis bona. A la vérité, il ne contient pas le céré monial du sacre des rois d’Angleterre; mais nous sommes autorisé à supposer qu’une main française a fait disparaître cet office, qui devait être à la fin de ce volume, et c’est par suite d’une mutilation si facile à comprendre, que les premiers mots du dernier feuillet sont aujourd’hui sustinentiam pauperibus et non pas Dominus vobiscum, comme au temps où le manuscrit était plus complet.
Je n’essaye pas d’expliquer quand et pourquoi les armes de Bourgogne furent brodées sur les plats de ce volume et peintes sur les marges de beaucoup de feuillets.
Le psautier de Peterborough et le livre de Saint-Bertin qui fait l’objet delà notice suivante, sont des documents fort importants pour l’histoire de la peinture au moyen âge. Nul doute que les sujets dont ils renferment des représentations avec des légendes en vers n’aient offert beaucoup d’analogie avec les grandes peintures qui couvraient les murailles des cathédrales et des autres églises. La justesse de ce rapprochement ne saurait être contestée, quand on a lu l’avertissement dont est précédée une collection d’inscriptions en vers dans un manuscrit du xiif siècle recueilli par sir Thomas Phillipps. Voici le texte de cet avertissement (2).
(1) Même manuscrit, fol. 97 v°, article 566.
(2) Calalogus librorum mss, in bibliolheca Phillippica, p. 182, article consacré au ms. 11059.
MANUSCRITS DE BELGIQUE
Dolens in sanctuario Dei fieri picturarum ineptias, et deformia quedam, portenta magis quam ornamenta, optabam, si fieri posset , mentes oculosque fidelium honestius et utilius occupare. Cum enim nostri temporis oculi non solum vana sed etiam profana sepius voluptate capiantur, nec facile putaverim inanes ecclesie picturas hoc tempore posse penitus abrogari, presertim in cathedralibus et baptismalibus ecclesiis, ubi publiée fiunt stationes, excusabilem arbitrer indulgentiam, si vel ejusmodi picturis delectentur, que, tanquam libri laicorum, simplicibus divina suggérant, et litteratos ad amorem excitent scripturarum, Siquidem, ut pauca tangamus de plurimis, quidnam decentius est, quid fructuosius, speculari circa Dei altarium aquilas bicipites, unius ejusdemque capitis leones quatuor, centaures pharetratos , frementes acephalos, chimeram, ut fingunt logici, fabulosa vulpis et galli diludia, simias tibicines, et onos liras boetii ; vel certe contemplari gesta patriarcharum, legis ceremonias, présidia judicum, typicos regum actus, certamina prophetarum, Machabeorum triumphos, opéra Domini salvatoris, et jam choruscantis evangelii revelata misteria ? Num adeo angusta est Veteris ac Novi Testament! sériés, quatinus, honestum et utile postponentes, in adinventionum turpitudine, numéros, ut aiimt, jocosos effundamus? Sed bec fantasmatum ludibria paulatim introduxit pictorum nefanda presumptio, quam utique tanto tempore non debuit ecclesiastica gravitas acceptasse : nam acceptare visa est, quod reprehensibili non desinit sustinentia tolerare. Ad moderandam itaque pictorum licentiam, immo ad informandam eorum operamin ecclesiis, ubi pingi permittitur, digerit presens calamus adaptationes quasdam rerum gestarum ex Veteri et Novo Testamento, cum superscriptione binorum versuum, qui rem gestam Veteris Testament! breviter élucidant, et rem Novi convenienter adaptant, quorumdam postulatione capitulatim ad manum conscripti. Ideo vero per singula capitula plures positi sunt binarii versus, ut, quod circa unum non sufficit exprimere br évitas, suppléât circa i.dem alterata diversitas, placitam datura legentibus optionem ; qui videlicet bini
ET DE HOLLANDE
versus circa rem gestam Veteris Testamenti scribendi sunt, vel circa aljud quid mistice seu tropice adaptationis. Nam circa rem gestam evangelii, eo quod usitatior et notoria sit, suffi cit scribere tantummodo nomina personarum. Ceterum hiis qui talia curant, non erat meum pingenda queque disponere, sed disponant ipsi, prout trahit sua queraque voluptas, vel prout unusquisque in suo sensu abundat, dum modo gloriam Ghristi querant, non suam ; nec solum ex ore infantium et lactentium perficiat ipse laudem ; sed etiam, si hii tacuerint, lapides clament, et Dei magnalia pictus quodam modo paries eloquatur. Michi propositum fuit in plerisque jam ecclesiis, ceptam lionestatis ampliare materiam, et delictum nimie vanitatis prestantiori copia teinperare.
Sir Thomas Phillipps a cité un exemple des inscriptions renfermées dans son manuscrit :
Promittitur Âbrahæ quod Sarapariet ei filium.
Partus ignare nova fit promissio Sare :
Ghristi natalis typusest promissio talis.
Heres ridenti promissus utrique parenti
Ghristum promisit quo seclum flebile risit.
IV. Tableaux de l’histoire sainte, de l’évangile et des VIES des saints. (Ms. 69 de la Bibliothèque royale de La Haye.)
Volume in-quarto, format allongé, de 46 feuillets de parchemin, cotés 1-45 et 39 bis. Peintures et écriture de la première moitié du xiii® siècle.
La reliure et les fermoirs ont été frauduleusement disposés pour faire croire que le livre vient de la bibliothèque des empereurs de Constantinople. En réalité, ce doit être une épave de la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Bertin. La place qu’on y a consacrée à saint Josse, à saint Winnoc et à saint Servais prouve bien que les peintures ont été
MANUSCniTS DE BELGIQUE
faites dans une église du nord de la France La façon dont un moine est représenté sur le fol. 33 v'’ aux pieds de saint Berlin doit faire supposer que nous avons là l’œuvre d’un religieux de l’abbaye de Saint-Bertin.
Le corps du volume se compose d’une série d’environ 170 tableaux, accompagnés presque tous de légendes en vers léonins ou en distiques rimés. Je vais reproduire ces légendes, qui feront connaître le sujet de chaque tableau. Plusieurs peintures sont absolument du même style qu’une partie des peintures de la bible de Souvigny et du grand psautier de la Bibliothèque nationale (manuscrit latin 8846).
Fol. 1.
Fol. 2 v'^ I.
Fol. 3 v° I.
Fol. 4 I.
Fol. 5 v“ I.
Gaudia cum vivis sperans, obiter bene sudet, Jherusalem, civis qui tuus esse studet.
Hec urbs Jherusalem non multo tempore durât, Sed duraturam per secula cuncta figurât (1). Ecce, draco, sevæ capis Adam retibus Evæ. Exilii clade punit Deus hic scelus Ade. Horret...ra patrum, tell us miratur aratrum(2). Terra prius munda tepet Abel sanguinis unda. Hic narratpatri Joseph hic sua sompnia matri- Joseph Ibgatur ut fratribus esca feratur.
Escam partitur qua fralrum turba potitur. Fratres accitis vendunt Joseph Hismaelitis. Ecce necis testis deplangitur a pâtre vestis. Deceptus lacrimis Putiphar Joseph abdit in imis. Somnia monstrantur quæ tempora cara mi-
[nantur.]
Spem Putiphar vitæ capto reddit Jacobite.
Très Habrahain vidit et in unum mens piafidit. Hic supplanl[at]ur Esau Jacobque beatur.
(1) Je me borne à signaler cette iconographie de Jérusalem, sur laquelle M. le comte Riant a, depuis déjà longtemps, fixé son attention.
(2) Sur le tableau auquel se rapporte ce vers, Eve file et Adam bêche la terre.
ET DE HOLLANDE
Fol. 6 V» I.
Fol. 7 I,
Fol. 8 I.
Fol. 9 letll.
Fol. 10 v°L
Fol. 11 V” I.
Fol. 12v°I.
Hic cyphus extraitur, fraus fralribus hic ape-
[ritur.]
Hic patri[s] more blanditur Benjamin ore.
Hic fert phiscella Moysen, mirante puella.
Hic exaltatur serpens, populusque juvatur.
Vas testamenti rapiunt hic per -mare venti. Occurrens nata Jepte fert oscula grata.
Hic Moysi curis est crédita régula juris.
Hiccine petrine tabule cessere ruine.
Per pelagus gentem Moyses ducit fugientem. Mens (1 )furit immunda ; rex insequitur, coit
[unda.]
HicHelyas rapitur (2)
Job opibus plenus natis dives fit egenus. Horret natura,Tobi reddita lumina pura.
Sensum mirificum rexjudicat hicmetricum(4;). Lazarus hic sanus surgit jam quatriduanus. Insons ecce lacum Daniel hic intrat opacum. Virgo salutatur, crédit partuque beatur.
Matri Baptiste valedictum dat locus iste.
Hec loca testantur natum, quoque cuncta
[creantur.
En sol Justicie natus de carne Marie.
En velud agnellus patitur presepe tenellus. Natum mirantur pastores et venerantur.
Mente magi prona très trino dant tria dona. Lelatur genito genitrix, intacta marito.
Hic rex sorte pari pueros jubet ense necari. Rex jubet hic perimi parvos qui sunt quasi
[bini.]
HicSathan ad Christum sermonem dirigit istum; Panes saxa jubé fore, monstra te sine nube. En locus exempli positus super ardua templi.
(1) A ce mot, ne faudrait 41 pas substituer Gens ?
(2) La fin de ce vers a été rognée.
(3) Place d’un vers relatif au prophète Elysée.
(4) Il faut sans doute lire meretricum. Il s’agit du jugement de Salomon.
2l0 MANUSCRITS DE BELGIQUE