‹ Mélanges de paléographie et de bibliographieChapitre 63 sur 76 · BIBLE DE CHARLES LE CHAUVE · texte numérisé non relu

BIBLE DE CHARLES LE CHAUVE

« Le comte d’Oxford avait donc recueilli dans sa bibliothèque des feuillels enlevés dans les quatre manuscritsde la bibliothèque du Roi, qui portent aujourd’hui le n° 224 du fonds grec et les n°® 2, 93 et 25 du fonds latin.

« Il avait, en outre, acheté trente feuillets du texte grec et latin des Èpîtres de saint Paul en lettres onciales, qui est inscrit sur le catalogue du fonds grec, au n° 107. Mais, ayant appris que ces trente feuillets venaient d’un manuscrit de la Bibliothèque du Roi, il s’empressa de les renvoyer dans le dépôt d’oîi ils n’auraient jamais dû sortir, sans même demander le remboursement de la somme qu’ils lui avaient coûtée. Il se contenta du remerciement qui lui fut solennellement adressé par le cardinal de Fleury au nom du roi. La lettre que lord Oxford écrivit à l’abbé Rignon le 18 février 1729, en lui renvoyant les feuillets des Èpîtres de saint Paul, et que nous conservons précieusement dans nos archives, renferme une phrase que je vous demande, Messeigneurs et Messieurs, la permission de citer, tant elle fait d’honneur au caractère d’un de vos plus illustres bienfaiteurs : « Pour moy, dit-il, je « regarde comme une félicité particulière l’occasion qui « s’est offerte à moi de remettre à la Bibliothèque royale « ce qui lui a été volé par un scélérat. » Évidemment, l’homme qui a dicté cette phrase n’eût pas hésité à renvoyer en France, avec les feuillels des Èpîtres de saint Paul, les fragments que j’ai eu l’honneur de signaler à votre attention, s’il eût soupçonné qne ces fragments avaient la même origine et qu’ils venaient de la Bibliothèque du Roi .

« Vous vous inspireriez donc, Messeigneurs et Messieurs, des sentiments qui animaient le comte d’Oxford, et vous rempliriez ses secrètes intentions, si vous daigniez adopter la combinaison que j’ose soumettre aujourd’hui à votre bienveillant examen.

a [/intérêt que la Bibliothèque nationale aurait h recou-

vrer les fragments du fonds harléien est hors de proportion avec le prix que le Musée britannique peut attacher à la conservation de ces articles. En effet, les fragments auraient pour nous l’incomparable avantage de compléter quatre manuscrits importants, tandis que, restant à l’état de morceaux isolés, mutilés au commencement et à la fin, ils perdent une grande partie de leur valeur et pourraient être remplacés par des reproductions photographiques.

« Mais si le Musée n’a pas un intérêt majeur à conserver des morceaux qui ont tant d^ prix pour la Bibliothèque nationale, il n’en est pas moins strictement équitable de lui proposer un dédommagement proportionné à l’étendue du service qui nous serait rendu.

(( A ce titre, la Bibliothèque nationale offrirait au Musée une collection de 242 vol. in-fol., reliés uniformément en veau aux armes de Colbert. C’est la copie que Colbert s’était fait faire, avec quelques retranchements, du célèbre recueil de Mémoires et papiers d’État de Loménie de Brienne, recueil dont nous possédons l’original. La collection de Brienne est assez connue pour qu’il soit inutile de vous en signaler le caractère et la valeur. Vous devez d’ailleurs, Messeigneurs et Messieurs, en posséder les tables, dont il a été fait de nombreuses copies au xvii^ et au xviii® siècle.

(( Les 242 volumes in-folio, aux armes de Colbert, dont nous ferions l’abandon, ne compenseraient-ils pas le sacrifice que vous vous imposeriez en rendant à la France quelques feuillets arrachés à nos manuscrits ? J’ose espérer, Messeigneurs et Messieurs, que tel sera votre avis, et que vous pourrez, sans nuire aux intérêts du Musée britannique, accueillir la proposition que j’ai l’honneur de vous soumettre, après en avoir obtenu l’autorisation de M. le Ministre de l’Instruction publique. En adoptant cette mesure, vous vous conformerez aux nobles traditions du cpmte d’Oxford, et vous resserrerez les liens de solidarité

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