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ParisiU, sumptibus Aagustini Courbé, 1650 el

2. Cours de Littérature, par E. Géruzez, professeur suppléant d'éloquence française à la Faculté des lelires de Paris, p. 30i. — 1841.

Voyez ce que dit sur cette question M. Géruzez dans son Cours de lÀttérature. »

Je yeux donner sur l'érudit P. Rostain des renseignements qu'on ne trouverait pas ailleurs. D'abord je reprends la'lettre du docteur Pétrequin (août 1869), homme savant et excellent, dont la perte récente est sensible à la philologie comme à la médecine, et j'en extrais quelques lignes à réloge de M. Rostain.

« L'auteur de cette publication anonyme est M. P. Rostain, ancien notaire à Lyon ; c'est un des humanistes qui connaissent le mieux les poètes latins modernes, ce qui ne Tempêche pas de rendre aussi un culte assidu aux poètes anciens, nommément à Horace, dont il possède cent éditions de tous les temps et de tous les pays. »

Ce n'est que plus lard que j'ai connu la brochure de M. Rostain. Je me félicite que mes critiques se soient rencontrées plus d'une fois avec les siennes. Ce curieux fureteur m'avait déjà écrit précédemment, à propos d'un autre de mes articles sur Horace, mais sans se révéler au sujet de Turnus. Dans cette lettre, il m'avouait sa passion pour le satirique latin : (( J'aime singulièrement les po6tes latins, Horace surtout. Celui-là, je l'aime jusqu'à l'excentricité, jusqu'à la manie, et j'en compte plus de cent éditions dans ma modeste librairie, d Et dansune lettre postérieure (1870) : «Vous discutez des leçons et des interprétations d'Horace, mon poète aimé : il est représenté chez moi par plus de 180 volumes. »

En 1869, M. Meyer, inspecteur primaire, m'adressa une lettre, sans lieu ni date, où il me donnait d'intéressants détails sur M. Rostain et sur les auteurs qui ont profité de sa découverte ^ J'en extrais quelques phrases, c M. Rostain était, en 1833, un notaire distingué de Lyon, qui consacrait en secret aux lettres latines et françaises le peu de loisirs que lui laissait sa profession... Naturellement timide et réservé, il n'a presque rien publié que de minces brochures, imprimées en petit nombre à ses frais et distribuées, sous le manteau, à de rares amis. La plus grosse de ces brochures s'appelle les Matanasiennes... Le titre de Matanasiennes est une réminiscence d'érudit. Il est emprunté au livre que Saint^Hyacinthe publia, en 1714, au plus fort de la querelle des anciens et des modernes, pour se moquer des défenseurs d'Homère... M. Rostain et ses Matanasiennes méritaient d'être démasqués à leur tour... Pardonnez-moi, Monsieur, d'avoir essayé d'ajouter à vos lumières un petit rayon de plus : c'est M. Rostain qui sera mon excuse. Un nom aussi honnête et aussi modeste méritait d'être connu et distingué par vous. »

La brochure de Rostain est de 1837. Elle a pourtitre : a Matanasiennes, lettres suivies de notes sur des riens philologiques, par un petit-neveu du prieur Ogier. » Elle n'a pas été mise dans le commerce. L'auteur, en me

1. Voir cette lettre dans la Bévue de tlnstruction publique, 9 septembre 1869.

renvoyant pins de trente ans après, me disait qu'elle n'avait qne le mérite d'être extrêmement rare. On sait que ce mérite est aujourd'hui coté bien haut.

Le Chef^d'auvre d'un inconnu^ par le docteur Chrisostome Matanasius, est un ouvrage en deux volumes, attribué à Thémiseul Saint-Hyacinthe, ouvrage qui a eu beaucoup d'éditions, quoiqu'il soit de peu de valeur. Il convenait à un public léger. Quelquefois il affectait la science, et cherchait le scandale en persifflant le grand Bentley. Voltaire, dans sa correspondance, a souvent attaqué cet auteur, qui l'avait attaqué le premier, sans le nommer, et lui a reproché d'usurper un titre qui ne lui appartenait pas. a Saint-Hyacinthe se donnait pour l'auteur du Matanasius. Se faire honneur du Matanasius j qui était de MM. Sallengre et de S' Gravesende, était la moindre de ses fourberies ^ »

Rostain se proposait un but utile, qu'il a entièrement perdu de vue. Qui pourrait ne pas déplorer la singularité d'esprit d'un homme qui, ayant à révéler un fait bien digne d'intérêt pour les littérateurs, a recours à une forme énigmatique, c'est-à-dire qui fait tout pour n'être pas compris? Sans compter que sa brochure n'a pas été mise dans le commerce. Au rebours, si l'on voulait rendre au public un véritable service, il fallait dégager d'un grand fatras la rédaction, et se borner à ce qui est excellent. Le tout aurait pu tenir en une feuille, qu'on aurait dA envoyer à l'Académie française, à l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, aux professeurs des Facultés des lettres et de rhétorique, et à quelques philologues. Le titre aurait pu être bien simple : Le faux Tumus. Si, par modestie, l'auteur craignait de se faire connaître, il pouvait ne donner que les premières lettres de ses noms, ou même garder entièrement l'anonyme. Une fois la révélation clairement faite, que de gens sauvés du piège ! que de papier épargné ! Quand Rostain se complaît dans l'énumération des contemporains qui ont donné dans le panneau, il ne réfléchit pas que c'est lui qui en est la cause. Pourquoi a-t-il jeté un voile sur la vérité qu'il avait à cœur de répandre ?

Cette critique ne nous fera pas méconnaître l'intérêt de sa découverte et la bonne érudition qui recommande son travail.

Rostain, qui connaissait si bien les œuvres de Balzac, triomphe aisément de Burmann et de Wernsdorf, qui les connaissaient si peu. Or c'était un devoir pour ces savants d'éclaircir la question, ce qui n'était pas bien diflicile. Us devaient sentir le poids de leur responsabilité. Tout le monde ne peut approfondir un sujet, et il est pardonnable de suivre des guides éminents.

(( Certes ce n'est pas sa faute (à Balzac) si Burmann n'a voulu lire que

1. Con'espondance générale, 21 janvier 1739. Voyez eocora un loog article dios les Supercheries litUraires de QiiérarJ.

les Entretiens \ et surtout s'il les a mal lus, comme je le prouTeia! tout à l'heure. Comment croire en effet que ce sayant ait ignoré l'existence des poésies de Balzac, ou qu'il ait été privé de toute occasion de les lire.'?»

Rostain était loin de s'incliner devant l'autorité de Wemsdorf. « U en est, disait-il, qui savent que Wernsdorf est ordinairement un bien hardi conjectureur. Au reste, son opinion ne paraît plus contestable dans son pays, surtout depuis l'édition du poëme de VEtna donnée par M. Frédéric Jacobs (d'après Wernsdorf, 1791-99), sous ce titre : Lucilii Junioris jEtnttj etc. Lipsiœ, 1826. On pourrait s'en aider pour remplir une lacune de la Biographie universelle, ou Lucilius (Junior) n'est pas même nommé ^. »

Wernsdorf avait attribué le poème de VEtna au poète Lucilius Junior, par suite de cette heureuse divination dont il était doué. Il a ici destitué Cornélius Severus. Pour opérer une telle substitution de propriétaire, il faut être bien sûr de son fait.

Notre révélateur, modeste, comme il l'a prouvé, ne s'exagérait pas le mérite de sa trouvaille. « Je pourrais bien, écrit-il, n'être qu'une dupe en revendiquant le chétif honneur d'une restitution qui, je l'avoue, pour m'en faire beaucoup, m'a trop peu coûté *. » Mais il a voulu tirer de ses profondes études sur Balzac autre chose que ce petit succès, et ce qu'il a fait nous paraît très-méritoire. Le rôle de ces dupeurs est généralement plus ou moins odieux : il n'a pas voulu que son poète laissât à cet égard une fâcheuse impression. Il m'écrivait en 1870 : « Je hasardai, il y a quelque trente-cinq ans, une réclamation dans l'intérêt d'un faussaire, mais le plus candide faussaire qui fut jamais. » Dans une autre lettre, il me reprochait d'être trop sévère pour un innocent jeu d'esprit. « La première, dites-vous, de vos préoccupations, a été de décharger Balzac de Todieux qui s'attache toujours à de pareilles supercheries. Vous avez même écrit dans votre dissertation : « La vanité de Balzac lui a inspiré une « supercherie vraiment répréhensible. » Me pardonnerez-vous de trouver à cela une dose tant soit peu hyperbolique de jansénisme littéraire ? Par cela même que j'ai toujours eu une souveraine aversion pour le plagiat, je me sens disposé à une extrême indulgence pour un genre de fraude qui en est comme l'antipode. Balzac, convaincu des impostures que nous savons, n'en conserva pas moins l'estime du sévère Montausier, de Godeau, le digne évêque, de l'honnête Chapelain, etc. »

Dans cette justification de Balzac, l'avocat a complètement réussi. Une

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