‹ Melanges de philologieChapitre 28 sur 143 · Epist. I · texte numérisé non relu

Epist. I

bon avait écrit, à la marge d'un exemplaire de Perse, potare, an lieu de cantare. Or ce verbe ne pouvait aller qu'avec nectar. C'est là une conjecture bien malheureuse I

La leçon nectar a pour elle rautorité de savants illustres, Barth, Saumaise, Bmnck, etc. Sans connaître les éditions allemandes, j'avais donné la leçon nectar dans ma petite édition (4838), antérieure à celle d'Otto lahn (1843). Cependant ce dernier ne me donne pas un bon point, quoiqu'il cite notre compatriote Perreau (édition Lemaire, 1830), avec sa leçon surannée melos. Otto lahn rapporte à Reitz (1789) l'honneur d'avoir, le premier, introduit nectar dans une édition de Perse. Kœnig (1803) et Hauthal (1837) l'ont également donné. Heureusement la cause est gagnée aujourd'hui ; je revendique la petite part qui me revient dans ce succès.

Mais le plus grand honneur revient à Clavière, à qui je suis heureux de rendre la justice qu'il n'a pas obtenue de mes prédécesseurs.

Depuis plus de vingt ans que mon article a été publié, j'ai continué à recueillir des exemples dans lesquels nectar^ et des mots analogues, met, favij sont appliqués par métaphore au langage ou au chant. On verra qu'ils sont surtout fréquents dans les auteurs ecclésiastiques. Je les transcrirai ici, croyant faire plaisir aux lecteurs curieux, à qui j'épargnerai de longues recherches.

Pline le Jeune {Epist. III, 3) : u Nam et loquenti tibi illa Homerici se- Dis mella profluere, et quœ scribis, complere apes fioribus et nectare videntur. »

Apulée {Florid. IV, p. 148 Bip.) : n Ego et alias crateras Athenis bibi : Poeticœ commentam, Geometricœ limpidam, Musicœ dulcem, Dialecticœ ansterulam : enimvero universas philosophiœ, inexplebilem scilicet, nectaream. »

Severus, un des correspondants de saint Augustin {Ad Aug. Epist. 109) : vere artificiosa apis Dei, construens favos divini nectaris plenos I »

Longinianus, un autre de ses correspondants, lui écrit en ces termes {Ad Aug. Epist. 22) : a Sanctis scriptis tuis, ut ille ait, non jam, melle seu nectare dulcioribus, si mereor, informare digneris *. »

Paulin de Noie (36, S) :

In ore Ghristus nectar, in lingua favus, Ambrosia viva in gutture.

Sidoine Apollinaire {Epist. VIII, 9) : « Quum primum Burdegalam veniy litteras mibi tabellarius tuus obtulit, plenas nectaris, florum, margariiarum. »

Portunat(VII, 1, 19) :

iEdificas sermone favos, nova mella ministras, Diilcis et eloquii nectare vincis apes.

1. Le chiffre 22 est d'une édition antérieure à celle des Bénédictins.

Le même (VU, 7, 73):

Admiranda etiam quid de dulcedine dicam ?

Nectare qui plenos construis ore favos.

Le même {Vit. S. Leobini^ p. 148) : «Qai, deposita aasteritatis rigîditate, quandoque esset regimine corrigendus, nectareoque soi dogmatis pabulo nutriendus. »

SUR LA RESTITUTION d'uNE INSCRIPTION TUMULAIRE

EN VERS UMBIQUES.

M. Mommsea, un des plus illustres représentaats de la science épigrapbique en Allemagne, vient de publier un recueil des inscriptions du royaume de Naples, dont M. Hase a déjà, dans trois articles du Journal des Savants, loué le mérite et signalé l'importance. Parmi les pièces réunies dans cette collection, une des plus intéressantes à tous égards est répitaphe d'un poète comique, M. Pomponius Bassulus, qui vivait dans le in* siècle de notre ère. Cette épitaphe, écrite en vers iambiques, est certainement du poète lui-même. Malheureusement elle présente d'assez nombreuses lacunes, qu'on a essayé et qu'on essayera encore de combler. Cette sorte de thèse proposée aux investigations des philologues devait naturellement me tenter. Outre que la métrique a été particulièrement l'occupation de ma vie, il y a plus de vingt ans que je suis aux prises avec le texte de Nonius Marcellus, auteur si maltraité par le temps que, depuis bientôt deux siècles et demi, la docte Allemagne n'a pas disputé à la France l'honneur d'avoir donné de ce grammairien la seule édition lisible *. Habitué à pratiquer ces sortes d'opérations, qui, comme celles de la chirurgie, ne sont pas toutes heureuses, je suis particulièrement curieux des textes malades. M'emparant donc de l'épitaphe telle que M. Mommsen l'a transcrite, j'ai voulu l'avoir complètement rétablie, avant de prendre connaissance d'aucune restitution, condition indispensable pour que l'esprit s'exerce avec indépendance, et puisse arriver à on résultat qui ait quelque originalité.

i. Od ATaii espéré que le saYant M. Liademaon publierait de nouTeau an auteur si nécessaire à rémditioo ; mais il n'y a pas apparence qu'il reprenne la publication, depuis si longtemps interrompue, de ses Grammairiens latins. — L'édition donnée en 1842 par MM. Geriacli et Roth est précieuse pour les philologues, mais elle laisse un texte illisible pour le commun fies littérateurs.

Comme je veux me borner à la discassion du texte, je ne pais mieux faire que d'emprunter à notre savant professeur quelques lignes d'introduction {Journal des Savants ^ novembre 1854, p. 680) :

« Le dernier auteur latin, connu jusqu'à présent pour s'être illustré dans la comédie régulière, dans celle qui joignait à un plan bien combiné une peinture délicate et ingénieuse des mœurs réelles de Rome, semblait être Verginius Romanus, contemporain de Pline le jeune *. Mais le monument dont nous parlons, découvert récemment, à un mille italien de l'antique enceinte d'iËclanum, nous apprend que, pendant la violence, la faiblesse ou la honte des règnes de Garacalla, de Macrin et d'Ëlagabale, un magistrat, issu d'une riche et ancienne famille du pays des Hirpins, composait des pièces qui, si elles étaient une imitation fidèle de celles de Ménandre, ne pouvaient plaire qu'à des hommes instruits et à une société d'élite. La pierre en question offre d'abord, comme les marbres du Haut-Empire, le prénom, le nom et le surnom du défunt, avec désignation de la tribu à laquelle il appartenait; cette dernière indication devient de plus en plus rcure sur les monuments à partir du règne de Garacalla :

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