De Nuptiù, etc., IX, p
Dans Licentius ' :
Gonceptum in lucem vomuisti nectareum mel.
Dans Fortunat (VII, 9, 13) :
Pagina blanda, tuo sub nomine missa benigno, Nectarei fontis me recreavit aqois.
Il répète ailleurs le même vers (VII, 21, 8) :
Ne sitiam rapidis œstivo tempore flammis, Nectarei fontis me recreastis aquis.
Le miel poétique est encore appelé nectar dans deux passages d'Ennodios, (( Ut proYOcatus disciplinamm melle, et favis scientiœ, de domibus cereis ipse sibi liquentis élément! nectar assumât. » {Dictio xii.) Et ailleurs : <K Per domos cereas eloqueniiœ nectare liquentis élément! mella componis. » {Epist. I, 9).
Je sais que la plus grande difficulté ne gît pas dans l'emploi du mot nectarj mais dans Talliance du verbe cantare avec ce substantif. On admettrait nectareum cantare ^, mais cantare nectar paraît une expression singulièrement forcée '. D'accord ; mais au lieu de la repousser par ce motif, j'y vois précisément une raison pour la croire de la main de l'auteur.
Il semble qu'on n'ait pas lu une page de Perse quand on s'effarouche d'une hardiesse exagérée trouvée dans ses vers ; mais ce poète n'en est-il pas rempli? Ne voit-on pas dans ce même prologue :
Quorum imagines lambtmt Hederœ sequaces.
Le mot lambere a été transporté métaphoriquement à la /lamme,hVeau*; il était réservé à Perse de l'appliquer, sans justesse, à une chose immobile.
On n'a que l'embarras du choix pour citer de pareilles expressions : je me bornerai presque à la première satire :
nias Atti Ebria veratro (1, 50).
Sunt quoâ Pacuviusque et vemicosa moretur
i. Poet, Minor,y Ilf, p. 440, Lemaire.
2. De même qa'il y a dans VAntholoffie latine (II, p. 320) : nectareum ridere,
3. « Il n*y a plus de faute de quantité (eu mettant nectar)) mais où est le goût? Quelque hardies que Ton suppose les métaphores de Perse, celle-ci est trop bizarre : Des chants de nectar pégasien ! » (Sélis.) L'objection est déjà dans Scoppa : « Nectar est deorum potus, qui potatur et non cantatur; melon est dulcedo poetica , quas cantatur et non potator. » Par malheur, ce jeu d'esprit repose sur la non-intelligence du mot en question. Nectar, on l'a tu par plusieurs exemples précités, veut dire ici miel, et non pas vin. On se rappelle ce Ten de Virfrile : Et dulci distendunt nectare cellas,
4. Cf. Virg., jËneid., Il, 684; 111, 574; Horat., Od., 1, 22, 8; Sat., I, 5, 74.
Antiopa (i6., 77).
Quœrisne unde hœc sartago loquendi Venerit in linguas (i6., 80) ?
Secuit Lucilius urbem ; Te, Lupe; te, Muti; et genuinum fregit in illis (t6., il4). Inde vaporata lector mihi ferveat aure (t6., i26). Incocium generoso pectus honesto (2, 74) .
Quantas robusti carminis offas Ingeris (5, 5).
Voici deux passages qui offrent, de plus, une construction tout à fait analogue :
Quum sapimus patruos (i, li).
Murmura quum secum et rabiosa silentia rodunt (3, 81).
Celui qui a dit rodere silentia a bien pu dire cantare nectar. Loin que le bon goût4>rdinaire du style de Perse proteste contre cette dernière expression, on peut dire qu'elle porte son cachet.
Plum a cité, d'un auteur de la décadence, le philosophe platonicien Ghalcidius, l'emploi très-frappant du mot nectar accolé ainsi à un verbe : Ridere nectar^. J'ai trouvé dans Ennodius (£pt«f . I, 9) une expression qui est conmie la caricature de celle de Perse, et qui lui servira de preuve et de commentaire : DUM FAYOS LOQUERIS.
Je conclus en disant que la leçon melos, admise presque sans partage depuis trois siècles, ne méritait nullement cet honneur, et que dans cette circonstance on a pris autant de peine pour obscurcir la vérité qu'on en prend d'ordinaire pour la trouver.
J'ai cité plusieurs éditeurs de notre siècle qui ont conservé cette mauvaise leçon ; mais les plus graves autorités se sont prononcées pour la restitution de nectar. On lit ce mot dans les éditions de Kœnig (1803), de Passow (1809), d'OreUi (1822), de Dûbner (1833), de Hauthal (1833), d'Otto lahn (1843), de Heinrich (1844).
Mais ce n'est encore là qu'un simple fait. Ne pourra-t-on pas demain reprendre meloSy et arguer en sa faveur de l'accord d'un certain nombre de manuscrits, et des anciennes éditions, comme aussi d'une prétendue impossibilité fondée sur le bon goût? C'est ce revirement que j'ai voulu empêcher par ce long plaidoyer. Puissé-je avoir fait quelque chose pour la condamnation définitive de la glose melos^ en sorte que la vraie leçon règne désormais par droit de conquête et par droit de naissance I
{Revue de l'Instruction publique^ 9 juin 1853.)
P. S. Je veux faire ressortir plus que je ne l'ai fait autrefois la responsabilité de Gasaubon. C'est lui qui, par sa grande renommée, a long^
! . Equivalent du nedareum ridens cité plut haut.
temps égaré les éditeurs. Ce savant, qui disait avoir déployé dans son commentaire sur Perse toutes les forces de son esprit *, n'a pas montré cette fois les qualités d'un bon critique. Traiter une question latine avec des citations grecques, produire des exemples qui eux-mêmes sont contestés, supposer que Perse a été déterminé par le souvenir d'un certain mot grec, dont l'existence est douteuse, ne pas être frappé d'un trait de lumière quand une leçon très-poétique, peut-être poétique jusqu'à l'excès, lui était présentée, et par un ancien, concurremment avec une glose évidente, qui ne satisfait pas même à la quantité; enfin ne pas écouter des savants du premier ordre, qui attestaient avoir vu le mot nectar dans des manuscrits *, je trouve tout cela d'une faiblesse inexplicable.
Ce n'est pas tout encore : la préoccupation de Casaubon était si grande qu'il résistait à tous les avertissements. Il n'y a pas à douter que c'est son édition (4605) qui inspira une réfutation solide, contenue dans une note d'une édition qui parut peu de temps après (1607). Elle est d'Elienne de Clavière, habile philologue, de cette forte race qui, appartenant au seizième siècle, a vécu quelques années au dix septième. Je ne connaissais pas cette édition lorsque j'ai publié mon article, et je ne l'ai vue citée nulle part. Là se trouve réuni, avec autant de goût que d'érudition, tout ce qu'on peut dire en faveur de nectar, qui figure dans le texte. Le critique est d'abord scandalisé du peu de cas que Casaubon fait des illustres savants qui ont soutenu la thèse opposée : a Ât qui vin! Litterarum certe nomina inclyta et gemmœ sublustres. » Il se moque finement de tout cet étalage d'érudition grecque : J'ai congédié melos^ dit-il, en dépit de la Grèce : « A me vero melosj vel invita Hellade^ exsulat. » Puisqu'on tient tant aux exemples grecs, il en cite un en faveur de son opinion que je trouve exquis. 11 est d'Aristophane ^ : « P6Ba p.' etpv)xac, rosas mihi locutus es. Hoc est, verba tua nihil minus spirant quam rosa, regina fiorum. d Arrivant au latin, il ne cite que deux exemples, mais très-pertinents. De Symmaque : « Yeluti nunc litterae tuœ halantes Platonicum nect€u*, quantum mihi muneris et honoris dederunt^ I » D'Horace : a Fidis enim manare poetica mella Te solum ^. »
Encore un grief contre le célèbre éditeur. Otto lahn, dans les notes de son édition, nous apprend, d'après le témoignage de Bentley, que Casau-
4. « In Penio omnem conatam ingenii effudiinas. » (Dans Colomiès, Bibliothèque choisie, p. 129.)
2. Il faut joindre un témoignage qui n*a pas été produit, celui de Turnèbe {Adv. X, 13). Après avoir rappelé qu'Ange Polilien avait vu nectar dans un manuscrit, il dit que lui-même avait trouvé ce mot suscrit dans un autre : « Sane quoU Politianus scribit, pro meios, se reperisse nectar^ ego quoque supra scriptum reperi. » Plum^ un savant éditeur de Perse, reproche à Casaubon de n'avoir pas assez profité des commentaires de Turnèbe : « Imprimis Turnebum a Casaubono plus justo ueglectum. • {Prœf., init.)
8. Sub, 907. Voici le commentaire du scholiaste : « *E|i.ol ta icapà ooû tlpT)(iiva ^ô8a i(nw. »