Phaiœcii et sapphid cognatto, Mar. Vict^, p
iO. Il y a lieu de s'étonner qu'Horace n*ait pas fait usage du phalécien, précédemment employé par Catulle. En voilà peut-être la raison. il. Àicaicum hendecasyiaimm, Mar. Vict.,p. 2615; Ces. Bass., p. 2665; Atil. Fort., 2701.
Enfin, Atilius Fortunatianus * appelle hendecosyllabum archilochium le vers d'Horace :
Trahunique siccas machinée cannas.
Pour le moment, je constate ces appellations, je ne les discute pas. Je montrerai plus loin que le nom d*hendéca$yllabe ne convient pas bien, du moins au point de vue moderne, à Tun des vers ci-dessus désignés, et d'un autre côté, qu'il appartient à d'autres vers dont les métriciens n'ont pas fait mention.
Expliquons, tout d'abord, que les anciens comptaient dans ce chiffre ii la muette finale. Les Italiens les ont imités quand ils ont nommé endecasillabo leur vers analogue. Mais il est bien clair que décasyllabe à finale accentuée, ou hendécasyllabe à finale muette, c'est là une seule et même chose.
Les Italiens distinguent trois espèces de vers endecasillabû Le premier est rhendécasyllabe ordinaire, endecasillabo piano, notre décasyllabe à rime féminine; le second, qui a juste dix syllabes, est pour eux un hendécasyllabe écourté, endecasillabo tronco, et répond à notre décasyllabe à rime masculine; le troisième est un hendécasyllabe de douze syllabes, endecasillabo sdrucciolo, se terminant par deux muettes.
Le premier de ces vers présente la finale que les Latins attribuaient généralement à leurs hendécasyllabes. Il est conunun à toutes les langues néo-latines.
Les Latins n'ont pas connu V endecasillabo tronco^ puisque leur langue n'accentuait pas la dernière syllabe. Il a fallu que, par une tendance naturelle, les Italiens eussent abrégé les finales de certains mots, virtù, libertày au lieu de virtute, libertate, pour que cette nouvelle clausule se trouvât à la disposition de la poésie ^. Le français est la langue moderne qui a le plus accourci les finales : aussi fournit-il à la poésie un nombre infini de désinences masculines.
La troisième espèce d'hendécasyllabe nous est nécessairement inconnue^ puisque nous n'accentuons jamais l'antépénultième. Notre langue n'a pu renoncer tout d'un coup à ces sortes de finales, que le latin lui léguait, ainsi qu'à l'italien, en si grand nombre. Les premiers monuments de notre poésie nous montrent quelques traces de la persistance du fait ancien. Ainsi, entre gloria et gloire, il y a l'intermédiaire glorie, accentué sur la première. Le mot apostolus est devenu apôtre, mais en passant par apostole
2. Les vers tronqués sont très-favorables à la musique, en ce qu'ils offrent à la phrase musicale un repos complet. Métastase entremôle habilement dans ses airs quelques vers trxmchi aux vers piani. Le latin, qui offrait toiyours une queue après la syllabe accentuée, me parait être, pour cette raison, une langue dont le musicien ne pouvait tirer que des effets très-monotones. Aussi le plain-cbant a-t-il abandonné cette règle d'accentuation, mais aussi pour tomber dans l'excès contraire, pour faire de longs repos sur les finales.
ou apastoile : or, le moi moderne prouve incontestablement que l'accent originaire n'a jamais péri*, et qu'on prononçait très-faiblement le second 0, à peu près comme s'il y avait aposîle. Pareillement angélus est devenu angele (la première restant accentuée, et la seconde étant muette), puis angle^ puis définitivement angeK Le nom de cette terminaison perdue {amabilis^ ital. amabile) manque à notre langue, comme la chose même. On peut l'appeler finale glissante^ avec M. Jullien 3, ou encore finale dactylique. Les Anglais, qui affectionnent l'accentuation par dactyles, font avec la plus grande facilité des vers terminés par deux syllabes surnuméraires.
Voici, ce semble, les deux premiers points suffisamment éclaircis. En fait, comme d'après le témoignage des grammairiens, la poésie latine avait des vers présentant un nombre fixe de syllabes. Parmi ces vers, il y en avait un de onze syllabes (dix syllabes, plus une muette).
Il nous reste à faire voir que l'hendécasyllabe avait des accents réguliers^ que nous aurons à comparer à ceux des poésies modernes. C'est la partie la plus intéressante de cette discussion : nous la réservons pour un prochain article.
{Revue de r Instruction publique, 31 mai 1855.)
Deuxième article.
Je commence par rappeler ce grand fait, que j'ai signalé il y a plus de cinquante ans ^, et qui sei*vira de base à tout ce qui va suivre, à savoir que les vers hendécasyllabes des Latins ont un accent sur la quatrième syllabe, et un autre sur la dixième. Je passerai successivement en revue tous les mètres qui remplissent cette condition. Bien qu'ils n'aient pas tous la même importance dans la question qui nous occupe, cependant ils ont plus ou moins concouru au même résultat, qui a été de graver dans l'esprit des peuples néo-latins l'harmonie essentielle de leur vers.
i* Saphique. — Le yers saphique me paraît être celui des mètres anciens qui a le plus influé sur le système de versification moderne. Outre les deux accents fondamentaux, il en a généralement deux autres :
i. On troQTe dans notre vieille langue le vif reflet de Tacceutuation latine, laquelle a disparu dans les mots de formation nouTelle. ÂiDsi particule, tentacule sont des mots moderues; article, speclacl" sont des mots anciens. Nous disous rigide, eu reproduisant les lettres du latin, mais nos pères n'avaient garde d'accentuer la pénultième brève d'un adjectif en idus : de horridui ils faisaient ord (le substantif seul est resté, ordure). De même origine peut sembler an premier coup d'œil un mot bien fait ; mais il a le tort de placer l'accent sur une muette; autrefois ou disait plus conséquemment orine,
2. Le mot angle (angulus) a consenré son / ; c'est, sans doute, pour éviter la confusion qu'on l'a supprimée dans le mot ange.
3. De quelques points des sciences dans f antiquité {Physique f Métrique, Musique)^ p. 268, 270 et passim, — Ce sens est dans le Dictionnaire de M. Littré.
4. Traité de Versification latine, p. 211 (éd. 1828), p. 267 (éd. 1876).
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un dans le premier hémistiche et mi dans le second. Le premier accent est presque toujours sur la première syllabe, le second varie entre In. sixième et la huitième. Deux strophes d'Horace qui se suivent nous montreront l'accent mobile placé trois fois sur la huitième syllabe et trois fois sur la sixième :
Sœyius ventis agitotur ingens Pinus ; excelsœ graviore casa Decidunt turres, feriuntque summos
Fulmina montes.
Sperat infestis, metuit secundis Alteram sortem bene prœparatum Pectus. Informes htemes reducit...
Nos décasyllabes présentent-ils quelque analogie avec ce mètre ? Sans doute, et la chose va parsdtre, j'espère, de la dernière évidence. Je ne prétends pas néanmoins, comme le font les Italiens qui se sont occupés de ces questions, notamment Sacchi et Scoppa, que nos imitations soient la représentation exacte du modèle. Le vers moderne donne, autant qu'il le peut, l'idée du vers ancien, dont il reproduit fidèlement l'accentuation; mais n'oublions pas que la quantité a péri. Nous assimilons des pieds fort différents, l'iambe, le trochée et le pyrrhique (ferunt, ferre, ferai); le dactyle, l'anapeste, le tribraque et le crétique {terreat^ maneantj maneat^ terreant). Assurément les Latins auraient bien le droit de rire si on leur donnait tel vers moderne comme étant à la fois l'équivalent de différents mètres anciens. Mais nous sommes inattaquables si nous prétendons seulement offrir des vers italiens, provençaux, français <, identiques aux latins par rapport à l'accent, ayant précisément les mêmes temps forts et les mêmes temps faibles.
Ceci étant bien entendu, je vais donner des vers modernes calqués avec la plus grande facilité sur les vers anciens :
Arbor œstiva recreatur aura. Hor.
L'arbre au printemps que Zéphire caresse.
Je ferai observer que notre décasyllabe comporte quatre accents, mais qu'il ne les exige pas. Unrhythme de quatre syllabes est trop court pour qu'il soit nécessaire d'y mettre deux accents ; en revanche, deux accents sont de rigueur dans le grand hémistiche, et,^comme nous le verrons, la place du premier est variable. Voici un vers de Racine dans lequel il y a quatre ictus :
B Terre, frémis d'allégresse et de crainte.
1. Nous Dous bornerons à ces trois langues, négligeant Tespagnol, qui a procédé comme elles. Quant à l'anglais et à l'allemand, qui ont également le vers dit commun, Us le doiyent à une imitation assez récente.
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Mais le nombre de ceux qai n'eu ont que trois est bien plas considérable :
Que les démons et ceux qui les adorent Soient à jamab détruits etj^confondus ! Rac.
Dans mes comparaisons des vers modernes avec Iqs vers anciens, je pourrai ne pas tenir compte du premier accent.
. Je reprends les deux formules du vers saphique précédenmienf indiquées, et je mets en regard des équivalents fournis par la poésie moderne.
Syllabes accentuées :(i, 4, 6, 10 :
Débita sparges lacrima favillam. Hor.
Viens arroser ma cendre d'une larme.
Tota sa cortz farai maravilhar*.
Parle veder 1' amato cavaliero. Tasso.
Moi, je pourrais trahir le Dieu que j'aime 1 Rac.
Je vab faire un essai inverae : je calquerai un saphique sur un vei*s du Tasse :
Date a un sol lo scettro e la possanza.
Detur haud multis solii potestas.
Toici l'autre cas. Syllabes accentuées : 1, 4, 8, 10 :
Dextera sacras jaculatus arces. Hor.
Qui, foudroyant les collines sacrées.
Ove la morte al vincitor si pone. Tasso.
Dans' tes sentiers affermissant nos pas. Rac.
3* Phalécien. — C'est, comme nous l'avons dit, le mètre auquel les anciens donnaient par excellence le. nom d'hendécasyllabe. Syllabes accentuées : 1, 4, 7, 10 :
Passer, deliciœ meœ puellœ. Gatul. Nunquam divitias deos rogavi. Mart.
Ai-je à Plutus demandé la richesse ?
' L' armi sue terse il bel raggio céleste. Tasso. Reste d'un tronc par les vents abattu. Rac.
L'homme insensé vainement se consume. lo.
Autre modèle. Syllabes accentuées : 2, 4, 8, 10 :
Ad cœlam lepido yocare versu. Gat.
En cui merce tuit peccador estant 3...
Che molti fan sovra il guerrier ucciso. Tasso.
Ma vie à peine a commencé de naître. Rac.
1. J'emprunte mes exemples de vers provençaux au recueil de Raynouard.