J'approuTa» ceux qui le rapprochent du grec p.aXax6c
d'établir. Mollis indique une désagrégation des parties, qui, au moral, se traduit par la faiblesse. On peut comparer mollis, soluUiSy dissolut h^, fractus, La dissolution par la voie humide présente le même résultat.
On verra peut-être avec quelque intérêt la comparaison entre mollis et delicatus appuyée d'un assez grand nombre d'exemples *.
\^ Qui n*est pas dur, doux au toucher, mou, tendre, mollet.
(( Molles castaneaî (Virg.); plumœ, spongiœ (Plin.); mollis caseus, panis (Plin.); cera {Plin. ;.); torus {Ùv,); mollia strata, pilenta {Virg.). « Delicata pluma, plumula {ApuL) ; delicatum sedile (fd.). d
2<» Faible, frêle.
« Mollis spica (Caf.), agnus (JUart.), lepus {Prop,); molle pecus {Virg,); mollior agna, puella {Mart,)\ mollis œtas (Or.). » Citons aussi ce passage célèbre de César (fî. G., 111, ID) : « Ut ad bella suscipienda Gallorum alacer et promptus est animus, sic mollis ac minime resistens ad calamitates perferendasmens eorum. » — SalL [Calil.^ 14) : «Sed maxime adolescentium familîaritates appetebat : eorum animi, molles et œtate fluxi, dolis haud diffîculter capiebantur. »
« Delicata capella {Cat.) ; delicatior tenellulo hœdo (td.) ; delicata jumenta {Plin,] ; delicata ac tencllula prœcordia {ApuL), »
3° Mou, énervé, efféminé, voluptueux; qui est d'un homme efféminé; où il y a de la mollesse, de l'élégance, du luxe.
« Molles Sabœi {Virg.)^ mollis Otho {Mart.), » — « Nec molles deliciis, sed labore exercitatos ornât Victoria. » {Amhros, in Psalm. 118.) — « Ne feminis quidem pro habitu naturœ molliora ingénia sunt. » (Ctt^^, V, 6.) — a Et Germanicas legiones transferre in Orientem ad securiorem mollioremque militiam.» {Suet,, Vesp., 6.) — « Ne quid effeminatum et molle, et ne quid durum aut rusticum sit. » [Cic, Off.. I, 35.) — a Gopiosa et mollis vita. » (Tac, Ann,^ XllI, 43.) — « Mollis ineriia (Hor.)^ desidia {Apul.)\ mollis gradus {Ov,), » — « Quanquam plerosque mollioris cura vestis effeminet. » {Amhr. in Luc, YI, 7.) — « Molles cultus. » {Sen. tr.)
« (Juapropter C. Marium consulem moleste tulisse traditur quod sibi, asperrimum in Africa bellum gerenti, tam delicatus quœstor (scil. Sulla) sorte obvenisset. »> ( Val, Max,, VI, 9, 6.) — « Relegataî usum vini omnemque delicatiorem cultum ademit. » {Suet., Aug.y 95.) — « AsperDari molles et delicatas voluptates. » (Ctc., Nat. Z)., 1, 40.) — « Delîcatius vitœ genus (F. Max.); delicatior feminis vestis (Plin.); delicata domus {Sen. tr,), opulentia {ApuL); delicatissima ingénia (Sutt,); delicatus gressus (Phœd.), » — « Hi, molliter ambulantes, vestigia sua cum delicata quadam moderatione suspendunt. » {luL Firmic^ Math., VIII, 7.)
i. Pour abréger, je n'iiKliquera.i la vlace des pa!?sapcs cités que lorsque cette iadication me paraîtra uéce^saire.
4" Eunuque.
Son. tr., Agam.y 686 :
Non, si molles imitata viros*, Tristis laceret bracliia tecuiii.
Arnob., Adv. Gent, V: « Evirati isti raollesque -, quos interesse voimscura in istius numinis videmus sacris. » — Tert. Ado. Valent, , 15 : « Et Salmacis inde se solverit, quœ masculos molles facit. »
Mart., III, 58, 32 :
Et délicat us 3 opère fruitur eunuchus.
d"" Débauché.
Catul., XXV, l :
Cina»de Th.alle, niollior cuniculi capillo.
Mart., X, 92, 11 :
Et delicatœ laureuni nenius Florac.
Cic, Attic, I, 19 : a Libidinosa et delicata juventus. » — Plin. j., VII, 24 : n Adolescens vixit in contubernio aviœ delicatœ severissime. »
6* En particulier Pathicus.
Suet., Calig. 56 : « Quem (Chœreara) Gains seniorem jara ut mollem et effeminatuni denotare omni probro consuerat, et modo signa petenti Priapum et Venerem dare. » — Tit. Liv. XXXIII, 28 : « Quum reverteretur domum temulentus, prosequentibus mollibus viris, etc. » — Vulgat., Corinth.^ VI, 10 : « Neque molles, neque masculorum concubitores. » — Aug., Ep. 149 (éd. Bcned.) : « Fornicatores, idolis servientes, adulteri, molles, masculorum concubitores, fures, avari, raptores, cbriosi. w — Mart., V, 41, 1 :
Spadoue quum sis eviratior lluxo, Et coneuhino mollior (^pUciioo.
Suet., Vesp» 7 : « Quosdam e gratissimis delicatorum non modo fovere prolixias, etc. » — Petron., Sat, 64 : « Nostri delicatus decessit. » — Apul., Met, y V : « Adolescentem delicatum luxuriosumque blandis obsequiis promerere. » — Spart., Hadrian,^ 4 : « Gorrupisse eura Trajani libertos, curasse délicates... opinio multa firmavit. » — Grut., Inscr, p. 661 : (» Eutycheti, puero délicate. »
7" Licencieux, libertin, erotique, obscène.
Sali., CatiL 25 : « Sermone uti vel modeste, vel molli, vel procaci »
i . Le« galles ou corybantes.
2. Les mêmes. lU sont noraniérf )nollf's /ni?v'sfri par Ovide {Fa.sf. IV, 243).
3. il y a ici une tautoioj^ie : répilhèle siguitie prôcisément impotent.
CatuL, XVI, 3:
Qui me ex versicalis raeis patatis, Quod siiit molliculi, parum pudicuni.
Mart., XII, 43,4:
Nec molles * Elephantidos lihelli.
Catul., L, 3 :
rt convcnerat esse ; delicatos Scribons versiculos uterque nostruin.
8® Difficile à contenter.
« Molles auriculaî. » {Hor.)
« Dclicatœ aures. » {Quint.)
Le glossaire de Cyrille réunit ces deux mots : ce T(}u^ep<S;, tener, mollis, delicatus : n
Je termine par deux exemples français que j'emprunte à M. Dochez :
(' Un autre est ranger, marchant mollement et délicatement, se fost approché d'elle. » (Amyot.J
(( Elles sont si molles... et tant soucieuses de se délicater. » (Brantôme.)
J'ai insisté un peu longuement sur ce petit problème, parce qu'il n'y avait pas apparence qu'il dût être posé. On cherche quand on reconnaît qu'on ignore ; on s'endort quand on croit savoir. Je ne regarderai pas mon temps comme perdu si j'ai réussi à déraciner un préjugé. Et il ne s'agit pas ici d'une opinion silencieuse : si mes conclusions sont acceptées par l'Académie, l'article Délicat devra être retouché dans une nouvelle édition de son Dictionnaire.
{Revue de V Instruction publique^ 16 mai i86f .)
P. S. Cette dissert^ition a obtenu le succès le plus honorable. Mon savant et illustre condiscipre,mon vieil et excellentami, le premier étymologiste de notre temps, Littré, a admis dans son Dictionnaire de la langue française la nouvelle étyniologie, qu'il a fait valoir par ses explications.
l. Kl fouveiit dans OTÎdc {Tti^t. H, .107 et 349;.
INTERPRÉTATION d'UN PASSAGE d'hORACE {Sat,^ I, VI, 122). —
THÉORIE DES FRÉQUENTATIFS.
Il y a dajis les aateui*s anciens, et particulièrement dans les poètes, certains passages qui exercent sans cesse la critique, et qui trop souvent font son désespoir. Ces obscurités sont surtout regrettables quand on les trouve dans un auteur comme Horace, le poète du lion sens et du bon goût, qui est peut-être l'écrivain qu'on lit le plus de toute l'antiquité.
Il ne faut pas croire que rien n'ajoutera sous ce rapport aux enseignements du passé. Outre que la seule argumentation d'un esprit sagace peut opérer une démonstration qui avait échappé avant lui, une inscription nouvelle, une médaille inédite, un texte retrouvé, une phrase non remarquée d'un ouvrage connu, peut jeter tout à coup sur un point plongé dans l'ombre une brillante lumière. Quelquefois aussi la vérité, après avoir longtemps régné, s'est obscurcie : il s'agit alors de lui rendre son primilif éclat.
J'ai déjà essayé plusieurs fois, dans ce journal, d'expliquer quelques endroits controversés d'Horace. Je veux encore en discuter un. Mais aujourd'hui, il ne s'agit pas de choisir entre deux sens contraires et également soutenables : la question est toute grammaticale. Qu'on reconnaisse dans deux mots d'un costume douteux tel ou tel mode du verbe, l'interprétation reste exactement la même. Le regret serait moins grand de perdre une semblable partie.
Dans la vi' Satire du I" livre (v. 122), on lit ces deux vers * :
Ad quartaiii jaroo posl liane vagor aut rgo locto Aut si^ripto qiiod inr lacilum juvct uiig-or oJivo.
Si nous savions exactement la ponctuation donnée par Horace à ce passage, elle faciliterait la solution du problème, sans toutefois le résoudre
i. Je supprime à dessein toute ponctuation, parce qiriri prnclucr c'tst déjà interpréter.
entièroraent. On voit que la difficulté consiste à déterminer si les verbes lecto et scripto sont à la première personne du présent de l'indicatif, ou à l'ablatif du participe passif.
Assurément, si ces deux verbes étaient des fréquentatifs aussi connus que dicto et gesto^ il n'y aurait eu aucune incertitude. La marche si naturelle de la phrase n'aurait suggéré à pei^onne l'idée du participe. Tous les détails ont le même relief dans cette énumération des occupations de la journée : incedo^ pererro, assisto, me refera, eo dormitum, ;V/c(?o, vagor, leclOj scriplo, ungor^ fifgio, et il serait bien singulier qu'un poète eût subordonné la lecture et la composition à un soin aussi trivial que la friction.
Mais les veibes lecto et scripte existent-ils? I.es interprètes modernes ont commencé par le croire ; puis d'autres sont venus qui l'ont nié : aujourd'hui c'est la négation qui triomphe.
Je dis que, par un mouvement spontané, on accepte dans cette phrase les verbes lectare et scriptare. En efTet, voyons les anciens éditeurs.
Simon de Colines a publié une édition d'Horace (Paris, 1539) sans notes ; mais la ponctuation indique comment il comprend le passage :
Posl hanc va^or, aul ego locto, Aul seripto, qiiod nio larilum juvet, uiigor olivo, Non quo fraudalis, etc.
Christophe Landin {Basil. ^ 155n) présente cette explication : « Lecto aut scripto, id est leclito aut scriptito. »
Lambin * ne met pas de note sur ce passage : donc il n'y voyait pas de difficulté. Les champions de l'ablatif absolu ont à construire péniblement un échafaudage de raisonnements pour substituer une phrase torturée à une phrase coulante.
Jean Bond reproduit l'opinion de ses devanciers : « Lectito aut scriptito. »
Mais déjà à la fin du seizième siècle, une voix avait prêché l'explication forcée que je veux combattre. Théodore Marcile, lecteur au Collège royal (Collège de France), dans son commentaire sur Horace (Paris, 1604), écrivait : « Interpunxeris meHus :
Aul oiro, lecto Aut soripto quod nu* taoitum juvot, ungor olivo.
« Post(iuam scripsoro aut legero, quod me juvet, ungor olivo. Peccaverunt interpretos hactenus. Nam lecto illud et scripto^ quae nomina sunt, verba focere ut ossont. »
Ainsi : d De deux mots qui sont dos noms, on en a fait des verbes. » Voilà une grande assurance chez le savant qui occupait chez nous la première chaire d'érudition î
1. Ni TuruMH\ «l'ii ;i l\»uri:i tU-s ivmanjues a ^»^^^ commeutaire.
L'édition Variorum admet les deax sens ; Jean Bond fournit le premier, Torrentios le second.
Mais c'est Richard Bentley qui, an commencement du dix-huitième siècle, a fait la fortune de l'interprétation recommandée sans succès par Théodore Marcile. Bentley est un homme qui a fait de la critique avec génie. Nul ne sait mieux, par sa vaste érudition et ses déductions judicieuses, entraîner ses lecteurs. Mais il pèche par excès de hardiesse ; le paradoxe le tente quelquefois, et alors, comme les grands avocats, il semble ambitionner le mérite de faire triompher les mauvaises causes.
Quand j'ai publié mon édition classique d'Horace, j'ai cédé moi-même à l'autorité de Bentley. Aujourd'hui, je fais amende honorable en le combattant.
Je transcris les vers du poète avec la ponctuation du célèbre philologue :
Ad quartam jaceo : post hanc vagor, aut ego lecto, Aut scripto quod me tacitum juvet. Ungor* olivo.
Voici son commentaire, qui a acquis force de loi :
Ubi sine dubio lecto et scripto sunt ablativi participiorum lectus et scriptus. Gujusmodi jam passim observata est a Grammaticis constructio. Tacitus Annal. II, 7. Cœsar^ audito castellum Luppiœ obsideri^ sex legi(H nés duxit. lY, 36. Fonteius Capito absolvitur^ comperto ficta in eum crimina per Yibium Set'enum : et alibi passim. Hoc quidem recte olim Janus Dousa : adeo ut me illorum misereat qui lecto hic et scripto verba esse volunt, pro lectito et scriptito, verba utique inaudita et in ultimam barbariam releganda. Decepit, credo, eos pronomen ego, cum id extra locum snum hic positum videatur : quod tamen minime mirari debent qui aut hune Nostrum aut Terentium unquam versarunt. Noster loco jam citato :
Neque enim cum lectulus aut me * Porticus excepit.
« Nihil usitatius : atque adeo elegantiam quandam prœ se fert. »
Il faut oser braver la pitié de l'illustre critique, et faire ressortir tout ce qu'il y a de faible dans cette argumentation.
1® L'exemple de Tacite est sans valeur. L'ablatif absolu, qu'on veut voir dans Horace, est une locution des historiens, et Tacite en a fait un tel usage, que c'est un trait saillant dans la physionomie de son style. Il faudrait nous citer des poètes, et autant que possible des poètes contemporains. Voilà les témoignages qui seraient sans réplique.
2® Effectivement l'on est bien en droit d'être choqué de cet ego^ qui ne se rapporte à aucun verbe, ou qui a un effet rétroactif. C'est là une sin-
1. Bentley n'a reprodait qu'à moitié l'opinion de Marcile, et par là il a aggraté ses propres torts. 11 met nn p^int et une miguscule à ungor» Gomme on l'a tu, son devancier rapportait ego à tmgor,