‹ Mélanges de philosophie juive et arabeChapitre 1 sur 55 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Des circonstances indépendantes de ma volonté m'ayant empêché de hâter la publication de ce recueil, projetée depuis plusieurs années, jen ai détaché d'abord une partie qui, annoncée depuis longtemps, était attendue avec quelque impatience par ]6 petit nombre de savants spéciaux qui attachent un vif intérêt aux documents inédits relatifs à la philosophie du moven âge. L'accueil si éminemment bienveillant que cette première partie a rencontré auprès des juges les plus compétents (1) m'a montré que [6 ne m'étais pas trompé sur l'importance des documents que j'y ai fait connaitre, et qui, placés en tête de ce volume, cu forment, sans 6010170011 , la partie la plus saillante.

La première livraison de ces Mélanges (pages 1 à 232), publiée il y ב‎ environ deux äns, est consacrée lout entière à la philosophie d'Ibn-Gebirol ou Avicebron. Dans 1/4015 placé en tête et dans le chapitre qui traite de la vic et des écrits d'Ibn-Gebirol, j'ai rendu compte des matériaux dont je me suis servi pour ce travail, et j'ai fait connaître les deux manuscrits, l'un hébreu, l’autre latin, que j'avais à ma disposition (voy. pag. 152 et 15). Depuis, j'ai eu connaissance d'un second manuscrit du Fons vilæ , découvert à la bibliothèque Mazarine (2) par un savant d'Allemagne, M. le Dr Scyerlen, qui en a donné une notice très détaillée dans les Annales théologiques (Theologische Jahrbücher) publiées à Tubingue par MM. les professeurs Baur et Zeller )1. XV, & cahier, cit. XVI, 19 cahier). Je n'ai pu, dans ma siuation actuelle, aborder l'étude de ce manuscrit, qui n'a point les défauts que j'ai signalés dans celui de la Bibliothèque impériale, et qui, si je l'avais connu plus 101, m'aurait évité les grandes difficultés

(1) Voy. le rapport do M. Ad. Franck dans le Comple-rendu des séances el iraraux de l'Academie des sciences morales et politiques, 1857, IVE trimestre, pag. 45-58 ; l'article de M. Charles Jourdain dans la Rerue contemporaine, t. XXXII (livraison du כו‎ juillet 1857), pag. 630-636, et l’article de M. Hauréau dans l'{{lustration da 16 mai 1857, pag. 315.

(2) C'estle ms. lat. n° 510 de la biblioth. Maz. qui renferme (fol. 33 recio à 79 recto) l'ouvrage d’Avicebron. Le titre de Fons ₪//ק‎ ne צ'8‎ trouve pas; mais à la fin de l'ouvrage On lit : « Finitus est tractatus quintus, qui est de matcria universali et forma universali, et 6% ejus consummatione consummatus 681 totus liber, cum auxilio 26 et. 4-15 mireriCordia , Avehesheol. ה‎ TT

Libro perscripto, sit laus'et gloria Christo, Per quem finitur quod ad ejus nomen initur.

Transtulit Hyspanis interpres lingua Johannis Tonc ex arabico, non absque juvante Domingo. »

On voit que le nom de l'auteur est écrit ici Avexcebrol, ce qui est bien près du véritable nom d'Iba-Gebiro!.

que j'ai eu à vaincre dans mon travail. Je n'ai pas eu non plus 1'06casion de me faire lire le travail de M. Seyerlen, qui, me dit-on, renferme de nombreuses citations de la version latine (1). D'ailleurs, les extraits d'Ibn-Falaquéra, que j'ai publiés en entier, 61 l'analyse que j'y ai jointe, en me servant du manuscrit latin de la Bibliothèque impériale, renferment des données plus que suffisantes sur la philosophie d'Ibn-Gebirol, et j'aurais craint de fatiguer le lecteur en revenant de nouveau sur un sujet auquel déjà j'ai consacré la plus grande partie de ce volume, et qui, comme on a pu s'en convaincre, a été traité par notre philosophe avec une trop grande prolixité. Cependant, j'ai cru devoir faire vérifier mes citations latines sur le manuscrit de la bibliothèque Mazarine, et notamment les passages sur lesquels le manuscrit du fonds Saint-Victor m'avait laissé quelque doute. Souvent mes conjeclures se sont trouvées confirmées ; d'autres fois, j'ai cu à rectifier les leçons que j'avais adoptées. Tout ce qui, sous ce rapport, peut intéresser le lecteur a été indiqué dans les Additions et reclifications, à la fin de ce volume. |

Après avoir fait connaître en détail la philosophie d'Ibn-Gebirol, trop peu en harmonie avec 16 judaïsme et la théologie juive de l’époque pour être entièrement originale, j'ai dû, autant que cela m'a été possible , remonter aux origines historiques du système développé dans la Source de vie, et indiquer 105 sources auxquelles Ibn-Gebirol a pu puiser ses doctrines. Les documents que j'ai cités suffiront, je pense, pour convaincre le lecteur que les doctrines exposées dans le Fons vilæ sont empruntées pour la plupart à certaines compilations néoplatonicienves, qui jouissaient d'une grande vogue chez les Arabes jusqu'au moment où les œuvres d'Ibn-Sinä répandirent de plus en plus dans les écoles la connaissance de la philosophie d'Aristote. Entin, j'ai esquissé l'histoire du livre d'Ibn-Gebirol; j'ai parlé notamment de l'accueil plus ou moins favorable qui lui fut fait chez les Juifs, et de l'influence qu'il a pu exercer sur la formation de la kabbale spéculative et sur la compilation de certaines parties du livre Zohar, qui, pas plus que la Source de vie, n'ont dé racines dans le judaïsme et dans la pure tradition juive. En ce qui concerne l'influence du Fons vitæ sur la philosophie scolastique, ce sujet étant plus accessible et déjà mieux connu, j'ai dû me borner à quelques aperçus généraux, laissant aux hommes spéciaux le soin de faire connaître dans tous ses détails le rôle que joue la philosophie d'Avicebron dans les écoles chrétiennes, 8 partir du 11155 6.

Mon הבוו‎ sur Avisebrôn est suivi d'un résumé de l’histoire de la

)1( Quelques journaux allemands, par lesquels j'ai eu connaissance de la découverte et de la notice de M. Seyerien, reprochent à celui-ci d'avoir complétement ignoré l’article que, dès l'année 1846, j'avais publié sur Ibn-Gebirol et son Fous vilæ, et ce que M. Ritter avait écrit au sujet de ce même article (voy. ci-après, pag. 153 et 154).

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