POUR LA PREMIÈRE LIVRAISON
Les feuilles que je publie aujourd'hui, imprimées depuis plusieurs mois, forment la partie la plus importante de ces Mélanges. Elles renferment : 1° les Extraits hébreux faits par Ibn-Falaquéra de la Source de vie (Fons vilæ) d’Ibn-Gebirol ou Avicebron; 2° la traduction française de ces mêmes Extraits, accompagnée de notes critiques et explicatives; 3° une notice sur la vie et les écrits d'Ibn-Gebirol, et une courte analyse du Fons vitæ, pour laquelle je me suis aidé d'une version latine manuscrite.
Ce travail, promis depuis long-temps, a 616 commencé il ya déjà plusieurs années ; mais, à peine avais-je mis la main à l'œuvre, que mes travaux furent interrompus par la plus cruelle des infirmités. Depuis lors, la publication du tome I°° du Guide de Maïmonide a réclamé tout ce qui me restait de forces physiques. Encouragé par la bienveillance de quelques amis, j'ai profité des premiers moments de loisir pour reprendre mon travail sur Jbn-Gebirol, auquel doivent se joindre quelques autres essais relatifs à la philosophie des Arabes et des Juifs. Mais, comme les difficultés de ma situation actuelle ne me permettent de faire avancer l'impression de ces Mélanges qu'avec une extrême lenteur, j'ai voulu m'acquitter sans retard d'une sorte de devoir en publiant les documents que renferme cette première livraison , et qui, j'ose l’espérer, ne seront pas sans intérêt pour ceux qui se livrent aux études de la phulosophie du moyen âge.
Les Extraits hébreux du Fons vitæ, quoique peu volumineux, nécessitaient yo travail long et difficile; le manuscrit unique sur lequel ils ont été-publiés est malheureusament défiguré-par des fautes et des omissions nombreuses. Chaque paragraphe , presque chaque ligne, demandait des rectifications importantes. Avant de pouvoir songer à la traduction de ce texte obscur, je devais le rétablir dans sa pureté primitive. Quelquefois réduit à corriger par conjecture, j'ai pu le plus souvent rectifier et compléter les
Extraits bébreux au moyen de la version latine; mais notre manuscrit latin est lui-même très fautif ct d’un usage fort incommode à cause des nombreuses transpositions qu'ont subies surtout le 1115 et le IVe livre. (Voy. les notes, page 68.) Par une critique minutieuse, et en collationnant constamment les deux versions, je suis parvenu, j'ose le croire, à rétablir la version hébraïque telle qu'elle est sortie de la main d'Ibn-Falaquéra et qui peut parfaitement remplacer l'original arabe, dont elle est évidemment le calque fidèle. J'ai ajouté entre ] [| les mots et les passages omis par le copiste, en imitant le style du traducteur hébreu; et, toutes les fois que j'ai eu des fautes à corriger, j'ai mis au bas des pages la leçon du manuscrit : le lecteur hébraïsant pourra donc parfaitement se rendre compte de l'état du manscrit hébreu, en supprimant les passages ajoutés et en rétablissant les leçons fautives marquées au bas des pages; de cette manière il sera à même de juger de Ja valeur des leçons que j'ai adoptées et que généralement j'ai cherché à justificr dans les notes qui accompagnent la traduction française. J'ai cru devoir me borner à traduire les Extraits hébreux, dont, au moyen des procédés indiqués, j'ai pu établir un texte correct et sûr. D'ailleurs, ces Extraits, qui forment environ un tiers de l'ouvrage complet, en offrent toutes les parties essentielles et peut-être 1001 ce qui en mérite d'être lu. Plusieurs autres passages intéressants que j'ai rencontrés çà et là dans la version latine ont été donnés dans les notes ou dans l'analyse.
Dans la traduction française, je me suis appliqué à une stricte fidélité, et généralement le texte y est rendu presque mot pour mot (1). Dans mes notes explicatives, je n’ai pas eu la prétention de rien apprendre aux lecteurs versés dans la philosophie du moyen âge et dans le langage qu'elle emploie; mais je m'adresse à ceux qui, sans avoir le loisir de faire les recherches nécessaires, voudront comprendre ce document, à la fois si curieux et si obscur, de la littérature juive du moyen âge.
Puisse cet essai rencontrer auprès des hommes spéciaux , auxquels il s'adresse particulièrement, la même indulgencaavec laquelle
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(1) Ainsi que dans ma traduction de Maimonide, j'ai ajouté quelquefois entre ) ( des mots qui servent à compléter la phrase ou à la rendre plus claire ; tout ce qui dans le texte même me paraissait devoir être considéré comme parenthélique, je l'ai indiqué dans ג[ traduction par des ] ]. — Dans le ms. hébreu, le commencement de chaque paragraphe est indiqué par le mot "JON, dixit; j'ai préféré remplacer ce mot par des numéros d'ordre, et je ne l’ai conservé qu'au commencement de chaque livre.
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il a été jugé par ceux qui en ont favorisé la publication ! Et ici, qu'il me soit permis d'exprimer ma vive gratitude à mon digne et savant ami M. Gustave d'Eichthal, qui a ranimé mon courage pour ce travail, et qui a bien voulu y intéresser quelques amis, guidés comme lui par la sympathie qu'ils veulent bien m'accorder et par un zèle réel pour la science. Îls n'ont pas voulu que les matériaux que j'avais préparés fussent entièrement perdus, et ils ont cru devoir satisfaire à l'ambition légitime qui m'avait fait désirer de publier un document important, que naguère encore on croyait perdu sans retour, et dont le premier j'ai révélé l'existence et fait connaître le vérilable auteur (1). — Je dois aussi un témoignage public de reconnaissance à M. Samuel Brandeis, qui, avec un dévoûment et une patience au dessus de tout éloge , m'a assisté dans cette tâche difficile. C'est grâce à son concours intelligent que j'ai pu mettre en ordre mes matériaux, faire les recherches indispensables et achever la rédaction de ce travail.
La seconde livraison, qui paraîtra dans quelques mois, renfermera la suite du Mémoire sur Ibn-Gebirol et divers autres articles sur la philosophie arabe.
S. Muxx.
Paris, mars 1851.
(1) Voy. les paroles de M. Ritter citées ci-après, page 153. Ma découverte, que j'ai aussi communiquée depuis dans le Dictionnaire des sciences philosophiques (art. Juir), a été également consignée daus le savant ouvrage de M. Hauréau, De la Philosophie scolastique, 1. ], page 375, note 3.