LÉOCADIE
cache dans son sein. Ensuite refermant la fenêtre , elle attend dans l'obscurité le barbare qui doit décider de son sort.
Rodolphe ne tarde pas h revenir : il était seul, et toujours sans lumière. Il s'approche de Léocadie , lui bande les yeux avec un mouchoir , la prend par la main sans lui dire une seule parole , sans qu'elle ose prononcer un mot ? la Fait sortir de la chambre, descend avec elle dans la rue , fait plusieurs tours et détours ? arrive près de la grande église . quitte le bras de l'infortunée ? et s'enfuit précipitamment.
Léocadie fut quelque tems sans oser ôter le mouchoir qui lui couvrait les yeux. Enfin ? n'entendant plus le moindre bruit , elle le détache , et porte ses regards autour d'elle. Se voyant seule près de la grande église qu'elle reconnut, son premier mouvement fut de tomber à genoux , et d'adresser à Dieu une prière fervente. Sa prière achevée ; elle se lève .
ANECDOTE ESPAGNOLE. l35
et gagne en tremblant la maison de don Louis.
Ce malheureux père, avec son épouse désolée, pleurait sa fille dans ce moment. Il entend frapper , il court à la porte , ouvre , voit Léocadie , et s'élance à son cou en poussant un cri de joie.
La mère accourt à ce cri ? elle se précipite dans les bras de sa fille ; tous deux l'embrassent et lui parlent à la fois , tous deux Fappellent leur enfant chéri , leur unique joie, le seul soutien de leurs vieux jours; tous deux , en la baignant de pleurs , multiplient les questions , et ne lui donnent pas le temps d'y répondre.
La triste Léocadie , après s'être livrée à de si tendres transports , se jette aux genoux de son père, et, les yeux baissés, la rougeur sur le front , raconte tout ce qui était arrivé. Elle put à peine achever ce récit.
Le vieux don Louis la relève et la presse contre son sein : Ma chère fille , lui dit-il , le déshonneur n'est que dans
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le crime , et tu n'en as point commis. Interroge ta conscience; peut- elle te reprocher la moindre parole, la moindre action, lamoindrepensée ? Non, ma fille, tu es toujours la même , tu es toujours ma sage Léocadie ; et mon cœur paternel t'estime , te respecte , te vénère peut-être plus qu'avant ton malheur.
Léocadie , soulagée par ces paroles , ose lever les yeux vers son père : elle lui montre le crucifix qu'elle avait emporté dans l'espoir qu'il pourrait un jour lui servir à reconnaître son ravisseur. Le vieillard regarde long-temps ce crucifix., sur lequel tombaient ses larmes : O mon Dieu , lui disait-il , que votre justice éternelle daigne me faire connaître le barbare qui m'a outragé dans la moitié la plus chère de moi-même , qu'elle daigne l'offrir à mes yeux ; et , malgré mes cheveux blancs , malgré ma faiblesse , je suis sûr de laver mon outrage dans sou coupable sang.
Les transports de don Louis redou-