‹ Melanges de poésie et de litterature (volume 2)Chapitre 3 sur 66 · RUTH · texte numérisé non relu

RUTH

Et nos lois. . . Je ne puis vous expliquer ces mots , Mais retournez demain dans le champ de Booz : lirons demandera que] sang vous a fait naître ; Répondez : Noémi vous le fera connaître ; La veuve de son fils embrasse vos genoux. Tousmes desseins alorsseront connus devons. Je n'en puis dire plus : soyez sûre d'avance Que le sage Booz respecte l'innocence; Et que vous voir heureuse estmon pins cher désir x. Ruth embrasse sa mère , et promet d'obéir. Bientôt un doux sommeil vient fermer sa paupière.

Le soleil n'avait pas commencé sa carrière , Que Ruth est dans le champ. Les moissonneurs lassés Dormaient près des épis autour d'eux dispersés : Le jour commence à naître, aucun ne se réveille. Mais aux premiers rayons de l'aurore vermeille , Parmi ses serviteurs Ruth reconnaît Booz. D'un paisible sommeil il goûtait le repos; Des gerbes soutenaient sa tête vénérable. Ruth s'arrête : 0 vieillard , soutien du misérable , Que l'ange du Seigneur garde tes cheveux blancs ! Dieu pour se faire aimer doit prolonger tes ans. Quelle sérénité se peint sur ton visage !

1 rilia mea , quaeram tibi requiem , et proviclebo utbene sit tibi. Booz iste propinquus noster est , etc.

Comme ton cœur est pur, ton front est sans nuage. Tu dors , et tu parais méditer des bienfaits : Un songe t'offre-t-il les houreux que tu fais? Ah ! s'il parle de moi , de ma tendresse extrême » Crois-le; ce songe , hélas! estlavéritémême.

Le vieillard se réveille à ces accens si doux. Pardonnez , lui dit Ruth , j'osais prier pour vous -} Mes vœux étaient dictés par la reconnaissance : Chérir son bienfaiteur ne peut être une offense ; TJn sentiment si pur doit-il se réprimer? Non, ma mère me dit que je peux vous aimer» De Noémi dans moi reconnaissez la fille : Est-il vrai que Booz soit de notre famille? Mon cœur et Noémi me l'assurent tous deux.

O ciel ! répond Booz , ô jour trois fois heureux î Vous êtes cette Ruth, cetteaimable étrangère Qui laissa son pays et ses dieux pour sa mère £ Je suis de votre sangj et, selon notre loi^ Votre époux doit trouver un successeur en moi. Mais puis-je réclamer ce noble et saint usage? Je crains que mes vieux ans n'effarouchent votre

âge :

Au mien l'on aime encor , près de vous je le sens; iVIais peut-on jamais plaire avec des cheveuxblancs ? Dissipez la frayeur dont mon ame est saisie r JgoJLse ordonne en vain le bonheur de ma vie j

10 B. tr T H ,

Si je suis heureux seul, ce n'est plus un bonheur.

Ah! que ne lisez-vous dans le fond de mon cœur, .Lui dit Ruth; vous verriez qne la loi de ma mère Me devient dans ce jour et plus douce et plus chère. La rougeur, à ces mots, augmente ses attraits. Booz tombe àsespieds : Je vous donneàjarnais Et ma main et mafoi : le plus saint hyménée Aujourd'hui va m'unir à votre destinée.

A cette fête , hélas ! nous n'aurons pas l'amour ; Mais l'amitié suffit pour en faire un beau jour. Et vous , Dieu de Jacob , seul maître de ma vie , Je ne me plaindrai point qu'elle me soit ravie; Je ne veux que le temps et l'espoir, ô mon Dieu, De laisser Ruth heureuse , en lui disant adieu.

Ruthle conduitalors dans les bras de sa mère. Tous trois à l'Éternel adressent leur prière; Etle plus saint des nœuds en ce jourlesunit. Juda s'en glorifie : et Dieu , qui les bénit , Aux désirs de Booz permet quetoutrépnnde. Belle comme Rachel , comme Lia féconde , Son épouse eut un fils r ; et cet enfant si beau Des bienfaits du Seigneur est un gage nouveau :

1 Tulit itaque Booz Ruth , et accepit uxorem... et dédit illi Domiuus ut conciperet et pareret fîlium..,, Susceptumque Noemi puerum posuit in sinu suo , et nutricis ac gerulae fungebatur officio.

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C'est l'aïeul de David. Noémi le caresse ; Elle ne peut quitter ce fils de sa tendresse , Et dit , en le montrant sur son sein endormi: Vous pouvez maintenant m'appelerNoémî.

De ma sensible Ruth , Prince, acceptez l'hommage.

Il a fallu monter jusques au premier âge Pour trouver un mortel qu'on pût vous comparer* En honorant Booz , j 'ai cru vous honorer : Vous avez sa vertu, sa douce bienfaisance; Vous moissonnez aussi pour nourrir l'indigence : Pieux comme Booz , austère avec douceur , Vous aimez les humains , et craignez le Seigneur* Hélas! un seul soutien manque à votre familier Vous n'épousez pas Ruth; mais vous l'avez pour fille.

ET

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