‹ Melanges de poésie et de litterature (volume 2)Chapitre 2 sur 66 · RUT H · texte numérisé non relu

RUT H

Votre peuple est mon peuple , et votre Dieu mon

Dieu.

La terre où vous mourrez verra finir ma vie ; Ruth dans votre tombeau veut être ensevelie; Jusque-là vous servir sera mes plus douxsoins ; Nous souffrirons ensemble , et nous souffrirons moins.

Elle dit. C'est en vain que Noémi la presse De ne point se charger de sa triste vieillesse; Ruth, toujours si docile à son moindre désir , Pour la première fois refuse d'obéir.

Sa main de Noémi saisit la main tremblante; Elle guide et soutient sa marche défaillante, Lui sourit, l'encourage, et, quittant ces climats, De l'antique Jacob va chercher les états.

De sonpeuple chéri Dieu réparaitles pertes: Noémi de moissons voit les plaines couvertes. Enfin, s'écria-t-elle en tombant à genoux , Le bras de l'Eternel ne pèse plus sur nous : Que mareconnaissance à ses yeux se déploie ! Voici les premiers pleurs que j e donne à la joie, Vous voyez Bethléhem, ma fille ; cet ormeau De la tendre Rachel vous marque le tombeau , Le front dans la poussière, adorons en silence Du Dieu de mes aïeux la bonté , la puissance : C'est ici qu'Abraham parlait à l'Éternel,

Rirth baise avec respect la terre d'Israël.

Bientôtdeleurretourlanouvelleestsemée.

A peine de ce bruit la ville est informée, Que tons vers Noémi précipitent leurs pas. Plus d'un vieillard surpris ne la reconnaît pas : Quoi x ! c'est-là Noémi? Non, leur répondit-elle 9 Ce n'est plus Noémi : ce nom veut dire belle 5 J'ai perdu mabeauté , mes fils et mon ami : Nommez-moi malheureuse , et non pas Noémi.

Dans ce temps , de Juda les nombreuses familles Recueillaient les épis tombant sous les faucilles : Ruth veut aller glaner . Le j our à peine luit , Qu'aux champs du vieux $ooz le hasard la conduit; De Booz dont Juda respecte la sagesse , Vertueux sans orgueil , indulgent sans faiblesse , E t qui , des malheureux l'amour et le soutien , Depuis quatre-vingts ans fait tous les jours du bien.

Ruth^ suivait dans son champ la dernière glaneuse :

1 Dicebantque : haec est illa Nc-emi ? Quibus ait . Ne vocetis me Noemi , id est pulchram ;*sed vocate me Mara , id est amararu : quia amaritudine valde replevit me omnipotens. Egressa sum plena j et v acuaru icduxit me Dominus.

2 Et colligebat spicas post terga metentium. . . « Et ait Bopz ad Ruth : Audi , filia ; ne vadas in

Étrangère et timide , elle se trouve heureuse

De ramasser l'épi qu'une autre a dédaigné.

Booz , qui l'aperçoit, vers elle est entraîné :

Ma fille , lui dit-il , glanez près des javelles ;

Xes pauvres ont des droits sur des moissons si belles.

Mais vers ces deux palmiers suivez plutôt mes pas .

"Venez des moissonneurs partager le repas.

Le maître de ce champ par ma voix vous l'ordonne ;

Ce n'est que pour donner que le Seigneur nous

donne.

Il dit .•R-uth à genoux de pleurs baigne samain. De vieillard la conduit au champêtre festin, tes moissonneurs , charmés de ses traits , de sa

grâce , Veulent qu'au milieu d'eux elle prenne sa place , De leur pain, de leurs mets lui donnent la moitié: EtRuth, riche des dons que lui fait l'amitié, Songeant que Noémi languit dans lamisère , Pleure, et garde son painpour en nourrir sa mère *.

alternum agrum ad colligendurn . ... Si sitieiis , vade ad sarcinulas , et bihe aquas de quibus et pueri bibunt.

1 Sedit itaque ad messomm latus , et congessit polentam sibi . comeditque . . . ec tulit reliquias. Atque inde surrexit , ut spicas ex more colligeret.

Bientôt elle se lève, et retourne aux sillons. Booz parle à celui qui veillait aux moissons : Fais tomber, lui dit-il, les épis autour d'elle, Et prends garde surtout que rien ne te décèle : IL faut que sans te voir elle pense glaner, Tandis que par nos soins elle va moissonner. Épargne à sa pudeur trop de reconnaissance , St gardons le secret de notre bienfaisance.

Le zélé serviteur se presse d'obéir; Part ont aux y eux de Ruth un épi vient s'offrir, Elle porte ses biens vers le toit solitaire Où Noémi cachait ses pleurs et sa misère. Elle arrive en chantant: Bénissons le Seigneur, Dit-elle ; de Booz il a touché le cœur. A glaner dans son champ ce vieillard m'encourage; Il dit que sa moisson du pauvre est l'héritage . De son travail x alors elle montre le fruit. Oui, lui dit Noémi, l'Éternel vous conduit : Il veut votre bonheur, n'en doutez point, ma fille, Le vertueux Booz est de notre famille ;

Praecepit autem Booz pueris suis , dicens. ... De vestris manipulis projicite de industria , et iema nere permittite , ut absque rubore colligat.

1 Portans reversa est , et ostendit socruï sujc ; et dcdit ei de reliquiis cibi sui , etc.

Page 1