ET LE SERF DU MONT JURA
Trop jeune , hélas ! pour sentir sa misère 9 11 ne sait pas eneor bénir son bienfaiteur ,
Mais il l'apprendra de sa mère.
Le grand homme à l'enfant sourit avec douceur Donner est un besoin pour son ame attendrie,
Et les seuls plaisirs de son cœur
Peuvent délasser son génie.
Bientôt de' nombreux habitans Vivent heureux par lui dans sa naissante ville. Si la discorde vient troubler ce doux asile ,
Voltaire juge ses enfans :
Il parle , et sa douce éloquence
Appaise les ressentimens.
L'art de toucher les cœurs fut toujours sa science.
Il leur enseigne la vertu ; Il sait la faire aimer de ce peuple sauvage ,
Et descend jusqu'à leur langage
Pour en être mieux entendu .
Un jour , assis dans la campagne , Voltaire contemplait avec des yeux charmés Ces champs, jadisdéserts,encités transformés,
Lorsque du haut de la montagne ïl voit venir à lui, d'un pas précipité , Des femmes , des enfans , pâles , baignés de larmes.
Au milieu d'eux était porté Un vieillard expirant, obj et de leurs alarmes : Leurs bras étaient son lit. Le vieillard malheureux
Tournant sur eux sa mourante paupière : Arrêtez , leur dit-il ; j'ai touché cette terre , Je suis libre; il suffit : recevez mes adieux. Enprononçantcesmotsil est près de Voltaire,
Qui veut en vain le secourir :
Non , non ,' dit le vieillard' , daignez plutôt m'entendre; Et si mes maux touchent votre ame tendre, Secourez mes enfans, et laissez-moi mourir.
La Suisse est mon pays. Je quittai ma patrie A l'âge où de l'amour naît le premier désir, Où le cœur a besoin de peine ou de plaisir
Pour pouvoir supporter la vie :
Vers la Franche-Comté je dirigeai mes pas. Parmi ces monts glacés, au milieu des frimas Qui des tristes sapins font courber le feuillage , Dans ces lieux où l'hiver étale son horreur , Je devins amoureux; et ce désert sauvage Fut alors à mes yeux le séjour du bonheur. Dès ce moment j'oubliai ma patrie.
Uni bientôt à l'objet de mes vœux ,
Auprès d'une épouse chérie