EN LUI ENVOYANT GALATÉE
ONSIEUR
Vos ouvrages font le bonheur de ma vie; et comme il est impossible que celui qui les a laits ne soit pas !e meilleur des hommes , j'espère qu'il me pardonnera de l'importuner d'une lettre. Depuis mon enfance , la Mort d' \bel , Laprnts , les Idylles , le premier Navigateur, sont toujours dans mes mains- Je dois à ces lectures tout ce que • estime de mon cœur.
Mon admiration pour vos écrits m'a inspiré le désir de faire une pastoiale. Je me suis aidé d'un fameux auteur espagnol qui avait \otre génie , sans avoir votre douceur. J'ai tâché d'habiller la Çalatee de Michel de Cervantes
224 I/ETTHE A M. GESSNÏg, comme vous habillez vos Cliloés; je lui ai fait chanter les chansons que vous m'avez appr:sr s, et j'ai orné son chapeau de fleurs volées à vos bergères.
Cette passion de vous ressembler m'a valu i'iudulgence du public français. J'ose vous envoyer Galatée. Allez , ma fille y lui ai-je dit , allez trouver le maître de tous les bergers : vous poserez doucement votre guirlande sur sa t^te , vous vous mettrez à genoux devant lui ; et quand il vous regardera en souriant ? comme le bon Amyntas regardait la belle Philis *? vous lui direz : Je viens mettre à vos pieds le tribut de respect et d'admiration que vous doivent tous ,es cœurs sensibles , et que mon père a plus de plaisir à vous payer que personne.
J'ai l'honneur d'être , Monsieur ? avec
ces sentimens qui dureront autant que
ma vie ?
Votre très-humble , etc.
1 Dans le charmant poëme de DAPHNIS, ,