‹ Mélanges de poésie et de littératureChapitre 34 sur 41 · ANECDOTE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

ANECDOTE ESPAGNOLE

(iétours , arrive près de la grande église , quitte le bras de l'infortunée , et s'enfuit précipitamment.

Léocadie fut quelque temps sans oser ôter le mouchoir qui lui couvrait les jeux. Enfin, n'entendant plus le moindre bruit , elle le détache , et porte ses regards autour d'elle. Se vojant seule près de la grande église , qu'elle reconnut , son premier mouvement fut de tomber à genoux , et d'adresser à Dieu une prière fervente. Sa prière achevée , elle se lève , et gague en tremblant la maison de don Louis.

Ce malheureux père , avec son épouse désolée , pleurait sa fille dans ce moment. Il entend fi-apper, il court à la porte, ouvre, voit Léocadie, et s'élance à son cou en poussant un cri de joie.

La mère accourt à ce cri , elle se précipite dans les bras de sa fille ; tous deux l'embrassent et lui parlent à la fois ; tous deux l'appellent leur enfant chéri , leur unique joie , le seul soutien de leurs vieux jours; tous deux, en la baignant de pleurs , multiplient les questions , et ne lui donnent pas le temps d'j répondre.

La triste Léocadie , après s'être livrée à de si tendres transports , se jette aux genoux de

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son pèi'e , et, les yeux baissés , la routeur sur le fi'ont, raconte tout ce qui était arrivé. Elle put à peine achever ce récit.

Le vieux don Louis la relève et la presse contre son sein : Ma chère fille, lui dit-il, le déshonneur n'est que dans le crime, et tu n'en as point commis. Interroge ta conscience ; peut-elle te reprocher la moindre parole , la moindre action , la moindre pensée? Non, nia fille, tu es toujours la même, tu es toujours ma sage Léocadie ; et mon cœur paternel t'estime, te lespecte, te vénèie peut-être plus qu'avant ton malheur.

Léocadie , soulagée par ces paroles , ose lever les yeux vers son père : elle lui montre le crucifix qu'elle avait emporté dans l'espoir qu'il pourrait un jour lui servir à reconnaître son ravisseur. Le vieillard regarde long-temps ce crucifix, sur lequel tombaient ses larmes : O mon Dieu, lui disait-il, que votre justice éternelle daigne me faire connaître le barbare qui m'a outragé dans la moitié la plus chère de moi-même, qu'elle daigne l'offrir à mes yeux ; et , malgié mes cheveux blancs , malgré ma faiblesse , je suis sûr de laver mon outrage dans son coupable sang!

Les transports de don Louis redoublent la douleur de Léocadie ; sa bonne mère l'apaise ,

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arrache le crucifix au vieillard, et celui-ci oublie sa colère pour aller de nouveau cousoler sa fille.

Après quelque temps donné aux larmes , la malheureuse Léocadie semblait goûter un peu de calme : elle ne sortait jamiais de sa maison; il lui semblait que tout le monde aurait lu son outrage sur son front. Hélas! elle eut bientôt des motifs plus cruels de se cacher,

Léocadie s'aperçut qu'elle était enceinte; et son père et sa mère purent à peine obtenir d'elle qu'elle ne se laissât pas mourir. Elle fut plusieurs jours sans vouloir prendre de nourriture ; enfin, pour l'amour de ses parens et par respect pour son état de mère, elle consentit à supporter ses maux.

Dès que le term« approcha , don Louis et sa femme louèrent une petite maison de ciampagne où ils se rendirent sansi domestiques : ils ne voulurent pas même appeler de sagefemme; ce fut dona Maria qui en tint lieu. Avec son unique secours , Léocadie mit au monde un garçon plus beau que le jour. Don Louis le porta sur les fonts de baptême , où il lui donna son nom. Bientôt la mère fut rétablie ; et sa tendresse pour son fils fut si vive , la vue de cet enfant devint si nécessaire à son existence , qu'on résolut de garder dans la

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maison le petit Louis , en le faisant passer

pour un neveu du vieillard.

Ils revinrent tous à Tolède, où personne ne s'était douté du motif de leur absence. L'aventure de Rodolphe n'avait fait aucun éclat; il était parti peu de temps après pour Naples : et Léocadie , respectée , aimée de tout le monde , jouissait du bonheur de l'état maternel et de tous les honneurs de l'état de fille.

Cependant le petit Louis croissait et devenait tous les jours plus aimable et plus charmant. Son esprit , ses grâces devançaient son âge , qui n'était «-ncore que de sept ans , lorsqu'un jour où il devait y avoir un grand combat de taureaux, cet enfant se mit à la porte lie la maison de sa mère pour voir passer les jtiines cavaliers qui allaient combattre. 11 était seul ; il voulut traverser la rue pour voir une troupe de jeunes gens qui venait de l'airtre côté : dans le moment un de ces étourdis , emporté par son cheval, vient au grand galop, et passe sur le corps du petit Louis. Le pauvre enfant reste étendu sur le pavé, jetant des cris, perdant beaucoup de sang d'une plaie que le fer du cheval lui avait faite à la tête. Le peuple s'amasse et s'écrie. Tout à coup un cavalier vénérable, suivi de beaucoup de valets , qui passait pour aller aux courses , voit cet

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