DE FLORIAN
A I\i DE BOISSY D'ANGLAS.
A M. DE BOISSY D'ANGLAS
O I Néinorin chantait comme M. de Boissy écrit j il serait bien sûr d'obtenir de tout le monde les éloges qu'il ne doit qu'à l'amitié de ses compatriotes : mais M. de Florian aime mieux devoir ces éloges à l'amitié qu'à la justice ; car la reconnaissance rend bien plus heureux que l'orgueil. Il remercie bien tendrement M. de Boissy de son aimable attention , et il ira , au premier moment , lui dire combien il trouve doux et glorieux d'être le compatriote, le confrère et Fami de celui qu'ii aurait choisi pour frère.
Paris, ce iC novembre 1787.
J'ai reçu, Monsieur , presque en même temps , les deux aimables lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Je vous dois des .excuses d'avoir tardé à y répondre : mais d'abord il faut du temps pour vous lire; et de plus , quand on imprime , même dos bagatelles, les épreuves , les visites à l'imprimeur , et les autres occupations qu'on a toujours à Paris , vous prennent tous vos momens. Ce qu'il y a de sur, c'est qu'après ceux passés avec vous , je n'en connais guère de plus doux que de cultiver votre amitié , et de me rappeler à votre souvenir.
Là dessus , je n'ai point de querelle avec
M"»« de V , avec M. et M"»*^ du ,
et tous ceux qui vous ont connu , c'est-à-dire qui vous regrettent. Nous avons l'espoir de vous voir de retour avec le printemps ; et quand bien même je ne serais pas faiseur de pastorales , ce seul espoir me rendrait le mois de mai le plus agréable de l'année.
Je vous prie de dire à M. de Montgollîer ,
A r.r. DE BOISSY D AKGI.A.S. 1']
combien je suis reconnaissant de tout ce dont il a bien voulu vous charger pour moi. Je n'aurai pas encore recours à ses bontés cette fois-ci , parce que la hâte que j'avais de mettre sous presse mon livret ne m'a pas permis d'attendre. Je le prie de me conserver son obligeance pour un autre ouvrage. Mon intérêt le plus cher se trouve d'accord avec ses offres ; car le nom sevd de son papier doit faire espérer que le livre ira à la postérité.
Estelle est achevée , et sèche tristement auprès des poêles de M. Didot. Vers la fin de décembre elle prendra son essor, et tournera d'abord ses pas vers Annonay ; elle ira vous saluer au bord de ce ruisseau charmant que je connais, que j'aime sans l'avoir vu, et oii mon heureuse Estelle entendra des vers plus doux et plus harmonieux que ceux de son Némorin.
Laissons là les médiocres ouvrages , pour parler de boimes œuvres. J'aurais désiré de tout mon cœur pouvoir servir en quelque chose M. votre receveur, mais malheureusement, le M. du Petit-Val mon ami n'est point le M. du Petit-Val régisseur général : c'est bien le même nom , mais non pas la
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même personne ; et je n'ai nulle relation avec celui dont vous avez besoin. Cependant , l'obligeante M"^^ du Petit -Val , la femme du mien, s'est chargée de votre mémoire , et tâchera de le faire arriver à son adresse , en le recommandant de son mieux.
Je ne puis vous dire grand' chose de nos théâtres ; je n'y vais presque point. J'ai consacré mes soirées à relire avec quelques amis mes poètes et mes historiens latins. Cela fait que je vois encore moins de monde que je n'en voyais, et que je suis plus en état de vous donner des nouvelles des troubles de la loi agraire , ou des ridicules de Nomentanus et de Damasippe , que des réformes de M. de Toulouse, et des succès de M. de LaReynièrc. Je ne soupe plus qu'avec Cicéron , je mange un morceau avec Tite-Live; et, en attendant les poésies légères de M. Dussaulx , j'explique Horace et Catulle.
J'aimerais mieux causer avec vous , Monsieur; revenez dans notre capitale le plus tôt qu'il vous sera possible : vous y avez laissé de vrais amis, à qui il n'arrive plus de rire, de raisonner ou de disputer, sans regretter que ce ne soit pas avec vous.
À M. DE BOISSY D ANGLAS. 29
Comme votre première lettre finit avec infiniment de cérémonie, vous sentez bien que , quoi qu'en dise mon amitié, je ne puis me dispenser de vous assurer que
J'ai l'honneur d'être , Monsieur, avec tous les sentimens qu'il est si doux d'éprouver pour vous ,
Votre très-liumble et très obéissant serviteur,