‹ Mélanges de poésie et de littératureChapitre 40 sur 41 · FLORIAN · texte numérisé non relu

FLORIAN

P. S. Voici une triste réponse faite à M. le sénéchal au sujet de l'affaire qui vous intéresse, et à laquelle il a fait tout ce qu'il a pu .

3o LETTRES DE FLORI.VX

Paris, :f) décembre 1787.

Voici, Monsieur, la jeune bergère ^ dont vous avez bien voulu protéger l'enfance. Si vous aviez pu achever son éducation, elle serait bien plus aimable ; mais avec tous ses défauts , elle se présente devant vous. J'ai fait ce que j'ai pu pour obtenir d'elle de ne point vous parler de sa compagne Adélaïde , ni du somnambule Isidore : je lui ai représenté que ce n'était pas comme ce berger que vous dormiez, que vous exigiez que l'on ronflât ou qu'on fût éveillé, que toutes ces nuances de sommeil n'étaient propres qu'à vous endormir ; je n'ai jamais pu venir à bout de la persuader. Elle est entêtée, mademoiselle Estelle , surtout dans la dispute ; raison ou tort , elle ne cède point (défaut que vous devez bien blâmer encore). Enfin , il a fallu la laisser avec Isidore; et l'insolente m'a répondu que vous auriez beau critiquer cet endroit , vous n'en

A ivr. DE BOISSY D AWGLAS. 3l

direz jamais tant de mal que d'autres en ont dit de bien.

Nous parlons souvent de tous, Monsieur, avec tout ce qui tous a connu ici , nous vous regrettons tous de compagnie. Quand reviendrez-vous donc ? Savez-vous que voilà deux fois que je vais au Lycée entendre JVI. de La Harpe sur la Henriade ? Il nous a dit de très belles cboses ; mais l'idée que j'étais au Lycée sans vous a été cause que je me suis ennuyé à périr. Vous à qui la gloire du Lycée est si chère , revenez donc me prouver que j'ai tort de vous y regretter autant.

Adieu , mon cher confrère ; je cabale à Nismes pour faire recevoir M. de Choisi de l'Académie. Je ressemble au cardinal Alloeroni , qui, n'ayant pu troubler l'Espagne, alla mettre le feu à la république de Saint-Marin. N'allez pas dire tout ce que je vous conte, au nioins ; car je ne dispute et ne badine jamais qu'avec mes amis , et toute plaisanterie avec eux est un combat à fer émoussé qui devient duel dès que d'autres s'en mêlent. Si je vous aimais moins , je serais plus souv ent de votre avis , et je finirais gravement ma lettre , au.

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lieu que je la finis par vous embrasser de tout mon cœur.

Voulez-vous bien me rappeler au souvenir de M. de Montgolfier.

Vernon, ce 24 janvier 1788.

1 L y a long-temps , mon cber confrère , que je vous dois des remercîmens pour les deux lettres si aimables qui se sont croisées avec les miennes. Je vous dois surtout de la reconnaissance pour la manière dont vous avez accueilli Estelle. Vous lui avez dit de plus jolies clioses qu'elle n'en a jamais entendu de Némorin , et votre indulgence pour elle la consolera de quelques sévérités qu'elle a éprouvées de M. l'abbé Morellet.

Malgré ses critiques , malgré les vôtres , mon confrère , et celles de quelques autres , Estelle va bien : mon édition est presque épuisée , et l'on imprime la seconde. Après un mois des tracas que donnent le jour de l'an ^-t la publication d'un ouvrage, j'étais venu

A M. DE BOISSY d'aNGLAS. 33

passer dans le calme une quinzaine de jours à Vernon ; mais la trompette sonne et me rappelle aux alarmes. Le cardinal de Luynes est mort , et je pars demain matin pour aller demander sa place à l'Académie. Tous mes amis m'y excitent : quand je dis tous , j'ai tort , car j'en ai bien quelques-uns qui, sans doute par intérêt , craignent que je n'aie pas mérité ce que je brigue, et sans critiquer mes anciens ouvrages, me poussent à en faire de nouveaux. Comme les extrêmes se touchent, leur extrême amitié ressemble à l'indifférence : mais cela m'est égal , je ne les en aime pas moins quand ils sont aimables; et je n'ai besoin de personne pour savoir que ce que j'ai fait, tout médiocre qu'il est, vaut mieux que les titres de mes rivaux, voire même de

beaucoup de mes Suffît. Je commence

à être un peu piqué de me voir toujours préférer des personnes que je ne connais que lorsqu'elles passent devant moi ; et , cette fois -ci, je veux en découdre absolument. M. Vicq-d'Azir est mon plus redoutable rival; il a sur moi le grand avantage de n'avoir été lu de personne; mais je n'en oserai pas moins troubler son triomphe, et je me bat-

j4 LETTKES lOE FLORl\?f

trai de toutes mes forces; j'ai déjà mis enjeu mes princes, mes princesses, mes amis. J'ai cru long-temps que le travail seul devait conduire aux récompenses ; je m'amende, et, pour cette seule fois, je vais employer d'autres moyens.

A'^ous vovez, mon cher confrère, quelle est ma confiance en vous ; je la pousserai plus loin encore, car je viens vous demander de vouloir bien écrire le plus tôt qu'il vous sera possible à M. de La Harpe, votre ami, pour lui demander de m'iionorer de son suffrage. Lorsque je lui envoyai Estelle , j'en reçus un billet très obligeant qui finissait par ces mots soulignés : Comptez sur moi. Depuis, je l'ai trouvé plus froid , et il m'a fait entendre qu'il pourrait bien donner sa voix à M.Vicq-d'Azir. Je vous demande de vouloir bien lui en écrire, et lui représenter que son amitié pour M. de Voltaire, qui aima mon enfance, et à qui je suis allié, son amitié pour moi-même, qui n'ai rien fait pour la perdre, si ce n'est Numa, sembleraient devoir m'assurerun appui dans lui; et que de le voir contre moi, ne fera pas beaucoup d'honneur ni à moi, ni peut-être à lui. Je laisse tout cela à votre prudence

A M. DE BOISSY d'aJNGLAS. 35

et à votre amitié. Au surplus , je fais cette émarche vis-à-vis de vous, sans prétendre faire la moindre bassesse A'is-à-vis de M. de La Harpe; mais par le désii^ que j'ai de lui avoir une obligation qui me le fasse toujours aimer.

Ce momeut-cinr'occupe beaucoup, mon cher confrère, et va beaucoup m'occuper. Je me console d'avance du succès, cjuel qu'il soit. Car, si je réussis, je serai fort aise; et si je ne réussis pas, je serai a l'aise avec beaucoup de personnes. J'aurai fait ma demande , on me 'accordera ensuite quand on voudra. J'attendrai sans colère, je vous en réponds. Paillons pourtant d'autre chose , celle-ci doit vous ennuyer.

Les vers charmans que vous avez bien voulu faire pour moi sont assurément peu mérités; mais ils sont si jolis, que j'ose les aimer devant tout le monde. J'aurais beau jeu pour vous en rendre; mais je ne suis pas en train de rimer, et mon cœur un peu plein peut à peine vous exprimer sa reconnaissance.

Vous savez la mort de ce pauvre M, d'Argental. Madame de Yimeux en a été dans une douleur profonde. Écrivez-lui quand vous le

o6 Lettres de florivît

pourrez : elle vous aime presque autant quft

je vous suis attaché.

J'oublie de vous dire que M. Garât se présente aussi, et divisera peut-être la faction Suard, qui est Vicq-d'Azir, M. de Bauveau, qui en entraîne beaucoup ordinairement, s'est déclaré tout haut pour Estelle. Sedaine prend la même cocarde publiquement, et quelques autres aussi sont pour moi. Il est vrai que ce sont ceux que je connais le moins , ce qui fait bien la satire de mon caractère; mais enfin la jomnée sera chaude. Elevez vos bras au ciel en ma faveur, et Anialec tombera sous les coups d'Israél.

Adieu , mon cher confrère , je vous embrasse et je vous aime de tout mon cœur, comme vous méritez d'être aimé de quiconque vous connaît un peu.

A M. DE BOISSY U AîsGLAS,

Anet, 7 mars 1788.

TOUS êtes le premier, mon cher confrère, à qui j'écris pour annoncer que !' Académie française m'a élu hier jeudi 6 mars, pour remplir la place vacante par la mort du cardinal de Luynes. M. Vicq-d'Azir, mon concurrent , m'a disputé la place de si près , que j'ai eu la pluralité d'une seule voix. Quinze contre quatorze m'ont fait gagner ma cause. Mais les soins, les peines, les courses qui m'ont entièrement occupé depuis six semaines , la nécessité de partir dans la nuit pour venir ici annoncer mon élection à M. le duc de Penthièvre, tout cela m'a réduit à un tel excès de fatigue, que je peux à peine tenir ma plume. Ceci est le combat d'Argant et de Tancrède ; le vainqueur est peu différent du vaincu.

Cependant , mon cher confrère , je me reprocherais de laisser passer un jour de plus sans vous remercier de tout ce que je vous dois , des efforts que vous avez employés auprès de M. de La Harpe. Je ne doute pas

38 LETTRES DE FLORIAJN

plus à présent de son amitié que de la vôtre, et c'est mon plus fort serment ; c'est vous dire aussi , j'espère , combien elle m'est chère , combien j'y attache de prix. J'en sens beaucoup plus que je ne puis vous en dire , mon cher confrère; je suis épuisé de fatigue, mais je suis bien reconnaissant et surtout bien tendrement attaché. Je vous embrasse de tout mon cœur comme je vous aime.

Au cliàleau de Sceaux, G ;.vi-il 1788.

Il y a long-temps , mon cher confrère, que je vous aurais remercié de vos aimables lettres et de l'intérêt que vous avez bien voulu prendre à mes petits succès; mais, en vérité , depuis un mois, les heures du jour ne m'ont jamais suffi pour remplir tout ce que j'avais à faire. Vous savez combien l'on est occupé à Paris : si vous y ajoutez les visites, les courses, les remercîmens qu'ont exigés de moi une place à l'Académie et la croix de Saint-Louis, obtenues en même temps, vous me pardonnerez peut-être un retard que je ne me pardonne pas. Enfin je commence à res-

A 51. DE BOISSY D A]VGL\S. dO

pirer , car mon discours est fait ; et le premier délassement que je prends est de tous écrire, de tous remercier des services que TOUS m'aTez rendus auprès de M. de La Harpe, de l'intérêt que aous m'aTez marqué, et de la réparation que tous aTCZ faite de tos sanglantes critiques sur la pauTre Adélaïde. Heureusement elle ne tous craint plus ; la Toilà sauTée de sa terrible maladie et de tos pates ; car, en tous faisant son médecin , tous aTcz, selon l'usage, pensé tuer cette pauvre fille. Dieu TOUS le pardonne! pour moi, je l'ai encore sur le cœur.

Il me serait difficile, mon cher confrère, de TOUS rendre un compte détaillé de ma grande bataille av^ec M. Vicq-d'Azir. Elle a duré long-temps , et chaque semaine la Tictoire changeait de parti. La Teille du jovxr, j'étais battu; et, sans le maréchal de Duras, que j'allai Toir le matin , et que je décidai , tout était perdu. M. de La Harpe m'a marqué une amitié à laquelle je suis bien sensible, et dont j'aime à tous dcToir une partie ; mais celui à qui je dois ma place , c'est M. de Marmontel, qui m'a serTi aTcc beaucoup de succès et de zèle. Je ne l'oublierai jamais.

4o LETTRES DE FLORIAJS

Je compte que ma réception se fera le i5 de mai, jour que M. le duc de Penthièvre a choisi. Il y sera avec son adorable fille, et les enfans d'Orléans. J'espère que ce sera un beau jour, et que sa présence donnera de l'éloquence à mon discours. Le lendemain , mon aimable prince priera à dîner toute l'Académie à Sceaux, où les eaux joueront, et où ils seront sûrement contens de la politesse du seigneur du lieu. Voilà nos projets; que ne puis-je y mêler l'espoir de vous embrasser cet été , de faire avec vous de ces agréables promenades qui ne le seront plus tant sans vous! Tâchez de le réaliser bientôt, cet espoir, mon cher confrère; et croyez qu'à Nismes, et même à Annonay, vous n'avez pas de meilleurs amis que ceux qui vous regrettent ici , et surtout celui qui vous embrasse de tout son cœur.

A 31. DE BOISSy D AjNGLAS,

Depuis long-temps , mon cher confrère , je forme tous les jours le projet de vous écrire et de vous envoyer mon discours ; mais, depuis le mois de janvier, je n'ai pas respiré un instant. J'ai été écrasé de bonheurs ; tout m'est arrivé à la fois , et les jours m'ont à peine suffi pour les visites et les devoirs indispensables que tant de félicité m'a imposés. J'ai obtenu en trois semaines le brevet de lieutenant colonel, la croix de Saint-Louis , mon fauteuil académique, et une abbaye à six lieues de Paris Bour une tante à moi, religieuse à Arles.

Je commence à respirer un peu , et mon premier soin est de vous faire hommage d'un discours qu'on a reçu avec beaucoup de bonté. La séance où je l'ai prononcé était très nombreuse et très brillante. M. le duc de Penthièvre et son adorable fille y ont été accueillis avec transport. Tout ce qui les regardait était saisi avec enthousiasme , et le plaisir que donnait leur présence a rejailli sur mon faible discours. Ce jour enfin a été le plus beau de

LETTRES DE FLOBlAV

ma vie. Il a été beau aussi pour notre ami commun, M. de La Harpe, dont les beaux vers sur la poésie descriptive ont été applaudis autant qu'ils le méritaient. Après ces beaux vers, j'ai risqué quelques fables, et on les a pai faitement reçues ; vous voyez que quelquefois Pope a raison, et tout 'va bien.

Le lendemain , mon prince a donné à Sceaux une fête superbe à l'Académie. Ils ont tous été enchantés de la grâce, de la politesse noble et franche du petit-fils de Louis-le-Grand. Les Muses, si long-temps citoyennes de Sceaux, ont reconnu leur ancien asile ; nos naïades sont toutes sorties de leurs grottes pour voir les successeurs des Fontenelle, des Saint- Aulaire et des Malezieu : il ne manquait à a fête que M. Dussaulx , et nos nymphes en perdaient la tête.

L'Académie est fort contente, mon cher confrère ; elle a consigné dans ses registres les bontés de M. le duc de Penthièvre , et lui a fait une visite en corps pour lui exprimer sa reconnaissance. Tous ceux dont je n'ai pas eu la voix me comblent d'amitiés , et semblent m'offrir leur cœur. Combien de gens ne voudraient pas de ce marché.

A M. DE BOISSY d'aNGLAS. 43

Je joins à mon discours , mon cher confrère , un exemplaire du troisième volume de mes Comédies qui vous manque , à ce que je crois. Acceptez tout cela comme un faible gage de la tendre amitié que je vous ai vouée pour ma vie, et avec laquelle je vous embrasse de tout mon cœur.

Voulez-vous bien me rappeler au souvenir de votre illustre ami , M. de Montgolfier.

J'ai reçu, mon très cher confrère, les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de

m'écrire, avec celle pour M™e de V , à

qui je l'ai remise fidèlement, et les deux mémoires que vous y avez joints. Je n'ai pas répondu à la première, par la grande raison que je n'en ai pas trouvé le moment. J'ai été à Genève chercher une de mes tantes , religieuse ^ pour la conduire à l'abbaye que j'avais obtenue pour elle. Les affaires de cette abbaye m'ont infiniment occupé; ajoutez à cela mes petits travaux ordinaires, mes devoirs, mes

courses journalières , et tous me pardonnerez, parce que tous êtes bon, den'aToirpas répondu à une lettre qui a galopé un mois après moi, que je ne puis lire qu'aTec plusieurs heures de traTail, et qui me charge de commissions qu'il m'est très difficile de remj)lir.

Tout ce que tous écriTCZ, mon cher confrère, est fort aimable; on reconnaît partout Totre esprit ; Totre» cœur se reconnaît de même dans l'intérêt que tous prenez aux personnes pour qui tous faites des mémoires. Mais il faut TOUS aTouer le triste état oîi je me trou\e en fait de crédit. Depuis dix ans j'ai donné à M. le duc de PenthièTre à peu près un millier de mémoires ; j'ai fini par l'impatienter si bien , que ce prince m'a fait la défense absolue de lui en présenter de nouTeaux. Malgré cette défense , comme le dernier regarde un de Tos parens , j'aurais sûrement désobéi , si notre prince n'était malade depuis trois mois. Un catarrhe affreux a exigé des Tésicatoires qui ont porté sur ses nerfs et lui ont causé des souffrances continuelles, et des Tapeurs infiniment contraires à tout mémoire. Je serais sur de lui déplaire et d'être refusé en allant

A M. DE BOISSr d'aHGXAS, 4^

lui parler d'affaire. Je vous exhorte donc , mon cher confrère , à vous donner la peine d'écrire vous-même à M. Perrier, secrétaire général de la marine, et de bien exposer votre demande. Je lui en ai déjà parlé, je lui en parlerai encore , et je ne doute point que votre affaire ne réussisse ; mais dans toutes ces maisons-ci , chacun aime qu'on s'adresse directement à lui pour tout ce qui le regarde ; et comme je n'ai nul trait au département de la marine , le secrétaire , avec raison , me parle de l'Opéra lorsque je lui parle de ses affaires. Adressezvous donc à M. Perrier, à l'hôtel de Toulouse, à Paris; et pour cela je vous renvoie votre papier, auquel je n'entends non plus qu'aux Lettres sur l'Italie de M. Dupaty.

J'ai grand regret, mon cher confrère, à vous écrire trois grandes pages de petite écriture pour ne pas vous dire im mot de ce dont j'aime à causer avec vous. Mais à qui la faute ? Il ne me reste de papier que pour vous prier de me rappeler au souvenir de l'aimable M. de Saint-Etienne ^ que nous regrettons tous les jours avec M™e cle V ; pour vous enga-

' L'infortuné Rabaut-Saint-Étienne.

46 LETTRES DE FLORIAJV

ger à revenir bien vite dans cepavs, où l'on vous aime tendrement , et pour vous prier enfin de me conserver un peu d'amitié, molgré la nullité de mon crédit, en faveur do celle que je vous ai vouée , et avec laquelî^^ je vous embrasse de tout mon cœur.

IVl. DE Florian a l'honneur de présenter son respect, ses hommages, sa foi, sa soumission, à M. le législateur. Il prend la liberté de lui demander si dimanche 20 de ce mois, «eul jour de la semaine où M. le représentant de la nation ne travaille pas au bonheur public, il voudrait faire l'honneur à M. de Floriun de venir dîner chez lui avec M. et ]\In.e (le Saint-Etienne, qui lui ont promis pour ce jour-là. M. de Florian s'est présenté à la porte de M. de Boissy pour lui faire cette prière. Il n'a pas eu le bonheur de le trouver ; il espère de son ancienne amitié, qu'il voutlru bien lui accorder sa demande.

Ce 10 décembre 1789.

A M. DE BOISSY d'ajN'GLAS. 47

J E VOUS remercie de tout mon cœur , mon très illustre et très puissant compatriote , du Lel ouvrage que vous avez eu la bonté de m'envoyer. J'ai déjà commencé à le lire, et comme je l'entends , j'en suis fort content. Ce n'est pourtant pas que j'y trouve cette éloquence mâle , géante , massive , que vous admirez avec tant de raison dans le grand orateur auquel vous daignez me comparer. Mais je n'espérais pas l'y trouver, et je sais qu'il n'y a qu'un soleil, comme il n'y avait qu'une Bastille, Je pense la plus grande partie de ce que j'ai déjà lu ; j'espère les autres , je souhaite le tout. Mais il ne suffît pas de bien dire lorsque l'on est législateur, il faut nous donner la paix, il faut nous établir l'ordre, il faut que nous puissions conduire gaiement nos troupeaux sur les bords fleuris delà Sorgue ou du ruisseau d'Annonay, et que rien ne trouble le doux plaisir que nous avions autrefois à écouter vos vers cliarmans. J'aime toujours les vers, moi, et je tremble que quelqu'un de vos confrères , ennemi des académies comme M. Bouticîoux, ne fasse une

motion contre les vers, attendu que ceux de Racine ne sont pas libres. Je compte sur le brave Gauvain pour repousser M. Boutidoux. Adieu, mou cher compatriote; j'irai moimême vous remercier du plaisir que je vous ai dû , dès que je serai sur de vous trouver un jour. En attendant , je vous répète que je vous aime de tout mon cœur, et vous embrasse de même.

liECEVEZ , mon très aimable confrère, les remercîmens que je vous dois pour l'excellent ouvrage que vous avez bien voulu m'envoyej-. Je l'ai trouvé aussi bien pensé que l)i«ii écrit , aussi raisonnable qu'élégant, et je fais des vœux bien sincères pour que tous nos compatriotes, en vous lisant, éprouvent ce que j'ai éprouvé. Je l'espère, et alors votre

c'tit ouvrage leur vaudrait autant de bon-

bt'iir (pi'il vous aurait procuré de gloire. Ce sont deux belles et bonnes choses que le bonheur et la gloire. Continuez à les donner, dans votre asseml)lée, à notre pétulante nation. Adieu, mon cher compatriote; je vous pré-

A M. DE BOISSY D'àKGLAS. 49

viens que vous, êtes engagé à dîner à Sceaux , avec M. et M™^ Saint-Etienne , le dimanche d'après la Saint -Jean, 27 de juin. Je m'y prends d'avance, pour que vous ne soyez pas retenu ce jour-là chez quelque belle dame , et je vous embrasse de tout mon cœur comme je vous aime.

iVloîT cher et illustre compatriote.

J'ai un besoin pressant de votre justice et de votre amitié. Depuis deux ans je commande la garde nationale de Sceaux, et j'ose dire que je l'ai fait de manière à m'attirer l'estime et la reconnaissance de tous nos soldatscitoyens. Malheureusement je me trouvais à Paris le jour de la fuite du Roi ; les portes furent fermées, je ne pus me rendre ici. Le bon ordre qui a régné à Paris, le désir de savoir des nouvelles, et les peines qu'il fallait j)rendre pour avoir un passe-port , me firent retarder trois jours ; je ne vins ici que vendredi, jour de la Saint-Jean. Cette absence.

5o LETTRES DE FLORIiJV

ma qualité de militaire et d'attaché à un cidevant prince , les soupçons qu'inspire naturellement l'état où nous sommes , les circonstances du moment , tout enfin , réuni contre moi dans ces tristes circonstances , a fait naître de la fermentation et de la défiance dans une petite partie de ma troupe. Vous devez juger qu'avec ma sensibilité , cette position fait le malheur de ma vie, puisque je vois mon honneur et mon repos au moins compromis. Dans les temps où nous sommes, personnenepeut savoir où cela peut s'arrêter. Vous connaissez dès long-temps mes principes ; peut-être y a-t-il quelque mérite à les avoir dits tout haut dès avant la révolution ; et depuis la révolution, ils n'ont jamais varié. Je vous réponds de la pureté de mon cœur, je vous en jure par mon honneur et par le vôtre. D'après cela, je demande à vous, mon cher compatriote, à vous qui me connaissez et m'estimez, j'ose le croire, depuis long-temps ; à vous, représentant du département où je suis né, je vous demande de vouloir bien écrire et signer ce que vous savez, ce que vous pensez, ce que vous jugez de moi. Je ne veux pas partir d'ici, je ne veux prendre

A M. DE BOISSY D ANGLAS. 5x

aucune résolution que ma justification ne soit établie. Je me charge de l'établir ; mais comme votre nom justement célèbre doit être d'un poids immense, opposé à ceux des calomniateurs ou des soupçonneurs imbéciles , je vous demande ce nom que j'ai toujours aimé, sans croii'e qu'il pût m'étre utile dans pareille circonstance. Si vous jugez à propos de faire signer par d'autres ce que je demande, M. du Séjour, M. Bailly, M. de Saint-Étienne, ne refuseraient pas. Mais là dessus, je m'en rapporte à ce que votre prudence, votre amitié , verront de mieux à faire.

Pardon, mille fois pardon de vous importuner dans de pareils instans. Mais je pense que votre cœur est de ceux qui croient que dans tous les temps, un honnête homme , un compatriote, un ami, mérite l'attention d'un honnête homme et d'un ami. Je n'en dirai pasplus. J'ai l'âme brisée, en vérité; après tout ee que j'ai fait! api^ès tous les intérêts sacrifiés ! je m'attendais peu à ce prix. Faut-il donc, dans la nature entière , ne compter que sur vous seul? Je vous embrasse, et j'attends de vous les biens les plus chers, ma justification et mon repos. Si votre écrit ne suffisait pas ,

j aurais encore recours à vous , que je révère autant que j'aime.

Sceaux, ce 26 juin 1791.

Ijl y aurait bien de l'amour-propre à moi, mon cher et illustre confrère, d'imaginer qu'au milieu des importantes occupations qui remplissent vos jours fortunés, mes pauvres héros maures et castillans ^ eussent trouvé le moment de venir vous faire leur cour. Ce n'est pas à un législateur, à un administrateur, ;t un procureur général syndic qu'il faut aller chanter des romances ou raconter des contes bleus. Vous avez vraiment d'autres choses à faire dans le département de l' Ardéche , quand ce ne serait que de jouir de la douce paix, de l'heureux repos que vos grands travaux nous ont procurés. J'ai cru qu'il fallait laisser passer les bénédictions , les actions de grâces , les cantiques de reconnaissance qui retentissent en votre honneur dans la France et dans toute l'Europe, Quand les échos de vos montagne;

' Gonzalve de CorJoue.

A M. DE BOISSY d'aKGLAS. 53

les auront assez répétés, alors je pourrai hasarder de venir jouer de la flûte à la porte de votre maison, comme les bergers de Sicile allaient jouer du chalumeau sur le passage jonché de fleurs des Platon et des Timoléon. Cependant, d'après votre bonté extrême, d'après la douce indulgence que vous avez puisée au comité des recherches , d'après surtout votre demande, je prends la liberté dé faire remettre chez M. d'Azémar, qui m'a promis de s'en charger, un exemplaire du grand Gonzalve de Cordoue. Notre ami commun , M. de La Harpe, a traité ce capitaine avec autant de sévérité que Gonzalve traitait nos capitaines français dans la guerre qu'il leur fît à Naples. La différence qu'il y a, c'est que Gonzalve nous ôta pour toujours ce beau royaume, et que M. de La Harpe ne m'a presque point ôté de lecteurs. Ma seconde édition va paraître, et mon ouvrage s'est fort bien vendu, malgré les circonstances peu favorables aux lettres, qui font rechercher avec plus de soin le Journal du Soir et le Logographe , que des récits de guerre et d'amour. Ce qui me fait pardonner à ces circonstances , c'est qu'elles me proturent le plaisir de lire

54 LETTRES DE FLORIAÎf

VOS beaux discours , vos beaux mémoires d'administration, que je trouve fort éloquens , et que j'ai le projet de mettre en vers un de ces jours , en y joignant de petits morceaux anacréontiques que je viens de faire, sur la force publique et la perception des impôts.

Je ne doute point , mon cher confrère ( et cela sans aucune espèce de poésie ou de plaisanterie ), que vous ne soyez infiniment utile au pays que vous habitez. Si tout le monde avait votre amour pour le bien et vos moyens de le faire, nous n'en serions pas où nous sommes ; mais on a perdu de vue la belle fable que faisait Fontenelle avec ses doigts, lorsqu'il parlait des vérités. De là , je crois , vient tout le mal. C'est à vous de le réparer, ou du moins de l'empêcher de croître ; j'applaudii ai à vos succès comme citoyen, comme confrère et comme ami.

Je passe doucement ma vie au coin de mon feu , lisant Voltaire , regrettant Gauvain ' , fai- Sioit des fables, et fuyant des sociétés qui sont

' Poème de chevalerie auquel travaillait M. Boissy d'Anglas avant la révolution , et qu'il n'a jamais fini : il c-o avait lu plusieurs cliants à M. de Florian.

A 3Î. DE BOISSY d'aNGLAS. 55

derenues des arènes affreuses , où tout le inonde hait la raison , où les vertus ne sont même plus louées, où l'humanité, la première des vertus , et la modération , la première des qualités , sont méprisées par tous les partis. Je me trouve fort bien de ma solitude , et si j'y recevais souvent de vos nouvelles , je l'aimerais encore plus.

Adieu , mon cher confrère , lisez Gonzalve dans vos momens perdus ; vous en serez peutêtre content. Vous le serez sûrement de l'histoire des Maures , peuple qui nous était absolument inconnu , et qui méritait au moins d'être autant célébré que certaines gens que je vois célèbres. La Harpe fait grand cas de cette histoire , et m'a dit avec repentir qu'il se portait fort mal quand il a lu mon livre. Portezvous bien, aimez-moi toujours, et ne m'appelez point aristocrate , comme certains de mes amis m'appellent démagogue.

Homo sum; niliil humani a me alienum puto .

Je suis de plus votre bon confrère et ami=

Paris, ce 17 février 1792.

56 LETTRES DE FLORIA^

Sceaux-l'Unile , j5 prairial an ii.

Je vous remercie d'avance, mon cher et aimable confrère, du plaisir que vous me ferez en me venant voir dans ma solitude. Ce sera un beau jour pour moi. Je vous connais trop pour n'être pas sûr que cette idée vous fera venir plus tôt.

Indépendamment du plaisir bien vrai que j'aurai à vous embrasser, je suis impatient de vous lire une hymne, pour laquelle j'ai besoin de vos conseils , de vos corrections , de vos vers m(^me , s'ils coulaient encore de votre plume, conmie jadis, aussi purs, aussi limpides que le ruisseau d' Annonay '. De plus grands objets vous occupent ; mais songexque mon hymne est à l'Amitié. Vous voyez bien qu'il faut vous la lire avant même qu'elle soit finie, et vous la dédier quand elle sera faite. Je vous ferai part aussi du petit mémoire que je veux y joindre. Tout cela sera prêt

' Poème de M. Bolssy d'Augla<; , qui n'a pas été publié.

â M. DE BOISSY d'aHGLAS. Sy

demain. Venez donc quand il yous plaira. Je Yous embrasse, en attendant, aussi tendrement que vous méritez d'être aimé.

Vous avez raison , mon aimable confrère , je m'en rapporte entièrement à Yotre sage amitié ; je ne demande que d'être utile , j'aimerai à YOUS dcYoir ce bonheur.

J'ai mis au net le plan de mon nouveau Cours d'histoire pour l'éducation nationale ; je vous l'envoie. Il est bon que vous l'ayez , soit pour le lire , si on vous le demande, soit pour y jeter les yeux de la réflexion , et l'améliorer par vos conseils.

Une réflexion que j'ai oublié de vous faire , pour ceux qui vous demandent où j'en suis , c'est que venant de finir, après deux ans de travail , ma traduction de Don Quichotte , dont je renvoie une feuille à Paris aujourd'hui ; ayant donné mes fables en 1792 , Gonzalve et des Nouvelles en 1791, il est assez simple que je ne sois pas très avancé. D'ailleurs j'ai fait mon poërae hébreu. En cons-

cience on ne peut guère m'accuser de paresse. Mais j'insiste sur Don Quichotte, pour que l'on ne soit pas surpris de le voir paraître dans six mois, quoique l'on m'eût donné autre chose à faire. C'est une remarque importante.

Je persiste toujours , mon cher confrère en poésie, en philosophie, en amitié, à ne point quitter le séjour de la campagne. On ne travaille bien que là ; partout ailleurs on dépense : les résultats sont différens.

Si on in'.'im^rde ce que je demande, je me mets sur-le-champ au travail ; si on ne me l'accorde pas, je me borne à rester au point où j'en suis. Voilà tout ce que je sollicite de ^ cttre infatigable et si douce amitié.

Salut et tendre fraternité.

A M. DE BOTSSY D A3fGl.A.S. bg

Sceaux-l'Unite, i6 messidor an ii.

Uiable! diable! mon cher confrère, voici un très beau et très utile ouvrage. Je l'ai lu de suite, sans m' arrêter, sans me douter qu'il avait plus de cent grandes pages. Je l'ai relu avec une attention plus sévère , j'ai retrouvé le même plaisir. C'est partout la réunion si douce de la vertu , de la raison , de l'amour de la patrie , de l'éloquence du cœur, de la tendre sensibilité. Cette dernière surtout me semWe caractériser votre livre. Toutes les fois que vous parlez du mariage, des funérailles, des souvenirs , des consolations qui restent à la pauvre humanité , on voit que vous êtes sur votre terrain , on sent que tout ce que vous dites coule d'une source abondante. Vous êtes un digne homme; je le savais bien; et vous êtes, de plus, éloquent avec du goût, chose moins méritoire , mais aussi rare.

Recevez mes remercîmens doux et sincères pour le plaisir que vous m'avez fait. J'en aimerais bien mieux ma fille aînée Galatée, si c'était elle qui vous eût inspiré quelques idées de

6o iETTRES DE FEOlllAZV

votre ouvrage. Je vous la léguerais en mourant, comme ce Grec, Eudamidas, je crois , légua sa fille à établir à son ami plus riche que lui. Je vous remercie de nouveau, et vous prie tendrement de venir me voir le plus tôt qu'il vous sera possible; car, depuis que je vous ai lu , j'ai plus d'envie de vous embrasser. Nous causerons ensemble, mon cher confrère , beaucoup de vos ouvrages , et un peu de l'intérêt que vous prenez aux miens. Je ne puis ressembler à Ovide que par les regrets que son cœur donnait aux amis qu'il ne voyait plus» Votre présence les adoucira. Je vous embrasse de toute mon âme.

M. DE BOISSY d'aNGL VS. 6l

27 messidor an 11.

JVloN cher confrère en Apollon , vous êtes instruit peut-être que je vais dans une maison d'arrêt, par l'ordre du comité de salut public. J'ai beau fouiller et scruter jusques au fond de mon cœur, je ne crains pas de vous dire , car le malheur ne peut être soupçonné d'orgueil, que ce cœur est pur comme le vôtre. Peut-être ai-je mal pris mon moment pour faire la demande de réquisition que votre zèle a sollicitée. Cette idée.est superflue, avec une âme amicale comme la vôtre, pour vous engager à faire ce qui sera en votre pouvoir pour abréger ma captivité. Je vous le dis du profond de mon âme : si j'ai péché, c'est par ignorance. S'il est possible de faire abréger un châtiment plus grand pour les malheureux poètes que pour les autres , le comité exercera un acte de justice et de bienfaisance. Ces deux mots sont les plus beaux de toutes les langues ; et quand je songe à vous , je trouve que le plus doux est celui d'amitié.

D2 LETTRES DE FLORIAK

Sceaux-l'Unité, aS tliermidor, an ii de l'ère répuLI.

HECEVEZ,mon cher bienfaiteur, les tendres actions de grâces que je vous dois, pour l'intérêt que vous avez pris à mon sort, pour les démarches que vous avez faites, pour la liberté, qui m'est bien plus douce en la rapportant à vos soins. Elle est le premier des biens; mais le premier des plaisirs est la reconnaissance , et c'est vous qui me prouvez cette sentimentale vérité.

En sortant de prison j'ai couru chez vous. La loi me défendait de vous attendre, il fallait la loi pour m'empêcher de jouir de ce bonheur. Accordez-le moi , mon ami , en venant promptement me voir. Venez dîner dans ma retjaite , venez me voir reprendre mon luth , couvert déjà de poussière, et sur lequel je vais chanter d'une voix plus forte la liberté et l'amitié.

Adieu, mon bienfaiteur; venez aussitôt que le noble métier que vous avez pris d'être utile vous laissera un moment. Donnez-le-moi , ce moment. Je ne sentirai tout-à-fait ma liberté qu'en vous embrassant.

A M. DE BOISSY d'aIVGLAS. 63

Sceaux-l'Unité, i5 fructidor.

Vous portez, mon cher et aimable législateur, la peine du plaisir que vous trouvez à obliger, et celle du plaisir que je trouve à me vanter de vous connaître. Le maire de cette commune , bon et digne citoyen , m'a demandé avec instance de vous importuner en faveur du cit. Osselet, qui vous remettra ce billet. Ce n'est pas une démarche , c'est un conseil que nous vous demandons pour le cit. Osselet. Il revient de combattre les ennemis de la République ; il est sur le point d'y retourner ; mais sa santé, dans un état déplorable, lui fait craindre qu'elle ne serve pas son zèle. De plus, le cit. est époux, père, fîls , et fort malade. Il a les certificats et les preuves de sa mauvaise santé. Nous vous prions , mon cher confrère en Apollon, de vouloir bien lui dire à qui s'adresser, ce qu'il faut qu'il fasse, et les moyens de réussir. Votre cœur, heureux quand il fait du bien , ne vous rendra pas cette bonté pénible, et je vous en remercie d'avance. Adieu, mon bon et cher confrère; Guil-

64 LETTRES DE M. FXORIAK, etC.

laume-Tell avance fort, et avancerait mieux sans quelques accès de fièvre, suite de mon été , ou précurseur de mon automne. J'ai cette fièvre en vous écrivant, et je n'en sens pas moins tout le plaisir de vous dire que je vous aime.

Nota. Cette lettre est la dernière qu'écrivit M. de Floriau, il était atteint de la maladie qui l'enleva aux lettres et à l'amitié , et il maurut peu de jours

après.

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