‹ Mélanges de politique et d'économieChapitre 30 sur 44 · PONTIFICALE · texte numérisé non relu

PONTIFICALE

L*attenle du monde catholique est remplie ; la divine prérogative du vicaire de Jésus- Christ brille d'un éclat qu'aucun doute, qu'aucune controverse ne pourra désormais obscurcir. Cette tradition que tous les ^ècles chrétiens ont suivie, l'Eglise, par l'autorité de son pontife et de ses évêques, la confirme, la définit, et nous l'offre toute resplendissante des clartés de la foi. D'un bout du monde à l'autre l'acclamation des fidèles répond à l'acclamation des Pères du concile. Peuples et pasteurs n'auront qu'une âme et qu'une voix pour remercier le Dieu de toute vérité, qui, par cette nouvelle effusion de grâces annonce à son Église une vie plus forte et un règne plus étendu.

Le temps des vaines discussions est passé. Serronsnous autour de l'autorité à qui Dieu a donné la mission e nous guider au milieu des épreuves que l'Église traverse depuis qu'elle existe, et dans lesquelles elle a toujours vaincu par l'union des cœurs et par la toute-

puissance de la charité. Qui donc aujourd'hui, parmi les cathohques, songerait à chercher hors de Funité de i'Éghse romaine les forces capables de rallier une société où la vie et l'expansion individuelles surabondent, mais qui se sent périr faute de cette puissance d'unité sans laquelle rien ne peut vivre, durer et grandir? Qui pourrait songer, en face de la barbarie révolutionnaire qui nous menace, à renouveler les stériles agitations où se complaisait le monde grec près de disparaître sous les coups de la barbarie musulmane? Sachons mettre à profit l'accroissement de force morale que nous donne la pleine certitude sur les fondements de l'autorité et du pouvoir de l'Eglise. Sûrs des principes, unis par l'obéissance à une autorité incontestée, soyons tout à l'action.

Combien serait coupable celui qui, préférant son sens propre au sens de l'Église , romprait cette unité des esprits et des volontés qui est la vie même de l'Église et constitue sa plus grande force. Les dissentiments pouvaient se comprendre aussi longtemps que l'autorité n'avait pas prononcé. La diversité des vues, l'erreur même sur les choses les plus claires, sont les conséquences naturelles de l'infirmité de l'homme ; les mieux doués pour l'esprit n'y échappent pas toujours. Mais Dieu fait tourner à ses desseins le mal comme le bien. Que de fois l'erreur a aidé à mieux faire comprendre la vérité, à préciser sa portée, et à manifester par la contradiction sa pleine puissance. Dieu a promis à son Église de l'assister jusqu'à la fin des siècles , mais il ne lui a point promis qu'il n'y aurait en aucun de ses membres, ni illusion, ni erreur, ni défaillance. Bien malheureux

serait, et devant Dieu et devant les hommes, celui qui ferait d'un dissentiment, excusable tant qu'il a pu être de bonne foi, une séparation préméditée et irréconciliable. (( Je suis la vigne, a dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, et vous êtes les rameaux. » Un catholique séparé du vicaire de Jésus-Christ n'est plus qu'un rameau détaché de la vigne, auquel manqueront bientôt, non seulement le solide honneur du fruit mûr et plein , mais encore la brillante parure de feuillage dont Dieu s'était plu à l'orner.

Les catholiques sont des chrétiens pleinement obéissants. C'est par ce trait surtout qu'ils se distinguent des sectes qui n'ont pas su porter le joug de FÉvangile tel que le Christ nous l'a imposé. Le dernier mot de l'Évangile c'est le sacrifice; le renoncement de l'homme à son sens propre, par la soumission de la foi, est le dernier mot du sacrifice. Le monde a besoin plus que jamais qu'on lui donne l'exemple de ces sacrifices héroïques de l'esprit. Rien ne pourrait mieux réparer le mal qu'ont fait certaines oppositions, dont le concile lui-même, par une protestation solennelle, a marqué le caractère. De tout cela qu'il ne reste autre chose que le souvenir des dévouements qui ont préparé le grand acte d'autorité dont le monde est si profondément ému, avec le souvenir de la glorieuse abnégation de ceux qui auront renoncé à des idées enracinées et à des afi^ections anciennes pour suivre Jésus-Christ en la personne de son vicaire. Désormais il ne peut plus y avoir parmi nous que des frères, travaillant d'un même élan à étendre sur la terre le règne de Dieu.

Tous ensemble allons à nos œuvres de charité. La

charité vit de la foi; sans la foi, elle s'égare et s'épuise en vains labeurs. Levez les yeux, voyez les campagnes qui jaunissent; la moisson est abondante et les ouvriers sont rares. Au milieu de l'ébranlement imprimé au monde, il est visible que Dieu prépare l'accomplissement de grands desseins. Nos sociétés ont soif de vérité et de justice.

Le peuple cherche le repos, la sécurité, la dignité par le travail et l'assistance mutuelle. Il se sent mal à l'aise sous le régime d'individualisme où la politique du rationalisme l'a jeté. Malgré les obsessions révolutionnaires auxquelles il est en butte, le vieil esprit catholique vit toujours en lui. Le peuple n'oublie pas si aisément que les puissants du monde un bienfait reçu. Qu'on le laisse à ses instincts propres, et bientôt il reconnaîtra dans l'Eglise une puissance amie. Il se rappellera tout ce qu'a fait pour lui la persévérante charité des pontifes romains. Il se rappellera que c'est grâce aux incessantes revendications des papes en faveur de la liberté et de la dignité des membres souffrants du Christ que s'est opéré l'affranchissement des travailleurs. Il verra en eux ce qu'ils sont réellement, les premiers et les véritables auteurs de ces grandes libertés populaires dont l'ouvrier du dix-neuvième siècle est justement fier et qu'il garde avec un soin si jaloux. Il se souviendra qu'au temps où la force régnait sur l'Europe, lorsque tout y était guerre et déprédation, ce sont les papes qui, en étendant la trêve de Dieu et en la sanctionnant parleurs anathèmes, ont rendu au travail le repos et la sécurité. Il reconnaîtra que, si le pauvre aujourd'hui règne paisiblement à son foyer domestique, s'il trouve dans le lien indis-

soluble et respecté de la famille les seules joies et le seul honneur par lesquels il puisse s'égaler aux riches, c'est encore aux anathèmes des papes qu'il le doit. Quand il entendra, de nos jours encore, le pontife romain prêcher la simplicité des mœurs et l'attachement aux pieux devoirs de la famille; quand il l'entendra réprouver les prodigalités du luxe et rappeler à tous le précepte de l'assistance mutuelle, il reconnaîtra l'accent de cette autorité tutélaire, à l'ombre de laquelle il a grandi et prospéré, et avec l'aide de laquelle il consolidera ses légitimes libertés.

Le peuple a besoin d'être fortifié contre ses propres faiblesses. Le vrai peuple, qui forme encore aujourd'hui, grâce à Dieu, le plus grand nombre, le peuple qui accepte et pratique courageusement la noble et sainte loi du travail, a conscience de cette nécessité. Aussi va-t-il toujours d'instinct à l'autorité qui accroît et conserve en lui les vertus d'où découlent toutes ses libertés et toutes ses prospérités. N'est-il pas vrai que, dans la période de pénibles dissentiments que nous venons de traverser, c'est du côté des grands et des savants qu'a surgi l'opposition, tandis que le peuple accueillait, avec une foi respectueuse et sympathique, la confirmation d'une souveraineté qui a toujours été pour lui une puissance toute paternelle?

La liberté du pontife, c'est la liberté de l'Éghse, et la liberté de l'Église, c'est la liberté même du peuple. En déclarant l'indépendance souveraine de la puissance spirituelle en même temps que l'infaillibilité du pontife qui l'exerce, le concile prépare le terrain où s'élèvera le grand édifice des libertés populaires. Ici, comme tou-

jours, FÉglise, qui n'a en vue que les choses de Dieu, travaille indirectement, et par voie de conséquence, au progrès des choses humaines.

La première condition de toute restauration politique sociale, c'est la concorde des esprits sur les vérités essentielles. Mettre hors de contestation Fautorité pontificale est le moyen le plus sûr de fonder, par la libre adhésion des consciences, cette unité morale sans lacjuelle rien de durable n'est possible. Plus ferme sera cette adhésion de la conscience populaire à la vérité morale définie par FEglise, et plus grandes pourront être les libertés populaires; car toujours les sociétés auront d'autant moins à subir les entraves de la loi civile, que Fobéissance spontanée des consciences à Fautorité spirituelle sera plus générale et plus complète.

Qu'a donc à redouter ici la liberté politique? Que signifient ces rapprochements, auxquels certains semblent s'arrêter, entre la constitution de la société spirituelle et la constitution de la société civile? S'imagine-t-on que FEglise, qui est une société divine par son origine, par sa fin, par sa hiérarchie, doive aller chercher Finspiration qui la guide dans les combinaisons politiques, par lesquelles les sociétés temporelles garantissent leurs libertés contre les abus que peuvent toujours commettre les pouvoirs humains? Croit-on que, par cela que FÉglise aura solennellement proclamé, comme la règle que Dieu lui a donnée, le principe de l'unité dans le gouvernement spirituel, les libertés politiques paraîtront moins nécessaires aux peuples, et qu'ils seront moins disposés à les étendre, aies consolider et à les défendre? Les vraies libertés politiques sont les libertés qui pro-

filent au peuple. Elles ont toujours eu, et elles auront toujours pour défenseurs les catholiques les plus religieusement soumis à l'autorité pontificale. N'est-il pas vrai que l'ancien régime, en qui les adversaires de l'autorité pontificale ont trouvé tant d'appui, s'est habituellement montré dur et méprisant pour le peuple? et n'est-ce point au temps où la papauté était partout obéie qu'ont été accomphes les plus difficiles conquêtes de la liberté populaire ? La revendication des droits des faibles est une tradition de l'autorité pontificale. Loin de croire, comme d'autres, à l'inopportunité de la proclamation du dogme de rinfaillibilité pontificale , nous croyons reconnaître, dans les circonstances où elle est faite, une de ces grandes harmonies providentielles par lesquelles Dieu, à certains moments, révèle aux hommes l'action de sa main toute-puissante et miséricordieuse.

Le monde est profondément ébranlé du choc des idées aussi bien que du choc des armes. Au milieu de la confusion générale, un fait domine : le mouvement ascendant des classes vouées au travail et leur avènement à la vie publique. La restauration sociale par l'apaisement de toutes les rivalités, et la reconstitution des forces populaires d'après un ordre qui réponde en même temps aux lois fondamentales de la vie sociale et aux conditions spéciales de l'existence présente des travailleurs, tel est le problème capital de notre époque.

Jamais on ne reconstituera les classes populaires que par leur propre initiative. C'est ici qu'apparaît l'action décisive de la puissance spirituelle, laquelle imprime aux volontés l'impulsion de la charité, en même temps qu'elle leur trace la règle inviolable de la justice. Les

questions qui nous pressent aujourd'hui ne sont point seulement des questions politiques; elles portent bien plus loin. C'est du fond même des mœurs et de la vie sociale qu'il s'agit. Sans doute, même dans les pures combinaisons de la politique, les sympathies et quelquefois aussi les emportements populaires ont une certaine part. Mais les gouvernements conservent toujours, dans cet ordre de faits une influence prépondérante, et c'est par eux que les plus grandes choses sont faites. Il en est tout autrement des réformes sociales. C'est par ks mœurs, c'est-à-dire par la libre volonté de tous, qu'elles s'accomplissent. Ici tout relève principalement de la puissance spirituelle, qui pénètre dans les consciences, fortifie les âmes, éclaire les esprits, redresse les volontés.

Il faut aujourd'hui rapprocher les hommes des diverses classes, que la doctrine rationaliste de Fintérêt tient séparés. Il faut unir entre eux, par le lien de la charité fraternelle, les membres des classes ouvrières, que l'individualisme révolutionnaire a dispersés, et qu'on ne voit le plus souvent s'associer que pour le trouble et la destruction. Évidemment ceci est l'œuvre propre de la puissance spirituelle. Il y a six siècles que, sous sa conduite et par son impulsion, les travailleurs ont réalisé l'organisation qui convenait le mieux à leur condition d'alors. C'est encore par elle qu'ils trouveront, dans une organisation fondée sur la hberté et la mutuelle assistance, un terme à leurs longues agitations et à leurs douloureuses incertitudes.

Aider à cette œuvre de reconstitution et de pacification populaires est un des premiers devoirs que la loi

DE L'INFAILLIBILITÉ PONTIFICALE. 197 (le la charité nous impose ; nous ne pourrons raccomplir (pi'avec Tappui de Fautorité spirituelle et sous la règle l racée par elle. Tout ce qui ajoute à la force de cette autorité ajoute à la puissance de la charité. C'est au nom des œuvres de la charité catholique, au nom de lous les faibles, de tous les petits, de tous les pauvres qui forment le peuple, et dont la charité prend en main la cause, que nous remercions Dieu d'avoir mis audessus de toute contestation l'autorité du successeur de Pierre, et que nous accclamons le triomphe spirituel du [)rince de la charité et de la paix.

Page 1