‹ Mélanges de politique et d'économieChapitre 6 sur 44 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Je veux parler des libertés populaires, et de l'avenir qui leur est réservé, en remontant rapidement aux principes et aux origines de la liberté. La révolution, en ceci comme en bien d'autres choses, a altéré les faits, brouillé les idées et confondu toutes les notions. Il est urgent de rappeler en cette matière les vérités les plus simples.

Les passions démocratiques ont répandu sur les premiers principes de l'ordre moral de telles ténèbres, que beaucoup d'hommes de notre temps, on pourrait même dire le grand nombre, n'y peuvent revenir qu'avec un certain effort. L'émotion des catastrophes encore récentes laisse peu de place à la froide réflexion et aux considérations rétrospectives. Jamais pourtant il ne fut plus nécessaire de méditer les leçons du passé. Les déceptions du présent et les menaces de l'avenir nous y convient également. Depuis un siècle que durent les démolitions révolutionnaires, on nous a fait une société et une politique de fantaisie, dont il serait dangereux de garder les illusions.

Il n'est pas un peuple en Europe qui ne souffre de ces

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fatales méprises. Elles n'ont point fait partout autant de ravages qu'en France, mais partout, en paralysant les forces des honnêtes gens, elles ont aidé à la constitution de cette armée occulte de la démocratie, dont le monde entier entend avec épouvante les cyniques provocations. Dans toutes les questions sociales, pour le bien comme pour le mal, la France a toujours marché la première. De là sa grandeur et de là aussi ses épreuves. Nulle part les négations contemporaines n'ont conquis un empire plus général, nulle part elles n'ont produit plus nettement dans les faits leurs naturelles conséquences. Mais, d'un autre côté, chez quel peuple a-t-on vu s'opérer, avec autant d'énergie, le réveil des principes longtemps oubliés du grand nombre, et auxquels sont attachées les destinées de la société moderne? Sur aucune terre la révolution n'a accumulé plus de ruines que sur la noble terre de France. Et, malgré tout, bien qu'elle y ait épuisé son habileté et ses violences, elle n'est point parvenue à en arracher ce qu'une longue tradition de fidélité aux principes catholiques y a profondément enraciné. Le peuple français porte toujours au cœur une ardente passion du vrai et du bien, que trop souvent on a pu égarer, mais que rien n'a pu éteindre.

La France de 89 a eu ses égarements de générosité comme elle a eu ses égarements de doctrine. Les Français ont compris les premiers ce qu'il y avait de justice et de grandeur dans les libertés populaires. Malheureusement, dans l'esprit d'un grand nombre, ces libertés se sont associées à des idées d'émancipation absolue de la raison humaine, qui rendent impossible toute autorité et par conséquent toute liberté. Il faut rompre avec cette

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erreur capitale, si l'on veut parvenir à établir les libertés du peuple suivant les conditions de la paix sociale et du bien-être moral et matériel de tous.

La France a eu beaucoup à souffrir de Tabus de la liberté. Mais, grâce à la logique qui est un des traits de son génie, aussitôt qu'elle aura saisi Terreur qui est la source du mal, elle remontera promptement aux principes dans lesquels se trouve le remède. Quand elle aura repris la suite de ses vieilles traditions, quand elle aura reconnu et proclamé la vérité sociale, qu'elle a tant reniée depuis un siècle, elle pourra, mieux qu'aucun autre peuple, trouver la solution des difficultés qui jettent dans de si profondes agitations l'Europe contemporaine.

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