RECUEILLIES PAR
M. Le Dr Ch. RENAULT.
18 observation.— Une personne de 20 ans vint, au mois de décembre dernier, me consulter pour un bouton qu'elle avait à la joue gauche. « Voilà plusieurs jours, me dit-elle, qu'il s’est développé; mon médecin prétend que c’est un furoncle, mais moi je ne suis pas convaincue, Je suis Inquiète et j'ai besoin d’être fixée sur la valeur de mon indisposition. »
Cette jeune personne avait les attributs d’une bonne constitution ; interrogée sur ses antécédents, Je fus vite convaincu qu’elle était d’une bonne santé habituelle et j'appris qu’elle venait de soigner nuit et Jour sa mêre qui était morte d’une variole hémorrhagique.
Je lui demandai si sa mère l'avait souvent embrassée pendant sa maladie, elle me répondit què oui.
Venant ensuite à l'examen direct de sa maladie, je trouvai vers le milieu de la joue gauche une tumeur du volume
VARIOLE HÉMORRHAGIQUE. 141
d’un petit furoncle, de couleur rouge violacé, portant à son sommet aplati une petite tache noire d'un millimètre carré environ, entourée d’un petit cercle de vésicules remplies d’une sérosité transparente. Tout autour de la tumeur la joue avait conservé sa coloration normale et était légèrement ædématiée. La tumeur ne causait qu'une démangeaison légère. Les ganglions sous-maxillaires n’étaient point engorgés, la malade n’avait point de fièvre et n'avait pas perdu l'appétit.
L'idée d’une pustule maligne me vint immédiatement à l'esprit. Je crus devoir proposer à la malade une cautérisation énergique, elle s’y refusa avec obstination.
Ne pouvant alors employer le bichlorure d’hydrargyre qui est conseillé comme caustique par les médecins de la Beauce contre la pustule maligne, je me bornaiï à prescrire à la malade l'usage d’une pommade au protochlorure d'hydrargyre.
Le surlendemain je fus appelé près de la malade, son état s’était aggravé. Le pouls était à 90 pulsations, la langue saburrale, l’haleine fétide ; la malade se plaignait de maux de tête, de douleurs de reins et d’un grand anéantissement ; 11 y avait constipation.
Sur la joue la tumeur avait augmenté de volume, la plaque gangréneuse s'était accusée et tout autour, sur la joue, on voyait apparaître de petites pustules rouges ayant l'aspect de pustules de variole en voie de développement. L'œdème de la joue s'était étendu, mais les ganglions sous-maxillaires ne s'étaient point engorgés ; Je reconnus dès lors que j'avais affaire à une inoculation accidentelle de la variole hémorrhagique.
Je ne parlai plus des caustiques, leur usage était selon moi devenu inutile.
Les jours suivants, les symptômes généraux allèrent