‹ Mélanges de teratologie végétalesChapitre 24 sur 51 · EV · texte numérisé non relu

EV

PHYLLOMANIE DES INFLORESCENCES.

4° J'ai reçu de mademoiselle Perrey, de Sexfontaine (Haute-Marne), trois tiges d’un même pied de Deanthus barbatus L. Tout est régulier jusqu’au point où commence l’inflorescence. Les deux paires de bractées qui naissent à sa base sont normales. Mais au-dessus tous les axes secondaires ou tertiaires de l’inflorescence, longs de 3 à 4 centimètres, sont couverts de la base jusqu’au sommet de nombreuses bractéoles subulées sans aucune trace de fleurs et forment un ensemble compact et serré.

2° J'ai reçu de Castagne, en 1847, des échantillons de Scabiosa maritima, L. recueillis par lui à Marseille, et qui nous offrent une anomalie analogue à la précédente; mais elle se montre ici à deux degrés : complète ou incomplète. Dans le premier l’involucre est formé de folioles linéaires obtuses ; le réceptacle donne naissance à des rayons formés de plusieurs mérithalles d'autant plus longs qu'ils sont plus intérieurs, ordinairement tous couverts de petites feuilles étroites linéaires obtuses, ce qui forme un ensemble globuleux, dense, chevelu, atteignant de 2 à 4 centimétres de diamètre. Dans le second degré, les rayons sont plus allongés, ont leurs mérithalles moins nombreux, mais les intérieurs sont plus longs

et presque nus dans leur deux tiers inférieurs et sont pour cela plus visibles ; dans leur tiers supérieur ils sont couverts de petites feuilles et on voit souvent au sommet une petite fleur.

3° J'ai recueilli sur la plage de Gävres, près de Lorient, un échantillon de Plantago Coronopus L., dont toutes les hampes sont terminées par une rosette de petites feuilles nombreuses, linéaires aigües, très-étalées et diminuant insensiblement de longueur de la circonférence au centre. Ces petites feuilles ne sont qu’un développement anormal des bractées de l’inflorescence, dont l'axe est réduit à 2 ou 3 millimètres. Les fleurs ont avorté.

Il est assez rationnel de voir dans les trois faits que je viens de décrire, des exemples à lappui de la loi de balancement des organes. Dans le fait suivant, la phyllomanie n’entraine pas la suppression des fleurs et ne porte pas atteinte à leur fécondité.

4° En 1866, j'ai observé dans les cultures de M. Ren-

datler, une plate-bande remplie de deux formes tératolo- giques de l’épi du Plantago major L. Elles avaient été semées séparément et provenaient de graines reçues d’Angleterre. L'une était analogue à celle que je viens de décrire dans le Plantago coronopus L.; mais les bractées transformées en feuilles avaient un développement beaucoup plus grand. Ces feuilles ovales, contractées en pétiole, décroissantes de la circonférence au centre, formaient un disque dont le diamètre mesurait de 5 à 8 centimètres; elles étaient régulièrement imbriquées. Dans la seconde forme, l’axe de l’inflorescence au lieu de mesurer 4 à 2 centimètres, comme dans le cas précédent, avait une longueur qui variait de 10 à 15 centimètres et l'ensemble formait un cône allongé et régulier. Mais, à l’aisselle de chaque bractée dans les deux formes, on

trouve une fleur parfaitement normale. Un pied de chacune des formes a été transporté en motte dans mon jardin, j'en ai pu suivre le développement; elles m'ont donné des graines et, pendant trois générations, elles sont restées distinctes, toutefois en produisant chacune des formes intermédiaires, en ce qui concerne la longueur relative de l'axe de l’inflorescence. Mais tous les pieds ont reproduit la phyllomanie. Cette monstruosité s’est donc montrée héréditaire et me semble constituer un nouvel exemple de race tératologique.

NOUVELLES FASCIES.

Dans un premier travail intitulé : Mélanges de tératologie végétale et inséré dans les Mémoires de la Société des sciences naturelles de Cherbourg, t. XVI, j'ai décrit quarante et un exemples de ce genre de monstruosités. Les trois suivants me semblent de nature à être aussi publiés. 4

1° Le premier s’est développé sur le Bellis perennis L. cultivé comme plante d'ornement et je l'ai observé sur trois pieds en 1873, ce qui prouve qu'il n’est pas extrêmement rare: ces pieds à tige fasciée se ressemblent tellement, qu'il me suffit d’en décrire un seul. La plante est très-robuste et ses racines très-rapprochées forment un chevelu épais. Les feuilles inférieures sont très-nombreuses et forment une rosette dense; les tiges latérales florifères portent dans leur moitié inférieure 5 à 6 petites feuilles alternes ; la tige centrale qui seule est fasciée en porte aussi de nombreuses à sa base, dans une étendue de 0"O1. La fascie est longue de 005, large de 0"01,

striée en long. Les capitules qui la surmontent sont tous intimement soudés entre eux et forment une crête de 0"04 à 0"05'dans son plus grand diamètre transversal; les fleurettes ligulées forment à la périphérie une bordure continue et les fleurettes jaunes régulières dessinent à l'intérieur une bande non interrompue. Dans toutes les fascies que j'ai observées jusqu'ici dans la famille des Synanthérées, les capitules rapprochées en crête étaient libres et non confondus entre eux comme dans notre Bellis perennis.

20 Je n’avais observé jusqu'ici aucun exemple de fascie dans la famille des Ombellifères. Le Jardin des plantes de Nancy m'en a offert, en 1872, un exemple remarquable sur un pied très-robuste de Zibanotis vulgaris D.C. La fascie s'étend sur une longueur de 045 sur 0"035 dans sa plus grande largeur. Ses faces présentent des côtes longitudinales nombreuses et rapprochées les unes des autres. De chaque nœud partent des feuilles en verticille plus où moins régulier et interrompu, souvent obliques comme le nœud qui les porte; leur gaine est petite, courte et fendue en arrière jusqu'à la base; de leurs aisselles sortentle plus souvent de courts rameaux, même sur les faces. Plusieurs ombelles naissent à la fois du sommet de la fascie; elles sont très-rapprochées les unes des autres et se confondent plus ou moins, de manière à former un ensemble transversalement oblong dans le sens de la plus grande largeur de la fascie.

3° Au printemps de 1874, on m'a apporté une pousse de Dahlia coccinea Cav., offrant une fascie longue de 0"40, sur 001 dans sa plus grande largeur; elle fournit par ses bords sept rameaux, dont trois ont leurs deux premières feuilles alternes; mais au-dessus elles sont opposées.

DE TÉRATOLOGIE VÉGÉTALE. 6 5 fa:

MONSTRUOSITÉS DE NOMBRE DES ORGANES APPENDICULAIRES NORMALEMENT OPPOSÉS OU VERTICILLÉS.

Ce qui varie le moins dans les végétaux, ce sont les rapports d'insertion et de symétrie des organes appendiculaires ; mais il n’en est pas de même du nombre de ces organes à chacun de leurs verticilles. Ce nombre n'étant pas absolument constant, ne constitue pas dès lors un caractère générique, ni même un caractère spécifique, comme le prouvent des faits déjà connus et ceux que nous allons y ajouter.

Ces modifications numériques peuvent se montrer dans les feuilles, dans les enveloppes florales, dans les étamines et dans les feuilles carpellaires.

4° Feuilles. — Dans les plantes à feuilles opposées on voit quelquefois une ou plus rarement deux feuilles supplémentaires à tous les nœuds. J'ai observé les exemples suivants :

Acer Pseudoplatanus L. — Deux très-jeunes pieds provenant d’un semis m'ont présenté trois cotylédons, puis deux verticilles successifs de trois feuilles. J'ai desséché ces pieds et Je n’ai pas suivi plus loin leur végétation.

Æsculus Hippocastanum L.— Deux pieds de cette espèce, l’un de 4" 50, l’autre de 4" 75 de hauteur, non ébranchés, m'ont présenté l’axe primaire pourvu dans le bas de rameaux verticillés par trois et dans le haut de feuilles disposées trois par trois; mais les rameaux avaient leurs feuilles régulièrement opposées en croix.

Punica Granatum L. —— Un rameau m'a présenté ses feuilles réguliérement verticillées par trois dans toute sa longueur; les ramuscules qui en naissaient avaient les feuilles opposées.

Epilobium montanum L.— 11 a quelquefois les fenilles verticillées par trois. Il en est de même de l’Epilobium trigonum Schranck, où ce fait est encore plus fréquent et il n’est même pas extrêmement rare de rencontrer des pieds qui portent quatre feuilles à chaque verticille.

Lythrum Salicaria L. — Une tige rameuse portait exclusivement sur son axe primaire des feuilles et des rameaux verticillés par trois.

Fuchsia coccinea L. — J'ai vu plusieurs fois des tiges simples de cette plante à feuilles verticillées par trois et une seule fois verticillées par quatre.

Lonicera cœrulea L. — J'ai observé sur cette espèce et aussi sur le Lomcera alpigena L., les feuilles verticillées par trois.

Weigehia rosea Lindl. — Mème observation.

Ligustrum japonicum Thunb. — Mème observation.

Coffea arabica L. — Un pied élevé de graines au Jardin botanique de Nancy, offrait trois cotylédons et en se développant il a montré ses feuilles et ses rameaux axillaires verticillés par trois; mais les rameaux avaient les feuilles opposées.

Aucuba japonica L. — Dans un semis fait dans les serres de M. Rendatler, un pied a montré les mêmes faitsque dans le caféier précédent. Dans le même semis, un autre pied était pourvu de quatre cotylédons soudés par les bords de façon à former un tube régulier surmonté de quatre dents. Lorsque le bourgeon terminal s’est développé, il s’est échappé latéralement en rompant cette enveloppe anormale et l’axe primaire développé portait des feuilles opposées.

Cælestina ageratoides Cass. -— J'ai vu plusieurs fois les feuilles verticillées par trois à tous les nœuds, si ce n’est au voisinage de l’inflorescence, où elles devenaient éparses.

Arnica montana L. — J'ai rencontré près de Gérardmer, en 4863, un pied dont la tige munie d’un seul nœud portait trois feuilles verticillées.

Lysimachia vulgaris L. — Ia souvent les feuilles verticillées par trois ou par quatre.

Anagallis arvensis L.— Le même fait n’est pas rare.

Nerium Oleander L. — J'ai observé un pied dont l’axe primaire portait des feuilles opposées, et ses rameaux étaient dichotomes.

Lilac vulgaris Gærtn. — Les rameaux à feuilles verticillées par trois ne sont pas rares et ontété signalés depuis longtemps; mais j'en ai rencontré à feuilles verticillées par quatre.

Phlox paniculata L. — J'ai observé dans mon jardin un pied de cette espèce, dont une tige avait ses feuilles verticillées par trois.

Mentha rotundifolia L. — J'ai recueilli, en 1847, au bois de Tomblaine, près de Nancy, une tige de cette espèce qui était hexagonale dans toute sa longueur et portait à tous ses nœuds des feuilles verticillées par trois.

Scrophularia nodosa L. — J'ai conservé une tige de cette espèce, trouvée par moi à Lorient (Morbihan), en 1873; elle était aussi hexagonale et ses feuilles étaient disposées trois par trois. Le même fait se montre plus fréquemment encore, au Jardin des plantes de Nancy, sur le Scrophularia orientalis L. et j'ai vu sur cette espèce plusieurs tiges octogonales avec quatre feuilles à chaque nœud.

Mimulus moschatus Dougl. — J'en ai observé une tige à feuilles verticillées par trois.

Paulownia imperialis Sieb. — 11 n’est pas rare de rencontrer sur les pieds qu’on recèpe tous les ans prés de terre, des rejets vigoureux dont les feuilles sont, à tous

les nœuds, verticillées par trois. Cette anomalie est un très-bel effet et il serait à désirer qu'on püût la multiplier ; ses rameaux ne se développent pas ordinairement tous à chaque verticille et leurs feuilles sont opposées en Croix.

Verbena Aubletia L. — J'ai observé une tige portant trois feuilles à chacun de ses nœuds.

Paris quadrifolia L. — On sait que la tige porte ordinairement un verticille de quatre feuilles et que ce nombre peut être accidentellement porté à cinq et même à six. Mais, ce que je n'ai vu indiqué nulle part, c’est que ce nombre peut être réduit à trois. Ces variations n’entrainent pas ordinairement de modifications analogues dans les verticilles floraux.

J'ajouterai que dans les plantes dont les feuilles des verticilles sont en nombre plus grand que trois, la quotité des parties de ces verticilles varie beaucoup, quelquefois même d’un nœud à l’autre. I] nous paraît dès lors inutile de nous en occuper d’une manière spéciale.

2 Fleurs. — Le nombre des parties de chacun des verticilles floraux est quelquefois le même. C’est ainsi que les fleurs des ris sont réguliérement construites d’après le type ternaire; mais, si un nouvel élément floral s’introduit dans l’un des verticilles, il peut s’intercaller dans tous les autres et la symétrie de la fleur est ainsi conservée. C’est ce que nous avons observé sur une fleur d'Iris spuria L., qui présentait huit divisions florales placées sur deux rangs, quatre étamines et un ovaire formé de quatre feuilles carpellaires; l’alternance est ainsi respectée comme dans le type ternaire.

J'ai observé aussi une fleur de Fuchsia coccinea L. présentant trois divisions au calice, trois pétales, six étamines placées sur deux rangs dont trois plus courtes,

enfin un ovaire tricarpellaire et à trois loges. J'ai vu aussi des fleurs de la même espèce dont tous les verticilles étaient à cinq et d’autres à six parties.

Dans les Papaver, les enveloppes florales sont généralement disposées suivant le système binaire et offrent alors deux sépales et quatre pétales placés sur deux rangs, avec alternance parfaite d’un verticille à l’autre. J'ai vu plusieurs fois les Papaver dubium L. et hybridum L. avec trois sépales et six pétales bisériés. Ce fait est très-fréquent dans le Papaver caucasicum Bieb. ; c'est, comme l’on sait, l’état habituel dans les Papaver orientale L. et bracteatum Lindl. Sur un gros pied de Chelidonium majus L. var. laciniatum, j'ai rencontré une douzaine de fleurs dont les enveloppes florales formaient trois verticilles ternaires; mais cette disposition, si remarquable, coïncidait avec une capsule tricarpellaire s'ouvrant en trois valves.

Il est aujourd’hui démontré que si, dans la famille des Alsinées, on s’attachait, à l'exemple de Linné, à considérer comme caractères génériques le nombre absolu des sépales, des pétales, des étamines et des folioles carpiques, on méconnaîtrait des analogies naturelles importantes. C’est ainsi que le genre Sagiëna se compose d'espèces dont tous les verticilles floraux sont constitués d’après le mode quinaire et d’autres d’après le type quaternaire. Dans le genre A/sine on trouve des espèces dont le calice, la corolle et l’androcée sont à quatre ou à cinq parties et les feuilles carpellaires à deux, trois, quatre ou cinq. Dans les Arenaria, Mæhringia, Stellaria, Cerastium, etc., on trouve des faits analogues (1).

(1) Conf. Fenzl, in Endlicher, Genera plantarum, in-8°, 1836- 1840, p. 963 à 969; et Godron, Observations sur la famille des

Ce ne sont pas là les seuls exemples de genres comprenant des espèces qui n’ont pas toutes le même nombre de parties aux enveloppes florales et qu'on ne peut séparer génériquement, sans rompre les liens étroits qui les unissent les uns aux autres. C’est ainsi que le genre Tormentilla de Linné a dû être réuni au genre Potentilla. Si, dans le premier, les enveloppes florales sont généralement disposées d’après le système quaternaire, on trouve, néanmoins, parfois dans ces espèces, des fleurs qui offrent le type des plantes du genre Potentilla, mais il y a plus : j'ai observé une fleur de Tormentilla erecta L., dont les divisions calicinales etles pétales présentaient le système ternaire.

Dans les Zythrum, certaines espèces ont dix ou douze dents au calice et cinq ou six pétales, d’autres huit divisions au calice et quatre pétales.

Dans le Primula grandiflora Lam., la disposition quaternaire n’est pas rare au bois de Malzéville, près de Nancy; j'ai même rencontré, dans cette localité, mais une seule fois, le type ternaire et les étamines participent à ces deux variations.

Dans le genre Gentiana, la plupart des espèces sont pentamères ; mais dans le Gentiana lutea L., la corolle est divisée presque jusqu’à la base en lobes dont le nombre varie de cinq à neuf, sur le même pied. Cet organe a six divisions dans le Gentiana Burseri Lapeyr.; ilena quatre dans les Gentiana cruciata L. et campestris L. et dans le Gentiana tenella Rottb. les lobes de la corolle varient de quatre à cinq.

On trouve des différences analogues entre les espèces

Alsinées, dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas pour 184], p. 96 à 116.

des genres Anautia, Scabiosa, Cuscuta, Veronica, Plan- Lago, etc.

Il ne faut pas s'étonner de ces faits, puisque dans le genre Ruta, le nombre relatif des parties des verticilles floraux varie normalement, suivant que la fleur termine l'axe primaire de l’inflorescence ou les axes secondaires, tertiaires etc.

L'augmentation des pistils est assez rare, suivant Moquin-Tandon (1); j'en ai observé cependant plusieurs exemples dans les pistils simples.

Dans le genre Delphinium, il est des espèces qui normalement n’ont qu’un pistil, d’autres en possèdent trois et il en est même où 1ls atteignent le nombre de cinq. Le Delphinium orientale Gay appartient à la section des espèces monocarpiques ; mais J'en ai observé des pieds dont les pistils étaient multiples, mais stipités ; ils étaient toutefois féconds. Le Delphinium elatum L. m'a montré, dans les cultures de M. Rendatler, des fleurs semi-doubles munies de 10 à 23 pistils (2).

On observe bien plus souvent, dans les pistils composés, des variations dans le nombre des feuilles carpellaires. é Dans les espèces du genre Papaver, ce nombre varie dans des limites assez étendues, de quatre à vingt. Dans les Argemone le pistil formé ordinairement de cinq feuilles carpellaires, en offre souvent quatre ou six.

Les crucifères ont aussi quelquefois, dans leur pistil, des feuilles carpiques surnuméraires. Les auteurs indi-

(1) Moquin-Tandon, De de pause végétale, Paris, 1841, in-80, p. 354.

(2) Godron, Mémoire sur la pélorie dé Delphinium, dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas, pour 1865, p. 59.

quent des exemples de siliques et de’silicules formées de trois ou de quatre carpelles soudés et notamment dans le Lunaria rediviva L., Ricoha Ægyptiaca L., Octodenia lybica R. Br., Cheiranthus Cheiri L., Draba verna L.; j'ai revu plusieurs de ces anomalies, mais j'en ai observé de nouvelles dans l’Erysimum chetriflorum Wallr., Brassica oleracea L., Peltaria alliacea L. (1). On sait, du reste, que la silicule du Tetrapoma barbareæfolia Turcz. offre souvent trois ou quatre feuilles carpellaires.

Les fruits des Acer sont quelquefois formés de trois carpelles ailés soudés en verticille par leur bord interne et il en est quelquefois de même de ceux du Ptelea trifoliata L.

Les Datura ont souvent leur fruit formé de trois feuilles carpellaires et s'ouvrent par six valves; cette anomalie est surtout fréquente dans leurs hybrides.

Dans les genres Chenopodium, Blitum, Atripleæ, le nombre des styles et par conséquent des feuilles carpellaires, varie dans les différentes espèces ; il est de deux, de trois ou de cinq. Les Polygonum présentent aussi des espèces à deux et des espèces à trois styles.

J'ai trouvé dans un fruit de Juglans regia L., deux noix dans un même brou; elles étaient assez fortement comprimées sur les faces de contact et l’amande l'était ellemême. J'ai vu aussi plusieurs exemples de noix à trois ou à quatre cloisons incomplétes et convergentes, et la graine avait six ou huit lobes.

Dans les Palmiers à pistil composé, les feuilles carpellaires sont au nombre de trois ; mais, dans la plupart des

(1) Godron, Mémoire sur l’inflorescence et les fleurs des Crucifères, dans lés Mémoires de l'Académie de Stanislas, pour 1864, p. 343 à 348.

espèces de cette famille, deux loges avortent et la troisième seule est fertile. Dans le Lodoicea maldavica Pers., une seule loge avorte et le fruit est bilobé ; mais, par exception, la troisième loge peut être également fertile et le fruit est trilobé. Le musée d'histoire naturelle de Nancy en possède un exemple.

Le Lilium speciosum Thunb. a, le plus souvent, sa capsule à deux loges fertiles’ et cet organe est comprimé. Mais on trouve aussi, dans cette espèce, des exemples de capsule à trois loges fertiles, nombre habituel dans les autres espèces du même genre.

Dans les genres Eleocharis, Careæ, Scirpus, ily a des espèces à deux et d’autres à trois styles. Dans les Scirpus mariimus L. et lacustris L., il y a des individus à trois styles et d’autres à deux seulement.

Dans les Graminées, il est des espèces qui offrent tantôt deux, tantôt trois stigmates. Nous pouvons citer, en nous bornant à des espèces françaises, le Phleum Michel AI. et le Briza media L.

Toutes ces variations que nous venons de signaler dans le nombre des parties des verticilles foliaires ou floraux, habituel à chaque genre ou à chaque espèce, résultent soit d’une suppression tératologique, soit d’un retour au plan de symétrie primordial, mais ces faits suffisent pour qu’on n’y attache pas une importance trop absolue, comme caractères génériques et spécifiques.

PROLIFICATIONS.

J'en ai observé quatre exemples sur des plantes appartenant à des familles assez éloignées les unes des autres.

4° Le Danthus sinensis L. m'a présenté une fleur pleine, dont le calice serait parfaitement normal, s’il n’était déchiré en long d’un côté par suite de la multiplication des pétales. Les extérieurs sont grands, purpurins et lacérés à la partie supérieure du limbe; les intérieurs sont bien plus petits, serrés les uns contre les autres, frangés d’un blanc-verdâtre. Les étamines manquent. Plus intérieurement on ‘observe un organe vert, brièvement tubuleux, muni au sommet de quatre dents libres, scarieuses aux bords, de la forme et de la longueur du calice. C’est cependant un véritable ovaire, puisque deux de ses dents opposées l’une à l’autre portent chacune un long stigmate papilleux. Dans la cavité de cet ovaire se trouvent douze petits pétales un peu exsertes et purpurins au sommet; 1] n’y a pas d’étamines ; mais au centre se trouve un nouvel ovaire fermé, couronné par deux stigmates et contenant de petits ovules rudimentaires fixés à un placenta central.

2 Sur le Fuchsia coccinea L. j'ai observé une fleur dont le calice présente quatre sépales libres jusqu’à la base, régulier ; quatre pétales alternent avec les sépales ; une étamine alternant avec deux pétales. Au centre naît une seconde fleur, à calice quadrifide et normal ; un second verticille à quatre parties libres et alternant avec les divisions calicinales; mais trois de ces parties sont colorées comme les sépales et la quatrième est complètement pétaloïde; un style et un stigmate à quatre mamelons. Il y a donc ici à la fois un exemple de prolification et deux cas de métamorphose rétrograde.

3° Un pied de Stachys sylvatica L. a été observé aux environs de S-Menéhould par M"° Jacquet, de Nancy, qui s'occupe avec succès de botanique et peint les fleurs avec un véritable talent d'artiste. Non seulement elle a peint

les monstruosités dont il va être question, mais m'en a adressé des échantillons desséchés et enfin le pied vivant lui-même arraché en motte, et je ne puis lui en témoigner trop de reconnaissance. Ce Séachys sylvatica L. a présenté plusieurs fleurs dont le calice est normal, ainsi que la corolle; les étamines sont au nombre de 3 à 5; puis il y a un prolongement de l'axe portant un nouveau calice et une nouvelle corolle, tous deux assez réguliers ; sur une fleur il y a un troisième calice et une troisième corolle, avec un nombre d’étamines variable ; au-dessus, et dans les deux cas, il y a un nouveau prolongement de l'axe floral qui porte un corps exserte, ovoide ou oblong, ressemblant à un ovaire surmonté d’un style profondément divisé au sommet, mais sans traces de papilles stigmatiques ; si on ouvre cet ovaire, on y voit quatre petits corps blancs, presque globuleux, portés chacun sur un court filament. Ces petits corps nous semblent être quatre ovules rudimentaires et les filaments qui les portent leur funicule ombilical.

Sur une autre fleur, les enveloppes florales restant les mêmes, l'ovaire porté par un prolongement de l'axe floral est fendu dans toute sa longueur et forme deux expansions pétaloides lancéolées et acuminées et couvertes d’un duvet semblable à celui des feuilles ; elles portent chacune à leur face supérieure au-dessus de leur base deux petits corps blancs pédicellés semblables à ceux que nous avons indiqués dans le cas précédent. Ces faits nous démontrent donc qu’il n’y a dans les Labiées que deux feuilles carpellaires.

Sur d’autres fleurs l’axe floral s'élève au-dessus des enveloppes de la fleur et porte trois paires de petites feuilles opposées en croix, linéaires, vertes et pubescentes.

4° Une fleur d’'Hemerocallis fulva L. observée au jardin des plantes de Nancy, m'a présenté ses enveloppes florales sur deux rangs contigüs ; à cinq millimètres au-dessus l'axe prolongé porte trois filets d’étamines épaissis dans leurs deux tiers inférieurs, mais capillaires au-dessus et portant chacun une anthère vide et déformée ; l'axe prolongé au-dessus de quatre millimètres montre trois nouvelles étamines semblables aux précédentes et alternant avec elles ; à quatre millimètres plus haut encore on voit se succéder immédiatement trois pétales trilobés et à bords frangés, trois étamines courtes alternant avec eux, puis six pétales rudimentaires sur deux rangs, enfin trois nouvelles étamines peu développées ; au centre apparaissent de très-petites expansions foliacées.

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