PARTITIONS DES AXES VÉGÉTAUX
4° Sarment de la Vigne. — M. Prillieux, dans ses Considérations sur la nature des vrilles de la Vigne (A), a cherché à expliquer la position oppositifoliée de ces organes par un phénomène de partition, qui aurait lieu sur le sarment jusqu’au niveau de la feuille, de façon à donner naissance à la vrille et à l’entrenœud qui semble continuer l'axe primaire. Dans un travail intitulé : De la signification morphologique des différents axes de végétation de la Vigne (2), je crois avoir démontré que la position de la vrille résulte, comme l'avait pensé Aug. S'-Hilaire, de l’usurpation d’un axe secondaire sur un axe primaire dévié de sa direction originelle et frappé d'arrêt de développement. Or cet axe primaire par rapport au mérithalle usurpateur, est la vrille, mais il n’en faut pas conclure que les sarments de la Vigne ne puissent pas, comme les tiges des autres végétaux, présenter des exemples de partition véritable, comme le prouvent les faits suivants:
Ce phénomène tératologique peut se produire dans deux sens différents : ou bien la partition a lieu suivant le plan des feuilles, ou bien perpendiculairement à ce plan.
Le premier mode est le plus rare et je n’en ai observé que deux exemples. Dans l’un le sarment de la vigne
(1) Bulletin de la Société Botanique de France, t. 3 (1856), p. 646.
(2) Mémoires de l'Académie de Stanislas pour 1866, p. 170 à 205.
est normal à sa base, puis s’élargit insensiblement et de plus en plus sur deux côtés opposés de façon à présenter une coupe elliptique, dont le petit diamètre est dans le même sens que le plan des feuilles; un sillon longitudinal se manifeste sur le milieu de chacune des faces et devient de plus en plus profond jusqu'à la séparation complète du sarment en deux rameaux ; mais il convient d'étudier ce fait dans ses détails, pour que sa signification soit évidente. — Premier nœud : 11 est normal ; une seule feuille à pétiole normal et à cinq nervures principales ; un seul bourgeon composé à l’aisselle de la feuille; vrille nulle; mérithalle un peu déprimé au-dessus du nœud. — Deuxième nœud : feuille à 9 nervures principales, à pétiole très-élargi et largement canaliculé à sa face supérieure; deux bourgeons composés symétriquement placés à l’aisselle de la feuille et se touchant latéralement; une vrille oppositifoliée ; mérithalle plus élargi encore au-dessus de ce nœud, et l’on constate déjà l'apparition d’un sillon qui parcourt le milieu de chacune des faces du second mérithalle. — Troisième nœud: une feuille à limbe et à pétiole normaux, portant à son aisselle un seul bourgeon composé; deux vrilles accolées et régulièrement disposées à l'opposé de la feuille; au-dessus le mérithalle est encore plus élargi et ses deux sillons plus apparents. — Quatrième nœud : feuille formée d’une pétiolé trésélargi et portant au sommet deux limbes distincts, réguliers et dont chacun porte 5 nervures principales ; vrille nulle ; au-dessus mérithalle avec sillons plus accentués. — Cinquième nœud: deux feuilles géminées, parfaitement libres et régulières et portant chacune à son aisselle un bourgeon composé ; une seule vrille déprimée dans le même sens que le sarment, à trois branches
partant du même point et dont l’une tournée vers le sarment est nue à sa base et les deux autres externes naissant chacune à l’aisselle d’une écaille; au-dessus les sillons du mérithalle plus profonds. — Sixième nœud : Une feuille normale portant deux bourgeons composés et symétriques à son aisselle ; deux vrilles symétriques, oppositifoliées, parfaitement distinctes et très-rapprochées à leur base; au-dessus sillons du mérithalle plus profonds encore. — Septième nœud : deux feuilles géminées, parfaitement libres et portant chacune à leur aisselle un bourgeon composé; vrille nulle; à ce nœud il y à bifurcation complète du sarment en deux rameaux égaux et cylindriques ; ceux-ci ont une vrille à leur premier et et à leur second nœuds; toutes sont dirigées du même côté et il en est de même des feuilles.
Cette monstruosité soulève plusieurs observations : 1° Les vrilles soit isolées, soit géminées occupent la position habituelle qu’elle ont dans le Vites vemfera L. et manquent régulièrement au premier, au quatrième, au septième nœud, et cette disposition continue à se montrer sur les deux branches de la partition ; 2° la partiion du sarment se produit insensiblement de bas en haut par deux sillons opposés qui finissent par se rencontrer et alors la division est complète ; en ce qui concerne les feuilles et les vrilles, il y a d'un nœud à l'autre un dédoublement latéral de ces deux sortes d'organes, comme si la tendance à la partition était plus prononcée alternativement sur une des faces du nœud que sur l’autre.
J'ai rencontré un second fait analogue au précédent, mais où la partition du sarment s'opère plus brusquement; mais les dédoublements alternatifs de la feuille et de la vrille se font de la même manière. Toutefois,
l’une des feuilles à pétiole élargi et non divisé, présente deux limbes réguliers, mais qui, appliqués l’un contre l'autre par leur face supérieure, restent adhérents par une partie de leur nervure médiane.
Le second mode de partition du sarment a lieu en sens inverse, la division s’opérant non plus dans la direction du plan des feuilles-mères, mais dans une direction perpendiculaire à ce plan. Cette partition peut se produire de trois manières : 4° Tantôt elle a lieu par l’aplatissement de plus en plus marqué du sarment, mais plutôt par suite d’un phénomène de fasciation que par une véritable partition graduelle. Dans ce cas la position des feuilles et des vrilles est plus ou moins irrégulière, comme on l’observe presque toujours dans les fascies, du moins en ce qui concerne les feuilles. 2 Tantôt, et ce cas est moins rare que le précédent, la division s'opère brusquement à un nœud. S'il doit y avoir à ce nœud une vrille, elle occupe sa place ordinaire à l'opposé de la feuille et à la base du rameau le plus éloigné d’elle; mais une seconde vrille existe aussi dans l’angle de la bifurcation à la base du rameau dont le pétiole de la feuille embrasse la base du côté opposé ; cette seconde vrille existe seule, si le nœud est compris parmi ceux qui, dans l’état ordinaire des choses, n’en ont pas habituellement. 3° Enfin la partition s’opérant brusquement, comme dans le cas précédent, arrive jusqu’à la partie supérieure du nœud, mais sans le diviser, et alors on observe sur chacun des côtés du nœud et à la base externe des deux branches deux feuilles opposées ayant chacune un bourgeon à leur aisselle ; on ne voit qu’une seule vrille sortant de l'angle de la bifurcation; sur l'une des branches de la partition le premier nœud porte aussi une vrille et le second n’en a pas; sur la
seconde branche les deux premiers nœuds sont pourvus d'une vrille et le troisième n’en a pas, d’où l’on peut conclure que la vrille qui nait dans l'angle de la bifurcalion appartient à la première branche.
Ces faits, comme on le voit, ne fournissent aucun appui à l'hypothèse ingénieuse de M. Prillieux et, d’une autre part, ils n'infirment en aucune façon la théorie d’Aug. S'-Hilaire, relativement à la signification morphologique des vrilles comme des grappes de la vigne.
20 Inflorescence d’'Umbilicus pendulinus D.C. — J'ai vu souvent, surtout sur les Digitales hybrides, se produire Ja bifurcation de la partie supérieure de l’inflorescence lorsque l’axe était fascié, de telle sorte que la fascie semble être la cause prédisposante de la division dont les deux branches, du reste, sont aussi fasciées. Mais il n'en est plus de même dans l’exemple suivant. J'ai rencontré à Lorient, en 1873, un pied d’'Umbilicus pendulinus D.C., dont laxe de l'inflorescence est bifurqué dans la moitié de sa hauteur. Cette partition n’a pas lieu brusquement, mais la division est préparée au-dessous par deux sillons opposés qui creusent laxe dans une étendue de 15""; les deux branches se séparent à angle trés-aigu, elles sont parfaitement cylindriques et leurs fleurs supérieures sont avortées comme si les sucs nutritifs n'avaient pas suffi à leur développement. |
3° inflorescence de Plantago Coronopus L. — J'ai observé cette partition sur deux inflorescences d’un mème pied ; elle s'étend au tiers supérieur de l'inflorescence. La division a lieu dans les mêmes conditions que dans le cas précédent.
4° Partition du réceptacle d’une fleur de Rubus Ideus L. — Cette anomalie n’est pas rare sur les Framboi-
siers de mon jardin. La division a lieu dans la direction du plan médian de la fleur ; elle va jusqu’à la base du réceptacle conique; mais les surfaces par lesquelles les parties séparées se regardent, sont complètement dépourvues de carpelles.