‹ Mélanges de teratologie végétalesChapitre 43 sur 51 · RAMIFICATION ANORMALE D'UNE INFLORESCENCE · texte numérisé non relu

RAMIFICATION ANORMALE D'UNE INFLORESCENCE

Les espèces du genre Triticum ont normalement leur épi simple (1). Il en est cependant une forme, déjà connue de Bauhin (2) et de Morison (3), qui a ses épis ra-

(1) Je donne ici au mot épi son sens vulgaire. (2) Bauhin, Pirax, p. 21.

(3) Morison, Histor. tom. III, p. 176, g. 8, et tom. I, fig. 1.

meux à leur base. Ce Blé si exceptionnel à raison de la grosseur de son inflorescence rameuse et du grand nombre de grains qu'il fournit, a reçu le nom de Blé de miracle ; c’est le Triticum compositum L. Les botanistes qui, depuis Linné, l'ont étudié, lui ont reconnu, si on excepte la ramification de l’épi, tous les caractéres de la fleur et du caryops du Triticum turgidum L., cultivé en Egypte, en Algérie et dans l’Europe méridionale. Le Triticum compositum L. ne serait, suivant eux, qu'une race tératologique stable de cette espèce.

M. Bertier, horticulteur à Nancy, dont l’œil investigateur a découvert, pour mes études, un si grand nombre de monstruosités, m'a rapporté au mois d’août 4878, un pied de blé, arraché dans un champ aux environs de Blainville-sur-Meurthe, et qui portait trois chaumes et trois épis. Ce blé appartient à la race imberbe du Triticum vulgare Vill. généralement cultivé en Lorraine et deux des trois épis le représentent complètement. L'autre estrameux à sa base et, ce qui est plus remarquable encore, c’est qu’il est pourvu de barbes inégales, mais généralement moins longues que dans les blés franchement barbus. Quelques grains de cet épi rameux et muni d’arêtes, ont été semés en 1879 dans mon jardin et ont reproduit la forme à épi simple et sans barbes.

La présence d’arêtes plus ou moins longues sur l’épi rameux, ne serait-elle pas un fait d’atavisme, tendant à démontrer que le Triticum vulgare Nill. qui compte un assez grand nombre de races à épis aristés, les a perdues dans quelques-unes et qu'il a dû être primitivement pourvu de‘barbes ? Cette conclusion, du reste, ressort avec plus d’évidence encore de nos expériences d’hybrides obtenus par la fécondation de l’Ægélops ovata L. par le pollen de trois races de blés à épi mutique et qui, en con-

servant ce caractère sur la plupart des individus, ont fini par produire, dès la seconde ou la troisième génération, des individus demi-barbus et aussi des individus pourvus de longues arêtes; ils ont ainsi révélé l'existence originelle de ces appendices, dans les trois races de blés mutiques qui sont intervenus dans nos expériences (1).

Secale cereale L. — J'ai recueilli, en 1851, au port Juvénal, près de Montpellier, une forme de cette espèce à épi rameux à sa base. Le chaume n’est pas élevé et mesure 0" 69 ; mais il est épais. L'inflorescence sans les barbes mesure 045. Elle est simple dans ses trois cinquièmes supérieurs et dans ses deux cinquièmes inférieurs, elle porte huit ramifications alternes-distiques, munies chacune de trois à six épillets. Cette forme à inflorescence rameuse parait rare ; je ne la trouve indiquée que dans Koeler (Descripho Graminum in Gallia et Germania tam sponte nascentium quam humana industria copiosius provenientium. Francofurti ad Mæœnum, 1802, in-12, p. 368.)

LIT FASCIES.

Je dois à M. Gallé, secrétaire de la Société centrale d'Horticulture de Nancy, un nouvel exemple d’une fascie qui mérite d’être décrite.

Lilium croceum Chaix in Vill. — La tige fasciée mesure en longueur 1"12 et dans sa plus grande largeur 0"035.

(1) Godron, Un nouveau chapitre ajouté à l'histoire des Ægilops hybrides dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas pour 1876, p. 265.

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DE TÉRATOLOGIE VÉGÉTALE. 13 Elle offre sur ses faces des côtes très-saillantes, qui: descendent des points d’insertion des feuilles. Celles-ci sont en nombre infiniment plus considérable que dans le type normal de l'espèce à laquelle elle appartient. Je les ai comptées et j'ai constaté qu’elles sont au nombre de 657, sans parler des bractées. Un peu écartées les unes des autres dans le bas de la tige fasciée, elles se rapprochent de plus en plus, en devenant plus étroites, au fur et à mesure qu’on les examine plus haut; puis elles manquent sous l’inflorescence dans une étendue de 4 à 6 centimétres. Les fleurs au lieu d’être au nombre de 3 à 5 et disposées en ombelle simple, comme dans la plante sauvage, sont bien plus nombreuses et la régularité de l’ombelle n’existe plus; elles sontsimplement aggrégées au sommet de la tige, où elles se pressent les unes les autres et forment un bouquet qui ne compte pas moins de 42 fleurs. Cette multiplicité extraordinaire des fleurs et des feuilles et leur agglomération ont rendu ces organes plus petits que ceux du type de l’espèce. C’est là un exemple très-remarquable de puissante végétation (4).

(1) Je puis citer un autre fait de végétation exubérante qui s’est produit dans mon jardin. Une graine de Cirsium lanceolatum Scop. importée par le vent y a germé. Un bel ensemble de feuilles radicales a été respecté par moi et l’année suivante, il m'a fourni un végétal qui n’était pas sans mérite ornemental. L’axe primaire n’était pas le plus developpé à beaucoup près et s’atténuait assez rapidement à son sommet; il ne portait qu'un petit nombre de calathides ; mais trente-sept branches vigoureuses naissaient de lui au-dessus de sa base et se ramifiaient beaucoup. La hauteur du végétal était de 2»25 et le nombre des calathides de 1263. J'ai dû le détruire avant la maturité des graines pour ne pas infester mon jardin et ceux du voisinage,

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