PAR LE COMTE DE MONTALEMBERT
(extrait du J0UR9Ài« DES ^NOIflSTJSS, |5 AOUT 1857*]
Voici un livre qui est ancien déjà (2) ; qui, lors de son apparition, a fait du bruit, beaucoup de bruit même ; qui a été et qui est encore un des beaux succès de la librairie sérieuse (3); et dont jusqu'ici Ton n'a rien dit dans ce journal (4). C'était, pourtant, on peut le croire, le vrai lieu pour en parler; car c'était, peut-être, celui où l'on pouvait le faire avec le plus de calme et de liberté d'esprit. Ailleurs , et cela n'est que trop arrivé, un livre qui a, ou qui paraît avoir, une couleur politi-
(1) Paris, Didier et Ca 1 vol. in-12.
(2) Il est de janvier 1856.
t'3) Les journaux en ont annoncé dernièrement la cinquième édi* lion.
(4) M. Legoyl s'en est occupé, iôcidemment, depuis la rédaction de cet article, dans un travail sur la loi des succesnons, V. les mi* méros de juin et juillet du Journal des Économistes,
que, risque de rencontrer la prévention plutôt que Tétude, la passion plutôt que la justice, et de ne susciter souvent , au lieu de la vivacité mesurée d'une discussion impartiale et réfléchie, que ces explosions éphémères d'enthousiasme aveugle ou de colère à outrance qui défraient la polémique au jour le jour. Ici la politique courante n*a pas accès : c'est avec les principes seuls que l'on compte ; c'est la vérité désintéressée que l'on cherche ; et ce ne sont pas les vœux passagers ou les vaines terreurs des partis, mais le bien permanent et la dignité étemelle de l'humanité qui sont le mobile et la règle de la critique comme de l'investigation. Voyons rapidement quel intérêt, étudié dans ces sentiments, peut présenter le livre de M. de Montalembert.
Ce livre n'est pas, avons-nous besoin de le dire, un livre d'économie politique ; ce n'est pas davantage un livre d'histoire ; ce n'est pas précisément, non plus, un livre de politique, quoiqu'il ait pour but manifeste et principal Tapologie d'un système politique ; ni un portrait proprement dit, quoiqu'il vise ouvertement à placer sous nos yeux la grande figure d'un pays voisin et d'un peuple contemporain. C'est plutôt une réunion d'esquisses et un mélange de considérations un peu diverses. Trop bien servi par cette facilité d'expression qui lui permet de traduire en traits saisissants, à mesure qu'elles se présentent à lui^ les vues de son esprit et les impressions de son cœur, l'auteur va tour à tour, sans plan arrêté, du présent au passé, de l'Angleterre à la France, de la de-
scription complaisante des monuments à Tappréciation des institutions, laissant souvent incomplet ce qui semble le plus nécessaire, ou développant avec amour ce qui peut paraître accessoire.
Mais ces esquisses, malgré ces imperfections non dissimulées, sont vigoureuses et vivantes, comme tout ce qui sort de la main énergique de M. de Montalembert ; ces considérations touchent successivement aux plus graves problèmes de l'histoire, de la politique, de la morale et de l'économie politique ; et un sentiment dominant, le respect et Faraour de la liberté et du droit, plus vivement exprimé par une sympathie spéciale pour une race qui les a spécialement aimés et respectés, donne à l'ensemble une unité plus réelle et plus étroite à tout prendre que celle de tel corps plus symétriquement disposé peutêtre, mais dans lequel aucune âme ne fait sentir sa présence par le mouvement et la vie.
Respecter la liberté, croire à l'excelleirce de l'activité spontanée, reconnaître la justice et la nécessité de laisser aux hommes la disposition et la responsabilité de leur sort ; c'est souscrire au dogme fondamental de l'économie politique : et, qu'on soit venu à cette croyance par le côté du juste ou par celui de Tutile, — en supposant que les deux voies soient distinctes, comme on se plaît à le dire, -^ on n'en adopte pas moins le même symbole. M. de Montalembert est donc, quoiqu'il ne s'en déclare pas, l'un des confesseurs de la foi économique ; et cette foi, pour n'être pas dégagée de tout voile, n'en est pas moins chez lui énergique et efficace. Il envisage, souvent, les questions sous d'autres aspects que les économistes proprement dits ; mas il arrive presque toujours aux mêmes conclusions. A vrai dire, il n'y a guère, dans
tout son livre, qu*iin seul point sur lequel il les contredise ouvertement. Il est vrai que c'est un point grave : il s'agit de la grosse question des successions.
M. de Montalembert est un partisan décidé du droit d'aînesse. Suivant lui, le droit d'aînesse, « ayant pour résultat l'indivisibilité du patrimoine foncier des familles, n est « l'instrument qui a conservé à l'aristocratie anglaise la force dont elle jouit, »> son véritable « palladium, et par conséquent » celui « de la liberté et de la société anglaises telles qu'elles ont existé jusqu'à présent. » Une telle prédilection ne peut aller, dans un esprit qui n'a pas en vain pratiqué les institutions de la France nouvelle, jusqu'à « identifier partout la liberté politique avec le droit d'aînesse et enchaîner l'avenir de cette liberté sur le continent au maintien ou au rétablissement de tel ou tel ordre de succession. » M. de Montalembert déclare, au contraire», très-nettement, qu'une « aristocratie une fois abattueme peut pas plus être rétablie qu'une futaie de chênes après un défrichement; » et il a soin, d'ailleurs, de faire observer que « l'institution » du droit d'aînesse, a telle qu'elle est pratiquée en Angleterre, » n'est pas du tout « une garantie exclusivement nobiliaire, comme les majorats en France et en Espagne, les fîdéicommis en Allemagne. Assurément. » dit-il, « la grandeur des familles anciennes et illustres, de celles surtout'qui
composent la pairie, a besoin de cette condition et en profite ; mais ce n*est là, » pour lui, « que le petit côté de cette grande chose. » Ce qui la rend grande à ses yeux, c'est qu'elle « crée Tesprit de famille et la solidité de la terre, en dehors du cercle étroit de la haute noblesse et dans toutes les classes de la société ; n c'est qu'elle « fait, du sentiment de la tradition et du désir de la durée, le patrimoine et l'apanage, non pas d'une seule classe, mais de toute la nation ; » c'est qu'elle « conserve le foyer paternel et substitue les perspectives de l'avenir aux suggestions aveugles de l'intérêt immédiat. La stabilité des biens fonciers est, » dans sa pensée, « le double boulevard qui a défendu jusqu'à présent la société anglaise contre l'omnipotence monarchique et contre les envahissements de la démagogie. Grâce à cette institu tion, dit-il, le respect de soi s'allie au respect des ancêtres, sous l'abri du toit paternel ; l'esprit de liberté troux'e partout des foyers de résistance, de force et de durée en • racines dans ce sol qui n'a pas, comme ailleurs, perdu en quelque sorte la qualité d'immeuble pour devenir une terre inanimée, une poussière indifférente, possession éphémère d'une génération ou deux, sans liens avec le passé, sans intérêt dans l'avenir... C'est ainsi, » dit-ii encore, « que se forment, à l'ombre du foyer paternel, sous les arbres plantés par les ancêtres, ces vies calmes et inflexibles, ces races nobles et pures, qui se personnifient dans le country gentleman, le ûMs agricoia de l'Angleterre. C'est là qu'il apprend cette sereine fierté, cette indépendance respectueuse et satisfaite, cette attitude qui n'est ni rogue ni servile, dont il offre le modèle. C'est là que se développe le tranquille sentiment du bien-être assuré, qui lait le fondement du repos des Etats, le bon-
heur d'être à sa place, de tenir son rang, parce que ce rang est suffisamment garanti contre la mobilité des choses humaines, contre cette proximité perpétuelle du néant qui menace les existences sociales sous les pouvoirs absolus et sous les démocraties. Ces heureuses dispositions rejaillissent du sein de la vie privée et rurale sur la vie politique, et ont presque toujours animé les hommes publics de TAngleterre, en leur inspirant, dans les plus hauts rangs comme dans les plus obscurs, le culte du devoir et de la dignité personnelle. »
Tel est, dans toute sa force, l'éclatant plaidoyer de M. de Montalembert en faveur du droit d'aînesse. Il diffère grandement, on le voit, de ceux que nous sommes habitués à entendre sur le même sujet. Ce n-est pas au nom de la vanité de caste ou de l'immobilité politique (nul ne fait mieux connaître et n*admire davantage le caractère éminemment précaire de l'aristocratie anglaise et ce roulement perpétuel par lequel elle se recrute et se perd alternativement dans la masse de la nation) ; c'est au nom de la liberté, c'est par crainte de ce servilisme universel qu'enfante trop souvent l'universelle égalité, qu'il s'élève contre la division continue et l'éparpillement sans fin des héritages. On ne peut méconnaître ce qu'il y a d'élevé dans ce point de vue, qui est celui de beaucoup d'esprits distingués et véritablement libéraux en Angleterre ; et il n'est pas impossible, en réalité, que la conservation et le culte de la résidence de la famille, la continuation prolongée du même nom aux mêmes lieux, les exemples, les liens, les traditions qui résultent de la succession ininterrompue des souvenirs et des obligations, n'aient en effet pour le représentant officiel et responsable de la famille une partie des conséquences heureuses dont on loue le
droit d'aînesse. Nous croyons qu'il est très-vrai que rhomme accoutumé à. marcher en vue de ses semblables en marchera plus droit et plus ferme ; que le dépositaire ostensible de l'honneur de plusieurs générations se respectera plus que si, isolé dans le temps, il ne devait rien à personne ; et que celui sur lequel on compte et l'on s'appuie au besoin apprendra à se tenir autrement que l'inconnu perdu dans la foule. Mais, en supposant que ces qualités et ces avantages ne dégénèrent pas souvent euxmêmes en inconvénients et en défauts, ils ne sauraient suffire^ à notre avis, pour justifier une mesure aussi exorbitante que l'oubli systématique des indications de la nature ; et, à ne regarder les choses que d'un côté, il n'y a pas de faute ni d'erreur qui ne puisse avoir les appareiices pour elle. C'est à la famille entière, c'est-à-dire au bonheur réel de tous ses membres sans exception, non à son prestige extérieur représenté par l'un d'eux, qu'il faut songer pour juger le droit d'aînesse ; et c'est sur la société entière qu'il en faut rechercher l'influence. 11 faut surtout, — car toute autre voie est trompeuse, — examiner ce qui est juste, non se laisser prendre à ce qui paraît avantageux. Ainsi jugé, nous croyons que c'est avec raison que le droit d'aînesse a été condamné par les plus grands esprits et réprouvé par le sentiment public comme répudié par les lois de notre patrie. L'intelligence hésiterait en vain au milieu des considérations multiples dont on peut compliquer la question ; le cœur répondra toujours qu'il ne peut être équitable et naturel que les enfants d'un même père soient inévitablement traités avec une inégalité choquante ; que l'un, parce qu'il est né le premier, doive tout avoir, les autres, parce qu'ils sont venus après lui, être privés de tout; et que ces champs au milieu desquels
ils ont pareillement vu le jour, ce toit qui annie en commun leur enfance, ces arbres sous lesquels ils grandissent ensemble, ce luxe ou ce bien-être qu'ils partagent à toute heure, immuablement destinés à devenir le lot privilégié d*un seul, ne soient pour les autres qu'une pompe étrangère dans laquelle ils figurent eux-mêmes à titre de décors Et comment une telle violation des premiers instincts et des premiers devoirs de la paternité serait-elle sans péril? On croit rendre plus sacré le foyer paternel, en pourvoyant à sa conservation et à son éclat : mais ne le rend-on pas, au contraire, dès Tenfance, indifférent, et parfois odieux, à ceux qui se savent destinés à en être exclus ; et n'affaiblit-on pas, au lieu de le fortifier, cet esprit de famille dont Taffection et la confiance sont les meilleurs fondements? Ne suscite- t-on pas, très-probablement, dans beaucoup d'âmes, des sentiments peu favorables à l'union, peu honorables et peu profitables à ceux qui les éprouvent ; ou, s'il arrive que l'orgueil du nom et la satisfaction abstraite de le voir grandement porté prévalent complètement sur le regret et sur l'envie, n'est-ce pas encore un sentiment étroit de vanité qu'on substitue à des ctésirs de bien-être fort naturels, et fort légitimes quoi qu'on en dise. La famille n'a donc qu'à perdre à ce régime. La morale publique, d'autre part, intéressée à l'ordre, à la prévoyance, à l'épargne, au respect de toutes les convenances, n'a-t-elle pas à souffrir gravement de ces substitutions qui soustraient la prodigalité à toutes les conséquences de ses excès et perpétuent à travers les générations le double scandale de l'opulence obérée et de la mauvaise foi inviolable? Sans aller, même, jus* qu'à ces conséquences extrêmes et pourtant fréquentes, quels écarts ne doit pas enfanter un système qui impose
invariablement le luxe aux uns et met les autres dans la gêne ? Et le mouvement de l'industrie, celui de Tagriculture, la production, en un mot, c'est-à-dire le bienêtre commun, peuvent-ils gagner à une répartition qui, en enlevant au plus grand nombre leur part naturelle de richesse et de ressources, concentre artificiellement l'es fortunes dans quelques mains, les moins capables peut-être, et le plus souvent les y enchaîne ? On répond à cela que l'Angleterre est le premier pays du monde, que nulle part la richesse n'a marché si vite, et que tout y prospère. Soit. Mais est ce à cause du droit d'aînesse ou malgré le droit d'aînesse ; et la vigueur exceptionnelle d'un boiteux prouve-t-elle qu'il soit bon de ne pas marcher droit (1)? On dit encore que a l'union des familles est grande en Angleterre, et que le moindre avantage fait chez nous dans les limites étroites du Gode civil excite » plus de a jalousie » que l'application rigoureuse du régime des substitutions en Angleterre. C'est possible ; car on se résigne d'autant moins au mal qu'il est moins fréquent et moins attendu, et l'espérance déçue ne blesse pas moins que la douleur prévue. Pourtant M. de Montalembert pense que a cette parfaite et universelle résignation des cadets à un tel ordre de choses ne durera pas toujours ; » et, si »* elle dure encore, m comme il l'afûrme, ne serait-ce pas, par hasard, parce que les aînés, investis par leurs richesses de la prépondérance politique, ont eu l'habileté de se servir de cette prépondérance au profit de leurs cadets dépossédé$ et de procurer à ceux-ci, dans la diplomatie, dans l'armée, dans les colo-
(1) Post hoc, erg^ propter hoc, ou l'obstacle pris pour la cause. Voyez sur cet argument Beotham, SophUmes parlementaires, et Bastiat, Sophismes économiqties.
nies, dans radministration, dans la magistrature et dans TEglise la fortune qu*ils ne peuvent trouver dans le patrimoine paternel (1). Mais le peuple anglais, obligé, quoi qu'il ne s'en rende pas suflBsamment compte, de faire les frais de ces héritages extra-naturels, ne se fût-il pas mieux trouvé d'un régime qui n'aurait pas rendu nécessaires ces compensations onéreuses ; et la prospérité de la nation anglaise comme son honneur, la paix du monde, la morale, la civilisation, n'ont-elles rien perdu à ce qu'au lieu de faire obscurément fructifier leur part des épargnes paternelles, messieurs les cadets des grandes familles aient pris l'habitude d'aller chercher brillamment fortune aux Indes et ailleurs, et aient eu besoin d'exciter sans cesse l'ambition de leur pays à des conquêtes dont eux seuls profitaient ? Aussi longtemps qu'on n'aura pas répondu à ces objections, — et nous croyons qu'il est impossible d'y répondre d'une manière satisfaisante , — nous tiendrons le droit d'aînesse pour une mauvaise institution, et nous persisterons, malgré tout ce qu'on peut dire de spécieux en sa faveur, à dissuader de sa pratique les peuples soucieux de respecter les lois de la morale et d'observer les conditions du bien-être.
Mais, en combattant éoergiquement sur ce point les idées de M. de Montalembert, il importe de prévenir toute erreur sur la portée de ses conclusions et des nôtres, et de restreindre à ses véritables termes le dissentiment que nous constatons. En général, les partisans du droitd'aînesse sont,
(1) Nous engageons le lecteur à consulter, sur ce point, IViilroduction du volume Cobden et la Ligue, par Bastiàt. Voyez aussi les différentes autorités citées par M. Legoyt dans le travail mentionné plus haut, et les arguments puisés par M. Legoyt lui-même dans la statistique et la législation des différents peuples.
en France du moins, assez peu disposés aux ménagements î ils ne craindraient pas, pour la plupart, d'imposer leur idéal par la contrainte ; et ils sacrifieraient volontiers, s'ils le pouvaient, à sa réalisation toute la liberté du père de famille. M. de Montalembert n'est pas de cette école obstinément rétrograde. S'il regarde volontiers en arrière, il ne veut pas nous y traîner violemment. 11 ne demande et il n'accepterait aucune contrainte. Il croit qu'il est fâcheux que nous ne fassions pas d'aînés et que nous n'en puissions pas faire; mais il ne demande pas que nous soyons forcés d'en faire. Ce qu'il demande, uniquement, c'est la faculté d'en faire si nous le voulons, c'est-à-dire la suppression des restrictions qui entravent le droit de tester : tout au moins n'irait-il pas au delà de l'attribution légale des biens à l'aîné par préférence, sauf la volonté contraire du père de famille. Dans ces limites, son opinion respecte évidemment, plus qu'il ne le semble d'abord, la liberté et l'égalité même ; car ni la liberté ni l'égalité ne sont blessées là où la loi laisse à chacun l'exercice de sa volonté dans la sphère de ses droits. Nous croyons qu'user du droit de tester pour faire un aîné n'est pas le meilleur usage qu'on puisse faire de ce droit ; mais nous croyons aussi qu'à cet égard c'est aux intéressés seuls à décider, non à la puissance publique à prononcer pour eux. Nous sommes convaincu, par conséquent, comme nous avons eu déjà occasion de le dire (1), comme nous le dirons encore en développant nos raisons, que a la liberté de tester est, » ainsi que le dit M. de Montalembert, « à la fois la conséquence et la garantie de la liberté générale. » En cette matière, comme en toute autre, la loi n'a pas à
(1) V. plus haut la Famille et la Société, note.
prendre parti entre les hommes, mais à leur imposer mutuellement le respect. Elle est une garantie et non un oracle. 11 lui appartient de partager les successions ob intentât, par présomption de la volonté du père de famille; et, tant qu'elle ne va pas au delà de celte présomption, qu'elle décrète le partage égal comme en Amérique (1), ou qu'elle adopte l'attribution à l'aîné, comme en Angleterre, elle n'excède pas ses pouvoirs naturels, il ne lui appartient pas d'enchaîner ou de contraindre la volonté formelle du testateur ; et» quand elle le fait, quelques raisons qu'elle invoque à l'appui de ses prescriptions, qu'elle vise à la division ou tende à la concentration, qu'elle favorise l'aristocratie ou pousse à la démocratie, elle abandonne la neutralité qui est son essence même ; elle attente à la propriété et elle envahit le foyer domestique. Nos pères, entraînés par le ressentiment d'une longue et irritante injustice, n'ont pas su se garder assez, sur ce point comme sur bien d'autres, de 1 exagération et de la violence ; et le Gode, empreint de leurs passions et de leurs préjugés, garde encore, longtemps après la lutte, le caractère d'un instrument de représailles, il est temps, nous le pensons, de répudier ces préoccupations surannées pour ne plus s'inspirer que du droit; et la science économique, enti^e autres, n'a qu'à gagner à proscrire enlin l'égalité obligatoire non moins que l'inégalité forcée, et à rallier définitivement les hésitations des esprits studieux SJr ce terrain, intermédiaire entre le privilège arbitraire et le nivellement aveugle,oii se rencontrent la justice et le profit, la pleine liberté du père de famille.
(1) V. à ce sujet, M. de TocqueviUe, l)e la démocratie en Amérique, cité par M. de Montalerabert; et M. Laboulaye, Histoire des colonies.
Mais laissons, jusqu'au jour où nous la traiterons directement, une question qui denianderait de trop longs développements ; et, après la divergence, cherchons, dans le livre qui nous occupe, les concordances d'opinion. Elles sont nombreuses et formelles. Déjà, à l'occasion d'un autre travail (1), nous avons été conduit à en indiquer d'importantes. Nous avons pu, sur des déclarations non équivoques, ranger M. de Montalembert parmi les plus fermes adeptes de la liberté commerciale ; nous avons invoqué, en faveur de la séparation du spirituel et du temporel, son témoignage aussi explicite qu'imposant; et nous avons rencontré, parmi les plus confiants défenseurs de la pu* blicité et du libre débat, cet énergique champion de l'ordre et cet ennemi éprouvé de Ta^archie. Sur quelque sujet que nous l'interrogions, nous trouverons toujours en lui, d'un bout à Tautre de son livre, le même respect de l'indépendance personnelle et la même foi dans l'initiative privée.
S'agit-il de charité et d'assistance, le système de la bienfaisance publique n'a pas d'adversaire plus décidé ; et ce n'est pas, comme d'autres, d'avoir imaginé le désastreux remède de la taxe des pauvres, mais d'avoir conservé, malgré cette taxe, la faculté et l'habitude de produire à leur gré, par l'association ou par l'action indi^
( ^r Hober t Peei, etc., notes.
viduelle, les manifestations spontanées de leur sympathie, qu'il félicite hautement les Anglais. De même pour ce qui touche aux sciences, aux arts, aux découvertes, aux idées de toute nature, u L'Anglais, dit-il, donne son argent, son temps, son nom à une œuvre de charité ou d'intérêt public : il met sa gloire à ce que Tœuvre qu'il adopte ainsi soit au niveau de tous les besoins et de tous les progrès ; mais pour y parvenir il ne songe pas à invoquer ou à accepter la mainmise des agents du pouvoir sur tout ce que ses pères et lui ont fondé. Il garde l'autorité aveo la responsabilité, le droit avec le devoir. Il tomberait en pâmoison devant notre système de charité légale, dirigée, surveillée, éduquée, et, en fin de compte, garrottée... Supported by voluntary subscription, telle est la fière et noble inscription qu'on lit, dans toute l'Angleterre, sur la façade de la plupart des hôpitaux, des hospices, des asiles divers de la misère humaine. On comprend bien que ces mots : entretenus par des souscriptions volontaires, impliquent ceux-ci : gouvernés par Vautorité des souscripteurs. C'est toujours le même principe : l'effort, le sacrifice personnel et permanent, puis le droit et le pouvoir naissant du sacrifice et de l'effort. »
S'agit-il d'éducation et d'enseignement, c'est de la compétition naturelle des tendances diverses, non de l'influence unique d'une direction supérieure, qu'il, attend la plus grande diffusion des lumières et le progrès le plus satisfaisant de la moralité ; et ce n'est pas, tant s'en faut, d'avoir, depuis quelques années, consacré officiellement à l'instruction populaire un certain nombre de millions, ainsi qu'on s'en prévalait naguère outre mesure dans un journal important (1), mais d'avoir su respecter les manifestations
(!) y. rarticle de H. Rendu sur le travail de M. Gh. Jourdain :
diverses et bien autrement considérables du zèle individuel de montrer et d'apprendre, qu'il sait bon gré au gouvernement anglais. Les écoles et les universités anglaises sont, à en juger par ses descriptions, de beaux et séduisants séjours, où la grandeur et le charme des souve» nirs, les merveilles de l'architecture, les agréments de la nature la plus riante se réunissent pour fasciner le visiteur étonné ; mais, en opposant aux fétides et tristes cellules de nos a casernes universitaires » ces asiles admirables de Theureuse jeunesse de l'Angleterre,- ce n'est pas seulement par les dehors que M. de Montalenibert les compare et par les yeux qu'il les juge. Ce qu'il vante par-dessus tout dans les écoles, c'est la liberté sans péril dont y jouissent les élèves, premier et fécond apprentissage du respect de soi-même et des autres. Ce qu'il admire dans les Universités, c'est « leur indépendance complète du pouvoir, » en dehors duquel elles s'administrent à leur gré, élisant leurs chefs et leurs membres a sans aucune intervention ou approbation officielle ; » ne recevant du gouvernement ni mandat ni salaire, et ne lui rendant aucun compte dé leur enseignement. Et c'est précisément à cette indépendance absolue de a l'action du pouvoir royal ou ministériel » qu'il croit devoir attribuer a l'esprit conservateur qui a toujours distingué les Universités anglaises. Elles sont en cela, » remarque-t-il, « comme en tout, l'image de la société anglaise et de son aristocratie, libre, fière, mais ordonnée, d'autant plus respectueuse envers l'autorité qu'elle en est plus indépendante, toujours ouverte au mérite, toujours prête aux progrès utiles, aux
Budget de l'instruction publique, etc., Journal dts Débats du 17 juin 1857.
réformes nécessaires, mais solidement assise sur la tradition et sur le droit individuel. » Cette prédilection pour ie droit individuel, — très-longuement et très-chaudement exprimée au sujet des grands foyers scientifiques d'Eton« de Cambridge ou d'Oxford, mais mêlée, en ce qui les concerne, d'un peu de cet enthousiasme mi-parti religieux et mi-parti artistique qu'inspire à M. de Montalembert tout ce qui porte la trace du moyen âge, -^ ne se dément en rien à Pégard des plus modestes établissements où se distribue l'instruction populaire; et ce que le savant académicien admire, ce qu41 recommande, ce qu'il envie parmi toutes les institutions destinées & l'instruction et à la moralisation des ouvriers anglais, ce sont exclusive ment les entreprises du zèle privé : -- le Collège de$ adultes, par exemple, fondé à Londres par sou9cription$; •—les bcoles de dessin des villes provinciales, créées «;?onianérnent par l'administration du Palais de Cristal avec le reliquat de cette ceuvre toute spontanée; — et, pardessus tout, V Ecole de la Compagnie de chandelles de Priée, née en 1848 de « l'acte spontané d'une demi^^douzaine de petits garçons qui se mirent à tenir une école mutuelle entre eux dans le coin d'un atelier. . , dirigée et développée par un Comité choisi par les enfants eux-mêmes, » et, aujourd'hui qu'elle a pris une extension considérable, et que cinq cents élèves participent à ses bienfaits, demeurée une oeuvre locale et privée, et devenue, entre les mains de M. James Wilson, qui la gouverne pour la Compagnie, « un modèle de tendre et intelligente sollicitude pour l'àme et lesprit des enfants de l'ouvrier. »
S'agit-il d'administration ou de police, de ces choses qui ailleurs semblent un domaine interdit à la main et à l'œil même du vulgaire ; c'est encore et toujours du développe-
— SIÔ — ment de Taction privée, de la constante intervention des intéressés dans la gestion de leurs intérêts, que M. de Montalembert loue de préférence l'Angleterre et les Anglais. « Les lords-lieutenants, dit-il, les shérifs et les juges de paix, les membres des grands jurys, les commissaires des routes, des édifices publics, c'est-à-dire tout ce qui représente chez nous Tadministration préfectorale, la police, le ministère public, la magistrature inférieure et les ponts et chaussées ; — tout cela ne vient pas du dehors avec un salaire pris sur le budget et une Commission du gouvernement d'aujourd'hui, qui n'est pas celui d'hier et qui ne sera peut-être pas celui de demain. Tout cela est pris parmi les propriétaires de la contrée, qui, tout en continuant à demeurer chez eux, administrent le pays librement, gratuitement et parfaitement. » De là non-seulement la dignité des administrateurs, mais le contentement et la facilité des administrés ; de là cet ordre et cette soumission à toutes les mesures d'intérêt commun qu'on vante en vain ailleurs pour les faire imiter. Il n'y a d'affaires bien faites, il n'y en a surtout de faites à la satisfaction de ceux qu'elles intéressent, que celles qui sont faites sous leurs yeux et sous leur contrôle. « Là gît.., le principe d'activité vigilante et légitime, d'intelligente et féconde liberté que les Anglais résument par le mot de Self-government, Grâce à lui, ils peuvent laisser aux pouvoirs publics, à la couronne et au Parlement, la plénitude de la souveraineté législative,... sans se croire obligés d'abdiquer le maniement de leurs propres intérêts, les manifestations de leurs propres convictions dans le cercle qui les entoure, mais aussi sans cesser d'ouvrir un œil jaloux et perspicace sur la marche générale du gouvernement. Là s'eitô... effectuée l'alliance merveilleuse qui
combine dans Tàme de tout Anglais un respect profond des droits de l'autorité légale avec le sentiment de la dignité et de la bberté individuelle poussé à sa plus bautc puissance, d
Il y a longtemps que les véritables amis de la véritable liberté, non les faux prophètes qui prêchent contre elle en son nom ; les ouvriers de l'indépendance de tous, non les instruments de la licence de quelques-uns ; ont mis en lumière cette connexité consolante, cette solidarité féconde et intime des biens moraux, en faisant observer que le respect est une monnaie dont on ne rend que ce qu'on en reçoit et qu'il n'y a de force efficacement contenue que celle qui trou^ve son frein en elle-même. Il y a longtemps que, sous l'influence de ces pensées, ils ont condamné cet abus des fonctions publiques, qui ôte aux hommes la droiture de l'esprit et souvent celle du cœur, en introduisant dans les affaires d'autres éléments que l'intérêt de ceux qu'elles concernent ; et qu'ils se sont accordés à signaler l'injustice et le danger de cette centralisation artificielle qui, en accroissant par l'éloignement les chances de retard et d'erreur, transforme incessamment en difficultés de politique générale les plus inoffensifs détails de la vie locale, et multiplie sans mesure, avec les embarras et les perplexités des gouvernements, les exigences et les mécontentements des gouvernés. Nous avons noiis-même, dernièrement encore, puisé dans le livre de M. de Tocqueville ( V Ancien Régime et la Bévolutim ), des réflexions importantes et d'intéressantes justifications sur ce sujet. M. de Montalembert insiste à
^ 321 — son tour, et avec une anxiété patriotique qu'il ne cherche pas à cacher. Pour lui, comme pour son éminent collègue, on voit qu'il y a là une question de vie ou de mort. La similitude des idées se traduit par la similitude des expressions. M. de Montalembert dit, en termes exprès, comme M. de Tocqueville, que « la Révolution » en France « a été préparée de longue main par le pou- • voir, » et que c'est en tirant tout à lui que le pouvoir a tout perdu. Il signale, lui aussi, dans la concentration anormale des affaires, « le plus grand péril de la société. Le désir général et immodéré des emplois publics n lui paraît également « la pire des maladies sociales, répandant dans tout le corps de la nation une humeur vénale et servile, qui n'exclut nullement, même chez les mieux pourvus, l'esprit de faction et d'anarchie. » Et u la bureaucratie, » produit inévitable et instrument nécessaire de toute concentration, « est partout, » à ses yeux, « Parmée permanente de la mauvaise démocratie. » Aussi faut-il voir en quels termes émus et troublés, croyant démêler de l'autre côté du dptroit quelques germes d'une imitation maladroite et dangereuse, il adjure tout ce qu'il y a d'Anglais « dévoués à la grandeur de leur pays tt de « se liguer pour repousser ce flot continental qui engloutirait u avec le temps « sa prospérité, sa liberté et sa gloire ; » avec quel accent, tout en les mettant en garde contre le danger qu'il croit voir poindre, il les loue d'avoir du moins pratiqué jusqu'à ce jour, sans défaillance, ce qu'il appelle <( la vertu caractéristique de la société anglaise..., l'effort personnel..., première condition du mérite et » du succès, « dans la vie temporelle comme dans la vie spirituelle. » Il faut du courage pour suivre cette voie, car elle a ses difficultés comme toute autre ; il
en faut surtout pour y revenir quand on l*a quittée, car de loin elle semble particulièrement ardue et tumultueuse. M. de Montalembert ne le méconnaît pas. Il convient que de cette a lutte, n de ce a travail,» de cette « activité indépendante et spontanée, » qui a sont partout, résulte au premier abord une certaine apparence de confusion et de désordre, » qui u frappe ceux qui arrivent des pays où tout est arrangé, casé, étiqueté. » Mais, ea revanche, quelle sécurité pour le « pouvoir, » préservé de cette extension indéfinie de « responsabilité (1) qui finit par Taccabler sons le poids des cupidités impatientes, des rancunes implacables et des dévouements impuissants!... Quelle surabondance d'énergie, d'activité, d'intelligence et de force productive, dans toutes les directions de la vie sociale, politique et industrielle !... Sous ces dehors compliqués, la vie circule partout, et Tordre retrouve ses droits ; chacun se met à sa place et fait son affaire... Là, nul n'imagine de demander au gouvernement de tout faire, de tout prévoir, de tout enseigner, de tout décider, à la charge de payer ce même pouvoir d'un profond oubli ou de la plus noire ingratitude, lorsque la fortune cesse de le favoriser. Là, nul gouvernement n'a encore imaginé de se
(0 «C'est à cette indépendance^ dit également Bnstiat «u snjet de l'Ang^leterre^ que le^ citoyens doivent leur expérience et leur valeur personnelle ; c'est à cette indépendance que le gouvernement doit son {rresponsai)iUté relative, et par suite sa stabilité. Eh quoi, 6^écrie*t4i, est-il donc si difficile de laisser les hommes essayer, tâtonner, choisir, ?e tromper, se rectifier, appre:dre, se concerter, gouverner leurs propriétés et leurs intérêts, agir pour eux-mêmes, à leurs périls et risques, sous leur propre responsabilité ; et ne vol'.on PAS que c'esX ce qui les fait hommes? Partira-t-on toujours de cette fatale hypothèse que tous Les gouvernants sont des tuteurs et tous les gouvernés des pupilles? Harmonies, deuxième édition # p. 398 61 391.
substituer à Taction collective ou individuelle des citoyens, de comprimer partout la force spontanée, la volonté responsable, de vouloir tout subordonner à son initiative^ à sa correction, à son autorisation, à sa surveillance, à son intervention, à son intérêt personnel. Bien loin de céder- à ces tendances à Tempiétement universel qui a fait la force apparente et la faiblesse réelle de tous les pouvoirs dont la France a successivement subi les lois, le gouvernement anglais ne se mêle qu'à son corps défen* dant de tout ce qui n*est pas du domaine de la politique proprement dite... L'Angleterre échappe ainsi au plus grand ennui et au plus grand danger de la société moderne, à runiformité sociale et à l'omnipotence des gouvernements. La variété des droits et la fécondité des volontés individuelles brisent dans l'œuf le germe fatal de cette uniformité... Tout ce qui triomphe, tout ce qui domine, rencontre à chaque pas des barrières. » Individus, associations, gouvernement, toutes les forces, parmi des frottements sans nombre et de perpétuelles rencon*très, vivent en bonne harmonie, parce que toutes se respectent mutuellement ; et elles se respectent parce qu'elles ne se redoutent pas. Ainsi se réalise une paix qui n'est pas la torpeur de la mort ; un ordre qui n'est pas la consigne de la servitude; une activité qui n'est pas le mouvement mécanique d'une galerie d'automates; une indépendance qui ne coûte rien à la force. collective; une autorité qui ne porte pas atteinte à la dignité individuelle ; et cette liberté ennemie de Tanarchie, que les Anglais ont si bien nommée la liberté du citoyen soumis aux lois^ a the liberty of the iubject. o
Nous ne pouvons pousser plus loin cette étude et multiplier des citations qui toutes abonderaient dans le môme sens. Mais il y a une page au moins qu'en quittant ce sujet nous nous reprocherions de ne pas reproduire, tant elle résume avec force et ce que M. de Montalembert proclame d'un bout à l'autre de son livre, et ce que nous disons nous-môme tous les jours dans ce journal. Voici cette page : o Quand on entre dans quelque grande usine, la première impression d'un ignorant ou d'un enfant est de se demander comment on y peut vivre, comment l'ordre se maintient au sein de cette population nombreuse, de ce mouvement perpétuel, de ce tapage étourdissant; comment l'esprit résiste et se retrouve entre ces roues qui tournent, ces pistons qui gémissent, ces scies qui grincent, entre l'aigre sifflet de la vapeur, l'infecte odeur de la graisse, les noirs tourbillons de la fumée. Et cependant tout marche, tout aboutit, tout réussit, et du fond de cette confusion apparente^ de ce bruit odieux, de cette fourmilière d'hommes, voici que l'on retire les chefsd'œuvre de la mécanique et de l'industrie, les armes et les instruments de précision qui vont assurer les victoires de nos soldats, ou les prodiges d'élégance et de finesse qui servent à la parure de nos filles. »
« Telle est, » ajoute l'auteur, « telle est, partout et toujours, la condition de la vie, de la vraie vie, de la vie virile, la seule dont il vaille la peine de vivre I Ce qui fait la force des individus fait aussi la force des nations; l'habitude du danger, la perpétuité de l'effort, la liberté du mouvement. Qui a jamais rêvé la vie avec un garde-vue sur les yeux, avec du coton dans les oreilles, avec la main d'un maître pour béquille? Quand vous me montrez un homme dans cet accoutrement, je plains et je respecte
les infirmités inséparables de la vieillesse ; mais je n'y reconnais pas les conditions de la vie. Et quand c*est un peuple entier que vous me représentez ainsi, comme l'idéal de votre doctrine sociale, je fuis loin de vous, au moins par le cœur et Tesprit, et mon âme prend son vol vers ces heureuses et trop rares régions où les nations ont mérité de sortir des langes de l'enfance et rie sont pas encore couchées sur le grabat de la décrépitude. »
Quel économiste, même parmi les plus grands, a jamais mieux exprimé la féconde énergie de l'activité libre, la stérile impuissance de la langueur réglementaire; et qu'importe, en présence d'un tel accord, que, dans la bouche de M. de Montalembert, ces paroles n'aient pas exactement le sens restreint dans lequel nous permet de les prononcer à notre tour la spécialité de ce recueil ? La grandeur et le succès, dans toutes les voies, sont au même prix ; car l'homme est. un : et la richesse privée, aussi bien que la dignité sociale, est un but qu'on n'atteint pas sans peine et une béatitude qui souffre violence.
Un dernier mot, avant de poser la plume. Nous avons souvent, et à dessein, donné la parole à M. de Montalembert. Nous avons cependant laissé de côté bien des points de son livre ; plusieurs sur lesquels, dans une discussion complète, nous aurions eu des observations à présenter, et quelques-uns peut-être qui, dans la pensée de l'auteur,
yopt )e$ p}jis ûpportools. En jeUQt pn cpup 4\qeil sur |a ti^ble* on voit un chapitre sur les devx démocraties ^ un ^r k dér^aeratie en Angleterre, m sur ce qu'il reste d'àrUtocfatie ^ Angleterre, un ^ur le Parlement, un sur fe çaiholici$me9 no sur l'anglicanisme^ up sur l'Angleterre çt ffffpagne, et«. 0.e tout cela , malgré rintérêt des détails ^t l'originalité qqekj[gefois étraqge des aperçus, nous n'avons rien dit oq U^ p^ï^ 4^ phose, }1 s'en faut donc que l)0U3 ayons donn<§ de rpqvrage pne idée complète, et peut-êtrç une idé.ç exacte. A vrai djre, nous n'y avons pas prétendu. ^^o|Lre ))ut, en parlant de cet ouvrage, était plus spécj^}. Nous devions, à icause de l'objet principal de ce jouFual, nou^ restreindre autant que possible dans up p^rcle dldées que ne ^'est pas tracé l'auteur ; nous avions ^uss^, et^ans sortir 4e ce cercle^ une pensée de défense personnelle, que aous ne craignons pas d'avouer. Les écoaonaistes sont représentés^ tous les jours, par des ady|^sair<e^ trop habiles dai^s l'art de manipuler la crédulité publique» £onune un^ ^ecte solitaire et nouvelle, sans racines dans les grandes traditions de l'humanité, sans liens avec les représentants contemporains de ces traditions, méconnue ou reniée sans pitié par tous les hommes auxquels le talent ou le caractère ont mérité de nos jours quelque renom ou quelque influence,littérateurs, politiques, historiens, moralistes ou philosophes. Nous avons montré déjà, par plus d'un exemple, que rien n'est plus faux ; gue tout ce qu'il y ^ dç grand et de respectacle aboutit, p^r 4e,§ voiej^ diverses, au même point ; et que les esprits Jes pjus élevés, les plus nobles coeurs, tous ceux qpe trayatfle le .^ouci du bien-être et dp la dignité huniai^e, et qui ne }e3 f^h^ricbent pas dan? l^s espaces imaginaires de la C^}j9iisji/^ ou dans l^s foUe^ i^ntri^rise3 de la violence.
noBiffleiii m nop, iii foi écm^mm^f H: de M^lpmîmP nousa pam m m^fi ^ é^t^H témm k pfQ^m (}#i)f
avGos voulu BMHiftr^F, 4ên# ri$^ii)fii)t i^nvaip, ^i}§ TQfia^ leur a<}«iré, daA« te ^MiqjiW k}^fm iW^eflt S^ J^M" rant , dans le détoffm^ ifèffmfil^h 4>o§ M§ /^ r^y/^r^p înlatigabii^ ^e toutes {e^ i^ju^tiq^, )a fiéjuqipfi /^l^ l'i^flufii)i2e Hiai^ifeste dd la plaparjt 4^ idé^i àes sej^qmt^, des c|-oyao/ces qui uiussi^ iiâ^ éc^Q^isfes. ISou^ Qp craiëpoas pas qi^'il iéf:im ca Qpuyie^u ||)fe 4'i^i9^pi;^^ et imi& ^râ>yQ03 ay^r faî^ pm ()^ (#tn£âs 4^ ^f^^ 1^ c^9i qm se^ai^r][t UmU^ Â^tolm Gimlê^v. l^%omoe ,^ déclare que m W gl^^f^^ fm^m i%W^^? i^ Pff*riié, ^ travail, ite jjllstiG^ «<> ^^biop^ ^t %u dedws, $(^ posées par ja mmi ia Hm^ ; qu-i^Ues a|jl^ndei^t dje l^^Uel? ligenca ajt 4u dé^ou^i^ne^ d^s iG^ia^ss^s fi^fp^i^uries ce$ §9? hitims qai pfîiojcei»p^t déjà l^9P }e$f fispri|§ J^^IW^? perspicaces, gé»érej^«{» ^celioiq^ M^?!^m ^ W" mes, et comme « ii^qo^Iusjoq p d'uq ifl^^ ^WRftêP^? P^ saurait 4tee l'eoaew d« joeu^: (jp 0»^ («jt ^^e iCj§|S qi]\eî^<^ Biêmes leqr pcog^ai»!^ fori^. 1^ I^ji^^'iJ^ l4^§f>ï peut être encore pour lui le Dieu inconnu^ mais il f ^ autel dans son cœur, et le vrai nom seul manque au culte qu'il y reçoit.
Peut-^tre aurons-nous en même temps atteint un autre résultat, et contrib.gié, ,QOyi?fS M. de Montalembert aussi bien qu'envers la science économique, à une œuvre d'équité. Beaucoup de personnes, et nous avouons avoir panagé cette opinion, ont, sur de vaguer ouï-dire ou sur des aperçus trop incomplets, pris le livre sur l'Angleterre pour un écrit tout de circonstance, une boutade brillante
^ â28 mais éphémère. Le sujet, il faut le reconnaître, prétait à cette impression; la manière de l'auteur peut-être aussi. Tout éloge d'un régime en défaveur a volontiers un air do satire ; et l'observation calme, la réflexion impartiale, ne sont pas ce que l'on cherche le plus naturellement chez l'impétueux combattant dont le repos môme respire la lutte, chez l'orateur né dont la pensée, écrite ou parlée, est toujours empreinte, à un si haut degré, de ce feu qu'on n'a pas en vain nommé V action. On a pu voir, par ce que nous en avons reproduit, que ce livre n'est pas un pamphlet, et que, si la forme en est vive, le fond de I'obu vre est sérieux. Après tout fout-il, de peur de quelques entrsdnements, proscrire toute vivacité, et blâmer sans réserve ceux que l'âge ne corrige qu'à demi du défaut, d'être jeunes? La vérité, pour être colorée par l'imagination et animée par le sentiment, n'en est pas moins la vérité; et, si l'exposition didactique de la science reconnue ne demande que de la clarté , le service de la science militante demande de l'élan. C'est une qualité qui, comme beaucoup d'autres , confine à un défaut : mais il y a tant d'oreilles fermées en ce monde qu'on peut bien parfois être excusable de forcer un peu sa voix.