CAUSES MORALES
ET RBMfeDEft MORAUX
DES CRISES ALlMENïAmES.
Il 'É 1 1 j ^U tu
m L'ASSISTANCE iHTELLBCmJELLB*
(iXtRAIT DE LA REVUE COKTEHPORAINK , N» DU 15 Fitiftfl f6s6.}
Un médecin célèbre a fait, au débuè de ce siècle< un )iire encore fameux sur le Rapport du physique et du moral de fhùmmê. U réaction mutuelle des deux éléments de la nature humaine^ signalée, sinon définie, dans ce livre, ne s'exerce pas seulement dans Tordre de faits dont s'est oo* cupé Cabanis. Les sociétés, comme les individus qui les composent, ont leur phpuique et leur moralf litiis entre eux par un intime rapport. Et, potir elles, (Jomtïie pour lé^ individus^ nulle modification ne s'opèroi dans l'un des termes de ce rapport qui constitue la vie, satis avoir sa cause ou son contre-coup dans Tautre.
Un livre qui donnerait la véritable loi de ce rapport serait à la fois d'un extrême intérêt et d'une utilité considérable. Il mettrait à nu la vraie racine de bien des maux et dissiperait bien des préjugés. Il serait, surtout, d'un
grand secours pour la saine appréciation des intérêts et des études économiques ; car il montrerait, contrairement à des idées trop répandues, le spiritualisme nécessaire de toute amélioration matérielle. Il ferait reconnaître, dans la destinée des peuples, dans Tordre politique, dans les conditions du travail, dans la production et la répartition de la richesse, dans Tétat physique des sociétés, en un mot, la manifestation et la conséquence de leur état moral. Il rendrait sensible à tous les esprits cette vérité sublime, simple, incontestable et pourtant si méconnue, que tout ce qui se produit au dehors de Fhomme a sa source au dedans de rhomme, et.que la force des faits, qui parait parfois étouffer la liberté humaine, n'est qu'une émanation de la force de l'esprit qui constitue la liberté humaine.
Mais ce livre ne serait rien moins qu'un traité complet d'histoire, de philosophie et d'économie politique. Qui oserait prétendre à remplir un si vaste programme ? Peut-être du moins peut-on, en se bornant à des points déjà éclaircis, en esquisser quelques traits (1). Telle est, avec le désir de contribuer au soulagement des maux actuels, la mo« deste portée et l'humble ambition du travail qu'on va lire.
(1) On lira avec intérêt, comme un remarquable exemple de oe genre d'étades, dans Tordre d'idées même qui fait l'objet de ce travail^ la seconde leçon du Cours d'économie rurale de M. de Lavergne, sur le principal agent de la production, dont la conclusion est : le capital fait plus que le travail, et l'intelligence plus que le capital. Cette leçon a été reproduite dans le n* du 15 janvier 1S&6, du Journal des Economistes.
La France sabit en ce moment (1) une grande épreuve, Les subsistances les plus nécessaires ou les plus usuelles, les céréales en particulier, et en première ligne la plus précieuse de toutes, le blé, ont été, par trois fois en trois ans, refusées par la Providence aux vœux de la nation et aux efforts des agriculteurs. Les grains sont chers; et la cherté das grains, on ne le sait que trop, c'est la souffrance pour beaucoup, la gêne pour la plupart, l'inquiétude et Taffliction pour tous.
Ces tristes effets de la rareté des substances alimentaires ne sont pas, il est vrai, sans une atténuation sérieuse. Le travail, trop souvent atteint par les crises monétaires qui accompagnent habituellement les perturbations économiques, n'a pas fléchi jusqu'à présenL Les salaires, loin de décroître comme en 1847, ont plutôt continué de s'accroître par suite de l'extension générale de la production industrielle. Et, si la charge est pour tous devenue plus lourde, la force de résistance, dont le salaire est la vraie mesure, est pour un grand nombre demeurée entière, pour quelques-uns sensiblement accrue. Ce phénomène, nouveau et bien remarquable ; cet autre fait, non moins digne d'attention, qu'il a fallu trois récoltes successivement insuffisantes pour amener des prix qu'un seul déficit avait précédemment toujours atteints et dépassés ; la tran -
(I) (Commencement de mô6.
— J34 — quillité du présent, la sécurité de Tavenir, restées complètes parmi des difficultés si sérieuses ; la patrie, enfin, malgré cette triple blessure, suffisant glorieusement aux plus lointains et aux plus énergiques efforts ; — ce sont là, on ne saurait le méconnaître, des motifs considérables de résignation et d*espoir. C'est la preuve la plus irrécusable d*unë tltalHé puissdtiie'* e'est un téttio{gnag6[sans répllG|ue m fàrétir du régime de libené et d'éjfalilé etoissantes sëu9 lequéli depuis trois quarts de siècle, se développe en France raëtivité individuelle^ pi*incipe de toute force et de toute riéhesse. Bn affanchissadi le travail ^ eil rendant à bhaeun eette pti>priêté di 9&Umétné, qui e&t Tori^ne et la juâtiflcatidn de tmiisptopriéii^ nos pères ont dotiné au dévelot^emétat dti bien^tre de lotis une impulndn irrésistible et illimitée, celle de Tintérêfede chacuni Notl§ recueillons ati|out*d'hui leurs bienfaits; et les calatîlités mémeSf qui viennent parfois en interrompre pour quelque tettips racereissémént; doivent^ si nous sommes clairvoyants et sa^Si nous rendhë ces bienfaits plus eensibles et plus cbers: Ge qui aurait été mortel autrefois n'est plus désortnais qu'une atteinte pâ^gère. Nous n'avons plus le droit de douter^ après tant d'expériëncesi ni de nos institutions ni de nous-mêmes.
Cependant j ^ forte que soit notre société^ si Rapide qu'ait étéi depuis soixahte ans et depuis les dernières crises alimentaires en particulier, l'augmentation de la richesse pi>blique etprirée, Je mal actuel est réel et grave. Il est grave par son étendue ; il l'est par le Contraste avec les habitudes de consommation plus lai^ et plus raffinée qu'avaient en couragées plusieurs atitlées d'un bas prix exceptionnel ; il l'est surtout par sa durée. Les épargnes , qui atténuent le poids d'une dépense momentanément aggravée ; le crédit,
qui siffyplée plus ou moins m\ épargnesi ne sont plos intactâ t les petite^ boutées, les moyennes ellès4néfflesi onti pour Ift plupart, beaDcoop perdu de la résistanGe qu'elles présentent contre Un premier ohoc i et^ plus le présent est détenu rude^ plUd il e? t difficile de i'aider du passé ou de ravenir. De là l'impuissance fréquente de la bonne volonté la plus sinéère. De là de grandes douleurs et d'in* contestables privations. De là UUe place trop considérable pour TelLercice de la charitév qui souffre des maux mêmes qu'elle soulage ; et la nécessité^ pour tous ceux à qui le sacriflce est encore possible, d'accomplir suivant leurs forces cette œuvre de mutuelle assistance qui est en quelque façon la consommation publique de la réserve commune : remède extrême comme la destruction de toute épargne, retoède pourtant qui au prix d'un mal très-réel en prévient un plus grand»
Rendons juskioe à notre tempsi Cette nécessite a été iioblement acceptée» La France s'est montrée grande par l'union éomn^e par la force^ par le cœur comme par ieà bras» Siras l'empire de ceà sentiments de sympathie réci* proque dodt le christianisme a imbu le monde moderïie i sous l'influence de ces idées de solidarité universelle que la violence et la fourbe des faux apôtres ne discréditeront jamais; sous l'impression de cette fraternité spontanée qui est seule réelle, mais qui est puissante comme tout ce qui est libre) une bonne volonté salutaire s'est manifestée de toutes parts» Partout le secours a cherché le besoin» La main qui porte l'aliment s'est tendue vers la bouche qui l'appelle. De grands sacrifices sont consommés^ De nombreuses mesures sont prises* Des procédés ingénieux ou délicats sont imaginés. Tout est mis en œuvre^ e.n un mot, pour effectuer, avec le moins de souffrances possible^
avec le moins d'atteintes possible aussi à la di^ité et à l'énergie individuelles, le passage du temps critique qui nous reste à franchir encore. Une grande assistance matérielle est assurée à ceux à qui malheureusement elle peut être nécessaire : une grande démonstration morale surtout est accomplie.
• Il n*y a donc, du point de vue du soulagement direct, rien à faire que ce qui se fait ou se prépare ; rien à recommander qui ne soit connu et pratiqué. Il n'y a qu'à encourager, en rendant hommage à son mérite et à son efficacité, la disposition commune à s'entr'aider. Des efforts collectifs ou individuels pour maintenir, au risque de pertes relatives, la demande du travail sur tous les points ; des facilités exceptionnelles offertes aux bonnes intentions des administrations de tous les degrés ; l'abondance future habilement escomptée pour atténuer la détresse actuelle ; les œuvres privées, surtout, ^ules infinies dans leurs formes et dans kur nombre comme les aspects divers de la misère et de la gêne ; et l'exercice libre et fécond de cette charité personnelle, la seule qui procède d'elle-même et de laquelle toute autre procède, sans laquelle rien n'est possible et à laqvelle tout est possible : — tant de moyens suffiront, sans aucun doute, conune ils ont suffi à des épo • ques où les ressources étaient moins grandes et le mal plus intense, pour préserver la société de toute perturbation sérieuse. La force et la patience continueront à descendre, non sans succès, sur les parties de la population qui ne les trouvent pas encore assez en elles-mêmes.
Est-ce là tout ce qu'il y a à faire pourtant? Et le soulagement direct est-il le seul soulagement à apporter aux malheurs publics et parliculiers? Assiirëment non. Faisons larges autant qu'on le voudra les efforts physiques et mo-
— SS7 — raux de l'assistance directe. Supposons les sacrifices abondants jusqu'à Timprudeuce, jusqu'à compromettre, dans une proportion importante, non plus la réserue, mais le capital même de la nation, ce capital sur lequel repose tout le mouvement de la production et de la vie communes^ qui n'est pas seulement utile aux mains qui le dirigent, mais nécessaire aux mains qu'il anime, produit du travail • passé et condition du travail futur, possession fugitive de quelques-uns, mais serviteur incorruptible de tous, signe éphémère d'inégalités changeantes, mais instrument éternel d'égalisation progressive. Supposons les entraînements de la sympathie et de la commisération poussés jusqu'au dévouement le plus extrême, jusqu'à généraliser, dans les âmes de tous ceux qui peuvent donner, cette rivalité d'abnégation, cet oubli de soi-même et de ses intérêts les plus respectables, dont on a vu quelquefois l'exemple. Supposons tout cela, et la charité péchant par excès. Ce serait trop^ et ce ne serait point assez. A côté de l'œuvre de la main et de celle du coeur, il en resterait une autre à accomplir, celle de rintelllgence. On peul croire que c'est la moins généreuse : ce n'est pas la moins diflBcile cependant ; et peut-être esVce la plus utile, la plus indispensable même. Il faut qu'elle accompagne les autres pour les féconder cette fois, pour les rendre moins pénibles une autre fois.
Est-il besoin de le faire remarquer, en effet, tout mal est ou le résultat ou l'occasion d'une erreur ; et il y a longtemps qu'on l'a dit : a Tout vice provient (Tânerie. » L'homme malade, si bon et si sage qu'il soit d'ailleurs, est porté à aggraver son état par mille impatiences, par mil! r essais dangereux ; souvent à repousser et le remède véritable d'où dépend son salut et l'affection clairvoyante qui
§'8ffoîeé de lé M fillré ôccepler* tJn peuplé qol sotffrré êil eipôSédë thètne à chercher à se» soUlTraîKJëd et des catf* 9é§ itnâgit1aire§ et des) {iàlliàtl» faneâtSâ. Il {^ëilt, dftns (iâ tfàliSpOrt iuseiiâé, inaudife, frâtipër pftffoîâ (Dôii pat* iii» gratitude, mais par àyétiglëfiient), la mê\û même qili \ë soutient et le soulagé. La Idi qiil le protégé edfitre fleségft^ rétiiébtë perd la tneilleure partie dé mn utilité s'il n'en ëdt Idi-méine l'auxiliaire coiiVâltieil. Et, si Isl ediifidissànce de séS Vrais intérêts^ §1 le seutitiietit de see trais devoirs M stiutiétitiem dftfis mh esprit et dâti^ soh eceuf m sageiusè et M pdtièneë, coridltions de Tordre qui est itt vie, il aug- TiieAtérft ses mà\i% eomme à (Plaisir ; il retidra Intolérables pëut-éti*e, eii ë'èlîbrçâiit dé les éitii^pef viotefflinént, le« ptàiéë ^'il lié tenait (}ti'â lUi d*&dôu(;ir.
L^histôfre est pleitte de eeâ triépifîses ddUloureiiseSi El, quand bil étudie le^ tnllhetirs. dé rtilitllâtiité, depuis lé§ plus èirëoUâcMI^ et lés t^lus légers Ju§qti'dUM CÂldiUités lë& plus étendues et lé§ pVtiê horribles^ on trouve^ utilfortûé-^ nlëhti à rorigine de toUte peine, une faute proportionnée à Itt gr&tideur de cette peine (1). La socsiété est soumiN
(I) On âemandefft peat-étre queUe dst la faute ùëtii aile âiseUe est la peine, et s'il est au pouvoir de Ihomme d'empêcher l'effet des infliiencés atmosphérîquëé. Koiis ti'àl orderons pas ici lé doiîlaiiie de rd^plbtllttirë tt-Glt)seendatit6j qui nbùs tnOntreralK peut^êti^ qu*dli plus judicieux emploi des capitaux, pour lequel il ne fallait que plus d'instruction et de sécurité, c'est-à-dire une meilleure organisation é ohom{(tbe, ëût beaucobp atténué {^inoh prétenU enilèretneiit le d;!fleii dont on se plaint; noué n'entrerons pas davantage dans les constdérations moitiés qui permettent souvent de montrer la trace (lu doigt de Dieu dans nos malheiirs les plus accidentels en apparence ! tiônâ nous ôh tiendroiis à ce que tout le mohde voit et peut cottiprendre, et nous dirons qtie. rnéme dans ces ternies» il est aisé de signaler une faute à l'origine de nos disettes, ou du moins deS maux qu'elles entraînent. Hieri n'est plus ât«identel que la chiite de la foudhi sur an édifice. Celui qui est ruiné par ribcèndie de sa
8 déS lois iOfSHlibles comme la nature. L'intelligetlcé Qlli à irktê là rttiilë dëâ étollelâ et dâsigbé flUt ftimééUIë» sdfiâ nôitlbfë fié 1â iiifidëfe m tmmmB intàfiâbldS de IMfB actions Irivdlohtâli^es; a bfdoniïë de ttêlflé 1» ëiiliStë dë§ évdltitibiis HUniëiiié^ et soiittiS à raraiiee, à m fëgiM
maison ést»il ptint satis être en fatttef cependant? n'àyait-il ptte le paratonnerre qui pouvait empêcher l'incendie? n'avait-il pas surtout l^àssurance qui ponvàit en dimîniiéi' pôiir liii léà c6tlséc|uence^ Aëifétisëât /l H'a pài eu ¥ecour8 à te* lA&ifens : laht pis ptiiir Inii 7": Sri matière de §rùins, le paratonnerre et^ Vasturanee, i^est la liberté entière et eonlinUe du commerce. Quand une nation peut expottef ées grains llbreriieilt, elle eftprddtlit fjôtir lès autres aprêi en atdir produit polir eue, etj si tine de ses récoltés est moins bonnè^ elle fl({ sur son sol méme^ un excédant assuré pour sa consomma'tion dans ce qu* elle livre ordinairement à la consommation éiràngère. Voilà le pardtbnneffë. Et 11 ii'ést pâS be^iri dé lois ni dl'étitrâ- Tes à la sortie pour le faire fônotionner ) car Us nJùiionaùx ofii toujours sur les étrangers Vavantage naturel de la différence dés frais dé transport et autres inhérents à t'iihpbfiàiioh. Que si, put ^ktraBirâîhdirë, \ë f)afâtôijftërhe m inâtimsàht, é'ësl-ft^lfë ii le déficit est plus fort que Teieédant livré ordinairement k l'étran* ger ; s'il faut, non-seulemerit cesser d'exporter, mais importer, le commerce qui faisait l'ùfl fàjt l'atith^. H eêl tbut préï; ses feipllatii, ton matériel j ses cmmftissàtices sbnt â la disposition de la demandé» çt y répondent en mettant à contribution pour elle ie monde entier. Voilà rassurance. — Ainsi la liberté complète d'exportation et d'iinpo^tàUdn en loiit l^mpi assufë tè plus de gréins passible, eu meilleur prix pbssible, ddhi toutes les cireonstaHees possibles. C'est la vapeur qui, selon la volonté du mécanicien, pousse également bien là Itxîoniotivéeri àVâiit od en ditHère, itietidht à profit, pôû¥ Hne direttibh comihe pôûrVautrèi là fbrtë aequisë. Mais si^Hti cdtitraire, un peuple ne peut pas, ou ne peut que diflicilement, travailler pour le marché étranger, il restreint sa production à ce qui Pst strithmènt nécessaire pour h indrché haiional ; car niillë îfldbstrie ne travaille à perte d'une manière suivie; 11 en résuite que le pays a moins de blé en tout temps, qu'il le paie pins cher, qu'à la moind^e intempérie il ilë se suffit j)as, et fliie, pout* profiter àb besoin dé rabohdaneè des auttcà^ il est obligé de prendre des mesures précipitées^ coûteuses et insuffisantes. Il se plaindra pourtant; màisqd*y faire?— il n*a voulu ni du paraionnetrè ni de Vàssiifancb : iUM pis fîdilr lUi.
certaines, les actions libres des ê(res passants. Dans la mécanique morale comme dans la mécanique physique» un rapport étemel et immuable unit les effets aux causes ; et, dans Tune comme dans Tautre, si Thomme, dans certaines limites, est le maître du mouvement, il n'est pas le maître des conséquences du mouvement. Il faut donc qu'il connaisse ces conséquences avant d'agir, pour conformer effectivement ses actes à ses désirs ; et vouloir^ pour lui, n'est rien sans savoir. Mais, dans la mécanique morale, comme dans la mécanique physique, la science ne s'improvise pas. Elle s'obtient peu à peu par l'observation et par la réflexion. C'est en se trompant que l'on s'instruit. Et rexpérience est le prix de l'épreuve. Du moins, si l'expérience suppose l'erreur et la peine dans le passé, faut-il qu'elle les prévienne dans l'avenir.
Se souvenir, pour n'être point repris à l'improviste ; comprendre pour ne point rapprendre ; et garder l'image du mal dans sa pensée pour n'en point retrouver la présence dans les faits : — c'est là tout l'art de la vie, pour les nations comme pour les individus. C'est ce sentiment qui inspire les pères quand ils racontent à leurs enfants leurs fautes pour les l^ur épargner. C'est lui qui dirige les historiens et les philosophes quand ils cherchent dans les événements accomplis le précepte pour les événements à accomplir. C'est lui qui doit enseigner, à ceux qui ignorent la déférence pour ceux qui savent, et à ceux qui savent la sollicitude pour ceux qui ignorent. C'est ce môme sentiment qui doit, en ce moment, nous animer tous : car, s'il est une matière où l'ignorance et la passion pr(^parent aux hommes de plus nombreux et de plus tristes châtiments, où la sagesse et Tinstruction leur assurent de plus grandes et de plus durables récompenses, c'est précisément cette
— 3W — matière capitale des subsistances, dont les décrets de la Providence font aujourd'hui le sujet des préoccupations universelles, pour notre punition sans doute, pour notre amélioration sans doute aussi. Voyons donc, et tâchons de faire voir quelle est, sur ce sujet redoutable, la leçon de Texpérience. Certes, si Texpérience est une autorité décisive, c'est bien en cette question : càv c'est Texpérience de tous les pays et de tous les siècles. On ne peut demander un arrêt plus imposant.. Il ne saurait non plus y en avoir un plus clair.
Le sauvage qui veut un fruit fait tomber Tarbre qui le porte. L'homme civilisé soigne l'arbre, et souvent le plante. Le premier cherche au hasard une pâture incertaine ; le second a sous la main une nourriture régulière. Entre ces deux états, entre ces deux faits, il y a un abîme. Qui a comblé cet abîme ? C'est ia justice et la liberté. C'est la sécurité du travail pendant qu'il s'exécute ; c'est le respect de l'œuvre du travail quand elle est accomplie ; c'est la PfiOPBiÉTÉ établie et reconnue. L'un tue la poule aux œufs d'or parce qu'il ne sait pas si elle serait à lui dans une heure ; l'autre la nourrit et en perpétue l'espèce, parce qu'il se flatte d'en recueillir les œufs jusqu'au dernier.
Voilà, en deux mots, la leçon de l'expérience ; la leçon des leçons. Voilà l'histoire de toute production ; voilà, spécialement, l'histoire de la production des aliments, la plus nécessaire et la plus importante de toutes, mais si compli-
qtiéê et Êi tdiiléràblei. Ati âéhûU VhôthtAé IftéfiéOA et ht» tâf hltage 1* terré, et h terfe libellé se réfdse h le flotïf ^ rir. Ouelqiles épis d'trn grain iînparfait {!), enlevés bfin I Britt aôx herbes des plaines ; qtiëlqaes fruits Sânvâges pé* rilblèmetit tii^Éië ; quelques racines teintent du ^ng deâf iflâins qui les arrachent : Toilà ce que peut ftmf nir la dê^ vasiation éfi cùtnfnun. Puiî* robsefvatioil se falit, la t6* fléfxlôri ritrter{)rète, Teffort ihdîVidUel âè fiXd pour râppli-* quér î effort Walâdrdt et impuîssaht, eKfort, pmirtant, qui, par sa régularité seule, est un progrès Immetase, cai* ce que la cueillette la plus libre et la plus favorisée ne trouvait que par occasion, la culture la plus ingrate et la plus restreinte le fournit avec quelque sûreté. Mais, si la peine est mieux employée, elle n'est guère mieux respectée d'abord. Les hommes sont impatients et barbares ; ils sont dépourvus ; ils sont ignorants ; rexpérience ne leur a pas appris à se défier du premier jugement et à contenir le prertîief ètitràînement. Comment le fait qui commence S se produite lîe leur serait-il pas, dans sa nouveauté, une dëcasion d'erreur et de faute? A la vue ct^une moisson arliflëiëltë, ceux qui ne savent encore que recueillir sans serfier, sentent naître en eux l^envîe avec Tétonnement. Lô rél^ûltât actuel, le produit, les frappe, parce qu'il est sous lèUi^é tèux. L'origine cle ce pfoduit, Ceffort d'autrui^ \\é ti^eU tienUerit pas compte, parce qu'il est passé ; et, au lieu d'ithitëf, leur moU veinent le plus naturel est de prendre.
p} I/homme a tout produit en l'appropriant, (je blé est un résultat de la cuKure. La fertilité du sol est un capital acquis par le trftYail» i'étUftrgrM et hnielligëncie^et la tefrè et Vnit eôt-iHéniéë sont le plus souvent des créatiobs Téritables. Voir Sûr ce sv^et la leçoii de M. de Lavergne, citée plus haut, et son livre de l'Economie mtàU Bh jtri^Uftêrte,
Là fàtiii §e pt^^ii» mff hlitoetit, et lè imjâh cfitt I CrMi qui Séfitl peue Cféêrr, détient l'objet rt te pfcte dé M tidlencé, qui he peirt ^tlel rôVlf» 6û détruire. De là dêâ attft* * quéd et deà insistances sanglantes, deS dotiléufâ et déi rtlines innombrable!^, les bhdmps Ifilssiés eti frtchel mi 11^ vrës àui ttatt)tne§, lé fër iiofUrriciër thmg^ éfi itiStfMièifl de cafnâge, èi lëé bras lés firlus forts s'ài'ràchatlt li teffê au Hed de là fêëotldèt; Cette péridde de râpîAeS et êè troubles dure lôn^éttips; Là spoliation et \à destruttloil se rehotivellent et §é pf oiongflnl 9më Kmtm tes tortiM» él à touë les degréâ, tdtitât pM rftreâ et p\\ià ûlodéré6S« tsn^ tât pltii^ fréquentes et plus «etlveâ< opérée par dèS iidalti^ tûdes sous les îiottis de ^ierrêfs m de toHqddteSi M ptt dès llidividds ÉbûÈ tes noms de piraterie et de brigandage i toujours, (jnelles qVëh Soient la forme et le nom, fkneiteê à ioUi èfl pf*npof*Hon de la gfossièfêté deê préjugée et té téfiérgfe déêpiùÉiOHs. Mais peu à peti la lumière et la pal* se fdijt Jour. L^ lâsSittide amène le répits et lè répit permet un retour sur les faits. Oh cbtnptë ce qu'a cdiJlté Ift èoti- (juête iîiulilëd'titi territoire «ppëùTrt; Ttisurpatiofl équlTOque d*uh champ ravagé, oti là possession dangereuse d'uhê gerbe volée : on coropàféi à ceS frdlCâ fllttSdires d'efforti désordonnés et combattus, ce que donne le moindre effort tranquillement poursuivi; et Ton soupçonne qu'il y a mieux à faire que de se dépouiller mutuellement. Et, après avoir souffert la faim bien deS fois sur le sol dégarni et abandonné, on reconnaît un jour qu'il est moins onéreux et moins pénible de produire que de prendre ; que le travail pdur §ai, le travail bhèie les autres, sont deux sources de bdtihëUr et de ricHésâé (|ui s'adcroissëtii tôuteà délit è« d^dlimeiîtaht mutUëllëffleUt $ tiU'il f a double profit à eultiVër en pàit ion thmp et à làlsséf
son voisin cultiver en paix le sien ; et que la sécurité universelle, en amenant peu à peu la prospérité univer- 'Selle, doit, avec le temps, assurer à tous, même aux plus faibles, ce pain quotidien que le pillage ne procure que rarement, même aux plus forts. A mesure que les hommes se convainquent de ces vérités^ à mesure que leur conduite se conforme à cette conviction, un bien-être qui s'augmente de plus en plus vient récompenser leur instruction et leur sagesse. La culture s'assied, se régularise et s'étend. Le capital, maître de lui-même et confiant dans le travail qui le sollicite, se livre à la terre, qui doit le reproduire et le multiplier, La science, excitée par l'espoir d'une rémunération légitime, arme et dirige les mains du laboureur. Le commerce et l'industrie, enfantés et nourris par l'agriculture, lui apportent en retour leurs produits et leurs services. Et les hommes, les peuplades, les nations, les continents éloignés eux-mêmes se réunissent peu à peu en une seule famille, qui trouve à tout moment, dans un concours fécond, dans une aide réciproque, dans un emploi convenable et dans une. habile répartition de toutes les forces et de toutes les ressources, et le nécessaire du jour et l'amélioration pour lé lendemain.
Voilà le point de départ, et voilà le point d'arrivée. Qui pourrait contester la réalité de l'un ou de l'autre ? Dirat-on que cette ère de misère et d'ignorance n'a jamais existé? Dira- t-on davantage que cette ère déraison et de
bonheur n*est qu'un rêve? Lune est encore l'état des trois quarts du globe. L'autre est commencée pour les favoris de la Providence. Oui, quelques nations, plus avancées dans la réalisation du bien-être physique parce qu'elles sont plus avancées dans l'observation de la loi «orale ; récompensées, par l'énergie et la fécondité du travail, du souci qu'elles prennent de la propriété qui en est le fruit et la semence, ont éprouvé déjà les premiers bienfaits de la mutualité universelle. Ces deux dernières années, l'année d847 elle-même, ont, dans leur détresse relative, manifesté la puissance de cette union naturelle qui, sans détruire pour aucun peuple la personnalité des destinées diverses, en adoucit pour tous, par une solidarité eflBcace, les alternatives et les contrastes. Par cette assurance féconde, à laquelle chacun participe selon ses mérites^ les membres séparés de la famille humaine se rejoignent à travers la durée et l'espace. Ces grains venus de toutes parts, sur la foi de la liberté, pour apaiser la faim de ceux qui n'en avaient point eux-mêmes produit; — ces navires, allant par centaines, par milliers, chercher à des centaines et à des milliers de lieues des milliers et des millions de sacs ; — ces réserves des récoltes antérieures, ces excédants des pays favorisés, venant, au Heu et à l'heure delà demande, prêtera la pénurie actuelle ou locale le secours de l'abondance passée et de l'abondance lointaine; — ce rapide et merveilleux échange des besoins et des ressources des années et des mondes divers : — qu'est-ce que tout cela, sinon la manifestation éclatante d'une invisible mais réelle collaboration de tous les hommes et de tous les temps? Et n'est-ce pas, pour nous spécialement^ qui avons tant demandé, tant reçu et tant payé, et la preuve de notre richesse, et la mesure de notre crédit, et
^ miinl^r 4q plu$ m plMS, ppr nos efforts et p^r potre ]l^j|g^S6^y vn^ c(^9pcp si p4ce^sair9 ^t §i ^lu(mre ? C'isst pArc^ qMfi po^s ^rvpn^ les ^litre^ (}f|6 1^ ^ptres pous ^jrvi&i)^, 4 c'^ parice que m^s r^e.c(po,$ \^ Ipis e^Q- MeUes de Ija priod^cUap iptérie^r^ que nPfis poi^yons faire pppel à )a productfpp jçxtérijeiure. iQ'^s|l p^rps qq^e h ppç- ^eçsim ^t )« ftipm^m SQPt i^ré§ f?l)Pz 0,01^ qa^ les
Uim Im^Ff suiyiajf^t, ^qU^ besoin, )qs produijts jde Leur sol w pr^4rei my^ Im besoin ? )^$ proA^^ 4e 00s j^tM^rJ^ ^( ^ fîi9s arts, prf>4mH (mtfê prçduitii V^pnéfé
Quelle p^sStSifïjce.I (j(ael)e sécurité I «juejle rjlcliuessei Qaeï^ pjrp4J£iejux egejt$ 4^ ^uiplères nf. de la mor^lii.é^ ie rpfdre ej 4.ç la )iber.tél Q^&ll^ pi8fspi^c.tiyQS adm^r^les /a rfiçonriainsancf et fo!b$firvqfiqn unani^ 4§ h jusfice
gmrmi et prép.ariB»t k Yhmm^^l U çomfim m M^ p^s è\s§ çft.ef k toutes les pa^ops ]f} fépw W .swpjle qui proau^ de tels We^f^l^? E^ J^^p ! (ç.ç régioîg^ 1* FfSW^fte j|# ^nft^îi qiifjç 4'fti^, SJte i'.çs^e ^ p(^ne, ^jt, iflialgré ses pn^i^^ prodiil^e^j» eUisbésite egicpre.^ «^ f^Qj^^ k lui I
H n'y * p?^s c^fll ans^ ep 177O, pe fepûaç feorpWe 4àimi tfpQ pif ti^ d^ i* Frjjpce, j^/^e /i?w|îX(e, #/ »^« une
119 m^^i éjnipjBttt, m philosophe illustra, m pmà é^n-
vain; uo adminisUrateiir iacompar!9l)l^> plus et nmv^ /|Mâ fput cela, un ho^î^)^ dç him? |in J^omme dont le cqejor ^ J)atlit jamais que pour )a yerUi^ ejt ciont l^. y'}^ efliièpe fut up long sacriftpe k I^ vérité, k ^ justice^ ^ bpph^lff #i^ ^ rarnélioration de se9 .sem^jl^hles, TurjSTOt, étaiH ^ la jjétQ d'upe des proyipices les plus p,auyre.s et Jes pto fll^allraitées par le flé^ji (1). JJ fiU ^t il ^wsqta, 4ejj n^jir r^jçle^ d'activité et de dévouement; et, to.uf fie que h charité la plu;^ ardente et la p)us ingénieuse pej^t ^jcqomplir, la ch^rit^ r^cpomplit pour le /nalhegreux |4jftOusin. Mais 1^ cft^ritié pe peut donq^er qu^ ce fim eriste ; elfe pe peut rien créer : et il n'y avait pas ep }4mousio d'alipiepts po,ur toutes les houches. La charité ne pouvait doup suffire. Aussi, tiandis qu'il la stiipulait, qu'il la dirigeqiit, qu'il J'e^i^erçait lui-ipême au pre^PJ^r rOP^* Turgot voulut faire davantage : et, tout en )ut- Jppt sans relâche contre les effets du mal, il entreprit ^ po^attre les causes de ce mal. Ces causes^ c'était l'isolement des hommes; c'étaient les règlenjiepts çompaupaux, les barrières provipciales, les douces p^tiopgi-. les ; c'étaient^ plus encore que les o,h.s!^cleJSf pjiatérlel^, le^ (d)stac}e8 pioraux^ les préjugés et feç passiop3; eu* tfave et tep^euf du magasinage qui riservç et du con^rmerce qui transporte , de V épargne .et de fas^si^tancis { seuls repièdes contre la gêne passagère PU loc^e } ; c'étaient Jies clameurs stupides^ les violences barbares contre Les déplaceui.ents de grains, la frayeur de Iqi liberté
(!} On s«iit que c'étiait par le plus noble dévouement que Turgot, en position dé choisir entre les ridies intendances de Lyon et de Rooeu, aTait (Mré(4ré te pauvre ioteadance de Umoges^ dans laquelle ii y j^y9it plus dç .diffiq^tés à «pipbîïtjLrje e^ plut d^ tnen à f<^0.
et la foi à rarbitraire, rincréduUté et la superstition, rignorance de la Vérité^ le doute sur la justice. Le peuple, alors, n'avait point commencé encore à secouer la crainte des fantômes et Tadoration des idoles ; il ne savait pas regarder sous le masque les vampires aux paroles dorée^; les gens de bien, môme instruits, ne Tétaient pas assez, en général, pour dégager avec certitude la réalité des apparences, encore moins pour la mettre en lumière aux yeux de tous ; le gouvernement lui-môme, moitié par incertitude, moitié par impuissance contre les exigences de Topinion, prêtait la main t l'égarement commun. Tant de difficultés n'arrêtèrent point Turgot. Il écrivit, contre les idées du peuple, mais pour l'amour du peuple, contre le sentiment de ses supérieurs, mais pour le service de ses supérieurs, une suite de mémoires aussi admirables par le talent que par le courage. Il montra les provinces épargnées par la disette jetant aux animaux le grain qui, dans les provinces frappées par elle, manquait aux honmies ; le superflu des uns volontairement perdu pour le dénûment des autres ; et la mort repoussant avec blasphème la vie que le commerce s'offrait à lui porter. Il fit appel à la science, au bon sens, à la pitié, à l'intérêt, à la justice plus sacrée et plus puissante que tout le reste. Ce fut en vain. Ses efforts personnels, ses sacrifices de toute nature, son initiative hardie et persévérante, sa vigilance infatigable et sa patiente énergie atténuèrent quelque peu, pour ses administrés, l'intensité de la souffrance ; il les empêcha du moins d'ajouter eux - mêmes , par leurs égarements, les effets du crime à ceux de la pauvreté, et la destruction volontaire à la pénurie forcée. Mais ce fut tout. La France refusa, et pour le Umou-
sin et pour elle-même, Thonneur et le bonheur qu'on lui montrait dans Tobservation du droit. Quelques personnes admirèrent le zèle de Turgot : bien peu comprirent rimportance du but qu'il poursuivait ; et ce n'est que dans le ciel que cet homme trop grand pour son siècle a pu recevoir le prix de ses travaux en voyant enfin la terre en recueillir les fruits (1).
Aujourd'hui, en effet, ce que la théorie, éclairée par l'observation, commandait par la bouche de Turgot, hprati* que^ contrainte par la nécessité à se rapprocher d'elle,
(1) La législation, du vivant de Turgot, proclama quelquefois la liberté du commerce des grains ; mais cette liberté ne fût guère que nominale, et les bienfaits n'en purent être réels ni appréciét;. Ainsi des ordonnances de 1763 et 1764 avaient, avant que Turgot n'eût traité officiellement cette question, permis la libre circulation à l'intérieur et, dans une certaine mesure. Tachât et la vente à l'extérieur : mais la volonté du roi ne prévalait pas contre les résistances de tous les degrés de l'administration; et la magistrature môme» au Heu de faire exécuter la loi, se prononçait constamment contre elle. Terray fit rapporter, dès 1770, ces ordonnances d^à infirmées par divers actes, et c'est au sujet de ce retrait de la liberté que Turbot lui adressa ses observations. 11 faut sgouter, pour être exact, que Turgot, malgré la décision du contrôleur général, prit sur lui de maintenir la libre circulation des grains dans son intendance; mais qu'était-ce que cette exacte répartition intérieure en présence de l'impossibilité de recourir aux provinces voisines?
Plus tard, en 1774, Turgot, contrôleur général à son tour, put faire décréter de nouveau la liberté intérieure, et ce ne fut qu'en 1788 et 1789 que Necker rétablit officiellement les anciennes entraves; mais ce ne fut encore \k qu'un essai qui n'eut pas le temps de porter ses fruits et de triompher des préjugés réglementaires. — On peut consulter, sur la législation des céréales à toutes les époques, un article très-complet de M. de Molinari dans le Dictionnaire d'économie polili(iue, — M . de Molinari a depuis fait paraître, en vue de la crise actuelle, des dialogues ou conversations familières sur les grains. Quelques-uns de ces dialogues, insérés dans le Journal des Economistes, en 1855, annoncent un ouvrage aussi spirituel que savant.
Sfw^et^ à k rialpser sé^j^e^seme^. U^ bar/rièref pro? vîoçialas i^^traye^t r)u3 la jciricjyaajtipi^ f^ ^if^icii^ poiflf (U) Mfrao^. JL.es .4jOM3pes n^itipp^^ 1991 |C|s^ ( 4Îê]}^ deui: ans du m)}»$) d'ar/'/^er J/ss gra^ i^j^ers. ^ iCOffiffiejQce iotérm^f (^^ i(}^ jSf6» fjajet^ie i^ sejryiqe ^ loua, distri))fi& k U>^ ïm^/^» W h §^r^<^ ^k^ /^tf territoire, et les grains qu^il y rpcjuieille ^ çp^îc gjif'^ reçoit iacessaiumeni du ^oo^piercQ ^xténeur. /f| pfi:zr, c*e$t-^-dire les besoms, sont Je çiio^^t ^ajll|t)jl^^^ l# régie toujours sûre de ic^^a rép^rtfjtjon vfgilw^e. ^ gouvernement, répudiant la tâche impossible et dangerei^s^ (Je ppurypyeur pubJic, pour se borner à la tâche uéc^sairie et glorieiuse 4e ^ptectejur fjLe^ trap^^cjtjip^ uatureHes^ pourvoyeuses volontaires et infatigables 4/e fmlê^ ie§ 4^n?jaft4e§, epjploiç tout entière^ 31 maintenir )a justice et la liberté, la force l^aji^ $i .^uvef)^ é^is;^ contre elles. Les doctrines de Turgot, repoussées par Yierray, sqnt ^ progrjanune de rad^iii^âstratipn injipénale ; ses propres paroles, ies manifestes offiyci^ ; jet ^ r^yes .élpigné^, les ,a,cl,es (juoti^eps (1). Grâce à cette recon-
If) Tout ,09 ^(jUijii a été deijoani^é par Turgot, et après lui par ses disciples, n'e^ pas réalisé encore, sans doute; et la' prohibition à la l^ti», par excmpli?, est ane miîsure contre laquelie Turgot s'est y/v^ejot élevtâ^ et qu'p^^ P^"^ accuser tout au moins d être inutile. Si 1^ g^^LQ cs^ 8e;sbz Tiire et a^sez cher dans un pays pour qu'on en fasse yenir à y^raiids frais du dehprs, il n'y a pas ï>esoin d'une interdiction liigale pour l'euH'^viî^r 4® sortir. Ouvrez une écluse, M^i largement que \ovi^ le jiotirriez^ jamais Teau ne remontera du bas^n iDf<^r]eur d^ns la bief !^u],iérieur» à moins que ce bassin inléj^iie^ur jxe syit Jui-mûrnti plus que plein (a). Les prix sont des hauieifjrSf fiX te$ niarchandùes, le^ crains comme iés autres, suivevu la ^ff^ie pour sk pive^er ausal iut'ailliblement que l'eau. Tout ce qui
(a) On peut roir plus loin, k l'artide Hydraulique chinoise^ cette idée dé- Télopptfe tout ffornie d'apologue.
hàiè^Sbë et 8 ëë itiaifitteh m iifm, M fM»dë â p&m éori p+éstîgë EfiénâÇànf!; Vàràtë msH^iëi W tfàv«ll s'eiêttitë. tfea^îun rètojfKssIàlBft soiï ofeii^ef,^ tlmt^ùê tetftre «st âKlèùit rémpM Et; i^iiâis (|q«! lès pMëssiOUâ sf)féëiël^, M-
pévii ftm]iMt àé Vétit^thénmt de là iotHe, emmê gêné à Ventrée i eqmme nu bam^ qui ferait obstacle à un courant diminaer£^it la hauteur e1 la force de la ctiute qui aliménie ce courant. Il if y i pdi de riiarcliaricl qui né àdivë comprendre (Ju'iiiï négociant âitûètâ totf)Mirsr itiietfx comânire ses grains dans ut entrepôt Hbre qne de les s^ener sur un marché fermé. On apportera donc chez iious les grains vendus d^àvahce; on en apportei*a d'în^etidtis quand la ièiite itrinléâiaiè ierà Usiurée frar la grande ùfSéfëtitè des pHx. Mais pour peu. que Iça prit soient rapprochés^ on i^imera mieux
Sllerlen eiitrepôt eh Hollande ou<en Angleterre, attendre le moment è livrei au plus àntaiit Uhe fôiè là, oh y restera ibivtèfit: Iké faits très-teiriafquablès confirment ces raisonnement». Bombay, èri 1812, . tnX la seule ville de Tlnde anglaise épargnée par la famine, parce qu'elle fut la seule qui maintint la libre exportation. Un fait analogue arriva la même année eii Toscane^ grâce à M. Uuljois-Aymé, alors directeur des douanes à Livourne. Un décret de la Grande Duchesse, affectant la liberté du commerce des grains, avait déterminé une disette, (Quoiqu'il Hé fût pas eiicôiré exécnié i L'éxfhâÉnce tëiihi alhsMtm qu'il frit i^évdc|ué. Enfin là iHollâi^dè; qui ne fait pas son blé j n'en martque jamais. Tout cela est clair et concluant; mais tout cela n*esi pas su. Les populations qui verront sortir im bateàti d« ^Hiiii îp&r nti t>dînt et qui fféti Auront ^àâ iti éhfter cent p^t tin auite ci-oitont aisément qu'on les affame; et^ pai^, cette considération de la tranquillité publique, les partisans les plvis déterininés de la liberté la pfns complète peuvent comprendre en fait^ dans certàihs cas, sihon approHivet, la persistance dé ia prohibiiîdn. pli gotiiérnerhetit ÛB pfëtil vicfféiitèr l'^pirtidrii c'est ttëancbup qu'il ia reconnaisse et là i^asse prévàloii'. Le tein'Flâ tefà dâvstiit^jte. On f^ut lire; à ce stijet; là disetission qui a eu îieâ récemmehi dans le§ cMhnbrës .bel^ë^, ëi ufi âi'tible' de M. B. tLbftt dan» lé ibUtnàl dès iiébàtSi ad cette diseussioii est résùÈaée et aj)préciéé (d).
{a) Depuis là piiblicatioii de ce trataij, une iiduvelie discussion, a èjoL lieu sur cette question èti Belgiqucj et leà ikiinistres; faisant uo paf de plicu, pX cette fois un pas décisif, sont rends déèlarer, en prfiddisant les chilfres des divers marchés nationaux et étrangers, que la prohibition à la tortié avait
gagées de craintes et de faux-frais, procurent avec moins de peine et à de meilleures conditions. Talimentation de tous, les autres industries, affranchies de soucis et d'angoisses inutiles, emploient, à mieux produire le prix de cette alimentation désormais assurée, le temps perdu naguère en efforts insensés, en récriminations injustes, en entreprises ruineuses ou en violences meurtrières et destructives. Le pain est cher, puisqu'il nous arrive grevé de frais de garde et de transport considérables ; mais il nous arrive^ au moins : et, si nous payons la vie plus que d'habitude, nous vivons au lieu de mourir, ,nùu8 vivons tous, et nous sommes tous certains de vivre. N'est-ce pas là, pour peu que nous nous souvenions d'hier, un progrès qui doit arrêter bien des murmures; et n'avons-nous pas^ dans notre malheur, de quoi nous féliciter encore? La violence, ad-» minislrative ou privée, légale ou illégale, seul et triste recours de nos pères, en gaspillant nos ressources insuffisantes, en éloignant tout secours étranger, nous aurait livrés à l'extrême famine : la justice et la liberté, noble et puissante égide de notre âge, en préservant ce que nous avions, en appelant ce qui nous manquait, ont ré<pété pour nous le miracle de la multiplication des pains.
le 80 juin dernier. Un tarif trèt-libéral ^om l'entrée ser» appliqué le l* janvier 4858. V. VEconomitte Belge des !•' janvier et 10 février 4857.
La religion et la charité, la raison même, disent de partager les uns avec les autres ; car c'est chacun k son tour, et celui à qui Von demande aujourd'hui peut avoir à demander demain. La prohibition est Tisolement et Végolsme érigés en système et en principe. Voici, pour prendre un exemple entre mille, à quelles conséquences elle conduit. En 4855, les habitants de la vallée d'Aran, pris entre les montagnes couvertes de neige de r Espagne et la frontière française barrée par la douane, mouraient de (kim. Les habitants du village de Lunejan, entre antres, cuinés par une avalanche, étaient littéralement sans provisions. Ils étaient réduits à implorer de la France, comme une grâce, la faculté d^acheter une quantité de grains limitée, en faisant observer qu'en 4854 on en était venu cnercher chei eux.
La justice et la liberté nous sauvent. Mais leur en faisons-nous assez honneur? leur y prêtons-nous assez d'aide? Savons-nous ce qu'elles ont fait pour nous, ce qu'elles font tous les jours, ce qu'elles peuvent faire encore (1)? Le savons-nous bien? le savons-nous tous?
(t) La liberté du commerce des grains n*est pas tout. Il y a aussi la liberté de la fabricRtion du pain^ la mise en œuvre après le transport. Or il résulte de calculs parfaitement établis, — que Ton peut trouver dans des articles de M. Ë. Thomas ( Journal de^ Débats du 3 septembre 1855^ et Journal des Eçonomistet an 15 novembre 1855 ), dans un article de M. Jourdier ( Journal des Economistes ), et dans un grand nombre de publications spéciales émanées d'hommes qui connaissent à fond le service de la boulangerie ; — que la fabrication manufacturière 'du pain, substituée à la fabrication morcelée, permettrait» dès le premier jour, de le livrer à fr. 10 au-dessous de la taxe, eu même temps qu'elle améliorerait la qualité. Des faits réalisés à la manutention civile de Lyon et à celle de Lille, des essais faits à Marseille et des entreprises en cours de fondation à Paris, donnent à ces chiffres une consécration expérimentale (a) . Mais, pour que ce progrès, si facile et si grand, s^effectue, il faut que l'opinion admette que le blé est une marchandise comme une autre, et le pain un produit comme un autre. Jusquelà, et tant que le monopole de la boulangerie et la taxe subsiâteront» il est permis de douter du succès durable des entreprises même les mieux conçues et les mieux conduites.
(à) M. Dossart, créateur des beaux moulins de Saint-M aur, offrait, ea 4855, h la ville de Paris, de construire une usine de cent paires de meutes a la porte de Paris; et les capitalistes auxquels il s'était associé «< non-seulement consentaient à abandonner à la ville les H fr. par me qu'elle ajoute au prix de ta farine pour former la taxe, mais espéraient, en renonçant à la plus grande parlie des immenses bénéfices que devait procurer leur entreprise, arriver, par une ingénieuse combinaison financière, à amortir en peu de temps la ditte contractée par la ville pour la boulangerie. >• V. Journal des Economistes du 15 déc. 1855, Compte rendu de la séance de la Société d'Econ. politique.
£t, pendant que le salut nous vient d'un côté, bien des regrets, bien des impatiences, bien des désirs ne font-ils pas de Tautre appel à l'arbitraire et à l'impossible? La violence et Terreur, proscrites des actes habituels, sontelles également bannies des intelligences et des cœurs? Certes^ aucune force ne prévaut contre Topinion. lia force la plus élevée du monde se plaisait à le proclamer, l'autre jour encore, devant les représentants de Topinion universelle (1). Si, donc, le gouvernement, en France, depuis deux ans, a pu professer si nettefaient, s'il a pu appliquer, avec tant de succès, les principes éternels, mais trop souvent méconnus, de la justice et de la prospérité qui la suit; c'est, de son aveu même^ que l'opinion en France ne repolissait pbint tes prlncififes. L'éijiiité exi^^e qu'on fasse cette remarque ; car c'est l'honneur de la nation, la preuve de ses |)ro^ès dans la eorinàissànce des lois sociales^ c>t la jlistiflcàtibîi dii biéti ^ûi résulte pmt elle Qe l'obSel-vâtionjde ces lois. Mais^ si {l'opinion ne repoussait plus ces pf iildpës, dn dbit fecorttiaître qu'elle nfe les imposait fias iîon plus : et il a fallu, pour lès formuler en soil ilonl, l'enhardir, la devancer peut-être; la deviner et la résu* nier tout àa ihoihà. L'éqtlité exige qa'ofi disfe belë âùôsl; car c'esl l'honneur du gouvernement, l'initiative par îàquèllé il Is'eàt placé à la tête dit mouvement des idées,, l'acte inériloire dont là paix pUbliqué est pbût llil Id récompense.
C'est-à-dire qu'en cette matière (et n'est-ce qu'en cette matière?), il y a deux opinions publiques; l'une croissante et déjà victorieuse, l'autre vaincue et décroissante.
(i) Dîscorir? de rEmpéreur, le 15 novembre; à la clôlure de l'Exposiliori.
Lâ foféé ptiÔHqùë est passée dii ëfitS de là ptèmmi et a àppoHg à la ipàlèdii rëncdilràfeeriîëtlt et Hpptil m là \ê\. Lès âaiiiliiistMëurs SiiiVeiit riiiipslëlî §upféine« \^s hommes êclaifiSâ àpprcrurëat èl ^cbtîdêm rMtrilÔfttrn- Hbnj etTOfgbèiSll teVèriàltâti rhdhdëi Irou^ëfait t)âr tôilt; ÊHëz les ifiâgisMië, fehez les ëffipldyéâ de tout 6i*ârëi ââHë lés villes,' et aâfi§ M campagnes sduvëiH; au lied âë téë prëjîigfe briitaui |u4l eut tâtit dé foie à fléthir ëê Ë ctiiiiMtrë (1); liitiiiêfëâ et Bcititié volonté généHles, aësir de fiiëfi vbii* et Éèlë de Mëil fàii*e, sëtitlttiëiit du aëVMrët l^ëfepëfet du dfdit, fettHëtë et patiëtifce, résigtlatlbri et cbhflàrldé darié là Prbtldëttcè. Lé progrès est im thëiisë ; iirîais qdl dit pi-ôgrës rie dit pas trëtisformàtion àb§ôlilëi Le filffl e§t t-ëdùit; il tt'ëst paS ahéëîiti. La vérité tfibiiipBë. thâis elle tië triomphe pàà saris ëlfortîi; Ad-des- Sdtfe de cëtii ^Ui àpplaudiâSëHtpsircë tja'ils' comprennent, «ta cëHi^ttii blfthiëfat patcë (jUlls m cdiuprérinent pas, Qdî rësiâleflt pSfcë i[d1i;h' jr A pdiir ëUi que ténèbres dans la voie nouvelle où on les entraîne. 11 y a la douleur plus vive, rignôràriëë plus profetide, là passion plbs impétueuse^ En arrière de l'opinion nouvelle qui accepte et teUt là justice, il ^ à ropitiiori àticiënrlë ijui Itt mécofinaît et la repousse. À feôtè de ropiniori qui se rhanifesle, parce ijtt'elle a la forëè comme le droit pour elle^ il y a rdfiliiibh ijdi fe'abstîèiil, pake qu'elle doute de èà force et peut-être de son droit, mais qui subsiste pourtant cl qdi peut chercher à prévaloir quelquefbis ; qui n'a point de paroles^ mais qui a des colères, point de raisons, îndis qui a des haines, qui cède^tliais qui cède en murmurant:
(i) Tiifgôt, dans Une de ses lettres au tniiiisti-c, è'ëijpHilife âiHfl : la populace et les juges.
Les rues de Bruxelles, les parcs de Londres et les quais de Saragosse ont retenti de ces malédictions insensées. Pour être mieux protégées contre elles-mêmes, les mêmes passions sont-elles éteintes ailleurs (1) ?
Que cette opinion retardataire soit définitivement dépassée et vaincue, cela n'est point douteux. L'expérience qui éclaire les peuples est un soleil qui n'a point de couchant, et ses rayons, quand ils ont illuminé un point, ne reculent plus vers l'ombre. Mais que cette opinion soit à négliger ou à dédaigner, cela est autre chose. Ce n'est pas assez, pour les partisans d'une bonne cause, que le triomphe de leurs idées soit assuré ; il faut qu'il soit accepté. Ce n'est pas assez de contenir, même au nom du plus grand nombre; il faut convaincre, pour n'avoir plus à contenir, même le plus petit nombre. Ce n'est pas assez qu'uns force incontestée maintienne l'ordre dans les faits ; il faut qu'une persuasion efficace mette l'harmonie dans les esprits et la bonne volonté dans les cœurs. Il le fau-
(1) On a vu à Londres des hommes assez stapides, ou assez convaincus de la stupidité des autres, pour dire publiquement que les négociants allaient en Turquie payer 73 shellings le blé qu'ils pouvaient avoir pour 20 en Rut?si*». — A Bruxelles, d'autres ont pensé qu'en brisant les boutiques des boulangers, et en détruisant leur farine, ils auraient plus de pain à manger et moins de frais à rembourser. — A Saragosse, une municipalité coupable, oubliant ses premiers devoirs envers des malheureux que la passion égarait, a consenti à des réglementations de prix qui ne pouvaient avoir d'autre effet que d'accroître, avec les erreurs et les haines, le malaise même dont on se plaignait. — A Karlscrona, à Upsal, des désordres semblables se sont produits, accompagnés, dans cette dernière ville, de la destruction d'une immense quantité de grains, toujours pour les rendre moins rares. — En France, .nous n'avons pas eu de troubles, mais quels bruits Hdicules n'ont pas été semés ? La reine d'Angleterre n'a-t-elle pas été' accusée de n'être venue chez nous que pour manger notre pain, parce qu'elle n'en avait plus chez elle?
drait pour la vérité quand il ne le faudrait pas pour la société, pour les autres, si ce n'était pour nous ; il le faudrait pour la fraternité quand il ne le faudrait pas pour la sécurité, pour l'amour encore plus que pour la paix. Il le faut pour tous. Car toute lutte, même impuissante et cachée , est un malheur et un malaise communs; toute précaution est une dépense et une perte de forces, toute défiance un germe funeste, toute erreur une tentation et tout sentiment injuste une torture gratuite. Laisser des hommes, nos frères par la naissance, nos ^ semblables par la nature de Tintelligence et du cœur, éprouver près de nous ces souffrances et courir ces dangers, quand nous pouvons les leur épargner ou les adoucir, ce serait indifférence et apathie conpables. Lais* ser soupçonner la loi, quand nous pouvons la justifier, et faire bon marché de son autorité morale parce que sa puissance matérielle nous paraîtrait hors de cause, ce serait faillir au premier devoir du citoyen. Nous laisser accuser d'injustice, de barbarie, d'avidité, quand nous soutenons la justice, quand nous sommes émus de commisération, quand nous sacrifions à la charité ; — ce ne serait pas seulement nous manquer à: nous-mêmes par insouciance, ce serait manquer aux autres par faiblesse ; ce serait un mauvais calcul et une mauvaise action.
Il y a là, évidemment, pour tout homme qui pense, des obligations sérieuses, et qui, pour échapper à toute sanction directe, n'en sont que plus sacrées. La loi humaine, qui n'a prise que sur la matière, ne peut commander que le respect extérieur du droit ; et devant elle on est inno-
- rf58 — cén{ quàrtd dh s^rfb'sUerit de htfîrè. UOS fef Wi WeWilë ëi la lôî religieuse, <înî ont pffise' suf l^àfinë, ttnt- d'àiïtfès pWëeptés. Dëvaiit elles, quihd notfe prtïcHàte est atttSift dahâ son cbhpÉ, nou^ foi devons l'a&^stahdé^ tiiatërielle ; quand Soti coeur est stffefcté, houS lui dëVdii^ là patience el la cdhsoldtîôti ; qiiàhcl l'ignoràflte ki (énd §èà pi^g*, nous fui de^oris ik hifflièi-é |jt)uf les étîtèf ;
Et vainement rioiis représentërions-fiôii* la ^arideiir dé là tâché et là fôîblèsSë de nos ëttbris. H n'y i pés d'excusés en face clù devoir, ël le devoîf d'éclai^è^ les autres existe pout ioùs. Là vie' est \xh combat éritfë le bien é( le nâal, énire là vérité et l*èrrétir; et nul, lé vdtilût-îl, ne sauralit échaîppéf à là lutté. H fàtft ^v&f 9^tenir, à iidtrë tôiif, et pdtlf là vérîlé et pôdr lëèHtrfrimès qu'elle intéresse , cette lutte ^întë èl féconde ; et apaiseriez esprits poiif n'avoir J^sis h dësarttter lès htàs. Nous trouverons souvent rdhibre épaisse. Uàië rêtâlt^ellè moins avant iloiis, et hè s*est-ellé pas éclaircie, pdttf' tiousmftmés, par lés eftbils de nos devanciers t tôuf^î le succès ndiis serait-il refusé plus iJa'S éiiil I^otis avons, comme ils Tàvaierit, la pfarolé et l'afcUdri indivldèlèHe ; hcfus avons, de plus, ce qu'ils h*âVaîefit guère, àveë lèilr exemple et leurs cdtiqaétes, Taciion tdlléctîve dé \à Pfkêâe. Il n'y â point dé ténèbres aujourd'hui dîi lés IMës fa'âiertl quelque accès et quelque influence : et, quand des hommes lisent, l'erreur peut les ètivëldppër, pela est vrai, mais la vérité aussi peut percer jusqu'à eux. Il suffit qu'on la proclame : le même vent qui sertie l'ivraie porte au loin le boii grain quand on lé lui liVré.
tonfions-iioùs donc â cette puissàrice dé la vérité et dé la justice, et jetdns-ëh, à nôtre heure et sdlvatil rios forces, les semences impërceptibieS maiS féfcdndës. Cdnfl(jns-
nous à la bonne foi et au bon sens des hommes. Ils n'en sont pas aussi irrévocablement dépourvus qu'on le suppose quelquefois. Et, s'il en est, en France comme ailleurs, qui en manquent plus que les autres, s'il en est qu'égarent davantage la souffrance e€ la faim , ennemies des bons sentiments et des idées saines, n'appelons pas sur eux la in5i!lé.<Jjlc^pfl ^,t Ijç cbà.time^t, piai^ tàcj^ons de leur envoyer, ayçç le sp}^l^g^flj,eçj;^ Ja sagesse et 1^ p^ii^. Le glaive de la }gi ïfe^l pas ,4^$ Q.Q3 piain§. IVf ais la plume est une arme a^jl, moixis é^e/rgiquie ^fvRPJm iipppsante, ayapt sa part 4'?^^ff pourJLjgiR]:^, ^ Re§poifsabilit(é par conséquent. C'est |l cfiju^iç ^Tïfi^ '^ préy^çpir ce qije la Lçî réprima, en arrêtant .(JjMis la jracpiç^e ïpfd (pje la loi ppursijit dans le fruit : j^Tfljje j[aible, paijàs qije rien ne brise ; lente, mais tpujoiirs agjÇSMgg^f e ; cpï xiq ,l,9g[che point aux corps, mais gui atteint les i^pt^ ; ff}fi, a,^ ^ijieu mêçe des plus viyeç contra- 5j|p|jiflps, ijte ce^e .(J.e rappeler à ceux qu^ l'emploient au ,^^e jlitf^ J^ ^égji}ité\4eyant la raison qu'il§ invoquent jg^eill,ei?j,ejjjt ; arpie , enÇn, grâce à Jaque|ie les victoires l^ p^u3 di^ut^es, proclaiïiées par les vaincus eux-mêmes, ej sxf>ï^ fl^Q^Oj? J^QftpVabies à ceux qui reçoiyent la lumièr.é .(j^if'à c^i^x (jp4 J'.5yppojfl;e.nt, n'amènent avec elles ni défaijLegi fl^f£gflejl§, ]^?d$ die» jçie^ sapç mélange et des alliances volontair^e?^ %9u;;c.e .cpiçmunç , pour les ennemis de la yeijyie^ de p^ijtyejji^ijx ,çg9rt3 et de progrès nouveaux.
VU
Telles sont ces obligations de mutuel enseignement que je n'ai pas hésité à mettre, après réflexion, sous le nom de devoir de r assistance ^intellectuelle, à côté des devoirs plus reconnus de l'assistance matérielle et morale. Je ne crains pas qu'on en conteste l'importance. Mais, s'il fallait, pour les remplir utilement, prendre soi-même la plume à tout sujet ou se livrer directement à l'étude des faits et des doctrines économiques^ le loisir ou le courage manqueraient souvent aux meilleures intentions. Heureusement il n'en est pas ainsi, et l'on peut servir la vérité à moins de frais. Des mains dévouées prennent soin incessamment d'allumer, sur les sommets de la science, les phares qui doivent éclairer au loin le port et les écueils. Il ne s'agit, pour le commun des mortels^ que de puiser, à ces foyers supérieurs, la lumière qu'ils fournissent sans s'affaiblir; moins encore, de les signaler aux regards, afin que leur éclat ne brille pas en vain. Nul n'est trop faible pour cette œuvre, et la facilité n'en exclut pas le mérite.
C'est pour avoirj s'il est possible, ce mérite obscur, que je me suis hasardé moi-môme dans les considérations qui précèdent. Un grand nombre d'excellents travaux, pleins de science et de talent, ont été faits^ dans ces derniers temps, sur la question des subsistances. Je n'entreprendrai point d'en faire une revue comparative, moins parceque leurs formes et leurs buts sont différents, que parce que comparer c'est juger, et que je n'ai point qua-
lité pour juger. Mais je cède volontiers à un entraînement que je ne crois pas trompeur^ et je me flatte de donniar à ce travail une conclusion vraiment uUle en signalant, puisque j'en ai Tocca^on, comme une publication d'une rare valeur, le livre de M. Modeste sur la Cherté des grains et ks préjugés populaires qui déterminent des violences dans ' les temps de disette (1).
Je cite ce livre, plutôt que d'autres dont le mérite est grand, parce que c'est, je dois l'avouer, le zèle dont il est empreint qui a animé le mien ; parce que la forme en est attrayante et simple ; parce que, surtout, il n'est pas seulement une excellente leçon , mais en môme temps un exemple encourageant pour tous. M. Modeste, avant cet ouvrage, était complètement inconnu, môme clés hommes spéciaux ; et, quoique assurément il sût écrire et penser, il n'avait jamais entrepris de le montcer aux autres. £a faisant cet ouvrage même, il ne songeait pas à livrer son nom à la publicité et il ne croyait pas ôtre auteur. Emu des souffrances que commençait à produire sous ses yeux la cherté, frappé des dangers qu'elle pouvait amener, il voulait, tout simplement, sans sortir de son obscurité, * remplir, dans la sphère étroite de son action personnelle, son devoir d'homme et de citoyen, en adressant à ceux
(1) De la Cherté des Grains et det préjugés populaires qui déter^ minent des violences dans les temps de disette, par Victor Modeste, agrégé de l'université, 2«.'édit., publiée sous les auspices de la Société d'agriculture et du Comice agricole de l'arrondissement de Ueaux. 1 vol. in-18, Paris, GuiUaumin eiO, rue Richelieu, 14.
Indépendamment de ce livre, et depuis la publication de ce travail, M. Modeste a donné, dans le Journal des Economistes ( a? di» 15 avril 1856), une étude spéciale sur la question de la taxe du pain, dans laqueUe les origines législatives et les conséquences éconooùques de la taxe sont recherchées et discutées avec beaucoup de soin.
qui vivaient près de lui de bons conseils et de justes pensées. Sa voix, animée par le sentiment du devoif , * dépassé à son insu l'auditoire pour lequel II croyait parier, et ce qui n'était dans son intention qu'une eïhorution familière aux habitants de Meaux est devenu une prédieation pleine de force et digne d*ôlre écoutée de tous. Tant il est vrai que, dans les matières mêmes où la vérité »Mnble le plus enveloppée de nuages, le bon sens et la bonne foi suffisent le plus souvent à la découvrir, et que le talent de persuader fait rarement défaut au rôle de convaincre. C'est le bonheur qui n'arrive qu'aux plus dignes. Ce bonheur honorable n'a fait défaut à M. Modeste dans aucune partie de sa tâche. Soit que, dans une revue rapide et pleine de curieux détails, il compare le présent an passé pour nous mettre en garde contre des terreurs posthumes^ et trace d'une main ferme la ligne de démar^ cation entre les famines et les disettes, montrant à tous le dése^Kttr en arrière et l'espoir en avant; -^ soit qu'il signale, dans des conditions sociales différentes, la raison de la différence des destinées, et rattache au progrès filanSéste des lois et des moeurs l'amélioration constatée des cultures et l'extension des ressources; *« soit que, prenant corps à corps la violence, qu'il s'est proposé ^cia« lement de combattre et de décréditer, il la fasse voir, à toutes les époques et dans toutes ses entreprises, impuissante à rien fonder ni à rien corriger, et toujours suivie, pour ses auteurs^ de déceptions cruelles et d'amers re-* grets ; — soit qu'il entreprenne, contre des préjugés que ne partagent pas seulement les masses ignorantes (1}« la
(t) Voici un exemple de la force de ces préjugés. M. de Saint- Maleue, ancien avocat général à Rennes, disait, en f855, à des femmes qui se plaignaient du manque de pain : « S'il n'y a pas de
défense des professions diverses par Tiateroiédiaire des* quelles le pain est amené jusqu'à nos mains : — toujours sa pensée est élevée sans emphase^ son expression vive et claire, ses arguments décisifs et ses affirmations inattaquables. Le dépouillement comparatif de la situation du cultivateur dans tes bonnes et dans les mauvaises années, opposé à ce sot et vulgaire propos , que le fermier gagne . à la cherté, est , entre autres, une leçon de comptabilité agricole, dont plus d'un fermier peut faire son profit. Dans la définition du commerce, dans l'analyse de ses services et de ses charges, dans la discussion critique de certaine prétendue différence entre un négoce licite et profitable auquel on devrait la liberté, et une spéculation illicite et funeste qui ne mériterait qu'opprobre, on trouve, avec beaucoup de finesse et de connaissance des affaires, une. rigueur de déduction qui doit satisfaire les esprits les plus difficiles et les consciences les plus exigeantes. Enfin, daas un dernier chapitre, qui semble, au premier abords
pain ch6z les boulangers, c*est la faute du maire. » Cité pour ce propos devant le tribunal de police correctionnelle de Saint-ltfalo, il déclara qu'on lui avait demandé 100,060 fr. pour spéculer sur lai grains avec promesse ^^^ Sros bénéfices; mais qu'il avait refusé parce qu'il ne voulait pas spéculer sur la vie des malheureux, V, Joutn. des Débats, du 23 oct. 185&.— Ainsi, pour un ancien mi^istrat, faire vetUr du grain du dehwrs est attenter à la vie de ses condtoffens ; ou^ plutôt, malgré les entrées constatées au Monitmr, malgré les chiflVes des statistiques^ et la vue des champs stériles, il y a dés gens, dans de ha^iXes positions sociales, qui croient encora que la disette est l'œuvre des semeurs jde faux bruits, et que la productioo de la France est surabondante quand même. On pourrait citer encore bon nombre de propos, d'actes et de proclamations, non departiculiers b^ttlemeni^ mais d'agents officiels de divers ordres^ qui ont donné lieu, plus d'une fois, a des désaveux publics de la part du gouvernement. Et cela, non pas an fond des provinces les plus arriérées, mais jusque dans les départftmeata du rayon d'approvisionnement de Paru et aux portes mêmes de la capiUle.
étranger au sujet particulier du livre, et qui pourtan s'y rattache par un lien d'une extrême importance, les passions et les haines qui enveniment Terreur sont attaquées avec autant de tolérance que d^énergie dans leur source même; et les hommes, qui se croient si souvent illégaux et ennemis, sont replacés^ par la science comme . par la religion, et devant la richesse matérielle comme devant la loi morale, sur le pied de Tégallté la plus vraie et dans les liens de la plus bienfaisante parenté. Ce chapitre est assurément le plus remarquable du livre. Dans les autres, M. Modeste plaide victorieusement la cause de la liberté du. commerce, du commerce des grains en particulier. Dans cette péroraison plus large, il plaide pour l'homme tout entier ; il le relève en le rendant meilleur ; et, montrant, sous les apparences parfois trompeuses, la sainte loi du travail toujours respectée et la bonté de Dieu toujours agissante, il donne un gage nouveau à la morale en faisant faire, par une formule heureuse et saisissante, un pas très-réel à la science économique.
Mais je ne veux point essayer une analyse de ce livre : toutes les pages qui précèdent en sont ou le résumé ou récho, et c'est pour cela que je les livre avec quelque confiance au lecteur. Je répéterai seulement que, les considérations indiquées ici en quelques mots, les arguments dont il ne m'était possible de faire qu'une énumération incomplète, M. Modeste a pu, dans un livre, les exposer et les développer suivant leur importance ; et qu'il l'a fait avec un choix de raisons, une abondance de détails et une sûreté d'informations qui s'emparent tour à tour de toutes les avenues de la conviction. Je répéterai qu'à l'exactitude des faits et à la clarté de l'exposition il unit la chaleur de l'accent, et que ce n'est pas en vain que,
dans un élan de généreuse confiance, il a pris, envers le lecteur et envers lui-même, l'engagement de dissiper tous les doutes et de désarmer tous les ressentiments. Il n*en a, e 1 effet, laissé aucun sans Tatteindre, et, si défiant qu'on paisse être en prenant le livre, on le commence avec intérêt, on le poursuit avec avidité, on le pose, enfin, la paix dans l'âme et la certitude dans l'intelligence, bénissant Dieu, avec l'auteur, d'avoir fait la vérité si claire et la justice si profitable.
Ce livre peut donc faire un grand bien. Telle n'est pas seulement mon humble mais énergique conviction ; telle est aussi l'opinion des juges les plus compétents ; telle a été, dès sa première apparition (il y a deux ans, hélas l), l'opinion expresse du Comice agricole et de la Société d'agriculture dé l'arrondissement de Meaux. C'est, sans doute, pour donner à uû homme de bien un juste témoignage d'estime; mais c'est, bien plus encore, pour accroître,* en s'y associant, la puissance d'une prédication vraiment utile, et répandue plus loin la lumière que le zèle d'un seul avait fait luire dans un horizon restreint, que ces deux honorables associations ont fait imprimer à leurs frais et fait paraître sous leur patronage une seconde édition de l'ouvrage de M. Modeste. Elles se sont souvenues que, si l'argent est le nerf de la guerre, il peut aider aussi les conquêtes de la raison. M. Modeste avait mis la vérité à la portée de toutes les têtes ; les habitants de Meaux l'ont mise à la portée de toutes les bourses.
L'arrondissement de Meaux pri)fitera-t-il seul de cette bonne fortune? Les besoins sont les mêmes par toute la France ; pourquoi ne férait-on pas partout des efforts pour répandre de même la vérité et la concorde ? Il ne manque,
au livre de M. Modeste, pour être partout apprécié et recherché oommà il Ta été dans la ville qui l'a vu écrire, pour servir partout, comme dans le département de Seine-et-Marne, à Tencouragement des bonnes intentions et au découragement des mauvaises, que d'être suf&sam* ment révélé à la curiosité publique. On a trop tardé, vraiment, à remplir cette tâche. Mais, puisque, par la prolongation de nos épreuves, elle est de circonstance aujourd'hui comme il y a deux ans, puisqu'on peut encore faire lire ce livre sous l'impression et sous le contrôle des faits qui l'ont suscité, et qui ajoutent à la fois à son intérêt et à son autorité, il faut réparer cette négligence honteuse. Il faut dire hautement, aux hommes qui craignent, à ceux qui doutent, à ceux qui croient mais ne savent point justifier ce qu'ils croient, qu'ils trouveront, dans ce volume, la sécurité, la lumière, la certitude, la parole au besoin, la foi pour eux et la démonstraiion pour le$ autres.
Puisse ce faible et tardif témoignage contribuer à ce résultat si désirable I Puissent bientôt,— sans retard, car tout retard est gros de souffrances et de périls, — les comices agricoles, les municipalités, les particuliers soucieux du bonhei^r et de la dignité de leurs semblables, s'associer, par une propagation persévérante, à la généreuse initiative de la ville de Meaux ! Puisse enfin ce livre, plus heureux ou plus promptement heureux que celui de Turgot, porter sous les yeux de son auteur les fruits de bien-être et de paix qu'il s'en est prorais et qu'il ét^it en droit de s'en promettre.
Je viens d'associer le nom de M. Modeste à celui de Turgot, et ce n'est pas au hasard. Je n'ai nulle idée, je n'ai pas besoin de le dire, de comparer notre honorable
cpatompor^ia à ootre illustre devaocidr^ Il y a des Hcsa-\ mes auxquels cm m compare personne, et des grandeurs que Ton n'essaie point de mesurer. Mais, sans risquer an--, cim maladroit parallèle, il est impossible de séparer, dans sa pensée, quand on las a lus tous deux, le livre sur la Ckerté de$ Grains des Lettrée sur la liberté du commerce d^s Grain$, Ces deux ouvrages se Uennent> et Tun a in«- ^iré Tautre : le sujet est le même ; les arguments, pris dans leurs principes, sont les mêmes aussi» C'est rarbre> et le fruit* Turgot, avec une autorité suprême, a édicté, la loi pour tous les temps j M. Modeste, avec une netteté, parfaite, Ta commentée à Tusage du nôtre. TurgQty,ad"^> ministrateur d'une grande province^ écrivant ofBcielle'^^ ment à un ministre, a employé la langue sévère des pIû'* Ipsopbes et des hommes d'Etat ; M. Modeste, publiciste. sans autres titres que son zèle généreux, faisant à tous^. un appel volontaire, a mis sa science et son style au ni-^^ veau de tout homme qui sait lire. L'influence de Turgot, descendant peu à peu des sommités du monde savant, est pour beaucoup sans doute dans le progrès visible en-, fin des idées qu'accepte aujourd'hui la tête de la société.. M. Modeste, si on le lit, sera pour beaucoup dans l'adhésion que ces idées obtiendront peu à peu dans le reste. de la nation. Turgot a donné l'impulsion à la roue.;, M» Modeste aura contribué noblement et utilement k entretenir et à accélérer le mouvement.
Et, puisqu'il est impossible de parler de cette question sans remonter à Turgot, qu'il me soit permis de citer, en unissant, les paroles qui terminent la dernière des lettres de ce grand homme. Ces paroles résument et décident tout. Les vcHci :
^ f Ajmoncer au peuple que la cherté qu'il éprouve est
— S«8 — f^ffet dei manœuvres et non da dérangement des saisons, lui dire qu'il éprouve la cherté au milieu de Vabùndanee; c'est autoriser toutes les calomnies passées, présentes et futures auxquelles il se porte assez facilement de luimême, et auxquelles bien des gens sont fort aises de l'exciter contre l'administration et les administrateurs de toutes les classes. C'est, en même temps, se rendre responsable des cbertés qui peuvent continuer ou survenir; c'est s'engager personnellement à lui procurer X abondance quoi qu'il arrive ; or, il faut être bien sûr de son fait pour prendre un pareil engagemenL J'avoue qu'aucun projet de règlement ne m'inspirerait une semblable confiance. J'aimerais mieux fonder ma sécurité sur la nécessité physique et sur la justice. Le peuple sait bien que le gouvernement n'est pas le maître des saisons, et il faut lui apprendre qu'il n'a pas. le droit de violer la propriété des laboureurs et des marchands de grains. On est bien fort, même vis-à-vis de ce peuple, quand on peut lui dire : Ce que vous me demandez est une injustice. Ceux qui ne se paient pas de cette raison ne se paieront jamais d'aucune, et ils calomnieront toujours le gouvernement, quelque soin qu'il prenne pour les contenter ; car il ne les contentera pas, attendu qu'il lui est impossible de procurer au peuple des grains à bon marché lorsque les récoltes ont manqué, et qu*il n'a aucun moyen possible pour en procurer à un prix plus bas que celui qui résulterait de la liberté entière, c'est-à-dire de l'observation de l'exacte justice, o
Ainsi concluait Turgot, par un appel à la justice. M. Modeste s'est inspiré de ces nobles paroles. Il a cru à la concordance de la nécessité physique et de la justice; à l'empire de la nécessité comprise sur la conduite, à l'as-
cendant de la justice démontrée sur la conscience ; il a cru à l'aspiration de Tesprit humain pour la lumière, à Tentralnement du cœur humain vers le devoir. Il a cru que, pour être tenu de combattre et capable de vaincre, c'était assez d'être assuré du droit et de s'appuyer sur le droit. Il a eu foi dans la vérité et dans les hommes. La vérité l'en a payé, et les hommes achèveront de l'en payer. Faisons de même, chacun dans notre sphère, et la récompense ne nous manquera pas non plus.
Je dois faire ici une observation sur les pages qui précèdent. A l'époque où je les ai écrites, je ne connaissais que depuis peu de temps le livre dont elles contiennent l'appréciation, et je ne connaissais pas encore l'auteur de ce livre. Aujourd'hui M. Modeste est mon ami. A ce titre je n'aurais peut-être plus le droit de parler de son œuvre comme je l'ai fait, mais j'ai bien sans doute celui de répéter ce que j'ai dit au temps où mon témoignage ne pouvait être suspect, et de me réjouir de l'avoir dit alors. Je n'ai donc pas cru devoir rien changer à mon travail, malgré le vœu formel de M. Modeste, qui me demandait de supprimer ce qui le concerne spécialement, et de ne conserver que les considérations générales. C'eût été sacri fier ce à quoi je tiens le plus et renoncer au but même que je m'étais proposé. C'eût été aussi, peut-être, m'exposer à de fâcheuses méprises, et aller au delà de ce que réclame la plus scrupuleuse délicatesse. Il est de bon goût et de bonne foi de louer ses amis sobrement; mais la pudeur de l'affection ne.«aurait exiger, en bonne conscience, qu'on se défende de les connaître et qu'on renie le bien qu'on a pu dire d'eux.
HYDRAUUQUE CHINOISE.