VI • AVANT- PROPOS
qu'en soient le caractère et l'étendue, qui n'ait été pour moi, lors de sa première publication, l'objet d'un sérieux travail, et qu'avant de le publier de nouveau je n'aie soigneusement revu. J'ai vérifié avec une scrupuleuse attention tous les faits que jV vais avancés, toutes les autorités que j'avais invoquées, tous les passages que j'avais cités; et j'ai souvent, pour achever d'éclaircir ou de confirmer ce qui pouvait paraître encore incomplet ou incertain, ajouté à mes notes primitives des notes nouvelles, dont quelques-unes ne sont pas sans importance. Pour ce qui est du texte même, sauf quelques expressions incorrectes ou trop peu précises que j'ai dû corriger, je n'y ai fait aucun changement; et j'ai laissé partout à ma pensée la forme soys laquelle je l'avais d'abord produite. Cette forme est parfois celle de la polémique, souvent celle de la critique, rarement celle de l'exposition directe. Je ne me dissimule pas les désavantages des deux premières manières, surtout pour un Uvre, et je sais qu'elles ne sont pas celles qui se recommandent le plus. La parole, enchaînée à la discussion d'un écrit ou d'un système, et, en quelque façon, spécialement adressée à celui qui en est plus personnellement l'objet, a évidemment moins de liberté, moins d'autorité, moins de dignité même, et comme un accent de circonstance qui semble exclure toute prétention à la durée. Mais peut-être a-t-elle
AVANT«PRaiK)S. VU
naioFeliement» en revanche, plus de vivaciié» plus de chaleur, plus d'insistance, et, dans ses lueurs passagères, plu{> de ce mouvement qui n'arrête pas indéfiniment les yeux, mais qui les attire volontiers : elle ne saurait procurer, d'ordinaire, aux esprits appliqués et rigoureux, ce plein contentement qui accompagne la claire possession d'une solution ; mais elle peut éveiller, souvent^ dans les esprits distraits ou prévenus qu'effarouchent le langage sévère et les longues déductions de la démonstration méthodique, ces pre-* miers doutes ou ces premiers désirs par lesquels se préparent la connaissance et la foi. Or, à chacun son r61e : aux uns la tâche glorieuse de reculer,^ par d'heureuses explorations^ les horizons de Ja pensée humaine, ou de convertir en formules positives les intuitions encore confuses du génie de leurs devanciers ; aux autres la tache plus modeste de recueillir assidûment la manne qui tombe de la bouche des maîtres et d'habituer peu à peu à leur nom et à leur voix les oreilles rebelles. Les sciences, les sciences d'application surtout, ont besoin de se propager aussi bien que de s'élever ; les moindres travaux sont parfois la condition ou le complément des plus grands ; et, pour faire jouir les hommes des merveilles de son art, l'architecte le plus habile ne saurait se passer des mains grossières qui déblaient le terrain ou disposent les matériaux. Pourquoi ne le dirai-jepas, dail-
Vni AVANT-PROPOS.
leurs? Pour effacer, imparfaileraenl peut-être, dans le plus grand nombre de ces articles les traces de leur première destination, il m'eût fallu les refaire entièrement; et il n'est pas toujours moins difficile ni moins long de refaire que de faire. Je n'ai pas cru devoir l'essayer. J'ai pensé que, si le fond de mes travaux était sans valeur, il ne gagnerait rien à être autrement présenté ; que si, au contraire, j'avais rencontré quelques vues dignes d'être recueillies, il ne manquerait pas de mains pour dégager ces éléments et les mettre en meilleur jour.
Parlerai-je, enfin, de l'objet et de la nature de ces travaux ; et fauV-il, avant que le lecteur s'aventure plus avants l'avertir honnêtement de ce qu'il trouvera et de ce qu'il ne trouvera pas dans ce volume ? Une même idée, il s'en apercevrait sans peine, en résume toutes les pages comme elle les a toutes inspirées, et donne à l'ensemble, malgré la diversité des sujets, une unité de but qui, je l'espère, n'a rien de factice : l'idée delà liberté, ou, pour lui donner son vrai nom, de la spiritualité. Tout ce que j'ai écrit procède ou* vertement de cette idée. Est-ce un tort, et est-il possible, même en lui donnant tout, de lui trop donner? Je ne saurais le croire. Le champ de la connaissance humaine est immense sans doute, et les aspects en sont multiples : aussi les sciences se divisent-elles à bon droit en bien des domaines et chacune agite-t-ell^