II AVANT-PROPOS
reproduction dans ce volume , ne seront pas stériles pour le progrès dans ces diverses directions.
Les citations hiéroglyphiques textuelles, auxquelles les savants se sont enfin accoutumés^ enlèvent, à mon avis, tout intérêt à la question de la transcription. Je n'en demeure pas moins convaincu que la meilleure méthode de reproduire les mots égyptiens consiste à les représenter par des lettres coptes. C'est ainsi que je procède quand je veux économiser l'emploi des signes hiéroglyphiques, qui offrent toujours quelques difficultés aux compositeurs d'imprimerie. Les mots appartenant à la langue copte sont toujours spécialement indiqués dans mes citations.
Ainsi que je viens de le rappeler, mes Mélanges se composent de Mémoires distincts formant comme autant d'ouvrages séparés. A plus forte raison chaque série est indépendante des autres séries.
La deu}cième série est depuis longtemps épuisée. Les dissertations sur Ramsès et Pithom et sur le séjour des Hébreux en Egypte, qui ont fait rechercher ce volume, sont développées dans un autre de mes ouvrages, récemment publié sous le titre de Recherches pour servir à VHistoire de la XIX^ dynastie j et principalement à celle des temps de F Exode.
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LE PAPYROS JUDICIAIRE AMHURST
Par S. BIRCH et F. CHABAS
On troave en nombre assez coDsidérable , dans les coUecUoDS pnbliques et privées, des docDments se rapportant à l'organisation et à Padministration de rancienoe Egypte. Parmi les pins connus on peut citer anjoard'hui :
Le papyrus Abbott, qui a donné lieu à plusieurs dissertations , entre autres à celle qui commence le premier volume de cette série de Mélanges;
Le papyrus judiciaire de Turin , qui a été publié m extenso par notre regretté confrère Théodule Devéria*;
Les papyrus Lee et Rollin , qui paraissent n'être que des fragments détachés du précédent papyrus.
On a donné à cette classe de papyrus le nom de papyrus judiciaires; ce sont en effet des actes de procédure.
D'autres documents contiennent des plaintes en justice, des suppliques , des réclamations , etc. , et tiennent ainsi de près à la même classe de titres ; tefs sont ceux qui
t Journal atiatique, 1865.
2 MÉLANGES ÉGÏPTOLOGIQUES.
foDt l'objet des dissertatioDs II , III et IV de cette même série de Mélanges.
Les découvertes récemment faites en Egypte et Texamen des richesses de certains Musées publics et particuliers ont montré que le fonds de pièces de ce genre qu'il nous reste à étudier est loin d'être épuisé ; plusieurs papyrus nouveaux ont été reconnus pour appartenir à la classe de ceux qu'on a nommés judiciaires. Il est à désirer qu'ils soient sans trop de retard mis à la disposition des égyptologues ; ils rendront d'autant plus de services à la science queile sujet dont ils traitent a été plus soigneusement élucidé. Les études spéciales de plusieurs investigateurs Vont en effet jeté un grand jour sur les difficultés particulières du style de ces pièces de procédure ; mais il reste encore beaucoup à faire pour arriver à une connaissance exacte du rôle des fonctionnaires, des limites de leur autorité, de leur hiérarchie, etc. C'est un sujet très - important pour l'histoire de l'Egypte. Aussi les documents qui s'y rapportent doivent être signalés dès qu'ils sont découverts, et soumis aussitôt à des éludes sérieuses , de manière à compléter le plus rapidement possible nos informations sur le chapitre si important des lois et de leur application dans la terre des pharaons.
Nous publions ici en fac-similé un de ces manuscrits nouvellement découverts; il fait partie du cabinet de M. T. Amhurst do Didlington (Norfolk). Lorsque l'un
i MM. s. Birct) . F. Chabas. Tli. Devéria et Maspero.
LE PAPYRUS JUDIClAroE AMHURST. 3
de Doas, M. S. fiircb » le vit pour la première fois, il était encore enroulé ; l'importance historique du document ayant été reconnue, il fut transporté au Musée britannique k Londres et déroulé par M. P.-V. Cook , qui a acquis une très-grande expérience de ce genre de travail *.
L'opération réussit à merveille; malheureusement le papyrus était très-endommagé sur ses plis extérieurs et sur l'un des bouts du rouleau. De la première ou des premières pages il ne reste que des débris trop fragmentés pour qu'on puisse les réunir entre eux dans un ordre assuré ; les trois autres pages sont assez bien conservées, à cela près que les premières lignes en ont été emportées. Dans son état actuel le papyrus Amhurst mesure huit pieds anglais de long sur huit pouces et demi de large. L'écriture en est large et bien formée ; c'est un beau spécimen du type hiératique de l'âge des Ramessides.
Notre éminent confrère, M. Ch. Wycliffe Goodwin , lorsqu'il eut reconnu le sujet du papyrus Butler, qui nous a rendu une portion importante d'un texte trèsintéressant , a écrit les paroles suivantes : • Un charme
• tout particulier de l'égyptologie , notre science favo-
• rite , c'est qu'elle abonde en surprises. De temps à « antre quelque découverte inattendue frappe nos yeux , « et nous ressentons alors les délicieuses sensations « qu'éprouva Beizoni lorsque pour la première fois il
< Mis à rabri de lout nouveau dommage, le papyrus est rentré dans la collection de M. Amburst.
f porta ses regards sur les merveilles du tombeau de
• Séti-Menephlah. Ce sont là des jouissances que nous
• pouvons nous procurer , même sans aller en Egypte '. • Cette même émotion , nous Tavons éprouvée en reconnaissant dans le papyrus Amhurst une pièce intimement liée aux opérations judiciaires qui sont consignées dans le papyrus Abbott.
Le deuxième paragraphe de ce dernier papyrus * contient en effet une enquête faite par une commission judiciaire dans un groupe de tombes de la nécropole de Thèbes , dont plusieurs avaient été soit l'objet de tentatives de vols , soit complètement dévalisées. Parmi celles que les voleurs avaient violées se trouve la tombe d'un roi de la XP ou de la XIII^ dynastie, nommé Sebakemsauf. Voici ce qu'en dit le texte :
< Le monument funéraire du roi Sekhemra-shet-to,
< fils du Soleil , Sebak-em-sauf ; il fut trouvé que les
• voleurs l'avaient violé par un travail de taille de pierres
< dans la salle des perfections de son monument, de-
< puis la salle extérieure du tombeau de Neb-Ammon , « intendant des greniers du roi Menkheper-ra (Thoth-
• mes III). Trouvé le lieu de sépulture du roi privé
< du Seigneur royal , ainsi que le lieu de la sépulture
< de la grande royale épouse Noubshas, sa royale
< épouse ; les voleurs avaient fait main-basse sur eux. i Le gouverneur et les magistrats-contrôleurs ins-
1 Dans Cbabas: Mélanges égypt. , Ile série . p. 949.
2 Voir ci-devant , tome 1 , 60.
i troisirent sur lai. Trouvé le fait de maio-basse sur • eux qu*avaient fait les voleurs à Tégard du roi et de c la royale épouse '. •
Or» le premier paragraphe de ce qui oous reste du papyrus Âmhurst contient précisément une partie de la procédure suivie contre les spoliateurs de cette même tombe royale; il nous fournit des détails circonstanciés sur le vol. Mais la véritable importance de ce document , c'est qu'il démontre que cette procédure a donné lieu à des actes qui ne sont pas tous consignés dans ce dernier manuscrit. Il prouve ainsi l'exactitude des traductions données dans le premier volume de ces Mélanges , où il est en effet établi qu'ail y avait eu arrestation , emprisonnement et mise en jugement du coupable , mais que le jugement ne fut pas prononcé le même jour*. Ces vues sont complètement justifiées par la découverte inespérée d'une pièce importante du même procès criminel.
Nous passons maintenant à la description de notre document.
A la page de fragments détachés (pi. I) succèdent deux pages (pi. II et III) complètes, à cela près que leurs premières lignes manquent ; elles sont suivies d'un espace d'environ soixante centimètres laissé en blanc, après lequel vient la dernière page , que nous avons nnmérotée lY , et qui termine le manuscrit ; on n'y voit pas d'autres traces d'écriture.
< Voir ci-4evaDt, tome I, p. 63.
«a-devant, 1. 1, 77.
L'espace laissé vide aurait pu contenir deux pages. A première vue il semble peu probable que le texte de la page séparée fasse suite immédiate à celui de la page III, car dans ce cas on ne s'expliquerait pas l'interruption de l'écriture sur un espace aussi considérable. Gomme notre papyrus, et c'est le cas de la plupart des manuscrits du même ordre , relate une série d'actes judiciaires en ordre de dates , on conçoit facilement qu'il ait pu être nécessaire de réserver un espace suffisant pour l'inscription d'actes dont la rédaction n'était pas prête , mais qu'il fallait placer dans leur ordre chronologique. La disparition des premières lignes , qui interrompt le texte à chaque page , ne permet pas de trancher la qaestioo par l'analyse philologique.
Les fragments réunis sur la planche I ne sont peutêtre pas arrangés dans Tordre qu'ils occupaient; il n'est pas même certain qu'ils appartiennent à une seule et même page. Aussi ne saurait-il être question d'en proposer une traduction quelconque. Il nous suffira de faire remarquer qu'ils se réfèrent bien au sujet des pages complètes, c'est-à-dire à une instruction judiciaire suivie contre des individus accusés d'avoir spolié des
tombeaux. Le groupe ()^^^^' q"J signifie toleur %i voler, se distingue dans les fragments A et C. An fragment E il est question ^^sT^^^^^^ ^^j et
de leurs compagnons. Ce sont les maçons ou sculpteurs sacrés , spécialement affectés à la construction et à la restauration des édifices religieux , des u^i^man on
Uf»yhjfO€. Une scène moDumentale nous montre quatre de ces oa?rîers sacrés travaillant à genoux avec le ciseau et le maillet *. On sait que souvent des ouvriers de diverses professions sont impliqués^ soit comme prévenus, soit comme témoins , dans les poursuites en matière de vols dans les monuments. Nos fragments ne nous donnent aucun renseignement sur le rôle de ceux qu'ils citent, mais ils nous livrent la mention importante de Tan XIII d'un pharaon dont le nom a disparu dans les lacunes.
Heureusement nous connaissons d^une manière trèssûre le nom du roi sous lequel fut reconnue la spoliation de l'hypogée do Sebakemsauf. Ce monarque, Neferkara- Sotepenra Ramsès-sha-ab-merer-amon est classé comme le neuvième Ramsès dans les listes de M. Lepsius *. Les découvertes de monuments de ce règne se multiplient. Ce pharaon occupera que place importante dans l'histoire de la XX"" dynastie.
Le papyrus Amburst nous offre deux dates qui tombent dans ce règne : celle de l'an XIII , dont nous venons de parler , et celle de Tan XVI que nous rencontrerons à la page 3. L'attribution de ces dates n'exige aucune justification ; mais au besoin on en trouverait la preuve dans l'identité des noms des magistrats désignés dans notre papyrus et dans le papyrus Abbott. Nous ferons
i Rosellini : Mon. do. , XLVIII.
S Voir , ci-devant, tome I . p. 50 , les cartouclies liiérogiypliiques de ce pharaon et la discussion de la date.
8 MELANGES EGYPTOLOGIQUBS.
ressortir plus loin cette identité. D^ailleurs le papyrus Amhurst ne contient pas d'autres cartouches que ceax de la reine Noubshas» de Ramsès III ( pi. I» fi et C) et de Thotbmès Ili , ces deux derniers entrant simpleaieot dans la désignation d'édifices , sans relation avec l'époque du document.
Ce point essentiel éclairci , notons encore dans les fragments le nom d'un artiste en travaux sur bois et
métaux (f^^^^), nommé Setnekht, fils de
Penhaou (en E) , qui revient à la page IV, et celui de Hapi-oer , fils de Ptah ( en G ).
Abordons maintenant la traduction du texte suivi qui commence avec la planche II. Nous sommes introduits in médias res. Des voleurs font devant la justice l'aveu détaillé de leurs crimes ; les premiers mots reconnaissablés sont : de sa royale épouse, vie-santé-force. , . , Noubshas. En nous référant aux constatations consignées dans le passage reproduit ci-devant du papyrus Abbott, nous pouvons hardiment suppléer le commencement de la phrase :
Traduction... < (Nous nous sommes introduits dans le
tombeau du roi Sebakemsauf ) et de la royale épouse
Noubsbas, sa royale épouse, par l'endroit de son couloir'.
papyras Abbott. C'est d'an endroit ainsi désigné qne les voleurs avaient fait an troa de deax coadées et demie (ci-devant, tome 1 , p. 63). La tradaction pourtour est conjecturale ; ce même mot, mais
LE PAPYRUS JUDIGUIRE AMHURST. 9
Il (le lieu) était protégé et entouré * * par de la
maçoDDerieS 6t coavertde dalles \ Nous le démolimes
ATec le délerminatif ^fL , nomme les corridors secrets placés dans l'épaisseur des murs du temple de Denderah ( Dûmichen : AU. Temp. II, 86), et dont U est impossible de découvrir la porte (Dûmichen: Resultate, 45). Les voleurs avaient cherché l'endroit où le massif de pierre était déjà évidé. Comparez le copte xo\, foramen.
UAK AMOT. Cette lecture n'est peut-être pas sûre dans toutes ses parties, uak signifie bien protéger, entowrer, comme avec un mur (ChampolUon; Monum. ,206); mais c'est la première fois que ce mot se rencontre avec le déterminatif mur. Quant au groupe suivant, ce
pourrait être ^^%; mais, quelle qu'en soit la lecture, nous ne sommes guidés que par le déterminatif de l'enveloppement qui nous suggère l'idée entourer.
s Petite lacune.
^ yi^^A wfeb. o^ ' *iA2CA. Ce mot se retrouve dans les Inscrip. tions $ur matières dwres du Musée britannique ( pi. 18 , 5) , où il est question d'un sac de métaux précieux qui avait été placé sous un
entassement de "^^ A'^^ ^^ • ®* ^^^^ ^^ moyen de deux pierres
de taille. Dans ce passage , comme dans celui de notre texte , ce groupe désigne de menus matériaux par opposition à des pierres de fortes dimensions.
*81inr^ ^f:^ ^ ^ ™.Le dernier groupe est inconnu, et la combinaison des lettres.^ inusitée, sauf pour la
transcription des mots étrangers , il faut peut-être lire ,^^ ,,^ ^ et rapprocher ce dernier mot de M o , qui désigne des matériaux
10 MÉLANGES É6TPT0L0GIQUES.
complètement*, el nous la trouvâmes (la mn^) reposant. De même nous ouvrîmes leurs cercueils et leurs coffres funéraires * dans lesquels ils étaient. Nous trouvâmes la momie auguste du roi qui était près de la divine hache d'armes ', et un nombre considérable de talismans
(^i\T,n) ^^ d'ornements (Q^^ "») ^'^"^ ^^'^""^ à son cou. Sa tête était recouverte d'or * par-dessus, et
employée à clore une enceinte (DOmicben: II Hlsl. Insc , 50. b, «, 1.)
* -%^ \|Sf^^^- ^n trouve plus habituellement le mur renversé comme détermlnatif. Le sens démoHr, détruire est très-bien constaté , surtout par les inscriptions de la Statuette naophore du Vatican , où le groupe en question se rencontre précisément dans la pbrase : démoUr des maisons. Nous savons par le papyrus Abbott que les voleurs avaient eiïectivement procédé par démolition.
< Les riches sépultures se composaient parfois de trois cofflres entrant run dans l'autre et contenus dans un cercueil de pierre.
mot khopesh manque ici ; il est remplacé par le signe dieu , qui qualifie les objets appartenant au roi. On sait que des haches de bronze ont été trouvées par M. Mariette dans le cercueil de la reine Aahhotep , sur le bois même du coffre , et une hache d'or entre les linges qui entouraient le corps ( Mariette-Bey : Catalogue du Musée de Boutog.p. 259).
* ^i>i^^^ — ^ V ^. f^^. Le déterminatif est d'occurrence rare ,
mais l'expression : travaillé avec l'or , exprimée avec les mêmes groupes, se rencontre souvent. Ici il s'agit de dorure ou d'un masque d'or^ comme on en a rencontré plusieurs fois des spécimens, et c'est pour ce motif que le déterminatif de l'enveloppement a été adopté.
la momie auguste da roi était entièrement garnie d'or' ; ses cercueils étaient revêtus ' d'or et d'argent en dedans et en dehors , et couverts ' de toute espèce de pierreries. Nous prîmes ^ l'or que nous trouvâmes sur la momie auguste du dieu , ainsi que ses talismans et les ornements qui étaient à son cou, et les coffres dans lesquels il reposait. Ayant trouvé également la royale épouse, nous prîmes tout ce que nous trouvâmes avec elle de la même manière; et nous mimes le feu à leurs coffres funéraires , et nous volâmes leurs mobiliers', que nous trouvâmes avec eux (consistant)
en vases d'or, d'argent et de bronze ( J i ^o, ) » ©t nous nous les partageâmes. Nous fîmes l'or que nous avions
I ^p^^s=iç^^, TKA, copte TOC, planter. Voyez la même expression au papyrus Anastasi lY, 17, 8.
* ^ 0^ H^èkM^ ®*^ peut-être le copte ZQS , <loo Zoëga traduit poUre, lœvigare. La même expression se trouve , Mariette : Monuments divers, pi. 7 , lig. 19 , à propos de pierres revêtues d'or.
3 *^î Nous complétons ce groupe en ^^"^^^"^ ,S orMj>, vêtir, habiller, induere. (Voyez Todtb., cb. 125 . 66, et cb. 110. 4.)
4 J^Z^qP^IJ^, MOri. Ce mot signifie prendre un^ chose, la travaHUr, en disposer, en faire, comme on dit, son affaire.
* lf^ n • ^® °™^' ^ ^^é expliqué dans le premier tra-
vail sur le papyrus Abbott , Rev. areh, XYI, p. 381. Il correspond au grec firnr^a de la Plainte en violation de sépulture, traduite par Letronne {Notices et extraits des manuscrits de la Bib. tmp. , p. 169).
trouvé avec le dieu , dans leurs momies augustes , les talismans, les ornements, les cercueils *, en huit (parts). >
Ici finit la page II , et par malheur Fabsence des premières lignes de la page III nous fait perdre les dernières phrases de cette déclaration importante ; mais , selon toute apparence, la lacune ne nous a privés d'aucun fait essentiel.
Nous possédons maintenant Texposé très-complet du vol dont le papyrus Abbott nous a seulement dit quelques mots, lesqtiels sont du reste en parfaite harmonie, comme on devait s'y attendre, avec les détails qui viennent de nous être révélés.
Ces détails nous renseignent sur la richesse des sépultures aux temps obscurs qui ont précédé la domination des Pasteurs. On savait déjà que certains coffres funéraires de cette époque étaient entièrement couverts d'or, et l'on connaît le nombre considérable d'objets précieux que contenait celui de la reine Aahhotep que nous avons déjà cité * : joyaux d'or enchâssant des pierres précieuses , diadème , armes d'or à fourreaux d'or , ornements de bronze revêtus d'or , chassemouche de bois recouvert d'or , miroirs , barque d'or massif avec douze rameurs d'argent massif *, etc. Quoique cette sépulture ne date que du début du nouvel
i Les voleurs n'avaient brûlé que les bois sans valeur , ils avaient conservé , pour se les partager, ceux dont ils n'avaient pu enlever la dorure ou les ornements.
* Ci-devant» p. 10, note 3.
3 M ariette -Bey : Catalogue du musée de Boulaq , 259 à 267.
empire , elle porte tous les caractères de celles des temps antérieurs à TiovasioD. Il semble qu'Ahmès I , après avoir délivré son pays de là domination des Barbares, se soit tout d'abord complu à renouer la chaîne traditionnelle des rites , en adoptant pour une princesse de sa famille le mode de sépulture royale en usage avant l'invasion. On n'a pas rencontré un deuxième exemple d'une imitation aussi splendide des anciens usages funéraires. Mais il est probable que les fouilleurs arabes qui ont amené au jour les cercueils dorés des Entef existant aujourd'hui dans les Musées de l'Europe, firent une riche récolte d'objets de grande valeur. On trouve dans les collections publiques et privées un nombre considérable de bijoux d'or, d'argent, de pierres précieuses , etc. , qui proviennent des tombes. Mais , indépendamment des amulettes et des joyaux déposés dans le cercueil , on a constaté des traces de dorure et des garnitures d'or ou de métal doré appliquées directement sur les momies , par exemple des masques dorés couvrant seulement la tète, ou la tète et les épaules', des visages dorés *; sur des momies de femmes , le bout des seins et le nombril doré \ L'or et l'argent doré étaient encore appliqués sur d'autres parties du corps * ; les doigts ont parfois des étuis cylindriques de ces métaux avec la marque des ongles', et l'on remplaçait
i Mariette -. Catalogue . p. 234.
« Ibid. , 46.
3 Catal. Passalacqua , 145.
4 Ibid.
s Ibid., p. 186.
OU couvrait au moyen de feuilles d'or la langue des momies *• Excités par ces richesses, les Résurrectionnisus de l'époque pharaonique, dont les modernes fellahs ne font que continuer Tœuvre , ne nous ont guère laissé de momies intactes de l'ancien empire ; nous ne pouvions soupçonner que par induction la nature et la valeur des objets qu'elles renfermaient. A en juger par les cercueils tout dorés de la XI® dynastie , on pouvait croire que cette valeur était considérable , au moins en ce qui concerne les sépultures royales. Nous possédons aujourd'hui , grâce au papyrus Amhurst , une description assez détaillée d'une de ces sépultures , et nous y apprenons qu'un nombre considérable de joyaux et de talismans d'or étaient placés au cou du défunt , que sa tète était recouverte d'or et que le corps lui-même était entièrement garni ^d'or ; que les cercueils ( probablement au nombre de trois), rentrant l'un dans l'autre, étaient revêtus d'or et d'argent à l'intérieur et à l'extérieur.
Les voleurs s'emparèrent de tout cet or , et notamment de celui qu'ils trouvèrent sur le corps même ; ils prirent aussi les coffres funéraires , et ils expliquent qu'ils firent huit parts de Tor trouvé dans les momies royales , des amulettes, des joyaux et des coffres euxmêmes (^^\^)- Comme ils ont dit auparavant qu'ils avaient brûlé ces coffres , il faut croire qu'ils en avaient conservé, pour se les partager, les parties les plus précieuses, ou qu'ils avaient réussi à en détacher la dorure,
i Mariette : Catal. , 267.
qui se faisait chez les Égyptiens avec des feuilles d'or plus épaisses que les nôtres.
Après avoir reproduit in extenso la déclaration des voleurs dont, comme nous Tavons expliqué, les dernières phrases nous manquent, notre document donne le tableau de leurs noms ; il nous en reste cinq seulement , plus l'indication de leur nombre total , qui était de huit , ainsi que nous aurions pu nous y attendre d'après le nombre de parts faites du butin. Chaque nom, avec les indications accessoires occupant upe ligne, nous voyons qu'il nous manque trois lignes en tête de la page , indépendamment de l'espace nécessaire pour la fin de la déclaration faite par les coupables.
Voici la traduction des lignes 1 à 6 de la page III : . . w*
i. Le manœuvre* Hapi , fils de , de la demeure
d'Ammon-Ra , roi des dieux , qui est sous l'autorité du premier prophète d'Ammon ;
2. L'ouvrier ciseleur ( f i y y p^ ) > Airienamon , de l'intendant des surveillantes * Nasiamon , de la demeure d'Ammon«Ra , roi des dieux ;
^ Titre incomplet et douteux.
»j!C~gp!|l| -i^^^ ï » en copte mat, voir, regarder. Existalt-U un corps de police secrète composé de femmes? Un des passages les plus curieux du Papyrus magique Barris (page B, 6) assimile la femme voyante aux animaux les plus dangereux, dont il est nécessaire de m^ueler la bouche. C'est probablement une femme espion. On a déjà signalé la surveillance dont les fonctionnaires égyptiens
16 MÉLANGES ÉGTPTOLOCUQUES.
3. Le cultivateur ( '^^^ 5 d ) Amouemheb , de la demeure d'Amonapet , qui commande parmi les gens d'Amonapet , sous l'autorité du premier prophète d'Ammon ;
4. Le fournisseur d'eau * Kaemuab ( ou Kaemous ), du pavillon de repos * du roi Menkheperou-ra (Thothmès IV), sous Tautorité du (lacune).
5. Le soldat Nefer , fils de Nekhouiemmou , qui est sous l'autorité de l'esclave nègre Tanouramon , du premier prophète d'Ammon.
Total des hommes qui ont été dans le tombeau du dieu: hommes, 8.
Cette liste d'accusés est dressée sur le même modèle que toutes celles qui nous sont connues dans les documents de la même classe'. Nous n'y remarquons aucun per-
étaieiit l'objet ( Chabas : Études sur l'Antiquité, p. 147). On en troaye des traces , môme à l'époque ptolémalque et romaine ( Letronne : Lettre à Passalaequaj Catal. Passalacqua, p. 376 ). Un fonctionnaire écrit à un de ses inférieurs et le prévient qu'U le suit des yeux:
îi^
, littér. celui qui met ou ajoute de Veau. On
trouve le titre: Fournisseur d*eau h Vocddent de Thèhes (Bircli: Coffins and mummies of the prince of Wales , 6. )
* -^1^ n» ^® ^^l^ft» ^^^' Probablement le lieu où le roi se retirait pour se livrer au repos et au rafraîchissement. On
connaît les prêtres du siège ; /v& \ ^ l\\\ fs^ qui étaient commandés par un ^
3 Voir celles du papyrus Abbott, ci-devant, tome I, p. 144 et suivantes.
LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMHURST. ii
sonnage de quelque importance , pas de scribes , pas de prêtres.
Les aveux des coupables recueillis et la reconnaissance de leurs personnes faite, il fut procédé ainsi que l'expose la suite de notre texte :
c Ils furent mis à la question de la fustigation par le bâton ; on leur serra les pieds et les mains. Ils tinrent le même langage. *
Ce passage est fort curieux ; il nous montre le groupe
^^^ j I j . employé dans le sens de mettre à la question , examiner par la torture. Cette méthode cruelle , dont nous n^avions pas encore rencontré de traces certaines » n'était sans doute appliquée que dans les cas où la culpabilité était évidente , comme dans Pespèce où les accusés avouaient leur crime. On sait d'ailleurs que le
mot'^^lj^ (qui admet divers déterminatifs ) se dit de toutes les opérations d'instruction judiciaire: investigations, confrontations , interrogatoires, comparutions, etc.' Le groupe qui signifie /ei5rtflfa(ww, ^j^jijj.est trés-
connu ; mais le ^^^^^ J^^l^.^'*'''^» W se lit bafana, ne s'est pas encore rencontré ailleurs*; c'est évidemment le bâton avec lequel on frappe; il serait
1 Gi-deyant, tome 1 , 91.
«On trouve la lôrrae ^yl ^^^^^ XABA-t , Vaba-t (Pap. Anan. 111.7,3).
J8 MÉLANGES ËGYPtOLÔÔlOUES.
vraimeot curieux de retrouver daos rancien égyptien rétymologie du mot français.
En outre de la bastonnade, les accusés subirent sur les pieds et sur les mains une opération indiquée par le
groupe -^^^^r n* ^^^y MAA. On remarquera le déterminatif ^, commun à tous les groupes exprimant dans cette phrase des actes de violence, uaa, se rencontre seulement dans un passage du Rituel funéraire coname nom d'un bassin mystique \ ce qui ne peut absolument rien nous apprendre; aussi ce n'est que d'après les vraisemblances que nous traduisons serrer les pieds et les mains. Un traitement de ce genre a toujours fait partie des tortures infligées aux malheureux mis à la question.
Il parait du reste que l'opération n'allait pas jusqu'à la dislocation des membres , car, ainsi que nous allons le voir, les deux magistrats purent faire conduire les condamnés devant eux (<=> ^i \\f c'est-à-dire en les faisant marclier devant eux*) jusqu'à l'occident delà ville, quartier de la nécropole ou devaient être faites les confrontations.
Voici les derniers détails que nous puisons dans le papyrus :
« Le chef de la ville, gouverneur, Shaemab', *
< Et le contrôleur royal Nassuamon , scribe du roi ,
i Lepsius : Todlb. , ch. 17 , 17. — MUeste Texte , 30 , 17. « Voyez la phrase analogue au papyrus Abbott, pi. IV. lig. 17, et sa traduction , tome 1 , 70.
3 Ou Shaemous. Ce nom signifle Couronné dans Thèbes.
firent emmener les voleurs devant eux > à ToccideDl de la ville.
• En l'an 16 , d'Athyr le lyjour, les voleurs posèrent la main sur le tombeau dont ils avaient touché les monuments funéraires ; leur confrontation fut faite, leur affaire mise en écrit.
« Le gouverneur , le contrôleur , le lieutenant et le commandant de la ville envoyèrent sur cette affaire pardevant le pharaon. »
On a vu par le papyrus Abbott que l'aveu des coupables ne suffisait pas pour motiver leur condamnation. Ad préalable on les conduisait sur les lieux du crime , et là on les confrontait avec tous les objets dont ils avaient pu s'approcher pendant la consommation de leur méfait ; le procès-verbal de cette instruction constatait
qu'ils avaient mis la main (^8c=±-i=3^^^^) sur ces
objets ; c'était ainsi une descente de lieux avec confrontation des accusés sur le théâtre du crime. Le nom hiéroglyphique de cette phase de la procédure est encore
^tllu-/)' ^^ papyrus Abbott on trouve la
combinaison signiacative ^;]] ^ k^tH Cji
<=>H^^ c=î-= v\ • ^^^*"*^^ P^^ ^^^ confrontation complète'. Grâce à ces constatations, la traduction de notre papyrus n'offre pas de difficultés sur ce point , et il n'y reste rien d'incertain que le groupe incomplet w^ll
* Pap, Abbott V, 5. — Traduction, ci-devant, tome I, p. 80.
20 MÉLANGES É6YPT0L0G1QUES.
(lig. 9, pL 3), que nous croyons pouvoir être complété en jjj^g^ j , Vutile , le nécessaire , ce que U rapport écrit de Vaffaire devait contenir pour que le roi pût la connaître et choisir les juges chargés de prononcer en dernière analyse sur le sort des coupables.
Ainsi donc nous ne possédons pas encore les dernières pièces de ce procès criminel ; il nous manque ud document semblable au papyrus judiciaire de Turin» contenant l'institution du tribunal par le pharaon et le compte-rendu des condamnations. Ces pièces se retrouveront peut-être, car elles devaient être comprises dans rénorme trouvaille de papyrus qui a fourni presque tous les documents de cette nature, et en outre la collection de papyrus de M. Harris, dont le Musée britannique vient de faire l'acquisition.
Nous avons reconnu , dans les mentions qui précèdent, quatre des fonctionnaires nommés au papyrus .\bbott. Ce sont les suivants :
Le chef de la ville (poliarque), gouverneur, Shaemab;
Le contrôleur royal Nassuamon, scribe du roi ;
Le lieutenant , dont les titres sont : le contrôleur Neferkara-em-pa-Âmon , lieutenant du roi ;
Et le commandant de la ville {^^^ ,,^, ^\ ) '»
Trois de ces personnages faisaient partie de la commission qui visita les tombes dans la journée du 48 Athyr de Tan XVI; le quatrième, c'est-à-dire le commandant de la ville, y figurait aussi , mais comme accusateur.
i Ci-devant, tome I, p. 54 , 76 et suivantes, 83, etc.
Le lendemain 19 Athyr fut nne journée bien remplie; les paragraphes IV et V du papyrus Abbott se réfèrent à des actes d'information judiciaire qui eurent lieu ce môme jour \ D'abord, le chef de la ville, gouverneur Shaemab, et le contrôleur royal « Nassuamon, inspectèrent les tombes des princes et celles des reines , et firent arrêter l'ouvrier Pekbar, qui fut ensuite interrogé et confronté sur les lieux; puis, le commandant
de la ville («J&^)> incriminant l'information, porta
plainte directe an roi pour provoquer la désignation d'un tribunal spécial chargé de connaître de l'affaire.
D'après le passage du papyrus Amhurst que nous venons de traduire, c'est aussi le 19 Athyr de l'an XYI qu'eut lieu la confrontation des spoliateurs de la tombe du roi Sebakemsauf , et c'est encore ce même jour que rapport fut fait au pharaon sur l'affaire. Le contrôleur et le gouverneur eurent ainsi à présider à deux confrontations différentes dans le quartier des tombes*. On conçoit que ces opérations aient été combinées de manière à éviter un double déplacement des fonctionnaires de Thëbes; toutefois, à en juger par ce qui nous reste de cette procédure , nous devons reconnaître que les magistrats égyptiens faisaient preuve d'une remarquable activité.
Nous sommes maintenant arrivés à l'espace resté blanc sur le papyms , après lequel vient la dernière page
« Ci-devant, tome I, p. 77 et 79.
< Voir, pour la première, tome I , p. 78.
22 3IËLANGËS ËGVPTOLOGIQUËS.
(pi. IV), qui se compose seulement de trois ligues entières précédées des débris d'une quatrième. On y lit :
« (Voleurs de) individus 3
f Voleurs des maisons? .... individu 4
Total 4
c Voleurs du tombeau du dieu, qui (avaient été), à son effraction , placés devant le premier prophète d'Âmmon-Ra, roi des dieux, pour les faire amener, puis les faire placer parmi les hommes gardés dans la geôle du temple d'Ammon-Ra, roi des dieux ; qui avaient parlé entre eux du vol , et dont le pharaon leur seigneur avait fait instruire la sentence :
• L'ouvrier ciseleur Setnekht , fils de Penhaou , du temple d'Ousormara - Meriamon , dans la demeure d'Ammon (Thèbes), sous Tautorité du deuxième prophète d'Ammon-Ra, roi des dieux, et du scribe Nassuamon , du temple d'Ousormara-Meriamon , dans la demeure d'Ammon. »
Cette dernière page du papyrus nous donne simplement une liste de voleurs , incomplète au commencement et à la fin. Il y avait plusieurs séries d'accusés , dont la première sur notre fragment comprend quatre individus.
La série suivante se composait de spoliateurs d'un hypogée royal désigné seulement par le nom de tombe du
dieu : les groupes '^ ^^ ^ ^ ^ , qui suivent cette
indication , ne nous présentent pas un sens bien clair : r-^ A signifie séparer, entamer, fendre, et se dit du front ou du flanc de l'hippopotame entr'ouvert par ud
LE PAPYRUS JUDICIAIRE AMttURST. 23
glaive *, mais nous ne l'avons pas encore rencontré exprimant ridée effraction dans un édifice*. Ce point de doute et l'absence de mentions significatives ne nous permettent pas de décider la question de savoir s'il s'agit encore de la tombe de Sebakemsauf ou d'une autre tombe royale dont il aurait pu être parlé dans les portions perdues de la page. Ces prévenus avaient comparu devant le premier prophète d'Ammon , fonctionnaire qui tenait l'un des premiers rangs dans l'ordre judiciaire'. Ce magistrat les avait fait placer avec les
hommes gardés (j'jf^^^^^j) ^^^^ 'a geôle
(M^^^^T^n' :î*aap*) du temple d'Ammon. Là, ilsavaient conversé avec leurs compagnons à propos du vol.
rappelle bien là forme copte atcaxi... hgu norepHOT, ils se dirent les uns aux autres , entre eux. Mais soit qu'ils eussent parlé entre eux , soit qu'ils eussent rencontré des compagnons ou complices de leurs méfaits , leurs paroles avaient été écoutées et avaient formé contre eux une charge qui détermina le pharaon à ordonner leur mise en jugement , ou plutôt l'examen de la
« NarUle : Mythe d'fforus, pi. II, VII.
s Si l'on pouvait lire ^^ x > ^^^te, on serait conduit à croire qui! s'agit de voleurs arrêtés dans le voisinage de la tombe de Sebakemsauf, et disUngués de ceux qui avaient été dans le tombeau même (voir ei-devant p. 16).
' Voir ci-devant, tome f , 165.
* Mot nouveau qui rappeUe le copte ^uip , obturare.
condamnation qu'ils avaient méritée ( ^ 2!î^ ^â
tienne organisait une surveillance étroite et recherchait les informations de la délation , ainsi que nous l'a suffisamment montré le papyrus Abbott '.
De celle série de voleurs il ne nous reste plus qu'un seul nom , celui de l'ouvrier ciseleur Setnekbl , fils de Penhaou , que nous avons déjà rencontré dans les frag • ments détachés. Il est impossible de reconnaître sûrement la liaison qui existait entre les fragments et la mention de la page IV ; mais on peut supposer que le fragment donnant le nom de Setnekht a fait partie d'un préambule ou titre général du document, et que la dernière page , si elle eût été complétée, nous aurait donné le verdict des juges. Ce point pourra être éclairci par quelque nouvelle trouvaille ; car il est manifeste que le scribe qui a laissé vide l'espace de deux pages et qui a arrêté au premier nom une liste de plusieurs individus , a eu des motifs pour ne pas achever son œuvre sur le même papyrus ; il est conséquemment possible que l'on rencontre un jour les pièces qui nous manquent ici.
Le nom de Nasamon , Nasiamon ou Nasuamon * était fort commun à l'époque de la XX* dynastie ; il se ren-
1 Voir ei-devant« p. 15, lanote relative à la YoyanU.
s Ce nom signifle : Celui qui est h Àmmon, Les divers documenis qui le citent présentent de légères différences dans la voyelle qui suit nos ; ces différences étaient certainement insensibles dans la prononciation égypUenne.
cooire trois fois daDs le papyrus Amhurst et semble désigner trois personoes différentes :
1^ LecoDtrôtear royal Nasiamon , dont le nom est orthographié Nasaamon au papyrns Abbott :
99 L'intendant des surveillantes Nasiamon , de la demeure d'Ammon-Ra, roi des dieux;
3^ Le scribe Nasiamon, de la demeure d'Ammon-Ra, roi des dieux. Ces deux derniers personnages pourraient bien être un seul et même individu , car il est certain que rintendant des surveillantes possédait aussi le titre de scribe.
Ici s'arrête l'analyse des mentions que nous livre le papyrus Anothurst. On voit qu'elles ne sont pas sans importance. L'application de la question dans l'instruction des affaires criminelles est un fait nouveau pour nous; mais nous savions déjà que, l'instruction faite» les affaires de cette nature étaient renvoyées devant le pharaon» qui ne prononçait pas de jugement, mais désignait les magistrats du tribunal, qu'il choisissait parmi les hauts fonctionnaires militaires , religieux et civils. Il n'existait pas de tribunal permanent pour le jugement des crimes. Il en était institué un pour chaque affaire , comme en France il est institué un jury pour chaque session d'assises.
La spoliation des hypogées dès l'époque pharaonique a été signalée par d'autres documents originaux , et surtout par le papyrus Abbott , qui décrit ainsi l'état d'un hypogée public livré au pillage : < Les voleurs avaient violé toutes les sépultures ; ils avaient arraché les momies de leurs coffres et de leurs caisses , et les avaient
26 MELANGES É6TPT0L061QUES.
jetées sur la poussière ; ils avaient volé toutes leurs fournitures qui leur avaient été données, ainsi que For, l'argent et les garnitures qui étaient dans leurs coffres funéraires. »
On peut comparer avec ce texte, qui date de 3000 ans, la relation suivante de M. Passalacqua: • Les nombreux tombeaux publics de Thèbes sont plus ou moins praticables, selon les ruines qui les encombrent. La plus grande partie d'entre eux, noircis par le feu et remplis d'une immense quantité de fragments de momies et de débris de cercueils brûlés , attestent que tout ce qui y avait été anciennement déposé par les Égyptiens y avait été la proie des flammes *. •
Cette relation nous parle de Tincendie des coffres funéraires , circonstance que le papyrus Abbott ne mentionne pas , mais qui concorde parfaitement avec la déclaration faite par les spoliateurs du tombeau de Sebakemsauf. Elle est aussi d'accord avec ce que disent les savants de linstitut d*Égypte de l'aspect que présentaient de leur temps les chambres intérieures des pyramides , ces tombeaux des plus anciennes dynasties : On y voyait des amas de momies brisées , de toiles et d'ossements épars , et de fragments de sarcophages.
S. BiRCH. — F. Chabas.
t Catalogue Passalaeqna , 198 et 20S.