‹ Mélanges égyptologiques (volume 2)Chapitre 35 sur 64 · SURVEILLANT DE LA NÉCROPOLE DÉ THÉBES · texte numérisé non relu

SURVEILLANT DE LA NÉCROPOLE DÉ THÉBES

Les noies dont je vais donner ici la tradoction font partie du papyras hiératique du Musée de Turin » auquel j'ai déjà emprunté le texte expliqué dans le Mémoire précédent.

Comme je Tai dit plus haut» le fac-similé de ce manuscrit publié par MM. Pleyte et Rossi occupe quatorze pages de leur volume (pi. XXXV à XLVIII). Les sept premières pages , qui forment le recto , ne contiennent que des notes de comptabililité , de réception d'approvisionnements, de paiements de salaires» etc. Ces notes« fort mutilées 9 pourront être de quelque utilité pour l'explication des autres documents du même ordre , dont le nombre est assez considérable. Dans leur état actuel , elles ne contiennent rien de bien intéressant. Les pages XLII à XLVIII sont inscrites au revers.

La page XLII a été composée par les éditeurs au moyen de trois fragments de pages dont la liaison est au

E3CTRAIT DU GARNRT D'UN SURVEILLANT. 45

moîDS douteuse. On ne peut rien fonder de certain sur TinterprétatioD d'un texte aussi arbitrairement constitué.

Avec la page XLIII commencent les textes assez complets pour être sérieusement traduits. On lit en tète, sur une ligne isolée , les mots suivants :

f L'an 29 » du mois de pasbons le... * jour. A parlé i le scribe Pentaour au scribe Amennakhtou. •

Cette courte note , de date postérieure aux mentions qoi vont suivre , ne peut être considérée comme la date du document qui la suit. C'est ou une annotation mise après coup sur une marge restée en blanc, ou bien l'adresse mise sur le papyrus lorsque le scribe Pentaour l'a envoyé au scribe Amennakhtou, sans doute pour être déposé aux archives de la nécropole.

Le premier paragraphe est daté du 4^' de Tobi ou du lendemain , d'après son texte, qui se lit ainsi :

* Le scf ibe de la comptabilité * Hat-nakhtou et les « pères divins' de cette demeure ont écouté ce qui se < dit ^ chez les manouvriers. On leur a dit : Oh ! l'on « nous fait arriver en face de la faim , en face de la • soif. Nous sommes sans vêtements ; nous sommes

4 Le quantième a disparu.

' l4 ^ ^!' ^^^^ ^^ ^^^ secondaire.

* ^^^î^*^^^^^^ I )^ ! • ^^^^^^' ' ^^^^^^^ ^^^ bimehes, c'est-àdire la bouche 4es ouvriers.

* S^ A ""^ X -^^i expression à noter; nous trouverons plus loin celle d'ouvrir la faim.

46 MÉLANGES ÉGTPT0L06IQUES.

( sans breovage ' ; noas sommes sans poissons ; c nous sommes sans fourrage. Ayant envoyé vers le ( pharaon^ notre seigneur , pour tout cela » nous enver-

• rons vers le gouverneur (^^"j^^), notre supérieur.

• Qu'il nous soit donné les moyens de vivre • ! On leur « a laissé des vivres le l*' de Tobi pour la journée. •

Malgré l'excellence des règlements sur la matière, malgré les protestations continuelles des fonctionnaires préposés à l'organisation et à la surveillance des grands ateliers y les négligences et les abus n'étaient pas choses absolument rares. Le service des approvisionnements souffrait de la paresse et de l'incurie des scribes ; aussi les plaintes des ouvriers étaient-elles assez fréquentes pour que plusieurs des documents qui les constatent soient arrivés jusqu'à nous ^ A peu près à la même époque où les Israélites , affamés au désert , reportaient tristement leur pensée sur les marmites de viande , les poissons et les autres friandises qui avaient abondé pour eux en Egypte \ des ouvriers, qui peut-être les avaient remplacés dans leurs travaux , criaient aussi : Nous allons mourir de faim et de €oift

Dans le document que je viens de traduire , il s'agit de la population ouvrière attachée au service d'un temple situé dans la nécropole de Thèbes; cette population

Observer l'équivalence ^^ '^'^'^'^ = ^

* Littér. : Qu*il nous soit fait Vacie de vivre !

3 Voyez Cbabas et Liebleln : Deuxpap. hiérat. de Turin, iih8«, 1868.

* Exode, XVÏ , 3 ; Nombres , XI, 5.

comprenait de simples manoDvriers et des tra?ailleurs de différents corps d'état » dont le pins grand nombre était payé en denrées.

On conçoit le dérangement que pouvaient apporter dans les distributions de vivres les troubles politiques dont la capitale de l'Egypte a été si souvent le théâtre. Ces distributions suspendues » la faim se faisait aussitôt sentir parmi ces mercenaires , qu'il ne faut pas s'étonner dès lors de voir si souvent impliqués dans des poursuites pour vols et pour attentats.

Les ouvriers réduits à la disette en ont appelé au roi; ils attendent et murmurent ; les fonctionnaires chargés de leur administration s'en préoccupent et les font surveiller; ils apprennent que plainte va être portée au

gouverneur,^ J^^. qui est le supérieur, ^^ , du

quartier de la nécropole. Mais tout ce que les ressources disponibles permettent de faire , c'est de fournir un jour de vivres aux mécontents. Ce n'est qu'un atermoiement ; nous allons voir en effet se continuer les réclamations.

PI. XLIII, lig. 6 à 10:

< L'an 29, de phamenot le 4*^

« Ouverture des enceintes par les ouvriers établis à

« la ï^écropole(^^^ ), emmenés aux provisions

• par les trois sergents (^^^ ç^j^;)-

« Le manouvrier Mésou , fils d'Aanakhtou , a dit : i Sainteté d'Ammon ! Prospérité du souverain viec santé-force , dont la grandeur des esprits tue!

• J'ai déjà porté l'affaire (^=^) au supérieur aut jourd'hui même, parce qu'il {le manouvrier Mésou)

« s'est livré au repos et que ses anciens (?) compagnons c me l'ont dit. Mais ce n'est pas moi qui le ferai châtier i pour son jurement par le nom du pharaon, t

J'ai rédigé sur ce curieux épisode un court Mémoire, qui est imprimé dans le deuxième volume des Transactions de la Société cP Archéologie biblique de Londres , et je répète ici ma traduction pour montrer la grande variété des notes officielles tenues par les scribes. 11 s'agit d'un ouvrier qui s'est rendu coupable du crime de jurement par le nom du roi. Le scribe rapporteur a signalé officiellement au supérieur de la nécropole la circonstance de moindre gravité que cet ouvrier s'est couché au lieu de travailler. Quant au blasphème , il le consigne simplement dans son rapport , et le fonctionnaire d'ordre plus élevé qui a le contrôle des rapports, décidera des suites à donner à l'affaire.

La culpabilité des imprécations par dieu, par le roi, par le père, est constatée dans le Rituel funéraire (ch. 125, 27 et 30). J'ai d'ailleurs discuté, dans le Mémoire que je viens de citer, un texte hiératique qui s'explique à l'égard des jurements dans les mêmes termes que la Bible : // est dit dans les anciennes Écritures : Ne jette pas ta bouche en jurements.

La première phrase de la section se réfère à l'ouverture des enceintes de la nécropole. Il parait que ce quartier, ou au moins la partie de ce quartier qui était affectée au logement de la population ouvrière, avait

trois enceintes fermées ( f\ ^^jy OT ' ) » fl'^' °^ s'ouvraient qu'à des heures et pour des circonstances

délerminées. Les sergents ou bas officiers de la nécropole étaient préposés à ces clôtures que les ouvriers ameutés ne respectaient pas toujours.

XLIV , H à 17 : • Sont partis pour ouvrir l'enceinte « pour parvenir jusqu'à la ville, les manonvriers. Les c trois sergents m'en ont entretenu sur le portail * de « la ville.

« Fait partir les deux rapporteurs avec le \ par

c le scribe Âmonnakhtou de la nécropole; mis deux « ouvriers pour les ramener.

« Venue du rapporteur Khentirif pour nous dire :

€ Kheflamon avec Kenna, fils de , (et) Tat* avec

« Maoui et Méri , ont dit : Nous ne reviendrons pas.

< Dis- (le) à tes supérieurs. Ils se tiennent avec leurs • compagnons. Oui, est-ce que l'ouverture de la faim

< ne s'approche pas^? Grande rumeur '. Je donne une

< réponse plus grave qu'on ne saurait le dire. Ah!

2 Mot que je ne réussis pas à déchiffrer.

3 ^. Dans le très-utile recueil de noms égyptiens publié par

f . Lieblein ( Diction, de noms hiérog. , Cbristiana , in-S» , 1871 ) , on rouve plusieurs noms de cette forme.

^oir ci-devant , p. 45 , note 5.

1 <-3v ^^ ah --Tg-^j c'est-à-dire: la chose fait grand bruit.

c hooorerait-OD les prévarications * dans le palais du t pharaon? Ainsi disent-ils.

c Or , nous sommes allés pour entendre leurs bon- • ches , et ils nous ont dit la parole du cœur en vérité. •

Ce texte présente des difficultés de traduction trèssérieuses. Je crois être parvenu à lui donner sa véritable physionomie. Les sections précédentes nous ont montré des symptômes de mécontentement parmi les ouvriers insuffisamment approvisionnés. Des agents avaient été chargés de se glisser parmi eux et d'entendre leurs bouches.

Voyant leurs demandes rester sans résultats^ les ouvriers forcent les enceintes de leur quartier et cherchent à pénétrer dans la ville. Les officiers de la nécropole tâchent de les ramener, et, à cet effet, leur

dépêchent deux fonctionnaires (j^^ffljwj, ceux qui

répètent , rapportent; aussi des seconds , des lieutenants ) , accompagnés de deux ouvriers choisis parmi ceux qui ne s'étaient pas mutinés.

L'un des rapporteurs revient avec leur réponse ; cinq d'entre les mécontents lui ont parlé au nom de tous. Ce sont sans doute les meneurs de la grève ; ils protestent qu'ils ne reviendront pas , et le rapporteur constate que les meneurs restent avec, (ou à la tête de) leurs camarades (<=>^^).

Le rapporteur donne son avis sur la gravité de la

i-^^fâs»^M:^.-

EXTRAIT DO CARNET D'uN SURVEILLANT. 51

situation: les ouvriers redoutent la famine, et, dans leur inquiétude, ils portent leurs critiques jusqu'à la personne du pharaon.

Par la dernière phrase le rapporteur affirme la véracité des faits qu'il relate et la fidélité avec laquelle il a rempli la mission qui lui était donnée ainsi qu'à son collègue d'écouter les bouches.

PI. XLIV, 1.17, àpl.XLV,l. 5:

« L'an 29, de (phamenot) le 28 ,

• Le nommé Kaïlo * est parti, parce qu'il va pour « conduire les dieux du midi aux panégyries.

i Le supérieur des Madjaiou *, Nohemphra, fils de « Néhasi , est venu pour dire aux trois serments des « ouvriers qui président à la clôture de la nécropole

• (et sont postés) près d'elle, d'après la parole du « gouverneur:

« Que j'aie fait que vous ne soyez point allé aux pro- « visions ', ce n'est pas moi qui vous ai fait ne point y « aller. Je n'ai aucune chose à vous apporter. Mais vous

• dites : N'enlève pas nos vivres*. Suis-je donc le gou-

« verneur (^^ ^^) ''^^^sti du droit d'enlever? Ce « n'est pas moi qui ai placé celui qui a fait U^ut ce qui

* Nom eflàcé en partie.

9 Milice de la nécropole. Voyez ci-devant, tome 1 , 51.

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