‹ Mélanges égyptologiques (volume 2)Chapitre 6 sur 64 · M. CHABAS · texte numérisé non relu

M. CHABAS

Le contrôleur Thothrekhnefer ;

Le lieutenant du roi Penramaou;

Le scribe Phra-em-heb, delà Bibliothèque;

Le porte-enseigne Hora, des travailleurs (C).

En disant :

Les paroles qu'ont dites les hommes , je ne les connais pas(D).

Allez I jugez-les I

Allant , et les jugeant , et faisant mourir en leur corps ( E ) ceux qui ont donné là mort de leur main ;

Et je ne les connais pas.

En faisant appliquer le châtiment aux autres ;

Et je ne les coimais pas, en réalité.

Or donc I (je vous dis) :

à savoir: ayez du cœur I (F).

Gardez-vous de faire châtier (G) quiconque serait prévenu de délit (H).

Et sur qui cela ne tombe pas, relativement à eux.

Ne résistez pas I ( J )

M. DEVÉWA.

En disant :

Les paroles que dirent ces hommes, n'en ai -je pas connaissance 7

Allez I jugez-les I

Qu'ils avancent; qu'ilslesju-

gent ; qu'ils donnent la mort

ceux qui donnent la mort de

leur main , à leurs membres.

N'en ai -je pas coimaissance?

Faites exécuter le châtiment de (mort et les] autres.

N'en ai-jepas connaissance?

Or, ils avancent I jugez-les suivant ce que vous dicte votre cœur.

Soyez vigilants à faire exécuter le châtiment ( pour celui qui a mérité) la torture.

Cela n'est-il pas constant à mon égard î

Eux , qu'ils périssent.

M. CHABÂS.

Quelque chose qui. ail été faite, ceux qui Tont faite, que tout ce qu'ils ont fait soit sur leur tête I

Je protège ; je prends soin à toujours. Je suis avec les • rois de la Justice , qui sont devant Ammon-Ra, roi des dieux, et devant Osiris , souverain de l'éternité ( K ).

M. DEVÉRU.

Étant toutes leurs actions pour ceux qui les ont faites ; puisse retomber tout ce qu'ils ont fait sur leur tête.

Je dirige moi-même et je gouverne moi-même jusqu'à perpétuité ; (car ) je suis avec les rois des deux Justices qui sont devant Ammon-Ra% roi des dieux, et devant le Vigilant, souverain éternel.

Le discours de Ramsès III, si jeTai bien compris , est une énergique affirmation de l'indépendance de la justice et une démonstration manifeste d'impartialité absolue de la part du pharaon : le roi institue des juges et leur abandonne les criminels ; par trois fois il affirme qu'il ne sait rien d'eux, en insistant la dernière fois d'une manière tout particulière : je ne les connais pas

^^ ^^ , en fait , en réalité.

Cette précaution pouvait être nécessaire, puisqu'au nombre des criminels à juger il s'en trouvait d'accusés de complot contre la personne royale.

Le roi rappelle ensuite au tribunal la loi qui punit de mort les meurtriers ; cette loi, qui a existé de tout temps chez les nations policées , est positivement attribuée à la législation égyptienne par Diodore de Sicile. Elle était édictée non seulement contre le coupable, mais encore

contre le témoin d'un assassinat , lorsqu'il n'avait pas porté secours à la victinae, hors le cas d'impossibilité de le faire.

Les crimes punis de mort étaient énumérés dans les livres des lois ; ils étaient nommés :

Crimes de mort ,

Crimes grands de mort.

A propos de l'application de la peine de mort, le roi mentionne seulement le meurtre, laissant aux juges le soin de faire les assimilations édictées par la loi ; puis il parle des châtiments qui doivent être appliqués aux autres criminels. Le mot 0 J^QQ ^ r n* cbai , signifie châtiments , pénalités, et se dit des plus légères corrections infligées aux enfants par les parents, comme des supplices subis par les criminels, et même de la peine de mort ; mais, dans ces derniers cas, le mot est habitaellement suivi d'une indication qui en spécialise le sens ; c^est ainsi que la peine de mort est appelée

Le châtiment grand de mort.

Dans son discours, le roi distingue entre la peine de mort à prononcer contre ceux qui ont donné la mort de leurs mains et les cbaiot ou châtiments à infliger aux autres.

Puis il dit aux juges: Ayez du coeur y gardez-vous de faire appliquer des châtiments à ceux sur la tête de qui ne pèse aucun acte de violence.

Et il insiste par une formule d'injonction qui signifie ne vous éleviez pas contre ceci. Celle formule rappelle la clause finale des ordres royaux en Chine : respectez ceci.

Comme corollaire de ce qui précède , le roi rappelle ensuite en termes précis que , de quelque crime qu'il s'agisse, c'est le coupable lui-même qui doit en porter la peine.

Et il termine en constatant qu^en sa qualité de continuateur des pharaons, ses prédécesseurs, il est l'un des rois delà justice éternelle. Nous verrons plus loin ce que signifie cette expression .

Si c'est M. Devéria qui a bien traduit, le discours est bien plus facile à résumer : Allez, jugez ! je connais les crimes ; que le bourreau fasse son œuvre !

A première vue, on admettra difficilement qu'un discours de ce genre ait été tenu pour l'installation d'un tribunal, même par un prince despotique et sans aucun frein légal. Je ne prétends pas toutefois que tous les pharaons se soient constamment abstenus d'injustice et de violence ; je crois qu'ils ont pu faire servir dans certaines occasions les tribunaux à l'accomplissement de leurs vengeances. En Egypte , comme ailleurs , le pouvoir royal a dû rencontrer des instruments dociles; mais ni en Egypte ni ailleurs les rois n'ont fait insérer l'expression de leurs volontés sanguinaires dans des pièces officielles de procédure , tout en faisant en même

temps appel aux personnifications de la justice éternelle. Ces tyranniques violences s'exercent, mais il n'est jamais nécessaire de les écrire dans des actes publics.

Ce que nous apprend de positif le Papyrus Judiciaire de Turin, c'est que le roi choisissait les juges; le Papyrus Abbott confirme ce renseignement. Les juges étaient toujours pris parmi les fonctionnaires publics^ que le pharaon nommait aussi lui-même , ce qui est prouvé par des textes innombrables. On voit, dès lors, que la prérogative royale était toute-puissante, et que , pour assurer rindépendance de la magistrature , ce n'était pas trop des lois protectrices mentionnées par Plutarque.

Lors de leur institution^ les juges de nos jours prêtent sermentde se conduire en bons et loyaux magistrats. Selon moi, le discours par lequel le pharaon instituait les juges égyptiens est un équivalent de la formalité moderne ; il leur est recommandé de condamner le coupable, d/ acquitter V innocent y et de ne faire tomber les délits que sur ceu^ qui les ont commis.

Abordons maintenant l'examen philologique du texte.

A. — L'expression . ^^ j , charger quelqu'un^ lui

donner une mission, a été expliquée par moi dans mon Mémoire sur V Inscription d'Ibsamboul. On pourrait citer cent exemples concluants de l'emploi de cette formule. Ce dont le roi charge les juges, ce sont les criminels,

^ J^^^^i, du pays. Le copte a conservé ce mot

sons la forme Bof^ abomination; mais, dans un document judiciaire , il faut prendre le sens propre, qui est crime, criminel. Cette acception se révèle manifestement dans

MELANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

ipression citée plus haul : crime capital y crime mortel. Le mot %^ I , qui a été traduit parmmiw^/, n'a

[^unement ce sens ; il signifie déchu , avili , misérable. [le s'agit ici que de nuances ; mais les nuances sont s-utiles à retenir et à observer pour la clarté des tractions.

B. — Je ne reproduispas les transcriptions de noms , ni traductions de titres , données par M. Devéria; nous ferons moins au fonds qu'en la forme.

C. — Je dirai cependant quelques mots du groupe z^tlQ^-S-,^ ji"^!» oTAi, qui désigne une corporation ntlejugeHora était porte-enseigne. M. Devéria (p. 8 de son ouvrage) propose d'y voir « les exécuteurs, les tueurs , qui pouvaient être à la fois des espèces A'agents de police. •

Or, il s'agit tout simplement d'une corporation doistique de la nature la plus pacifique ; de travailleurs artisans qu'on trouve au service des établissements blics, comme à celui des simples particuliers. Au papyrus Anastasi VI, qui est encore un docunt judiciaire , le scribe Enna se plaint qu'on lui ait •obé des serviteurs, entre autres des T=r^^ j , dont éclame la restitution, ainsi que celle du produit de r travail consigné chez le magistrat , et consistant en les de plusieurs espèces. Peut-être ces personnages fabriquaient-ils pas seulement des toiles ; dans tous cas, s'ils n'étaient pas tous tisserands, il y avait assurent des tisserands parmi eux ; les temples, les rois et

MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

init par invoquer rintenrentioD de son maître : ? / lui écrit-il^ ^intendant Seba a emmené deux le deux cultivateurs qui étaient à labourer avec ?mierjour de Méchir ; que mon maitre mande \dant Seba de délaisser ces travailleuses

il dans lequel se tenaient ces travailleurs por-

une espèce d'atelier ou de magasin , ainsi iroit par une mention des Papyrus Rollin, relatains bois qui y furent transportés ^.

ne parait pas que les Ouat fussent exclusiveupés au travail du bois, car il est question des ['or dans une inscription funéraire du r^ne Ms III '. Certaine classe de la population des agers leur était du reste assimilée par les Égyp-

grandes inscriptions de Thothmès III à Karnak tamment les Ouat du pays de Tunep *.

l'ils dépendaient d'une grande maison , les ouaï )mmandés par des ^^"="> "ep, ou préposés\ 'est le cas pour toutes les corporations de tra- , telles que les maçons , les graveurs , etc. Un ;eigne marchait à leur tête lorsqu'ils sortaient en Ile était la fonction d'Hora , le dernier juge inss la liste du Papyrus Judiciaire.

fUMt. VI.4,Ug. 4.

:, Pap. RolliD I , lig. 1 . 3.

H., Recueil, p. 65, 6.

;, Àuswahl^ pi. 12, lig. 3.

toitasilll, pi. 5 et 6, revers.

La S»^11A > Ouaï, c'est-à-dire le lieu affecté aux Ouai, faisait partie de la demeure d'uu riche Égyptien au même titre que la ^^lj(|(f^ , Rety lieu de dépôt ou magasin d'approvisionnement de toute espèce \ au service duquel était également employée une domesticité spéciale. L'analogie de ces deux locaux est nettement indiquée par un passage du Pap. Anastasi III : Réjouissezvous, gens de mon Reï ; réjouissez -vous y ceux de mon

OUAÏ*.

Il parait que la Ouaï servait quelquefois de fourrière; c'est là que, d'après un 4)apyrus, est ramené le cheval égaré d'un chef d'atelier :

COT AXAi p TA OTAi"T

Lui (est) conduit à la Ouaï.

Il faut donc, dès à présent» dépouiller le juge Hora du sombre caractère que lui donne son titre prétendu de chef d'ea?^cu(et(r$ ou de tueurs; il était simplement conducteur d'une brigade d'ouvriers , fonction qui pouvait avoir une certaine importance. Ce qu'il importe de constater ici, c'est que le tribunal est exclusivement com-

1 Voy. DuBMiCHBN, AU. Temp. I. pi. 79 , lig. 39; Kal.Inschr., pL 64 , etc.

t PI. 5, lig. 3 et 3.

3 Pap. Sallier l,pl. 7, Ug, 4. M. Devéria a traduit: Il est pris par VOuai, Mais l'inspection des textes nombreux où se rencontre le verbe A2CAI lui démontrera facilement son erreur. Voyez par exemple : Pap, d'Orhiney, pi. I, lig. 10, et pi. 14, lig. 7.

sé de personnages ayant des emplois administratifs m caractère fort pacifique.

Sont les paroles qu'ont dites les hommes ,

non je connais elles.

tf. Devéria (p. 182 de son livre) s'exprime ainsi : Le s interrogatif j>arai7 être indiqué pour ce membre de

ase par la particule 1 qui se trouve en tête la proposition, et dans tous les autres cas il l'est par ;roupe initial (1^. Cest, ajoute-t-il, faute d'avoir

ervé cette nuance grammaticale que deux savants disjués ont pu se tromper sur le sens général du Papyrus istasi L

I est regrettable , à mon point de vue , que M. Devéait prononcé ainsi la condamnation de deux de ses ègues sur le simple motif qu'iPlui semble que les

ticules initiales j^ ^M^ paraissent indiquer sens interrogatif. S'il avait des motifs sérieux puisés s l'analyse des textes, c'était le cas de les faire connai- Tousles égyptologues conviendront sans peine que sa ludion du préambule du Papyrus Judiciaire est loin re démonstrative sur le point en question. Or , comil existe dans les papyrus cent exemples très-clairs de iploi des formules discutées , c'était un devoir pour de les citer et de donner ses traductions , d'autant

plus qu'il ne s'agissait pas seulement de justifier ses vues, mais encore d'inculper les vues des autres.

Ici, je me bornerai à répéter ce que j'ai déjà énoncé bien des fois.

lo Les négations J^ et J , placées au commencement des phrases , s'emploient aussi bien au positif qu'à l'interrogalif.

2" L'adjonction des groupes IjO^ ^P ^ ^\ etc., n'est jamais indispensable pour constituer soit la forme positive , soit la forme interrogative ; que ces particules existent ou qu'elles n'existentpas, c'est le contexte seul et l'intention des phrases qui peuvent faire reconnaître si l'on doit ou non tourner par Tinterrogatif.

A ces deux règles que personne n'a songé à démentir depuis deux ans que ma réfutation a paru, je suis en mesure d'en ajouter une troisième , c'est que la négation zl^ obéit aux mêmes lois; placée au commencement d'une phrase, elle peut exprimer, selon le contexte, le positif , l'interrogatif ou le vétatif .

Je pourrais remplir ce volume de citations , mais il me plaît mieux de voir sur quelles autorités et sur quelles interprétations se fondent mes contradicteurs ; je devrais dire mon contradicteur, carje ne crois pas en avoir d'autres aujourd'hui que M. Devéria'. Peut-être cet habile

i L'opinion de M. de Rougé peut se déduire de ses plus récentes traductions, par exemple:

iVe connaissez-vous pas les bienfaits ?

)logue a-t-il jugé suffisantes les citations qu'il a tées à l'appui de sa thèse. C'est ce que je vais exa-

; textes auxquels M. Devéria a fait appel sont au

re de deux , savoir :

Une comparaison de deux phrases dn Papyrus Ju-

e, commençant par \r bt ipi-r , et Pautreseu-

t par Br"ipi"T ; M. Devéria traduit la première :

était pas fait d'exception, et la seconde : Il n'est pas

l'exception.

firme , moi , que

|ue la forme négative de

l'y a, pas plus dans l'un que dans l'autre cas, ni ire conditionnelle, ni tournure interrogative, et

e q^ initial n'est autre chose que la conjonction

orco , et.

initial est interrogatif.

'lèvera pat ?Aonc -** après ^ peut nôtre pas interrogatif. de Rougé, Mémoire sur les attaques, etc., p. 8 et 10, et Dde-

Hist, Inschr. I, pi. 2. 17 et 4, 43). Ces traductions sont justes ;

la dernière phrase est corroborée par la suite du texte, que ougé n'a pas traduite: Cest un misérable, odieux h sessol^ 8t toi qui les mèneras pour le faire tuer, (Jusque dans) le pays lahous.

Le paragraphe auquel M. Devéria fait l'emprunt de ces citationsse trouve page V, lig. 4, du texte. En voici, selon moi , la traduction exacte :

c Hommes aihenés pour leurs crimes (et) pour leurs ex- » citations qu'ils firent sur Pabekakamen , Pias (et) Pentaoun On les plaça devant les magistrats du tribunal pour qu'ils les jugent.

« Ils les trouvèrent coupables ; ils les appréhendèrent » sar-le-champ dans le tribunal ; ils moururent eux-mè- » mes , et il ne leur fut pas fait de grâce '.

Cette traduction se justifie d'elle-même, mais elle pourrait être appuyée de discussions philologiques étendues^ qui comporteraient un travail sur le Papyrus tout entier. Je désire que cette révision soit entreprise par M. Devéria lai-même ; car j'espère que mon savant confrère arrivera bientôt à reconnaître l'inexactitude de la règle qu'il a posée , et la nécessité de faire disparaître de la voie de la science une pierre d'achoppement de cette nature; il reconnaîtra sans doute aussi que le Pa-Khent , endroit qui admet la présence et le service de tant d'officiers de divers ordres , n'est pas nécessairement un Aarem royal. Je l'engagerais aussi à revoir la légende de l'anacréontique Khéti , qui n'était pas du tout un pourvoyeur du lit nuptial, mais, à l'en croire lui-même, un terrible jouteur en amour. Je voudrais aussi voir laver Ramsès III de l'accusation de lubricité qu'on fait peser sur lui en reconnaissant ce pharaon dans les scènes révoltantes

t Litiér., erUèvemerU d'iniquités. Le texte donne ensuite les noms itê six condamnés avec rindication de leurs fonctions.

OU grotesques du Papyrus Erotique àe Turin. Uo égyptologue ne doit point juger ce curieux document d'après ce qu'en a pu dire un écrivain humoristique, mais par l'interprétation des légendes qui accoinpagnent la plupart des tableaux dont il est rempli.

On voit que l'histoire est directement intéressée aux rectifications dont je suggère ici l'idée. Je laisse la discussion ouverte, et, revenant au point spécial qui m'occupe, j'^explique que, d'après ma version, lessix individuscondamnés à mort et exécutés furent les |)remiers instigateurs du complot tramé contre la vie du roi , et que c'est pour ce motif que le tribunal usa de sévérité a leur égard ' .

2^ La deuxième autorité invoquée par M. Devéria est un passage du papyrus Sallierl, pi. 7, lig. 2, dont il donne la transcription avec traduction interlinéaire (p. 479 de son ouvrage). J'ai déjà fait remarquer que M. Devéria a négligé de comparer ce passage avec un duplicata du

^ M. Devéria a traduit les trois formules discutées par : N'en ai-je pas connaissance ? Il conviendra qu'il y aurait à son point de vue tout simplement : iVe les connais-je pas ? Cette traduction : Ne les connais-je pas ? serait explicable dans la première phrase où elle se rapporterait aux paroles prononcées par les accusés. Mais dans les deux autres cas, après : Qu'ils donnent la mort ceux qui donnent la mort, etc; et après : Faites exécuter le châtiment de mort et les autres, M. Devéria a bien senti que le roi ne disait pas qu'il connaît les bourreaux, ni qu'il connaît la peine de mort et les autres châtiments, N'en ai'je pas connaissance ? spécialise un peu moins ; mais» en y regardant de près, on s'aperçoit«ai sèment de l'impossibilité de cette traduction.

même texte qui se trouve au Pap. Aoastasi II, pi. 8, lig- 4' ; voici la transcription copte des deux textes * :

A AT n"2p AZ Z\ U n"BKOT

B n-ep Az 2A u n'BKor

A AT nAI*C| 2TpA l>AA U Cl>T

B nAi"q 2TpA b^A (lacum)

A AT n I>M"'TI 2A KAqi Z\ |)AA p TA l>T

B n I>m"ti 2a z\ Kuqi z\ Ijaa akot p ta I>t

A OTM 3CA2CA"q U"l>lJIIOT TA'TeAp AT U2 Crq... B AT ^A2CA-q U"l>MMOT TApp UZ C\'i\...

On voit au premier coup d'oeil que l'un des textes fait usage de (l^ au commencement de toutes les phrases , tandis que l'autre supprime cette particule; voici , du reste , la traduction de l'un et de l'autre :

V Sallier I: Et le chef d'atelier se tient au travail, et son cheval reste à la campagne.

Et le boulanger s3 tient à la pétrissoire pour jeter (des pains) au feu ;

Sa tête est dans le four, et son fils est. . .

2* Anastasi II :

Le chef d'atelier se tient au travail;

Son cheval reste à. . .'

Le boulanger se tient à la pétrissoire pour jeter des pains au feu ,

Et sa tête est dans le four ; son fils est. . .

1 Calendrier des jours fastes, etc., p. 13.

s Le texte Sallier est marqué A et le texte Anastasi B.

3 Le mot campagne a disparu dans une lacune.

Cette preuve de l'emploi facultatif de (1% initial

parait de nature à frapper même les personnes angères à l'égyptologie.

le n'insiste pas davantage , et je conclus qu'il n'existe ^une règle pouvant s'opposer à ce que le préambule Papyrus Judiciaire soit traduit conformément au sens )arent et raisonnable de ce texte *.

E. — Allez t jugez 'les ! allant ^ les jugeant , (ei) fatit mourir ceux qui ont donné la mort de leurs mains , is leurs m£mbres.

Les trois verbes que je rends par le participe présent

It précédés de \\^ i , formule auxiliaire qui comînd le sujet pluriel ; le verbe aller n'a pas de régime ect ; le verbe juger est suivi de son régime direct

. j , eux : jugeant eux ; enfin le verbe ^^'^'^ ^ JTOT, faire être tué^ faire mourir , a pour régime +»or UTOT, ceux qui ont donné des morts ; c'est-àe , selon moi , les meurtriers. M. Devéria y voit les vrreaux chargés d'exécuter la sentence capitale. Si l'idée de M. Devéria était juste , je crois que la rase serait arrangée différemment ; et que tout au ans le signe du pluriel aurait été supprimé dans le mpe (jp!, car le sujet de+"T utot, faire mourir, *ait alors exprimé par l'expression f "or uTor , qui , un régime dans ma traduction ; mais la correction

Les textes discutés et cités in-extenso dans ce volume de Még^ apporteront d'ailleurs de nombreuses preuves à l'appui de la orie que je défends, et qui n'a plus besoin d'être défendue. Voyez à la pbrase traduite: Et il ne comparut pas^ ci-devant, p. 15.

orthographique est si rare dans les textes égyptiens et les règles sont si élastiques , que je donne mon observation seulement comme un indice.

Ici, comme partout, c'est le sens du contexte qui doit nous guider. Or, le contexte parle de deux catégories de criminels, les uns ayant encouru la peine de

mort, et les autres ( ^^^ r-*-^^ ) passibles d'un châtiment plus ou moins grave, mais autre que celui de la peine de mort'.

Voici l'ensemble de cette partie importante du texte , dont les lacunes sont remplies avec une entière certitude :

Allant , les jugeant , faisant

mettre à mort ceux qui ont donné des morts

de leur main , en leurs membres , et je ne les connais pas ;

faisant châtier les autres ,

et je ne les connais pas , en réalité.

i Ceci résulte de mon étude du Papyrus Judiciaire. Dans certains cas , le cbâtiment , qui le plus souvent devait consister dans l'application de la bastonnade , était suivi de la peine de mort. C'est une aggravation que le texte mentionne alors explicitement.

Il est facile de reconnaître que la marche de ces phraes avec ^\\ initial se suit de la manière la plus Bgulière ; le sujet n'y est pas deux fois exprimé ; dans la ernière phrase , l'expression ne kti>ot , les autres , st le régime de ipi gbai, faire châtier ; comme dans i phrase antécédente , ue f "or utot est le régime de *'t utot. Ici l'évidence se fait jour.

Il nous reste à examiner le rôle de ces sortes de phra- BS dans les textes , et à justifier l'emploi du participe résent dans ma traduction.

M. Devéria les rend par l'impératif dans les trois prelières formules : Allez ! jugez-les ! Qu'ils avancent! Qu'ails ?s jugent ! Qu'ils donnent la mort ceux qui... ! Mais dans i quatrième phrase il traduit : Faites exécuter le chdti- %ent. On voit qu'il est obligé de passer de la seconde ersonne à la troisième ; mais il se hâte de revenir à la econde , grâce à la lacune qui a enlevé le pronom peronnel. J'avoue que je ne connais pas d'exemple certain 'impératifs de cette forme , et que je ne prévois nullelent de quelle manière M. Devéria restitue les groupes mportés par la lacune. Quoique j'aie recueilli plusieurs entaines d^exemples d'impératifs , je me garderai de forluler une règle absolue , mais je crois qu'il est indisensable que M. Devéria nous expose ses preuves.

En attendant , je reconnais que la question n'est pas ans présenter quelque difficulté. En effet , les phrases ommençant par i\\\ suivi d'un verbe abondent ans les textes ; le Papyrus Judiciaire en contient un rand nombre ; mais partout elles expriment le présent u le passé ; exemple : Ils les jugent , ils les trouvent en

%iw.

culpabilitéy ils leur font appliquer leur châtiment , ou bien ils les jugèrent \ etc. *

On serait donc tenté de considérer le préambule comme une annotation mise après coup, et se référant à des jugements déjà prononcés et exécutés. S'il en était ainsi, le discours du roi n'aurait plus aucun sens raisonnable ; mais il n'y a pas lieu de s'arrêter à ceîte hypothèse , car la dernière recommandation du monarque : Que tout ce qu'ils ont fait soit sur leurs têtes ! ne laisse pas prise à double interprétation ; elle est exprimée au moyen de

l'impératif Hl^^.

La conséquence de ce fait , c'est que les phrases commençant par ^\\ suivi d'un verbe ne se rapportent pas nécessairement ni au présent de l'indicatif, ni au passé. Or, le participe présent s'exprime en copte par les caractéristiques de l'indicatif, ei, ck , eq , etc. Ces caractéristiques répondent à la forme hiéroglyphique ^\^ , ()^^,, 1^K__« ®^^» La caractéristique de la troisième personne du pluriel est er ou or, soit en hiéroglyphes ^\\ ; de là, les équivalences :

M T^flT' ^^P^® eqoMlj, vivens\ 'î^K-^^□^D'» c^P^^ eqpA^yi, gaudens.

^n ! ^"^ ' copte erxaiuuoc, dicentes\ ercAxi. I rrralpy^ , copte eruMor, exeuntes.

i Pap. Jud., page IV, à toutes les lignes; et aiUeurs.

2 On trouve dans les textes la mention de prisonniers ramenés

vivants. (1,,,-f.

MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

multiplier à l'infiDi ces citations. Elles clef du problème ; le roi donne un ordre : puis il commente cet ordre ; il explique la I doit être exécuté : Allant et jugeant, fatmeurtrieis, que je ne conntiis pas ; et fatutres que je ne connais pas non plus.

es à présent lout-à-fait d'accord avec le i justice, tel qu'on doit s'attendre à le voir vilement, même par un tyran.

— \ I ^^^^^ A/^ , littéralement : . . .à dire ;

précède ces groupes et entame le verbe

, qui dans 4es dialogues remplit le rôle

aller, exprimé avant un ordre quelconque,

mple au Papyrus d'Orbiney, p. 2, lig- 9 :

nous des semences, et dans notr^ texte

jugez-les. Nous sommes ici à la fin du dis-

narque; sa phrase commence par une

e ^ l]p, or, donc, et enfin.

>le verbe aller, il ne reste plus assez de

erhe juger ; c'est ce que démontrent l'ex-

le M. Devéria, et d'ailleurs aussi l'inspec-

il, que j'ai faite avec soin.

Q groupe gouvernant le gérondif <=> ^^|^ »

sinnonce une explication, comme nos exr, à savoir, c'est-à-dire. Je suppose la dis- 10 1 tel que : je dis ou écoutez. La traduç-

tien de M. Devéria : Or, ils avancent ! jugez-les selon ce que vous dicte votre coBur, exige des additions impossibles, et me semble tout à fait injustifiable.

Gardez- vous défaire châtier.

J'ai eu à m'expliquer sur cet emploi du verbe cat * , et j'ai montré :

10 Que lorsqu'il signifie fl^arcfer , observer une chose y il se lie directement et sans particule au groupe qui désigne cette chose ;

2* Que lorsqu'il signifie se garder, s'abstenir d'une

chose, il est suivi des prépositions ? , ^^ ou <=>.

On dit par exemple: cAv^yAior, garder les livres; CAT ueuior , garder les navires ; cat cbaot , garder les criminels; cat a2ot, garder les vaches ; cat ue XTOT, garder, observer les paroles, etc.

Et avec les prépositions :

CAT zî cy^ , se garder de marcher.

CAT»TT Zî en M AOTM»2HT, sc garder d'occasion de trouble.

CAT»TT p np p*Bo^ , se garder de sortir dehors.

Un curieux exemple m'est fourni par l'un des beaux papyrus de Bologne :

Sois gardé de parler, fais silence.

1 Calendrier des Jours fastes , etc. , p. 59 , note 1 ; 67, lig. 1 -, 71, noie 3 , etc.

EGYPTOLOGIQUES.

) de poursuivre plus loin cette edit bien clairement: Gardez- 'est une recomnaandation de justice^ mais en aucune mauction de M. Devéria : Soyez . . . , exprime tout le conte ; elle ne rend pas du reste r, qui, dans aucun cas, n'a la mais c'est là un détail sans

rare occurrence. On le trouve e très-significative du Papyrus \0) ; un scribe reproche à un lonner à l'ivrognerie : Quand la hit l'homme, elle maîtrise ton ^on brisé en place et qui n'obéit semblable à une chapelle sans sans pain et dont on a forcé

t KAOTA^^A m'a paru exprimer idée est rendue en copte par le dit aussi de l'accablement moe par la douleur ; c'est ainsi

constituant une élégance de style.

-zr-^ , que je recommande à Tat-

de 1)^ J^ interrogâlif.

qu'un papyrus du Musée du Louvre met les paroles suivantes dans la bouche d'Isis :

MOK IC TA l>Ap,T TA KATAjy

Je suis I sis y la veuve, la brisée. On le trouve enfin sous la forme «^^'^^^^^ » • ^ '> désignant les impies, les ennemis des hommes et des dieux.

En laissant de côté l'analogie copte , on pourrait admettre le sens déplacer y dévier, arracher. Sans être brisé, l'aviron jeté hors de son crochet d'appui ne peut effectivement être manœuvré. Dans le doute, nous sommes obligés de nous contenter de l'idée générale : désordre, délit, violence quelconque. Sous le bénéfice de ces observations, j'adopterai le mot ^/fï, par le motif que l'emploi du mot gbai emporte l'idée du châtiment d'un acte moins grave qu'un crime capital.

Entre le mot kaotaîîia et la formule gardez-vous de faire châtier, il existe une lacune de trois ou quatre mots sur lesquels nous ne pouvons faire que des conjectures. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que le texte dit que : Ne doit point être frappé de châtiment tout accusé amené pour un acte de kaota^îia , sur qui cet acte ne porterait pas :

Et non cela sur lui\

i DuBHiCHBM , Ait. t. I , pi. XV , d. Ici le mot pourrait avoir une acception différente.

9 Le second \ est le support du pronom personnel. Cette coostmction n'est pas rare.

ANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

ur ia définition exacte de Pacte de ibsiste aucun sur ia recommandation II juges. M. Devéria traduit kaota^^a 1 ne cite aucun texte à Fappui de cette 3 encore ici une tournure interrogaluction dont je ne parviens pas à me )résence du texte : Cela n'est-il pas }ard) ? C'est ce que j'ai rendu par : ombe pas , relativement à eux (et non

naison de mots connus dont le sens à apprécier. M. Devéria a rattaché

antécédente et le pronom vK''''''^

e, qu'il a d'abord lue: etiXy qu'ils ue son travail est imprimé il a pront en insurrection.

jssion o^^,'^, est indivisible et relativement à eux , eti ce qui les con- )rmule ^^^^ 'T^» je la crois susiplois très-différents l'un de l'autre, t la forme antique de l'expression TooTM , certe , utique ; j'aurai l'ocr sous cette acception dans un autre langes.

ption est surtout employée dans les es ordres ou faisant des recomman-

On peut s'attendre à la rencontrer dans les adjurations magiques et dans les instructions des maîtres à leurs subordonnés. Le véritable sens n'en pouvait être deviné que moyennant la connaissance des formes négatives commençant par ^^ suivi d'un verbe \ Aussi , ai-je eu à rectifier l'interprétation que j'en avais essayée dans le Papyrus Magique Harris *.

Le groupe en question s'y rencontre (pi. VIII , lig. 5) dans une quadruple adjuration au crocodile :

Ne sois pas contre moi! (Je suis Âmmon; je suis

Ânhur, le bon gardien ; je suis le Chef seigneur du glaive. )

Ne te redresse pasi (Je suis Mont. )

Ne surprends pas ' / (Je suis Soutekh. )

Ne porte pas tes bras contre moi ! (Je suis Sothis. )

N'approche pas ! ( Je suis Shetou *. )

^ On sait qae cette importante découverte est due à M. Goodwin. > Page 109 et 110.

t C'est-à-dire : N'endors pas ma vigilance ; ne me séduis pas I 4 Les mots: Je suis Àmmon, Mont, etc., sont prononcés par le coDjurateur, qui s'identifie avec ces dieux pour exercer leur pouvoir.

Dans ce cadre, le sens de notre expression u ipi totij , noli surgere y ressort de la toanière la plus manifeste.

J'ai recueilli dans un beau papyrus de Bologne^ que je compte pouvoir publier dans ce volume , ce passage d'une lettre de recommandations :

Ne n'écarte pas de mon mandat ! ne V élève pas

( contre ma volonté,)

Ainsi donc, l'expression u totij ou u^ipi^Toru , ce qui est absolument la même chose, est une formule interdisant résistance ou opposition. Les textes prouvent qu'elle peut être adressée , sous cette forme , soit à une seule, soit à plusieurs personnes; elle fournit pour l'intelligence du passage étudié un sens tellement naturel qu'il me semble impossible de ne pas l'accepter.

Le pronom de la forme ^,T^, est aujourd'hui connu par une foule de textes hiéroglyphiques aussi bien qu'hiératiques ; le plus souvent il est employé pour*,^^^ ; , c'est-à-dire pour le pronom de la troisième personne du pluriel précédé de la particule ^^^^ de ou à. Plus rarement il exprime simplement ce pronom , et alors (^, semble être uniquement une marque plurielle '.

Mais je ne l'ai jamais rencontré au commencement d'une phrase; conséquemment, lors même que l'indépendance de la formule u ♦totij ne serait pas démontrée, je ne consentirais à y rattacher ce pronom que si

4 Voyez Voyage d'un Égyptien, p. 121.

Ton me montrait quelques exemples d'un arrangement si peu vraisemblable.

Il n'y a au surplus d'autres motifs d'hésitation qu'à

raison dudéterminatif Jj, introduit entre ^^ et PrT^i Mais si l'on veut hésiter devant toutes les anomalies du même ordre , on se trouvera arrêté et dévoyé devant tous les textes. J'en ai signalé de nombreux exemples dans mon Mémoire sur le Calendrier Sallier* ; il n'est pas plus

extraordinaire d'écrire ^^ que ^'^^ PO"ï*^ , ni ^^

de doubler un pronom que d'écrire à la fois un pronom - -^

inutile et un nom comme dans ^ 7==\ (l 8 M

signifiant tout simplement : devant le chef d'atelier, et non pas : devant moi, le chef d'atelier.

-jj-^^ffl) ' © A ^^' ^^^^ ^^^^' embarrassant si

l'on veut absolument tenir compte du déterminatif ^

Nous avons atTaireici à un accident des plus fréquents dans l'orthographe égyptienne ; il ne nous est pas loisible d'en faire abstraction ; il faut que nous tenions compte de l'inattention et des caprices des scribes : sans cela nous nous exposerions à de perpétuels et graves mécomptes.

J'ai dû réunir dans cette note les deux points de difficulté , à raison des explications connexes qui précèdent. Mais je rattache à la phrase antécédente l'expression

® Jj %^ ''^'^ ' ^^* P^"^ ™^' remplace simplement 1 Voir ce Mémoire, p. 16, 17, 27, 34, 42, 70, etc.

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MÉLANGES É6YPT0L0G1QUES.

signifie: Quant à eux, relativement à

le plus alors que l'injonclioD isolée : Ne s f ne vous opposez pas ' / et c'est le cas de que le roi l'énonce après avoir recommanpunir aucun accusé dont la culpabilité ne démontrée.

indation d'épargner ceux dont la culpabidémontrée appelle naturellement celle de chacun la responsabilité de ses actes. C'est, B prescrit le roi dans la suite immédiate de Quoi que ce soit qui ait été fait y ceux qui )ela retombe sur leur tête! Cette clause suit laquelle elle se rattache intimement. Elle umière sur le ton d'impartialité et de juslans le discours du pharaon, fait ressortir le fait que le pharaon termine 1 rappelant qu'il est avec les rots delà jusevant Ammon-Ra et devant Osiris. C'est lonarque désigne ses prédécesseurs , dont jvre sur la terre, œuvre que ses succesont perpétuellement. Or, nous savons par )re de témoignages empruntés aux textes la principale tâche des pharaons , celle [t à se glorifier, consistaitàmaintenir Tortransmission héréditaire des biens et des

ible u»TOTM devait ici être rendu par certaine- (, assurément, le sens que j'attribue au document îré.

imes amenés pour les grands crimes qu'ils ont

>LACÉs au lieu du jugement

nraeset hommes de la porte du Pa-Khent, s'és aux hommes ayant tenu des propos , placés

1 magistrats

)mmes amenés pour leurs crimes. . . )mmes amenés pour leurs crimes. . . mmes fait k eux (^i^^^i) le supplice de l'a- 5 leur nez et de leurs oreilles pour l'abandon nt de valables constatations judiciaires* dites à

I li"

3mme ayant été un avec eux. . '

pressions en italique : amenés et fait sont écrites îxte sous la forme ordinaire du participe quali-

I adjectif verbal, R (|(| , elc. ; dans les ex- PLAOÉs et DITES écrites en petites capitales , les signes . e sont remplacés par le signe que reproduis ci-contre en fac-similé , d'après l'orilal. Ce signe représente habituellement en hiélique la voyelle ^ ; mais , comme cette valeur îst pas admissible , il faut y voir une ligature

l ^ w I I 91) ^^signe non seulement \e jugement , mais s les actes d'instruction . d'interrogatoires, de confronlaiaires, officiellement faits. Les fonctionnaires étaient tenus à ces formalités les suites nécessaires; ils pouvaient être •upables pour négligence ou pour excès de zèle, même en é de magistrats. Nous en rencontrerons un exemple dans s Ahhott.

clause ne mentionne pas la comparution de l'accusé devant

de . ^ . 00 de ^ , ou enfin , avec M. Devéria, de ^

Toales ces hypothèses sont possibles au point de vue parement graphique ; le signe en question pourrait même représenter ^ ou ^ > comme c'est le cas au Papyrus Magique Harris, p. 6. lig. 12.

Il faut dès-lors que la question soit décidée par le sens du contexte. A ce point de vue, il faut d'abord considérer que le Papyrus Judiciaire n'offre aucun exemple de l'emploi de la forme i^^^^ comme temps actif au singulier. Cette forme est toujours réservée pour le participe. Je ne connais d'ailleurs aucun autre texte dans lequel cette for-

me remplace ^ "^ , pour rendre l'idée : Je donne ou y ai donné.

D'un autre côté, dans le préambule, où le roi porte lui-même la parole, il est toujours représenté par le dé-

terminatif royal et divin, 3. De plus, si nous tradui

sons par le participe , la marche' de la phrase est satisfaisante et claire; si au contraire, au lieu de placés, nous voulons Mve je place, ce verbe serait trop éloigné de son régime placé avant lui , surtout dans la deuxième clause. Soit qu'il ait fait usage d^une ligature négligée et inusitée, soit qu'il ait représenté le roi sans se servir du signe ordinaire de dignité qu'il n'a négligé nulle part ailleurs, le scribe nous a préparé fort mal à propos un problème difficile. Heureusement la question n'a pas d'importance dans la première, ni dans la deuxième clause, car c'est bien le roi qui a déféré les criminels à la justice, ainsi qu'il l'a dit lui-même dans son préambule.

este l'une des prérogatives du pouvoir souveloins lorsqu'il s'agissait de crimes d^une cerlé. Ce point sera élucidé dans l'étude d'un

Papyrus Abbott, où nous apprendrons en is que certains hauts fonctionnaires pouvaient substituer leur autorité à l'autorité royale, térêt de la discussion se concentre sur la cinise que M. Devéria traduit comme suit : i qui l'on fit leur châtiment par le supplice lez et de leurs oreilles à cause de l'abandon ; témoignages. Je leur ai dit : les femmes étant []u'ils les joignent dans le lieu où elles sont ; fassent une habitation de boissons, avec elles ^aïas, et que leurs abominations leur seraient

• mment, de mon côté, j'interprète ce passage, e mot à mot :

les fait à eux châtiment par.l'ablation de leur e leurs oreilles pour l'abandon de valables ;ions judiciaires dites à eux. Les femmes par- ; ils allèrent là où elles étaient, et ils firent son de bière \ là, avec elles et avec Pias. et mes furent enlevés. »

aronés bommes et femmes paraissent avoir été employés forcé dans une fabrique de liqueur haq. La lecture Hcbq M. Devéria est bien certaine ; toutefois nous pourrions affaire ici à quelque groupe irrégulier. Voyez mon Méorus et les Crocodiles. Zeitschr. fur aeg Àlterth, 1868,

, cet enlèvement d'abominations sera la conséquence

ordre à exécuter, au lieu d'être, ainsi que c'est le cas ; tous les passages analogues du papyrus , un fait icé comme accompli. »

r, il serait bon de démontrer que la même phrase

se traduire ainsi indifféremment par le passé ou par onditionuel ; mais une telle démonstration ne peut

faite qu'au moyen de textes non équivoques. Ce t pas le cas de celui qui nous occupe, car, selon moi,

prête trop facilement à la traduction par le passé r que le conditiouLel y soit même mis en question. ) crois que M. Devéria n'aurait pas plus hésité que

s'il n'avait été préoccupé de la forme bizarre du

ipe ^^ M\ J^ J% l^j , dans lequel se rencone signe (ou ligature de signes) que j'ai déjà signalé me ressemblant à la forme hiératique de ^- M. De-

i transcrit ce groupe: ^^^ fl(| '^ ^^^^^i> ^^ ^^^' : je leur ai dit ; j'y vois au contraire dits à eux , •ession analogue à ^(][)^^ ^,'^, , faits à eux, je trouve sur la même ligne. Dans l'un on l'autre cas, ^^ est pour -..^^!,à eux. Je fais rapporter ce icipe aux bonnes constatations, uotti'ot ueqpor, tionnées immédiatement avant le mot xtiot, dits.

ai déjà fait remarquer que la forme *^ M est au

is inusitée comme verbe actif au singulier; elle ne pas être comparée à ^=^[)(j , groupe dans lequel la îlle i appartient au radical et se trouve implicitement

contenue dans le signe jst>-, ipi. Toutefois M. Devéria pourrait, comme moi, rattacher les mots étudiés à la première partie de la phrase et traduire « pour l'abandon des bons jugements \ que je leur ai dits ; » mais cette version impliquerait toujours l'action personnelle du roi dans la condamnation des coupables. Je prétends, moi, que jamais aucun pharaon n^a rendu de jugements , ni ordonné de supplices par application des lois égyptiennes.

Si l'on doit accepter des opinions contraires, ce ne doit être que sur des preuves bien concluantes; or, je. ne regarde pas comme concluantes des phrases dans lesquelles verbes et pronoms ont une physionomie exceptionnelle. Dans le cas qui nous occupe, nous aurions notamment un pronom de la forme M^ 3, c'est-à-dire

dans lequel le signe de Vhomme serait déterminé par le signe dieu-, il y a évidemment ici un cas d'orthographe bizarre encore plus compliqué que dans les deux exemples déjà discutés, Le signe homme et le signe dieu interviennent d'ailleurs trop souvent sans utilité apparente dans l'orthographe égyptienne pour qu'on puisse tirer des conséquences sérieuses de leur emploi, surtout

i M. Devéria traduit témoignages. Je répète que je ne connais pas un seul exemple de l'emploi du groupe iJOT+ en ce sens ; ce n'est pas le point en discussion. Mais il a parfaitement raison sur le sens abandonner, laisser de côté qu'il a attribué au verbe l>AA dans cette phrase.

et emploi porte un caractère manifeste de singud'exceptionnalité.

peu t que le signe hiératique | ne soit que la marpluriel à laquelle manquerait un de ses petits ipérieurs * ; le scribe du Papyrus Judiciaire qui a né plusieurs fois le groupe pt^oy , homme, par iyphe de la femme , n'est pas au-dessus de tout i d'erreur et de caprice ; il se peut aussi que ce Bprésente réellement le signe dieu, et n'ait cepencune influence sur le sens du texte , comme c'est ins une foule de passages du Papyrus Sallier IV très documents. Cette hypothèse est même la aisemblable. Je n'en suis pas réduit sur ce point )préciation purement théorique ; je puis citer un I des plus démonstratifs, emprunté à un texte ue très-soigné, qui est gravé sur une stèle du britannique ; on y lit ce qui suit :

roi (Aménophis III) se trouvant au temple fure du noble basilicogrammate Amenhotep, parue poliarque-gouverneur Amenhotep , l'intendant résor Meri-Plah, les scribes militaires,

dirent devant S. M. , Vie-Santé-Force.

uite est en effet un discours de ces fonction-

ixemples de cette môme faute ne sont pas rares.

iptions sur matières dures; Musée Britarm., pi. 39, Ug, 1

naires ; dans leur discours ils foDt usage de la troisième personne du pluriel, ^^^^, nous.

Nous avons ici un exemple de la complication irréguliére du verbe xt , fort analogue à celui qui nous gêne dans le Papyrus Judiciaire; au lieu de la ligature ^

00 ^^ , la stèle de Londres a ^ , ce qui est une anomalie encore bien plus grande. Dans l'un et Tautrecas,

le signe j] est figuré, mais il ne remplit aucun rôle, ni pour la lecture, ni pour le sens du groupe, à moins que l'on ne veuille supposer que les mots sont ainsi déterminés à cause de la présence du roi. Cette inutilité du

signe ^ est bien incontestable, au moins dans le texte

que nous venons de citer, puisqu'il s'agit manifestement de gens qui parlent devant le roi, et qu'il ne peut venir à l'idée de personne que le roi parle devant lui-même ; si le roi parlait, il ne commencerait pas son discours en disant: twus avons obéi. Ici l'évidence saute aux yeux Le signe dieu n'a donc absolument ancune valeur dans le groupe en question ; il n'est qu^une marque de respect après la préposition devant dans le même passage ; on ne doit pas traduire (i^t^anf moi\ puis rattacher à une phrase subséquente l'expression Sa Majesté y Vie-Santé- Force; cet ensemble signifie seulement : ctemwJ Sa 3fajesté.

En résumant cette longue discussion, je rassemble ici les points que je crois avoir démontrés :

1 Ceci vient à l'appui de ce que j'ai dit ci-devant, p. 39.

1" Qu'il n'y avait au nombre des juges ni exécuteurs ni tueurs ;

2* Que, loin de déclarer qu'il connaît les crimes et les criminels, le roi déclare au contraire qu'il neles connaît pas;

3* Que loin d'ordonner d'avance l'application de la peine de mort, le roi rappelle que cette peine ne doit être appliquée qu'aux meurtriers, et que des châtiments moins graves doivent être prononcés contre les autres accusés ;

V Que loin d'ordonner aux juges d'être vigilants k faire exécuter les châtiments , le roi leur recommande au contraire de ne pas faire punir ceux dont la culpabilité personnelle ne serait pas démontrée ;

5' Que corrélativement à la recommandation précédente, le roi prescrit de faire porter la responsabilité des actes sur ceux qui les ont commis ;

6'' Que le roi parle comme un protecteur et un bienfaiteur de son peuple, et non comme un impitoyable exécuteur ; qu'il se montre enfin le digne représentant de la justice éternelle, en sa qualité de pharaon intronisé sur le siège des Seigneurs de la justice ;

7" Enfin qu'on ne trouve nulle part dans le papyrus un passage montrant nettement que le pharaon soit intervenu personnellement dans les procès criminels, les phrases dans lesquelles M. Devéria a cru lire ce fait étant toutes irrégulières, et admettant une explication tout-à-fait différente, tandis que le texte nous montre trèsnettement que le tribunal prononce tous les jugements en

présence des accusés, même les jugements entraînant la peine de mort pour fait de tentative d'assassinat contre la personne du roi.

Peu de discussions philologiques louchent à un sujet d'un aussi grand intérêt; c'est pour ce motif que je suis entré dans les longs développements qui précédent. Je sollicite de nouveau l'adhésion ou la contradiction de mes confrères; il ne m'en coûtera rien de me rendre à de bonnes raisons, car ce que je demande c'est le triomphe de la vérité.

Si je ne me suis pas égaré, j'aurai prévenu l'introduction d'idées nouvelles concernant la justice des pharaons ; j'aurai rétabli notre confiance dans l'opinion favorable que nous ont transmise les anciens en ce qui touche l'indépendance des magistrats égyptiens. Ces vues seront, je l'espère , confirmées par les études qui vont suivre.

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