‹ Mélanges égyptologiques (volume 2)Chapitre 7 sur 64 · IV · texte numérisé non relu

IV

Description et date du Papyrus Abbott.

Ce papyrus se compose de sept longues pages d'écriture hiératique ; le type graphique , trés-élevé et trèshardi dans les premières pages, perd de sa hauteur et devient moins lisible dans les deux dernières. Deux pages ou colonnes écrites au revers du papyrus appartiennent à une autre date et à une autre main. Elles sont jusqu'à présent demeurées inexplorées à cause de leur apparence indéchiffrable.

.'écriture possède tous les caractères paléograpbiques 'époque des Ramessides : hardiesse, netteté, ligatures îlles et prolongation de certains signes dans les inter- Bs. Cependant le scribe du Papyrus Abbott avait Iques habitudes qui le distinguent. Les papyrus ier, Anastasi et d'Orbiney ont entre eux une ana- 3 de main qui permettrait de les attribuer à des es d'un même maître. Mais si l'écriture du Papyrus lott ne se prête pas a une assimilation complète : ces manuscrits, la différence ne dépasse pas celle )n peut s'attendre à trouver entre les produits de ^rentes mains à peu près contemporaines. iC papyrus est parvenu jusqu'à nous dans un excelétal de conservation ; cependant, avant d'arriver mains de M. le docteur Abbott, qui l'a cédé au jée Britannique, il avait été grossièrement divisé en X parties à peu près vers le milieu de sa hauteur, telle sorte que l'une des parties ne contenait plus la moitié supérieure et l'autre la moitié inférieure :haque page. Ces déplorables mutilations sont d'ocrence fréquente; lorsque les fouilleurs arabes ont dévert un papyrus, s'ils ne trouvent pas à le vendre ■le-champ, ils ne manquent jamais de se le partager place, dans la crainte que celui d'entre eux qui en ieurerait détenteur ne se l'appropriât k lui seul, aul cas les autres n'auraient aucun moyen de faire vaune réclamation contre le spoliateur, tous les objets iques trouvés dans le sol de TÉgypte étant la proîté du gouvernement. C'est aussi pour ce motif que ieu et les circonstances des grandes trouvailles de pa-

pyrus sont toujours restées ignorées. Les Arabes étant intéressés au secret et à la dissimulation, on ne peut presque jamais ajouter foi aux renseignements qu'ils consentent à donner quand on les interroge.

Ces usages barbares ont occasionné la destruction et la perte plus ou moins complète d'un grand nombre de documents du plus haut intérêt, dont on rencontre parfois les débris dispersés dans les collections publiques et privées. Lorsque le sol de l'Egypte aura été épuisé et n'attirera plus les chercheurs, il restera encore un champ fécond d^exploralions dans l'investigation des monuments entassés sous les vitrines ou cachés dans les tiroirs des Musées des villes ou des cabinets des amateurs, et dont le plus grand nombre n'est pas moins inconnu que s'ils reposaient encore sous les sables de la vallée du Nil.

Par un hasard des plus heureux, les deux parties du Papyrus Abbott ne restèrent pas séparées. M. le docteur Abbott put se rendre acquéreur (Je l'une et de l'autre ; on voit, par le beau fac-similé publié par le Musée Britannique, que le papyrus a peu souffert de cette rupture. Seule, la première page a éprouvé un dommage notable par suite du contact des rudes mains des Fellahs ; elle est brisée en plusieurs endroits et a perdu un ou deux groupes au commencement de chaque ligne * .

Cette lacune a emporté la date , qui était exprimée

4 H manque aussi quelques groupes dans la rupture de la page 6.

MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

)reiniers mots du papyrus écrits à Fencre n'en reste que quelques traits indéterminables, débris reconnaissables des nombres 44 ou 48. n peut suppléer à cette disparition de la date,

renseignements répandus dans le texte. En exte comprend la relation d'un certain nombre lités judiciaires qui ont été accomplies succes- ; il y en a de rapportées aux dates du 19, du âlAtbyrde l'an 46. Je n'hésite donc pas à e la première date, celle du préambule, est le

de Tan 46. On ne saurait dans tous les cas eaucoup, puisque le document vise comme un ieur une reconnaissance officielle exécutée dans 3es en l'an 44.

les opérations relatées par le Papyrus Abbott Bnt indissolublement; selon toute apparence, scrit est le procès-verbal original des opérai ont rempli les quatre journées des 48, 49, Athyr.

Taon sous le règne duquel le papyrus a été écrit

Neferka-Ra-Sotep-en-Ra , fils du Soleil,

ioms(

CiMÎSfi'-

Ramsès sha-ab-merer-Amen.

}ar les variantes de ce nom : Grampollion , Mot. M an..

C'est Pun des monarques de lâ XX^ dynastie. Le classement des règnes dans cette famille de rois ayant tous porté le même nom de Ramsès, présente des difficultés encore non résolues. M. Lepsius* a placé Ramsès Neferka-Ra au neuvième rang. Nous nous conformerons à ce classement , et désignerons ce pharaon sous le nom de Ramsès IX.

Les monuments connus de Ramsès IX , dont le nombre est fort restreint*, sontmuets sur les événements politiques et militaires de ce règne; les plus importants , indépendamment du Papyrus qui fait l'objet de ce travail, consistent en d'autres papyrus appartenant également au Musée Britannique , mais encore inédits, et dans le papyrus de comptes publié par M. Lieblein \

Ces papyrus ne traitent que de matières d'administration et de comptabilité ; mais l'un d'eux nous fournit la date la plus élevée qui soit connue jusqu'à présent dans ce règne, celle du H Méchir de la 17^ année*.

D'antres pharaons de la XX« dynastie nous ont transrais des titres encore bien moins nombreux et moins significatifs; il en est dont le cartouche seul est parvenu

i Lepsius. Kœnigsb. III, pi. 40, n® 512.

3 M. S. Bircb les a énumérés dans son introduction au volume qui contien! le texte du Papyrus Abbott et celui du Papyrus d'Orblney , p. 7.

3 Deux papyrus du Musée de Turin, Christiania, 1868.

* Deux dates de la 19« année, données parle texte écrit au revers du Pap. Abbott, appartiennent, selon toute probabilité, à ce même règ^ne.

Goog'-j'

nous. Mais ces lacunes dans la série historique it être comblées par de nouvelles découvertes.

des pages provisoirement blanches dans le livre toire ; l'avenir les remplira peut-être. Sur celles cernent Ramsès IX, on peut déjà inscrire quelénements, et rassembler de nombreuses indicar le rôle des différents ordres de fonctionnaires , visites officielles des hypogées , sur les formaliciaires, sur Tordre et la comptabilité, etc. enseignements devront être puisés dans Texplica- ;si complète que possible des monuments et des . Je vais m'efforcer de faire ressortir ceux que

le Papyrus Abbott.

Traduction.

Page I.

Paragraphe I. — Préambule.

,1e 18e jour, régnant le roi de

aute et de la Basse-Egypte , seigneur des deux es , Neferka-Ra-Sotep-en-Ra, Vie -San té-Force *,

l'habitude que j'ai adoptée, je supprimerai dorénavant traductions la plupart des expressions d'honneur qui serigner les rois ou qui accompagnent leurs noms.

fils du Soleil» seigneur des diadèmes (Ramsès sha-

ab-merer-Ameo ) , l'aimé d*Ammon-Ra , roi des

dieux et d'Haremakhou ; qui donne la vie pour Téter-

Dité des siècles.

» Ce jour-là, furent mandés' les vérificateurs* du

Kher ' auguste.

» Le scribe du gouverneur *,

• Le scribe de l'intendant du Trésor ' de sa Majesté ,

aux monuments et chapelles funéraires des rois an-

I Les mots soulignés correspondent à une lacune dans le texte. Il doit nécessairement y être fait mention de la mission confiée aux ▼érificateurs que nous allons voir à l'œuvre dans le paragraphe suivant.

« Les '^ ^ ^ r j\ ^ j , poTOTOT. Je me borne à reproduire ici les groupes désignant les fonctionnaires. Dans une section spéciale j'expliquerai le rôle qui "parait leur appartenir.

' ^®^ P-j , |)p , Kher. M. Birch a conjecturé avec raison que le mot Kher désigne un hypogée. Aux Papyrus Rbind, il a, d'après M. Brugsch, pour correspondant démotique mehuau; c'est le copte U?AV , iepulchrwn. Tl y avait un grand nombre de Khers à Tbèbes ; ils étaient fermés de portes. Des ouvriers, des fonctionnaires de divers ordres et une milice étaient affectés au service spécial de ce quartier funéraire.

I rjr > XA.

5^^<=> C3y n. m y m signifie double demeure de l'argent. On

trouve aussi la double demeure dePor*C2C2 f55r|. Ces expressions désignent le tr^«or rot/aj, auquel étaient attachés des scribes, des intendants , des gardiens. On y renfermait l'or, l'argent, les pierreries et toutes sortes d'objets précieux.

» des Madjaious, grand seigneur du Kher très-auguste » des millions d'années de Sa Majesté* à l'occident de » Thèbes, avait fait rapport au gouverneur, aux magis- » trats • et aux contrôleurs royaux.

» (Fonctionnaires)' partis ce jour-la:

> Le commandant supérieur des Madjaious , grand » seigneur du Kher ;

» Le supérieur des Madjaious, Montkhopeshef, du » palais * ;

» Le scribe Pebak, du Gouverneur;

» Le grand scribe du dépôt*, Païnefer, de l'intendant » du Trésor ;

» Le prophète Piansbaou , de la demeure d'Am- » mon •,

» Le prophète Saramen , de la demeure d'Ammon , » do cellier au vin \

o Les Madjaious du Kher qui étaient avec eux;

1 II s'agit évidemment de l'bypogée royal.

2 |jS{ ^^ [ f les seigneurs , les magistrats,

3 Mot emporté par une lacune.

* ^ i*^^^. . to grande maison. Cette expression indique la cour, le palais ; il s'agit du service royal.

5 ^A-mn' ^'^^*^' magasin, dépôt.

6 ^ ^1^> ^ demeure d'Ammon, soit l'un des temples d'ammon, soit Diospolis ou Tbèbes.

^ I ^ ^n^ m ' ^ demeure du vin. Le scribe attacbé à cet ofiBce exerçait une fonction importante. La Bible cite Véckanson de PbaraoD.

• Le Bekoernur de ce lieu ;

du Kher;

du palais ;

du palais ;

Dans cette première page , qui contient le préambule u document, nous trouvons l'institution d'une comlission composée de vérificateurs et de fonctionnaires de ivers ordres, pour examiner des hypogées qu'un raport du commandant supérieur des Madjaious avait sinalés comme ayant été Tobjet de spoliations.

Le général en chef des Madjaious , auteur du rapport, st lui-même envoyé pour assister à l'opération; il a DUS sa direction un corps de l'espèce de gendarmerie, u'il commandait , ainsi qu'un des officiers sous ses orres. Aux scribes du Gouverneur et de l'Intendant du résor royal , qui avaient été primitivement nommés , ont adjoints d'autres fonctionnaires.

Le papyrus Abbott paraît être le plumitif du procèserbal de l'enquête et de certaines opérations et pouruites qui s'y rattachent. Il nous présente sans doute écriture du scribe Pebak ou celle du scribe Païnefer.

A l'exception de la date , les lacunes et les brisures de i première page ne nous ont privé d'aucune mention de [uelque importance. Pour s'en rendre compte, il faut , n premier lieu , remettre en place les fragments dis-

i Les mots remplacés par des points correspondent à une déchiure du papyrus.

joints sur la planche I de la publication du Musée Britannique. C'est ce que nous allons tâcher de faire.

On s'aperçoit aisément tout d'abord que le petit fragment sur lequel se voit encore le signe de la force et la syllabe nos fait partie des groupes qui nomment le contrôleur royal Nassuamm , et que ce fragment doit être rapporté vers la fin de la cinquième ligne , où se rencontre précisément le nom de cet officier, privé de la syllabe nos, qui a été enlevée par une déchirure.

Quant au fragment allongé qui est placé au-dessous > il doit être rapproché vers la gauche, de manière que les deux parties du nom Bekoernur se retrouvent en contact à la dixième ligne. La preuve que ce rapprochement est nécessaire, c'est qu'il rétablit correctement les groupes

^0 à la ligne 9.

Si l'on veut maintenant se rendre compte de l'étendue de la partie disparue au commencement de chaque ligne , il faut prendre, à la page 6, lignes 45 et 16 , dans l'expression : le Kher très-auguste des millions d'années du roi à Voccident de Thèbes , toute la partie hiératique représentant les mots des millions d'années du, etc., et la rapporter à la ligne il , sur la première page, en faisant coïncider les mots occident de Thèbes. On reconnaîtra ainsi que , si elle fût demeurée entière , la ligne aurait commencé juste sur le bord de la page ; la portion perdue est donc assez exactement de trois centimètres, c'est-à-dire d'un mot ou de (Jeux au plus ^ excepté à la ligoe 5 , où la lacune est plus grande , maia où elle peut

>8 MÉLANGES É6YPT0L0GIQUES.

itre tout aussi sûrement restituée, par comparaison avec e texte donné à ia page 4.

A la ligne 7, il reste le mot ij^f^^r , Q"J ®st précédé de la lacune de trois centimètres et suivi d'une seconde lacune de deux, après quoi on lit : roccident de la nlle y puis une phrase identique à celle de la ligne 4 , page l : que le grand commandant de la ville avait fait rapport te lui, c'est-à-dire : dont le grand commandant de la ville ivait fait rapport. Par comparaison, nous devrons lire à a page 1, ligne 4: que le commandant supérieur des Madjaious, grand chef du Kher très-auguste des millions Vannées de Sa Majesté à V occident de Thèbes, avait fait

'apport d'eux (P^^^^^^ ^' ^^^ conséquent, l'expression Voccident de la ville, à laquelle se rapporte le pronom relatif, doit être précédée de quelque chose comme les lieux, les endroits, de manière à gouverner le pluriel

(1^^ ; cette observation nous fournit les moyens de remplir la seconde lacune.

Si nous nous reportons à la page 2, lig. 4 à 6, nous constaterons que l'opération à laquelle donnent lieu les

lyOnA (cuA, copte ceui, accusare) , c'est-à-dire les rapports ou dénonciations, est 'Q? , car, examen.

vérification. C'est à cette opération que sont spécialement préposés les poToror , vérificateurs, estimateurs, comme nous le verrons par la suite. Gonséquemment , c'est ce groupe car qui a dû être emporté par la lacune au commencement de la ligne 7 ; il était suivi de

rariicle pluriel ue dont était affecté le groupe l|^^

f^.^, A3CAI, copte xiore , vols ou voleurs. TdÀ traduil vols parce que Vexpertise est autre chose que \ejuge~ menty et que les vérificateurs n'étaient pas chargés du jugement.

A la ligne 9, la lacune est suivie des groupes

1^^^7\ ^^-S 8 , pants en ce jowr, après lesquels on trouve une énumération de personnages ; il y avait certainement dans la partie enlevée une expression telle que : gens, officiers ou fonctionnaires \

Au moyen de ces restitutions , j'ai rétabli d'une manière satisraisante le texte de la première page à peu prés dans son intégrité primitive , sauf pour ce qui concerne les noms de fonctionnaires disparus à la deuxième colonne des lignes i 1 , 12, 13, 14 et 15, noms qui ne sont du reste que d'un bien médiocre intérêt pour nous.

Nous allons maintenant donner la traduction des pages 2 et 3 et des quatre premières lignes de la page 4. Cette partie importante du texte comprend le compterendu de toutes les vérifications opérées le premier jour par la commission instituée, ainsi que nous l'avons vu dans le préambule traduit.

< Par comparaison avec le texte de la page 4 , on comble aisément les lacunes des lignes 4 et 5 ; il y avait au commencement de la ligne 4: M6 up«OT , les monuments funéraires, et à la ligne 5 : 2cp«Tl ^ancoT zî TA.

Page 2.

Paragraphe IL — Enquête.

' Monuments *, chapelles funéraires * (et) sépultures *

vérifiés en ce jour par les vérificateurs.

} I. L'horizon éternel * du roi Sorka , fils du Soleil ,

^menhotep, qui a 120 coudées de profondeur à sa

chambre principale ' ; le long corridor qui en dépend

îst au nord de TAménophium du vignoble * ,

> Duquel le Commandant , seigneur de la ville, avait

ait rapport au poliarque-gouverneurShaemab,

Au contrôleur royal Nassuamen , scribe de Sa f ajesté ,

y^^\^*^>Ap,— [. Le délermlnalif est doublé comme dans la

art des groupes représentant des lieux affectés à l'usage des aons.

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