‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 34 sur 66 · O <2 III · texte numérisé non relu

O <2 III

dieux et déesses tous du district Netjem.

Le dernier groupe est incomplet dans ma copie ; tel que je le restitue , il ne répond à aucune désignation à moi connue de la géographie égyptienne. Peut-être ce dernier groupe est-il pris dans son sens propre uoreu , suavis. Dans ce cas , le doux , l'agréable district ou territoire nous ferait songer à la ville de Ramsès- Mériamon , dont les papyrus de l’époque donnent des descriptions enthousiastes. D’après d’autres lettres’, les dieux de la ville de Ramsès sont :

Phra-Harmakhou à son lever et à son coucher , et tous les dieux , etc.

Phra-Harmakhou , Set et tous les dieux , etc. Phra-Harmakhou , tous les dietix et toutes les déesses.

Le texte de la lettre 13 ajoute seulement le nom de la déesse Nephthys, l’associée habituelle de Set.

A l’époque de nos lettres , les rapports de l’Egypte

< Lettre 8 , deux exemples ; lettre 16.

164 MÉLANGES ÉGVPTOLOülQUES.

avec la Syrie étaient multipliés ; le pharaon faisait des voyages dans ce dernier pays, et des fonctionnaires de divers ordres y étaient employés à poste fixe ; c’est ce que démontre la lettre 10 de la prêtresse Sherau-Ra, et la lettre 12 relatant le retour d’un employé inférieur

( qui y avait séjourné pendant cinq ans,

au service d’un entrepreneur de transports.

Ces communications intimes nous montrent un état de paix du côté de l’Asie aux époques correspondantes. Mais les prévisions de la guerre avec les peuples de l’occident se manifestent par le dégarnissement des stations militaires sur le territoire de la Syrie pour renforcer la frontière à Paarisheps, endroit par lequel l’Egypte fut envahie par les Libyens et leurs confédérés

Il n’est guère question de Thèbes dans le papyrus de Bologne. La dernière lettre, dans laquelle sont invoqués les dieux de la ville de Ramsès, nous parle cependant d’un personnage qui se rendit dans le midi à la suite du Repa Sheps ou prince héritier. Il est très-regrettable que le nom de ce prince ne soit pas donné par le texte ; il nous aurait peut-être servi à éclaircir l’ordre de succession, si embrouillé après le règne de Méneptah I.

Mais Thèbes et ses dieux sont mentionnés dans la lettre 14, dont l’objet est une simple communication de politesse; la liste des dieux et des objets divins invoqués dans cette missive est d’un grand intérêt pour la topographie de Thèbes au XIVe siècle avant notre ère.

1 J’ai traité cette question dans : Études sur l’Antiquité historique, p 214 et suiv.

Entre la triade thébai ne : Ammon , Mau et Khons , et

les dieux parèdres : ô °>

sont mentionnés :

La splendeur , c'est le cèdre aimé de Thèbes sur

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le sentier du fourneau d’ Amenhotepou .

La terrasse d ’ Amenhotepou.

Le

d !’ Hathor.

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Le perséa d ’ Ammon d’ Apet.

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Les huit

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singes qui sont à la

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terrasse d'Hathor dans Thèbes.

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La

grande

porte

du

Serviteur.

mot ne

paraît pas

être complet :

il ressemble à

( Sallier

qui est

le copte opip ,

x>t/3avo? , fornax.

Le temple de Denderah possédait huit arbres sacrés'; chacun des autres temples de l’Egypte en avait sans doute aussi un certain nombre. A Hermopolis-Magna le dieu Thoth était représenté par un cocotier haut de GO coudées. Nous ne possédons pas de listes des arbres sacrés de Thèbes, mais notre texte cite probablement ici les deux plus vénérés, savoir: celui qu’on appelait la Splendeur ; c’était un cèdre planté sur un sentier connu sous le nom de chemin du Fourneau d’ Aménophis ; l’autre était un perséa, et se trouvait dans les dépendances de l’un des temples de la rive droite du Nil , probablement celui de Karnak. Le perséa, qu’on croit être la Balanites ' ægijptiaca , était aussi l’un des arbres sacrés de Denderah , mais non le cèdre , qu’il devait être fort difficile de faire croître sur le sol de l’Égypte.

L'ouba

un lieu ouvert dans

lequel on exposait quelquefois à la vue du public les symboles des divinités adorées dans les temples. On y faisait aussi certaines cérémonies publiques 2 , ce qui suppose un espace suffisamment vaste. Le papyrus Abbott cite un temple d’Aménophis ou Amenophium dit de Youba 3 ; c’est probablement de Youba ou terrasse de cet Amenophium qu’il s’agit dans le papyrus de Bologne. Plusieurs autres textes parlent de l’ouba d’Ammon à Thèbes, nommé aussi le grand ouba d’ Amman \ Chacun

l Dümiclien : Bauurk. , Taf. VIII, a et 4.

* Dümichen : II H. I., pl. -12, 3 — Brugsch : Matériaux pour le Calendrier, pl. X . lig. 4.

3 Voir ci-devant , t. I, p. 61.

4 Lepsius: Denkm. III, 218.

des temples possédait sans doute un lieu de ce genre. Notre papyrus cite, en effet, Vouba d’Hathor, où étaient logés les cynocéphales sacrés ; c’est sur Vouba du Ramesseum que le voleur Ousoremha s'empara d'un

taureau qui y était soumis à l’opération

Ce fait me remet en mémoire le passage de Slrabon parlant des taureaux qu’on faisait combattre à Memphis dans le drornos du temple de Ptah. Ces taureaux subissaient un dressage comme les chevaux 2 : Vouba pourrait conséquemment être la même chose que le drornos. Le bœuf Apis , qu’il était permis de voir dans le sécos , était quelquefois mis en liberté et montré aux étrangers dans une olM, [cour, espace découvert ) \ ce qui pourrait aussi correspondre à Vouba.

Quant au troisième objet sacré de la liste , qui était consacré à la déesse Hathor, je ne puis même former UDe conjecture sur ce qu’il pouvait être ; il faut attendre qu’un texte analogue nous montre ce que représente le

groupe transcrit par ,|j-

Les huit dieux ou Sesennou sont les dieux de l’adoration perpétuelle d’Ammon-Soleil ; ils sont cités au papyrus magique Harris \ et figurés au Rituel funéraire \ On ignorait jusqu’à présent qu’ils eussent eu des symboles vivants entretenus dans le temple d’Hathor à Thèbes.

1 Voir ci-devant, p 37.

2 Gdogr. , liv. 17.

3 Ibid.

* Pages 3 , 11 ; 4 , 8.

s Lepsius , Todtenb., ch. 10, tableau central. Voyez aussi mon ouvrage: Le Pap. Mag Harris , p. 91.

Le dernier des objets sacrés est la grande porte du Serviteur ou de Beka, sans doute une porte de l’un des nombreux temples de la capitale de la Thébaïde ; nous en sommes réduits quant à présent à nous contenter de ce vague renseignement. Une autre porte, nommée porte de l’adoration des Bekliis ou Intelligents , est quelquefois citée par les textes’. C’était aussi un lieu vénéré. Il est est question dans une stèle du Musée de Turin.

Dans la dissertation intitulée Prière contre la partialité des juges 2 , nous avons traduit un hymne à Amman considéré comme le dieu de la justice et le type divin du magistrat intègre. Notre papyrus contient un texte fort analogue , qui forme la quatrième section de la correspondance1 2 3. C’est encore une prière k Ammon , protecteur de l’infortune et juge incorruptible , n'ayant égard ni aux présents ni aux promesses.

Mais les phrases finales de ce nouveau texte sont d’un intérêt tout particulier. Je les reproduis ici en hiéroglyphes 3 en m’aidant d’un duplicata qui se trouve au papyrus Anastasi n° 2 , page G , lig. 4 :

□ ex.

coupable , lui ( est pour

Il indique le

la chaudière-, le juste, pour la droite.

Ce texte nous donne un exemple nouveau et très-

1 Voyez ci-devant, tonie 1, page 131.

2 Ci-devant, p. 59.

3 Ibid., p. 37.

remarquable des analogies qui existaient entre les lois morales des Égyptiens et celles de la Bible et de l’Évangile. J’en ai déjà signalé quelques-unes, qui présentent quelquefois la circonstance infiniment remarquable d’une presque identité d’expression ; de telle sorte que l’explication du fait ne saurait être demandée uniquement aux inspirations naturelles de la conscience ; on voit que les deux peuples ont dû puiser aux mêmes sources ou se faire des emprunts mutuels.

L’enfer égyptien avait des zones brûlantes , des abîmes de feu , des eaux de flamme , seul breuvage offert à la soif des pervers. Les démons , bourreaux des damnés, habitaient des salles dont le plancher était d’eau , le plafond de feu et les parois d’aspics vivants ; il y avait là des grils et des chaudières pour le supplice des pécheurs. Du reste, tous les genres de tourments étaient mis en œuvre dans ces lieux redoutables, mais le feu était le principal agent des vengeances divines.

La tradition hébraïque ne nous parle pas des peines éternelles ; mais c’est avec le feu et le soufre que Jéhovah détruisit les villes infâmes 1 ; les deux cent cinquante complices de la révolte de Coré furent aussi consumés par un feu sorti de dieu \ Jéhovah juge parle feu. s’écrie Isaïe1, et , en parlant des cadavres des prévaricateurs , il dit que leur ver ne meurt pas et que leur feu ne s’éteint pas 4.

1 Genèse , ch. 19 , v. 24

~ nombres, ch 26, v. 10.

3 Isaïe , ch. 66 , v. 16.

4 Ibid., v 24.

MÉLANGES EGYl’TOLOGIQUES.

Mais c’cst flans les Évangiles que l'idée d’un enfer de feu est le plus nettement établie: caminum ignis 1 , gehenna ignis ! , gehenna ignis inextinguibilis 3 ; t lisceditc a me in ignem œternum qui paratus est diabolo et angelis suis\

Dans l'enfer, le mauvais riche est tourmenté par la

flamme ( ôÆvv&ÿwti êv t» floyi rouir» s).

Toutefois les souffrances occasionnées par l’action du feu sont tellement vives et tellement familières à l’expérience de tous les hommes , que l'idée d’y voir un instrument des vengeances célestes a pu se former chez différents peuples, indépendamment de toute tradition commune. Nous ne serions donc que médiocrement surpris de voir le pécheur égyptien condamné par Ammon au supplice de la flamme si notre texte ne nous disait pas en même temps que le juste est placé à droite par ce suprême jugement ; ce sont les termes mêmes de notre hymne des morts : Statuens in parte dextra. Au jugement dernier, le Fils de l’homme séparera les humains; il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche ; puis il dira à ceux qui sont à sa droite : Venez , les bénis de mon père ; possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde ; car j'ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j'ai eu soif , et vous m'avez donné

* St-Matthieu , ch. 13 , 50.

2 Ibid., ch. 5, 22 ; ch. 18 , 9.

3 St-blarc, ch. 9, 44, etc.

* St-Malthieu , ch. 25, 41.

5 St-Luc , Ch. 16, 24.

à boire ; j’ai été errant , et vous m'avez accueilli ; j'ai été nu, et vous m'avez vêtu, etc.

Or, d’après la doctrine égyptienne, ceux qui échappent au feu éternel et qui sont placés à la droite d’Ammon doivent mériter exactement le même témoignage qu'ils ont donné du pain à qui avait faim , de l'eau à qui avait soif , des vêtements au nu , une retraite à l'errant , etc.

On voit qu'il y a ici quelque chose de plus qu’une communauté accidentelle d’idées. Dieu a évidemment inspiré les législateurs religieux des deux peuples, mais la simplicité des dogmes primitifs ne s’est conservée que chez les Hébreux et chez les Chrétiens ; les Égyptiens les ont déformés et voilés dans les complications de leur mythologie. Grâce aux progrès incessants de la science du déchiffrement, nous réussirons à porter dans ces ténèbres une lumière plus grande et à élucider de nouveaux chapitres de cet important sujet.

Les Égyptiens étaient d’ailleurs d'accord avec les Hébreux sur la prééminence du côté droit ; chez les premiers , le soleil et le jour étaient Y œil droit ; la lune et la nuit, Y œil gauche ; c’est de la main droite que les rois

portaient le | , ou sceptre de la royauté. Chez les

Hébreux la priorité appartenait à la main droite. Joseph, voulant faire bénir ses deux enfants par son père, prétente Ménasché , son aîné, du côté de la main droite de Jacob; mais celui-ci plaça celte main sur la tête d’Éphraïm, le plus jeune ; Joseph, croyant à une méprise

* St-Uatthieu , ch 25, 31 et sqq.

MELANGES EGVPTOLOGIQUES.

de son père aveugle, veut déplacer la main droite pour la porter sur la tête de Ménasclié ; mais Jacob s’y refuse en déclarant qu’Éphraïm sera plus grand que son frère aîné

Ainsi que nous l’avons expliqué, le texte auquel nous empruntons cet intéressant détail est une prière contre la partialité des juges , analogue à celle qui fait l’objet de l’une de nos précédentes dissertations *. Les craintes concernant la faillibilité des magistrats , leur partialité ou leur vénalité sont de tous les temps et de tous les lieux. C’est la préoccupation de tous les plaideurs mal soutenus par leur crédit personnel et dépourvus de protecteurs puissants. La lettre du prophète Phraemheb J montre qu’en Égypte les hauts fonctionnaires n’étaient pas toujours exempts de celte inquiétude ; ce personnage se déclare complètement affaissé ; les propos colportés contre lui finissent par l’accabler.

Ici, le texte emploie le groupe

duquel paraît dériver le copte klob , debilis , infxmus. C’est ce même verbe qui exprime, dans le premier texte de ce genre par nous étudié , l’effet produit sur l’infortuné par le déni de justice d’un tribunal corrompu \

Au point de vue philologique il est très-utile de cataloguer tous les exemples des emplois spéciaux des mêmes groupes ; on simplifiera ainsi de plus en plus la tâche de l’interprétation des textes difficiles.

1 Genèse , ch. 48 , 8 et sqq.

2 Voir ci-devant, p. 37.

3 Voir ci-devant , p. 43.

4 Voir ci-devant, p. 60, dernière ligne.

Rappelons encore que c’est au grand papyrus de Bologne que nous devons principalement la preuve décisive que le chameau était connu des anciens Égyptiens

Il n’est pas de texte égyptien dont l’étude ne soit profitable à la science du déchiffrement ; l’inspection des textes dont ce Mémoire est accompagné montre suffisamment que le grand papyrus de Bologne ne fait pas sous ce rapport exception à la règle. On y remarquera , comme dans d’autres recueils de correspondance privée, le signe de la femme employé indistinctement comme pronom personnel et pronom possessif de la première et delà deuxième personne du féminin, et remplaçant par conséquent tantôt 1] , a , tantôt <=> , t. Le signe hiératique de la femme, ne diffère du signe hiératique de l’homme,^ , que par le point détaché, qui n’est qu’une marque conventionnelle et non une imitation d’un détail du signe hiéroglyphique Aussi les scribes négligent-ils assez fréquemment cette marque; c’est ce qui est arrivé dans le grand papyrus de Bologne où le signe se trouve représenter les deux genres au personnel comme au possessif, et répond par conséquent à trois ou quatre articulations différentes de la langue. Si l’on rencontrait isolée cette phrase, qui exprime un tendre intérêt et qui est plusieurs fois répétée dans nos

Icitres :ioM2 on éProu-

* J’ai traité spécialement ce sujet dans mes Études historiques , p. 405. Je ne donne aujourd’hui que la traduction du texte (cidevant, p. 146 ).

174 MÉLANGES ÉGYPT0L0G1QUES.

verait beaucoup de difficulté à la comprendre ; mais lorsqu’on sait qu’elle fait partie d’une lettre écrite à une femme , et que ^ hiératique remplace $ , le sens devient évident : moi (homme) je suis plein-sein Je toi (femme). Cette élasticité du système graphique égyptien est un grave écueil , une véritable pierre d’achoppement pour les traducteurs; sans doute la langue égyptienne possédait des règles de syntaxe comme toute autre langue; mais il faut reconnaître que les scribes n’étaient pas tenus d’observer l’orthographe complète des mots. C’est un fait qu’il ne faut pas perdre de vue.

Plan d'un Tombeau royal d’après un Papyrus hiératique de Turin. PL. XIII

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SUR UN PLAN ÉGYPTIEN

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