‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 6 sur 66 · GARDIENS DE LA NÉCROPOLE DE THÈBES · texte numérisé non relu

GARDIENS DE LA NÉCROPOLE DE THÈBES

Nous avons vu , dans plusieurs des études qui précèdent, et en particulier dans celle qui a trait à la spoliation des hypogées , qu’un système de surveillance ou de police était organisé par l’administration égyptienne. Des fonctionnaires spéciaux avaient la charge de veiller à la conservation des monuments et d’empêcher les effractions et les vols. C’était une tâche ardue, car la richesse des sépultures olTrait un riche appât aux malfaiteurs , qui paraissent avoir abondé aux temps pharaoniques dans la cité aux cent pylônes. Les surveillants étaient eux-mêmes surveillés par des scribes chargés de rendre compte aux magistrats de l’exécution de cette partie du service. Ces scribes avaient également mission de réveiller le zèle de leurs subordonnés et de les rappeler à l’observation de leurs devoirs. On distingue , en effet , dans l’organisation de la police de la nécropole, une hiérarchie d’agents se contrôlant mutuellement et procédant entre eux et avec les magistrats au

NOTE COMMINATOIRE

moyen de rapports écrits. Les mêmes 'agents étaient chargés de surveiller la nombreuse population ouvrière du quartier des tombeaux, d’en noter le travail ou le chômage, de constater les infractions aux règlements, et de recevoir les plaintes de cette population , qui formait une classe infime et méprisée de mercenaires assez souvent mal approvisionnés et mal payés.

Un nombre assez considérable de pièces se rapportant à cette organisation sont parvenues jusqu’à nous; mais le plus ordinairement ce ne sont pas des originaux officiels. On est porté à considérer comme des minutes ou comme des registres de greffe les papyrus qui contiennent une suite de ces documents, quelquefois disposés dans leur ordre de dates, mais concernant des objets divers et adressés à différents fonctionnaires.

Celui dont je vais donner la traduction fait partie d’une série de rapports, de notes et de pièces de comptabilité couvrant les deux côtés d’un papyrus hiératique du Musée de Turin, publié par MM. Pleyte et Rossi , ,pl. 35 à 48. Je traiterai plus loin de quelques autres parties de ce manuscrit intéressant à plusieurs titres , dont je détache pour la présente dissertation le texte inscrit sur la page 47 et sur la moitié de la page 48 de la publication précitée’. Ce texte présente en effet un intérêt particulier au point de vue de la connaissance des formalités judiciaires dans l’ancienne Égypte.

L’écriture de ce document est hâtive et souvent indistincte ; aussi'j’ai eu bien des fois à admirer la péné-

i Pleyte et Rossi : Papyrus de Turin. Leide . petit in-f°.

MÉLANGES ÉGYPT0L0G1QUES.

tration avec laquelle M. Pleyte a su reconnaître les correspondants hiéroglyphiques de plusieurs signes hiératiques à peine tracés. Le texte présente d’ailleurs d’autres difficultés que je signalerai dans mes notes.

Voici ce que j’y lis , page 47 :

« L’an 29, du mois de pashons le 15,

« Le manouvrier1 OunantaP a dit au scribe Amen- « nakhtou et au chef ouvrier2 3 Djetsou...4: Vous êtes i mes supérieurs , et vous êtes les gardiens du quartier « des tombeaux \ Le pharaon votre seigneur vous a « comblés de louanges 6 , en disant : Je m’entends plus

Voir ci-devant, tome 1 , 192.

2 La lecture de ce nom n’est pas certaine.

Voir ci-devant, tome I, 192.

Nom incomplet.

p. 53, 57 , etc.

Cf. ci-devant, tome l,

C’est la même expression

qu’au papyrus Sait (ci-devant, tome I, 179, note 1). Dans ce passage, cette expression vient après une lacune; le sens littéral: approvisionnement de l’adoration, n’est point applicable ici , ni même probablement au papyrus Sait. Le roi donnant abondance d’honneurs , c’est le roi satisfait , louant le zèle déployé par ses fonctionnaires, qui lui laissent supposer qu'il ne se commet plus d’abus dans les lieux confiés à leur garde. Au papyrus Sait, le criminel Panéba se procure le bénéfice de l’éloge en disant : Je n’ai pas abattu une

seule pierre.

NOTE COMMINATOIRE. 37

« de parole ; je n’aperçois plus de vol dans les lieux « grands et dans le lieu profond • J’ai gardé le secret ‘ ; mais , voyez !

« Ousoremha, en la compagnie 3 de Pentaour, a en- * levé4 des moellons s sur le sommet6 de la chapelle « funéraire de POsiris-roi Ousormara-Sotepenra ( Ram- « sès II) , le dieu grand.

« Puis, il a emmené un taureau qu’on dressait1

i Ces expressions : lieux grands , lieux profonds , et aussi lieux bons, désignent les tombes et les hypogées. Voir ci-devant, tome I , p. 77 , 78, et papyrus Lee, lig. 4. ( Pap . mag. Harris, p. 168. Devéria: Le Pap. judiciaire de Turin, pl. VI. )

ç n , littér. : je l'ai caché.

3 Littér. : avec. Pentaour ne remplissait qu’un rôle secondaire ; aussi la phrase se continue au singulier.

, saisir, enlever de force , ravir.

mm

, Aurp. Conf. Voyage d’un Égyptien,

6 0J ; comParez : Anastasi IV . 10 , lig. 12 : Il tombe sur ton

sinciput comme un monceau de sable. Au papyrus

Sait (ci-devant, tome I, pl. IX, lig. 5), la même indication est

rendue par jïk I 'fee , copie sus , tête.

\\ "f JM kMJil

Le groupe

ÜM

, ABOY , a le sens d échauffer, exciter , enthousiasmer.

Il est question par exemple des hommes et de leurs entants qui viennent s’enthousiasmer ( abot ) aux travaux de Thoth. A Abousimbel, Ramsès II dit au dieu Ptah: Les hommes d’Égypte, les Barbares, la terre entière, s'échauffent , s'enthousiasment (aboy)

HH

• sur l’esplanade 1 du temple d’Ousormara-Sotepenra , i et il est (maintenant) dans son écurie.

Puis, il a violé trois femmes :

« La citoyenne2 Mennat % qui est avec Kenna;

« La citoyenne Taiouenset, qui est avec Nakhtou*

« amon ;

« La citoyenne Taourhatapi , qui est avec Penlaour.

« Vous voyez l’endroit; le flabellifère Hora, qui pré- « side à l’endroit d’où l’on emporte la pierre 4 , a dit :

« Le chef ouvrier Panéba, mon père, a mis deux « hommes à emporter de la pierre de là. »

Ici finit la page 47. Les cinq lignes inscrites sur la page 48 ne sont plus entières ; elles ont perdu quelques groupes au commencement, et la liaison des phrases n’est plus possible. Il y est question d’un fait qui aurait eu pour théâtre la chapelle funéraire des royaux enfants

à ton nom. Cet ordre d’idées n'a guère d'application possible pour un taureau ; cependant il y a dans le papyrus de Yarzy dont j'ai rendu compte par ma lettre à M. le docteur Lepsius (Zeitschr. de Berlin, 1867, p. 76), un exemple de la même combinaison de mots:

, fais i’ABOU de tout bétail.

On faisait aussi Vabou du bronze ; il s’agit peut-être dans ce dernier cas de la trempe. Ma traduction dressage pour le taureau est une pure conjecture ; j'ai lu : qui était dressé, exercé.

i Le groupe doit être complété en (j[J ^ ^ ( voyez ci-devant,

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