‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 60 sur 66 · AAAAA · texte numérisé non relu

AAAAA

AAAA/VS

Il fit

eux.

Après les mots il fit M. Ëbers a cru reconnaître le nom de Poun (l’Arabie), à cause du □ et de quelques traits qui seraient les débris des oreilles du lièvre . Mais je n’hésite pas «à considérer cette hypothèse comme impossible. Il n’y a pas de place pour la mention de l’Arabie, ni d’un autre pays quelconque, et le pronom |a*aa*a ^ jjnjt |a p|irase ne peut se rapporter qu’à

i Lepsius : Denkm. III , 88 , à Soleb.

a Les sons voyelles ne sont pas fixes en hiéroglyphes

290 MÉLANGES ÉGVPTOLOGIUUES.

Sentzar; la phrase contenait quelque chose comme: il lit ce qui lui plut parmi eux.

On se battit dans la contrée de Sentzar ; notre héros y tua un ennemi dont il porta la main au roi.

(F). Et je vis de nouveau ses victoires. J'étais de sa suite à la prise de Kodesh

Si les événements sont racontés dans leur ordre chronologique, Thothmès III dut abandonner momentanément son expédition vers Ninive pour venir assister à la prise de Kodesh. Le conquérant égyptien avait différents corps d’armée qu’il visitait tour-à-tour; nous avons vu plus haut qu’il n’était pas présent à l’invasion du pays de Nekeba ( paragr . B), et que, pour présenter ses prisonniers, Amonemheb dut attendre que le roi arrivât en Naharin. Comme tout chef d’armée, Thothmès voulut assister à la prise d’une forteresse importante de l’ennemi. Il revint à cet effet des bords de l’Euphrate. Notre héros y prit de sa main deux chefs syriens , qu’il désigne par leur titre sémitique de Marina, en chaldéen p.Q , Maran , que j’ai expliqué ailleurs

D’après la muraille de Karnak , Thothmès III fit au moins deux expéditions contre Kodesh; la première est rapportée à la campagne de l’an 30. Thothmès saccagea la ville, détruisit ses cultures et enleva ses approvisionnements de grains \

C’est à cette campagne de l’an 30 que je crois devoir

' Voyage d’un Égyptien , p. 210, 211 , 212 et 295. Les Hébreux restés en Égypte étaient commandés par des Marinas.

2 Lepsius : Âuswahl , pl . XII . 7.

l’insciuption du tombeau d’amonemheb.

rapporter la prise de Kodesh à laquelle Amonemheb assista.

La seconde attaque de Kodesh est relatée dans un fragment très-mutilé de la grande inscription de Karnak On n’y distingue plus une seule date ; mais ce fragment termine l’inscription , dont la dernière ligne constate que ce long texte a servi à inscrire toutes les conquêtes faites par Thothmès III depuis sa vingt-unième jusqu’à sa quarante-deuxième année.

Aucune autre campagne n’étant mentionnée à partir de cette prise de Kodesh, il est vraisemblable que cet événement appartient à la dernière expédition de Thothmès en Naharin ; selon toute vraisemblance, celte dernière conquête aurait eu lieu en l’an 41 ou en l’an 42. Il est possible cependant que d’autres expéditions contre cette ville se soient trouvées consignées dans les parties détruites du long texte de Karnak.

(G). Je vis mon maître

Cette portion du texte est tellement incomplète qu’il n’y a aucun renseignement à en tirer. Il y est question

d’une ville dont le nom se terminait par , ha;

cette indication est trop vague pour se prêter à des Comparaisons. Après la prise de Kodesh en l’an 30, Thothmès 111 s’empara de Tsaar ou Tsamar et d’Aratou (Arad). Cés noms n’apparaissent pas dans l’inscription d’Amonemheb, mais nous savons qu’il y avait plusieurs

t Denkm. III , 30 , a . 12.

corps d’armée, et que notre officier ne parle que des alïaires auxquelles il a personnellement pris part.

(H). Je vis encore sa victoire sur le pays de Takhis...

Takhis était une ville importante de la Syrie septentrionale ; ou n’a pas réussi jusqu’ici à l’identifier avec aucune des localités citées par la géographie classique. Elle dépendait du Ruten supérieur et possédait un territoire important appelé tantôt pays (ÿ^) de Takhis,

tantôt territoire de Takhis.

Aménophis II y combattit en personne, et s’y empara de sept généraux syriens, qu’il se donna le plaisir de mener pendre, cinq en face de Thèbes, et les deux autres à Napata en Éthiopie On ignorait jusqu’à présent que Takhis eût été prise par Thothmès III ; les lacunes du mur de Karnak ont sans doute fait disparaître les mentions qui s’y rapportaient.

Les prisonniers faits à Takhis sont encore de la race des Amou, comme on devait s’y attendre.

( I ) . Je vis encore une fois un acte valeureux accompli par le roi dans le pays de Ninive ; il prit à la chasse 120 éléphants

L’inscription du mur de Karnak nous avait déjà appris que Thothmès III avait passé par Ninive dans sa campagne

i Denkm. lit , pl. 65.

l’inscription du tombeau d’amonemheb. 299

(le l’an 33 Après la prise de Kodesh , ce pharaon était retourné en Égypte \

La campagne de l’an 33 était dirigée contre le pays de Ruten , qui n’était pas encore complètement asservi. Cependant le conquérant égyptien parvint sans difficulté jusqu’à un fleuve sur les rives duquel il dressa deux stèles, l’une sur la rive gauche, l’autre près de celle qu’avait élevée son père le roi Thothmès I. Une ville forte, dont le nom a disparu dans les lacunes, fut ensuite assiégée et prise , et toutes les tribus de Naharin hirent ravagées. En revenant(^^f^^u), Thothmès III passa à Ninive, et établit une nouvelle stèle sur le territoire de Naharin.

Ni le texte de la muraille de Karnak ni l’inscription d’Amonemheb ne parlent d’un combat à Ninive ; le chef de ce pays consentit à payer un tribut d’esclaves , de chevaux , d’or, de vases , de chars , etc. 3

Le fait très-important que nous révèle notre texte, c’est la prise à la chasse de 120 éléphants au pays de Ninive ; la mention est claire et formelle :

II chassa 120 éléphants.

4 Lepsius : Auswahl , pl. XII, lig. 21. Le nom de Ninive . ,

Nivsu»; , Nivsvî, Ntvoç, se rencontre quatre fois dans les hiéroglyphes.

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Le mur de Karnak donne la forme A^AA[| A'eniè, et notre texte

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, Niyè

2 Ibid. , lig. 15.

2 Ibid. , lig. 22. La liste est mutilée ; elle devait comprendre le

lapis et l’ivoire

Amonemheb eut la gloire de s’emparer du plus gros de la troupe, ce qu’il fit en le blessant à un des pieds de devant. C’est par ce procédé que les Romains, revenus de leur terreur, se défendirent avec succès contre les éléphants de Pyrrhus. On voit que les soldats égyptiens ayant guerroyé en Assyrie possédaient une certaine expérience pour l’attaque de ces proboscidiens. Il est désormais acquis à la science que l’éléphant vivait par troupes nombreuses au nord de l’Assyrie vers le XVIIe siècle avant notre ère. Peut-être des individus de cette espèce erraient-ils encore alors sur les pentes du Taurus ou de l’Amanus, sur les rives de la Mer-Noire et jusque vers le Caucase. Ce fait est très-considérable pour l’histoire de la disparition et de l'émigration des espèces animales.

L’ivoire que l’Égypte tirait de la Phénicie, du pays d’Amasi ((] —rr j(| |X,) et du Ruten* n’avait pas d’autre origine; mais sans la mention expresse de l’inscription d’Amonemheb on aurait pu supposer que cet ivoire était apporté de l’Inde par le commerce.

Notre officier raconte ensuite qu’il dut se mettre à l’eau dans l’endroit où sont les deux pierres. Nous avons déjà constaté, au paragraphe D, qu’il traversa l’eau de Naharin en tenant deux prisonniers vivants. Ahmès,chef de marins, fit aussi une prouesse du même genre*. L’endroit des deux pierres est pour nous une désignation

1 Le pays de Ruten fournissait à l’Égypte des dents d’éléphant et des tablettes d’ivoire. Denkm. III , 31 , a , 7 ; ibid. , 30 , a , 6.

2 Chabas : Les Pasteurs en Égypte , p. 20.

l’inscription du tombeau d’amonemheb. 301

bien vague ; mais l’idée se porte naturellement sur les deux stèles érigées par Thothmès III de chaque côté du fleuve, ainsi que nous venons de le rappeler.

(K) . Voilà que le chef de Kodesli fit sortir une cavale

de la ville

Ici notre héros franchit le temps et les distances ; nous le retrouvons au siège de kodesh, après lequel il semble avoir terminé sa carrière militaire active. Nous sommes conséquemment transportés à la dernière campagne de Thothmès 111 , qui s’acheva en l’an 42 de son règne '.

A ce dernier siège de Kodesh, la ville avait été investie par l’armée égyptienne. Afin de jeter du désordre dans l’armée des assiégeants, le chef de Kodesh imagina de faire sortir de la ville et de lancer au milieu des lignes égyptiennes une cavale qu’on avait probablement rendue furieuse1 2. Notre héros la poursuivit et la tua de sa main en lui plongeant son poignard dans le ventre ; puis il en fit remettre la queue au roi. Cet acte de présence d’esprit et d’adresse lui valut de grands éloges ; il nous donne une idée de certains épisodes des sièges à ces temps reculés.

(L) . S. M. fit sortir tous ses vaillants soldats pour rompre la muraille neuve qu'avait faite Kodesh.

La mention d’une fortification neuve montre que

1 Voir ci-devant , p. 296.

2 II manque quelques signes au texte qui suit la mention de la cavale.

Kodesh avait réussi à se débarrasser du joug que Thothraôs lui avait imposé dans sa campagne de l’an 30’ . La forteresse syrienne fut prise d’assaut et ne paraît pas avoir fait de nouveaux efforts pour reconquérir son indépendance sous le règne de Thothmès III. Les chefs militaires faits prisonniers à Kodesh portent encore ici le titre de Marina, dont nous avons déjà parlé.

(M) . J’étais Ouaou

Comme nous l’avons déjà expliqué , notre héros n’avait pas fait une grande fortune militaire. Le grade de

Ouaou, , correspondait à celui de lieute-

nant ou de sous-lieutenant ; c’était un officier inférieur.

Le père d’Ahmès , chef des marins, et cet Ahmès luimême remplirent la même fonction , et précisément aussi sur la barque royale.

L’équipage de la barque du roi comprenait plusieurs ouaou , mais Amonemheb était le premier de ses compagnons, et commandait en chef la manœuvre pendant les promenades du pharaon sur le Nil et sur les canaux à l’occasion des grandes fêtes de Thèbes. C’était évidemment un poste de confiance , mais le ouaou n’en était pas moins un inférieur dans la hiérarchie; il n’avait audessous de lui que le ou jeune, c’est-à-dire

f apprenti, le novice'.

(N) . Alors le roi acheva la durée de sa vie d'années

nombreuses et heureuses

t Voir ci-devant , paragraphe F.

-’ Papyrus Anastasi II , 7 , 4

l’insckiktion du tombeau d’amonemheb.

Ce paragraphe nous donne la durée totale du règne de Thothmès 111 , qui fut de 54 ans, c’est-à-dire de sept ans plus long qu’on ne l’avait pensé. Ce renseignement est précieux pour la chronologie. Thothmès mourut le 30 de phamenolh.

L’apothéose du pharaon, qui s’identifie avec le corps même de l’astre solaire et se répand pour devenir l’illumination du monde, l’agent lumineux et chaud de la fécondation de l’univers, résume très - nettement la doctrine égyptienne sur le sort des mânes. Chaque mort pénétrait dans l’occident comme le soleil à la lin de sa carrière diurne , et, chaque matin , sortait semblable au

jour. Il est possible que

l’expression

ait admis des explications accessoires; mais celle que j’en ai donnée : sortir à l’instar du jour , prouvée par les vignettes du Rituel de Nebkat, qui rendent l’image sensible, est trop bien justifiée parle nouveau texte que M. le docteur Ëbers nous a mis en mains pour ne pas être définitivement considérée comme donnant le sens fondamental de la formule.

On sait que l’expression , epov, le jour,

s’échange avec <=>n t , soleil, non pas seulement dans

le style religieux , mais même dans les formules les plus vulgaires1. Sortir comme le jour , c’était absolument la même chose que sortir comme le soleil.

1 Le disque solaire O | et l'hiéroglyphe du dieu Soleil . qui ont

l’un et l'autre la valeur ro, sont fréquemment pris dans le sens jour journée.

MÉLANGES ÉGYPTOLOUIQUES.

Les pharaons, fils du Soleil sur la terre, représentants du dieu Phra dans toutes ses attributions , s’identifient avec ce dieu lui-même; les morts vulgaires deviennent les dieux de l’équipage de la barque solaire ; mais tous contribuent à l’incessant renouvellement de la lumière victorieuse des ténèbres et au maintien des mouvements cosmiques sans lesquels la vie cesserait aussitôt dans l’univers.

(0). Le roi de la haute et de la basse Égypte Aa-

kheperoura , fils du Soleil, Amenhotep

II s’agit ici d’Amenliotep 11, qui, d’après notre texte, monta sur le trône de son père. Ce nouveau pharaon était par conséquent fils de Thothmès III.

Des troubles accompagnèrent cette transmission du pouvoir royal :

JSS

mm

Ses adversaires tous, il les pénétra ; les misérables

A/VWVN

[de l’Egypte) et du désert , il massacra leurs chefs'.

Comme il n’est pas question ici de peuple étranger, il y a lieu de croire qu'il s’agit de tentatives de révolte

i Je supplée *A\

dans la lacune , et je compare

j {Recherches pour l’Histoire de la XIXe dynastie,

p. 71 et 73). Dans le groupe tesher-t. rouge , terre rouge, désert , il manque le signe i w i.

l’inscription du tombeau d’amonemheb. 305

parmi les Égyptiens eux-mèmes. Une phrase mutilée <Je ce paragraphe parle des habitants de Kenemm qui semblent avoir eu un rôle dans ces tentatives. Une localité de ce nom fournissait un vin très-estimé.

Amenhotep II triompha des fauteurs de discorde, et tout le pays reconnut son autorité; il fit alors grâce aux insurgés repentants. Ces renseignements seront utiles pour l’histoire de la XVIIIe dynastie.

(P.) Voilà que le roi m’aperçut le conduisant par eau dans sa barque

Amonemheb avait continué sous le nouveau règne à exercer sa fonction de commandant de la hari royale. Amenhotep le reconnut dans ce modeste emploi, et l’éleva à une dignité plus haute en récompense de ses anciens services. C’est alors seulement, c’est-à-dire vers la fin de sa carrière , que notre personnage fut nommé , Atennou ou Sennou d’infanterie. En cette qualité, il avait à surveiller les Vaillants du roi, c’est-à-dire un corps d’élite préposé à l’escorte du pharaon.

Un officier du même grade, nommé Mahou, fut chargé de l’exécution de l’ordre donné par le pharaon ; par le fait d lln hasard assez exceptionnel , ce nouveau personnage ne nous est pas tout-a-fait inconnu. Sa stèle funéraire est conservée au Musée britannique On y lit sa légende complète :

1 Sharpe : Egypt. Inscr. . -2e série , pl 89.

M ELAN G KS ÉG V PTOLOG IQ UES.

Le récompensé du dieu bon , chef d’ auxiliaires du seigneur

des deux mondes , Latennou Mahou.

Cetle stèle ne nous donne pas le nom du pharaon au service duquel était ce personnage; mais le nom de sa femme Neferarit , si commun sous la XVIIIe dynastie , est une indication dont il faut tenir compte, alors que nous rencontrons en même temps identité de fonction et identité du nom de Mahou. Il se pourrait toutefois que le Mahou de l’inscription d’Amonemheb ne fût pas le même personnage que celui de la stèle du Musée britannique , mais il appartiendrait au moins à sa ligne ascendante ou k sa postérité dans des limites assez rapprochées.

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