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duisait à plusieurs petites pièces très agréables, pratiquées ingénieusement dans les combles. L'une d'elles représentait un bosquet au milieu duquel était placée une corbeille de fleurs renfermant un lit : quatre arbres, dont la verdure s’étendait sur une partie du plafond peint en ciel, semblaient ombrager cette corbeille, et supportaient des draperies suspendues à leurs rameaux. Sur les flots de taffetas des croisées étaient peints de charmants paysages par M' Sarrazin. La porte par où l’on entrait dans cet endroit délicieux était remplacée par une glace vous laissant ignorer comment on y était parvenu”. »
Les petits appartements étaient, on le voit, « galamment ornés” ». Beaujon ne s'y ennuyait pas. Son cénacle de femmes l'avait suivi. Provoqué un jour en duel par un officier bretteur et insolent, Beaujon l'invite à dîner dans sa Chartreuse, en cette joyeuse société. « Croyez-vous, Monsieur, lui dit-il à la fin du repas, que l'on s'expose volontiers à quitter tout cela et cinq cent mille livres de rente? Prouvez-moi que vous avez le même sacrifice à faire, et nous nous battrons quand vous voudrezë. » L'hôte sourit... il était désarmé.
La Folie Beaujon, d’après Chamfort, aurait été achetée avant le décès du financier, 110000 livres par M' Durvey pour le comte d'Artois. Renseignement aventuré. Beaujon avait souvent promis au comte de Provence — et non d'Artois — de lui léguer sa Folie. Mais le testament du financier trompa toute attente. La Folie fut vendue au receveur des finances Bergerac.
Beaujon mourut des suites d’une hémiplégie, le 20 décembre 1786. Deux ans auparavant, il avait chargé l'architecte Girardin d’édifier la chapelle dont M" Babeau nous a savamment entretenus. C’est à cette même époque qu'il avait, sur un terrain de 4 arpents contigu à la Chartreuse, et acheté à cette intention au baron d’Arey, posé la
première pierre de l’Hospice du Roule’. Le dictionnaire de Jal fait mourir Beaujon le 20 décembre 1799, ajoutant qu'il était décédé rue du Montparnasse n° 1545. Jal signale d'autre part qu'un frère de Beaujon, Messire Nicolas, serait mort en 1787. Le corps de ce dernier aurait été présenté le 3 mars en l’église de la Madeleine, puis transporté dans la chapelle de Saint-Nicolas fondée par lui. L’inhu-
. Ps de Faucigny-Lucinge, op. cit.
. Guide de Thiery.
. Eug. Monnier : La maison de Balzac.
. Bull. du VIII arrt, Janv. 1906.
. L'Hospice du Roule est également l’œuvre de Girardin.
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mation aurait eu lieu en présence de M'° Nicolas Beaujon du Seilhan, de la paroisse Saint-Sulpice, et de M" Jean Nicolas Beaujon, de la paroisse Saint-Roch. Jal, d'ordinaire si bien documenté, a confondu les deux frères, et pris l’acte de translation du corps de Beaujon pour un acte de décès'. Nous avons dit, en effet, que notre Beaujon, celui de l'hôtel d'Évreux et de la Chartreuse, fit édifier par Girardin la chapelle Saint-Nicolas du Roule. Le décès de 1799 ne peut s'appliquer au contraire qu'au frère de Beaujon, celui-là même qui avait signé au procès verbal de 1787 et dont le nom était suivi de la mention « de la paroisse Saint-Sulpice ». On s'explique alors que ce frère de Beaujon, habitant la paroisse Saint-Sulpice, soit décédé rue du Montparnasse, adresse indiquée sur l’acte de 1799. Au contraire Beaujon ayant habité l'hôtel d'Évreux, où eut lieu sa vente après décès, 11 est naturel qu'il ait été porté d’abord à l’église de la Madeleine, et transfére l’année suivante à Saint-Nicolas. Ainsi s'explique également la date de naissance 1718, que Jal conteste, voulant le faire naître en 1722, sous prétexte qu'étant mort, d'après lui, en 1799, il aurait eu 81 ans, chiffre qui n'aurait point manqué de frapper à cette époque. Si l’on admet au contraire la mort de Beaujon en 1786, rien ne s'oppose plus à ce qu'il soit né en 1718. |
Or un document que je dois à l’obligeante communication de notre collègue, M' Pineau, vient établir de façon précise la date de 1786 pour la mort de Beaujon. C’est un article nécrologique, paru dans le numéro de novembre 1786 des Lunes du cousin Jacques, de Beffroy de Reigny*. Cet éloge, quelque peu ironique, dédié au fondateur de l'Hospice du Roule, ne laisse aucun doute sur l'identité du personnage. La date de novembre ne doit point nous surprendre. Elle prouve seulement qu'autrefois comme aujourd'hui, les publications paraissaient avec un certain retard, et pouvaient d’un mois sur l’autre parler des morts célèbres. Les lignes du cousin Jacques sont précieuses, puisqu'elles permettent de fixer définitivement l’année où mourut Beaujon, et les louanges ampoulées, décernées au philanthrope, ne laissent guère pressentir le geste de la multitude, qui devait, peu de temps après, jeter ses cendres à tous les vents *.
1. Gust. Labat qui reproduit, comme Jal, l’acte de 1877 le cile comme acte de translation, op. cit. p. 1.
2. Louis Abel Beffroy de Reigny, dit le cousin Jacques. Cf. son portrait par Violet, Gazette des Beaux-Arls, Juillet 1911. Un autre portrait de Beffroy se trouve dans son « Teslament d'un électeur de Paris », Ed. Mayeur an IV.