‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 115 sur 186 · HAT EU # RATE · texte numérisé non relu

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Planche 171.

par l'auteur du cimetière de la Madeleine

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Gravures extraites des ouvrages de ReGnauLT WaRIiN.

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de las vidas de Luis xvr, de Mad. Isabel, | dé la duquesa de Angulema, de Luis xvui, | de Carlos x, de los duques de | Angulema y de Berry, | por D. Vicente Salva. | Mejico, en la libreria de Galvan, | portal de Augustinos. | 1833. | 4 vol. In-r8.

Le verso du faux-titre porte cette mention : Se vende in Paris, en là Libreria hispano-americana, calle de Richelieu, n° 60. — Paris, imprenta de Demonville, calle Cristina, n° 2.

Le premier volume a xvii-324 pages: le deuxième, 226; le troisième, 261; le quatrième, 264 (y compris les pages contenant des annonces d’autres publications). L’exemplaire que j'ai sous les yeux ne renferme pas de gravures; cependant, si j'en crois La France littéraire de Quérard, il en faut une en tête de chaque volume.

Il paraît que cette édition espagnole, imprimée à Paris pour un libraire de Mexico, avait été précédée de deux autres qui avaient été imprimées en Espagne et dans lesquelles plusieurs passages avaient été supprimés. |

Le succès de l'ouvrage de Regnault-Warin, dû surtout, comme nous l’expliquerons tout à l'heure, à l'attrait du fruit défendu et à une réclame savante, suscita des imitateurs dont les élucubrations ne valent pas mieux que le modèle. Nous devons préciser la description bibliographique de ces écrits avant d'en venir à l’anecdote littéraire qui concerne le prototype dont ils égalent la médiocrité.

b) Le | cimetière | DE | LA Maoereine. | Par l'Auteur de « Maria » et d’ « Antoine | et Jeannette. » | | Épigraphe tirée d’Horace.] | Paris, Roux ; Billois, an 1x-18or. 2 vol. In-18.

Le tome I a 2 ff. (faux-titre et titre), xvr pages (Avertissement des éditeurs) et 138 pages; le second 2 ff. (faux-titre et titre) et 163 pages. Attribué par Barbier et par Quérard à F.-J. Villemain d'Abancourt. Au verso du faux-titre, annonce de deux ouvrages : « Sous presse : Les Tombes de Mousseaux', pour faire suite au Cimé-

1. Je ne connais aucun ouvrage sous ce titre, mais il existe un roman anonyme intitulé : Le Cimetière de Mousseaux (Paris, Roux, an IX-180or, 2 vol. in-18) que n’ont cité ni Barbier, ni Quérard. Il faut probablement l’attribuer aussi à Villemain d’Abancourt, contrairement à l’avis de Guillaume Fleischer; celui-ci a enregistré la publication comme anonyme page 505, n° 351 de son Annuaire de la librairie (an X-1802), mais dans la Table du même volume, p. 723, il l’attribue à Regnault-Warin. Le nom du libraire-éditeur énoncé sur le titre de chacun des romans indiqués ci-dessus donne à penser que Fleischer s’est trompé; l’attri-

tière de la Madeleine. — Berthe et Richemont, nouvelle historique. »

Nous avons ici l’histoire des amours de Henri de Semanville et de Rose de Gernance. Rose meurt et est enterrée au cimetière de la Madeleine. Même fadeur de style, même absence d'intérêt que dans l'ouvrage de Regnault-Warin; hélas! nous ne serons pas plus heureux avec le troisième « cimetière » dont voici le titre :

c) — Le amenière | DE || LA Manereine; | par M***. || A Paris, | chez les marchands de nouveautés. | An neuvième. | Petit in-r2. 120 pages. Une gravure. |

Anonyme non dévoilé jusqu'ici, ni par Guillaume Fleischer qui a cité ce livre dans son Annuaire, p. 505, n° 350, ni par le Cataloque de l'Histoire de France où ce livre a été enregistré, t. VIII (1863), p. 536, n° 7731, ni par Tourneux, ouvrage cité, t. II, n° 12435, ni par EË. Le Senne, étude citée, p. 130. Ce roman est aussi insipide que les autres et est, comme eux, écrit dans un sens royaliste. [l suffira, pour le distinguer des autres, de constater que l’auteur place le début de son roman en 1787, que le héros se nomme Saint-Julien et que l'héroïne porte le prénom d'Amélie. Peut-être ce livret pourra-t-il trouver grâce devant le jugement des collectionneurs, à cause de la gravure qu'il renferme. Elle est un peu moins mauvaise que celles qu’on rencontre habituellement dans ce genre de publications et représente la reine Marie-Antoinette conduite à l’échafaud dans une charrette. Cette gravure n’est pas signée.

Maintenant qu'est établie, avec autant de précision que possible, la bibliographie des différents romans publiés sous ce titre : Le Cimetière de la Madeleine, revenons à Reg l'inventeur de cette déplorable littérature.

Jean-Baptiste-Joseph-Innocent- Run Regnault- Warin, né en 1771 et mort misérablement à Paris, à l’hôpital de la Pitié, en 1844, eut une existence agitée et par certains côtés assez mystérieuse. Îl débuta fort jeune dans la carrière des lettres; tour à tour révolutionnaire quand ïl était simple journaliste, attaché ensuite à l'administration rnilitaire, émigré pendant la période la plus aiguë

bution du Cimetière de Mousseaux à Villemain d’Abancourt est d’ailleurs confirmé par Pigoreau dans sa Pelile Bibliographie biographico-romancière, ou Dictionnaire des Romanciers… (octobre 1821, in-8°}, p. 141. Ne manquons point d’ajouter que ce roman ne présente aucun intérêt historique et qu’il rivalise en fadeur avec tous ses congénères,

de la Révolution, quelque peu royaliste quand il écrivait des romans, redevenu journaliste dans les dernières années de sa vie, il ne figure pourtant pas dans ce Dictionnaire des qurouettes, si curieux par les traits acérés qu'un pamphlétaire spirituel lança contre ses contemporains'. Mais, pamphlétaire lui-même”, ne devait-il pas trouver grâce devant ses pairs ? |

Comme écrivain romancier, Regnault-Warin paraît avoir débuté par La Caverne de Strozzi (1798) dont le titre fait inévitablement penser aux titres encore plus sombres des romans que Anne Radcliffe venait de mettre à la mode en Angleterre, Pour sa tranquillité, il eût dû s’en tenir à ce-genre, mais les « mystères » ( Les Mystères d’Udolphe ! — Julia ou les Souterrains du château de Mazzini!), les « mystères » attiraient le lecteur; quoi de plus mystérieux que le calme d'un cimetière? Combien ce mot devait-il éveiller la curiosité des acheteurs! Le calcul n'était pas mauvais, mais quelle fâcheuse inspiration de placer les scènes de son roman dans le cimeère de la Madeleine! Cela déplut à la police et dès l'apparition des deux premiers volumes, notre homme fut mis en prison; le libraire lui-même ne fut pas exempt de risques de poursuites. Et comme il arrive en pareil cas, le succès du livre n'en fut probablement que plus grand. Mais la privation de la liberté pesait à l'écrivain : on raconte qu'il fit appel à de hautes influences et que Joséphine elle-même, qui cependant n'était pas encore impératrice, intervint en sa faveur *. Il paraît que cette intervention eut un bon résultat, et l’auteur du Cimetière de la Madeleine fut remis en

1. Dictionnaire des giroueltes, ou nos contemporains peints d'après eux-mêmes... par une Société de girouettes. Orné d'une gravure allégorique. Paris, Alexis Eymery, 1815. In-8°, h43 pages. (Par Alexis Eymery, alors libraire.) — En revanche, Regnault-Warin fait l’objet d’un assez long article dans la Biographie universelle el portative des contemporains de Rabbe, Vieilh de Boisjolin et Sainte-Preuve (1830), à peu près reproduit par la Vouvelle biographie générale (Didot, 1866). Nous y renvoyons le lecteur curieux de plus de détails. — Si l’on veut avoir un aperçu de la fâcheuse fécondité de ce médiocre écrivain, on consultera la liste de ses ouvrages (non compris la part de collaboration qu’il apporta à plusieurs journaux) dans la France littéraire de Quérard, t. VII, p. 5or et t. XII, p. 39.

2. Il passe pour l’un des auteurs de la Chronique indiscrète du dix-neuvième siècle (1825), recueil de commérages, il est vrai, très parisiens, dont certains peuvent être assez amusants, mais dont beaucoup sont certainement très médisants, sinon calomnieux.

3. À la fin de 1819 et sous la date de 1820 (les éditeurs avaient déjà la fâcheuse habitude de postdater les « nouveautés »), Regnault-Warin publia, sous le voile de l’anonyme, un volume intitulé : Mémoires et correspondance de l'impératrice Joséphine, Barbier, en révélant le nom de l’auteur de ces mémoires apocryphes, dit que le prince Eugène, par une lettre datée de Munich, le 15 avril 1820, et adressée aux journalistes de France, a remercié le dit auteur de la justice qu’il a rendue à sa mère dans cet écrit. Regnault-Warin avait-il voulu payer ainsi une dette de reconnaissance ?

liberté. Cette première leçon ne lui servit guère, du reste; il publia immédiatement la suite de son ouvrage, et les susceptibilités de la police furent, de nouveau, mises en éveil. Nous eu avons le témoignage dans une longue supplique, écrite dans un style assez ridicule, qu'il adressa au préfet de police Dubois, et dans laquelle il tâche de Jjusüfier ses écrits. Gette lettre à Dubois nous a été conservée par J. Peuchet; nous l’avons transcrite, à la suite de cette notice, à l'intention des curieux.

Regnault-Warin semble avoir réussi cette fois à se soustraire aux tracas policiers dont il était l’objet. La Décade philosophique annonça son ouvrage après l'apparition des deux derniers volumes”. Le compte rendu ne fut évidemment pas très tendre, mais l’auteur ne devait-il pas s’estimer heureux que l’on parlât de lui, en quelques termes que ce fût? L'ouvrage continua à se vendre plus ou moins ouvertement * et l’on doit croire que l'éditeur en fit renouveler le tirage, du moins en ce qui concerne le deuxième édition, mais tou- Jours sous la même date. Nous n'en connaissons, en effet, pas d’autres, de dates plus récentes, et vingt ans après, nous voyons encore, dans le catalogue du libraire Pigoreau, la première édition du Cimetière de la Madeleine (4 vol. in-12, 4 fig.), offerte au prix de 10 francs, en même temps qu'est encore annoncée l'édition de 1801 qui, naturellement se vendait bien meilleur marché”.

Pendant le cours de l’Empire, l’auteur du Cimetière de la Madeleine parait avoir joui d'une sécurité relative. Dut-il cette tranquillité à l’indulgence de la police? La dut-il à ce qu'on n'attachait plus grande importance à ses écrits? C’est ce que je n'ai eu ni le temps, ni le courage de rechercher dans les documents originaux, je l'avoue. [1 nous suffit de savoir qu’à partir de 1810, la censure des livres, définitivement établie, se montre plus sévère. Un bordereau de saisies, cité par H. Welschinger® énonce en effet le titre de son fameux roman parce que « cet ouvrage, dont l'effet naturel est de rappeler avec intérêt les derniers personnages de la maison de Bourbon qui ont vécu en France, exige des mesures de répression ».

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