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Notes bibliographiques sur les Romans intitulés
Le Cimetière de la Madeleine
Il existe une catégorie d’ouvrages dont le titre fallacieux est très souvent, pour les travailleurs comme pour les collectionneurs, la cause de bien amères déceptions. Celles-ci n’auront pas de grands inconvénients si la trouvaille, suivie d’une acquisition inconsidérée, a été faite sur les quais, pour quelques sols; l'acheteur en sera quitte pour expulser au plus vite le bouquin, afin de ne pas encombrer inutilement ses rayons. La leçon lui profitera peut-être et il ne sen rapportera plus, dorénavant, aux promesses trompeuses de la première page d’un livre qu'il aura omis d'examiner suffisamment.
Le mécompte sera évidemment plus grave — parce que plus douloureux pour sa bourse — si l'acquéreur s’est laissé tenter par l'annonce d’un catalogue trop sommairement rédigé, si le libraire a omis de transcrire quelque sous-titre « sauveur » ou a négligé d'expliquer la nature et le contenu du livre annoncé. Faisons-en l’aveu bien sincère : collectionneurs, mes frères en bibliophilie, quel est celui d’entre nous qui n’a pas connu ces petits ennuis? Celui-ci, amateur de livres relatifs à la ville de Sens, a acheté, les
yeux fermés, les Matinées sénonuses de l'abbé Tuet' et s’est aperçu trop tard que ce n'était qu'un recueil de proverbes. Celui-là, qui prétend posséder tout ce qui concerne Paris, a acquis avec trop d'empressement les Nuits parisiennes”, compilation qui n'a aucun rapport avec l’histoire de la Capitale. Un autre a eu l'idée d’entreprendre la collection des pièces de théâtre dont le titre donne à penser qu'elles présentent quelque intérêt dans une bibliothèque spécialement parisienne : il s’est bien vite aperçu de J'inanité de son projet. D'abord, ces pièces sont innombrables, ensuite 1l faut convenir que, si dans l’ensemble elles constituent une collection de curiosités, il n’y a rien ou presque rien à en tirer au point de vue documentaire ou historique *.
Nous n’avons pas l'intention de dresser ici une Bibliographie des livres peu utiles; aussi bien, nous nous en tiendrons à ces exemples qui suffiront, pensons-nous, pour signaler aux débutants un piège trop souvent tendu sous leurs pas.
La littérature romancière n’est pas moins féconde en titres trompeurs que la littérature théâtrale, et on ne doit pas moins s’en défier. Par-ci, par-là, quelques traits de mœurs, je le veux bien, mais comme histoire ou description, que d'erreurs et que d’anachronismes ! Quel fatras encombrant et inutile! Qu'il s'agisse de la Tour Saint-Jacques ou du Café de Paris“, collectionneurs amis, défiezvous, abstenez-vous, sous peine d'aller beaucoup plus loin que vous l’auriez voulu, et sous peine aussi d’être bientôt débordés.
1. Matinées sénonaises, ou Proverbes français... Paris, Née de La Rochelle, 1789. In-8°. Anonyme; par l'abbé J.-C.-F. Tuet. |
2. Les Nuits parisiennes, à l'imitation des « Nuits attiques » d’Aulu-Gelle ou Recueil de trails singuliers... Nouvelle édition corrigée el augmentée. Aux Deux-Ponts, et se trouve à Paris, chez Lacombe, 1771. 2 vol. Petit in-8°. Anonyme; par A.-A. Chomel. La première édition a paru en 1769.
3. Que l’on fasse une exception pour des pièces telles que La Place Royale, de Corneille (1637), La rue Saint-Denys, comédie de Charles de Champmeslé (1682) ou pour le Ballet des rues de Paris (anonyme, s. d. [vers 1645]), je l’admets parfaitement ; ce sont des raretés qui, si vous avez la chance de les trouver, vous coûteront beaucoup d’argent, mais ne sont pas encombrantes. Maïs pour les pièces modernes, c’est très différent; il y en a trop. Depuis Une Matinée du Pont-Neuf (1806) jusqu’à La Terreur du Sébasto (1906) ou Don Juan de Montmartre (1907), en passant par La Tour de Nesle (1832) ou La Rue de la Lune (1843), on en compterait des centaines; disons plutôt des milliers.
h. La Tour Saint-Jacques, par le D' Clément-Jules Briois (1864). — Chroniques du Café de Paris... (par Léon Guérin et J.-G. Cappot, dit Capo de Feuillide: 1833).
5, Il y a, naturellement, de rares exceptions qui viennent confirmer la règle, On trouve, par exemple, dans les romans de Balzac des descriptions qui sont de véritables documents ; qu'il s’agisse de Paris ou de la province, tout lecteur en âge d'évoquer des souvenirs datant de cinquante ou soixante ans, peut en affirmer la sincérité et la précision, Telle page de La Femme de trente ans ne nous dépeïnt-elle pas très exactement les élégances de la rue de Casti-
C'est cependant d'un roman que je viens entretenir les lecteurs de ce recueil, auquel une indulgente amitié m'a convié à collaborer ; roman soi-disant historique, aussi insipide qu'insignifiant, mais dont l’histoire littéraire présente quelques détails curieux : Le Cimeère de la Madeleine. Des trois ouvrages publiés sous ce titre, deux ont été signalés jadis par notre confrère et ami M. Eugène Le Senne'; tous les trois sont des exemples frappants de l’inutilité des livres d'imagination, au point de vue historique -et documentaire.
C'est Regnault- Warin qui eut le mérite — si mérite il y a — de cet intitulé macabre. Voici le titre exact et la description de l’édition originale :
a) — Le cMETIÈRE | DE | La Mapezenxe, | par J.-J. Recnaurr- Warin, | auteur de « Roméo et Juliette », « La Caverne | de Strozzi », etc. | [Épigraphe lirée de la 7° « Nuit », de Young.] | Avec gravures et musique. | Paris, Lepetit jeune, libraire, Palais du | Tribunat, galeries de bois, n° 223. | [An] 8 (1800)-[an] 9 (1801). 4 vol. In-r2.
Le tome premier (2 ff. de titres, 232 pages et 1 gravure) est daté de l’an 8-1800 (sic); le deuxième (2 ff. de titres, 239 pages et 1 gravure) porte la même date; le troisième (2 ff. de titres, 1v-216 pages et 1 gravure) est daté de l’an 9-18or (sic); le quatrième (2 ff. de titres, 200 pages et une gravure) porte la même date. Les quatre pages liminaires, placées en tête du 3° volume et numérotées en chiffres romains contiennent un Avertissement de l’auteur relatif aux tribulations que lui attirèrent son livre, et sur lesquelles nous reviendrons tout à l'heure. Les « romances » annoncées sur le titre sont peut-être celles qui sont disséminées dans l'ouvrage, mais je n'ai jamais rencontré d’exemplaire de Cimetière de la Madeleine contenant des pages de musique. Cette « musique » était probablement du compositeur Dennery ? et a, sans doute, été publiée à part, en petit format, ainsi que c'était la mode à cette époque.
glione, de la rue de Rivoli et du Jardin des Tuileries? Telle autre, dans le même roman ne nous donne-t-elle pas les détails les plus pittoresques sur l’ancien boulevard des Gobelins et sur les bords de la Bièvre? Sur ce dernier point, on voudra bien accepter le témoignage de l’auteur de ces lignes, qui, dans sa première enfance, a pu encore voir ces parages tels que Balzac les avait décrits.
1. Bulletin de la Société historique et archéologique du VIII arrondissement de Paris, 2° année, 1900, P. 129.
2. Cf. M. Tourneux, Bibliographie de l'histoire de Paris pendant la Révolution, t. IL, n° 12437.
Les gravures, d'une exécution médiocre, paraissent avoir été exécutées d’après les dessins de Chaillou, ou de l’un de ses élèves ‘. Elles sont, du reste, d’une extrême banalité et n’ont aucun intérêt documentaire. Quant à l’affabulation de l'ouvrage, elle est des plus nulles, et le texte ne l’est pas moins. M. Eugène Le Senne ‘en a donné un excellent résumé et nous n'insistons pas, notre confrère et ami ayant suffisamment démontré qu'il n'y a rien d’utle à tirer de cette soi-disant conversation entre l’auteur et l'abbé Edgeworth, . non plus que des différentes élucubrations placées à la suite. L'ouvrage eut cependant un certain succès, puisque l'éditeur n'hésita pas à en donner une seconde édition à bon marché :
aa) — LE CrmeTière | DE LA | Maoerene | par J.-J. Recnaurr-
Warin, || Auteur de « Roméo et Juliette », « La || Caverne de Strozzi », etc. || [Épigraphe tirée de la 7° « Nuit », de Young.| | Avec gravures et musique. | À Paris, | chez Lepetit jeune, libraire, palais | du Tribunat, galerie de bois, | n° 223. | An 1x-1801. h vol. In-18.
Les quatre volumes de cette édition portent la date : an 1x- 1801. Le premier a 2 ff. de titres, 231 pages et 1 gravure; le deuxième, 2 ff. de titres, 236 pages et 1 gravure; le troisième, 2 ff. de titres, 208 pages et 1 gravure; le quatrième, 2 ff. de titres, 172 pages et 1 gravure. En examinant un exemplaire conservé dans la première brochure, j'ai cru constater que le feuillet de titre, dans le premier volume, était un carton. Si cette remarque est exacte, on s'explique difficilement ce qu'il faut en conclure ? Les gravures sont de très mauvaises copies (réduites) de celles qui ornent (!) la première édition. |
J'avais pensé que le roman de Regnault-Warin avait pu être, dès l’origine, traduit en anglais ou en allemand, comme le furent beaucoup d'ouvrages similaires; malgré mes recherches, je n'ai pu découvrir de traduction ni en l’une, ni en l’autre langue. Mais trente ans plus tard, 1l en a été imprimé, à Paris, une traduction espagnole :
ab) — Er cEMENTER(O | DE || LA MAGDALENA | por | J.-J. Re- Edicion corregida y aumentada con un resumen ||
GNAULT- W ARIN.
1. H. Cohen, Guide de l'amaleur, 5° édition, 1887, col. 95. >. Dans létude citée plus haut.
Le Cimetière de Mousseaux
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