Journal de Paris, 1790, p. 814; 1791, p
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étouffante, une grande route qui passe au milieu, continuellement battue, point de bosquets, aucune touffe de lilas, et cependant il y a de quoi fäire un abri agréable et délicieux. »
L'habituel Champ-de-Mars ayant été abandonné, on décida de célébrer aux Champs-Elysées les deux fêtes nationales de l’an-
née 1801 : la Fête de la Liberté (25 messidor an IX — 14 juillet 18or) et la fête de la Fondation de la République (1* vendémiaire an X — 22 septembre 18o1). L'architecte Chalgrin, dont
les conceptions grandioses lui valaient d’être l'organisateur de ces manifestations populaires, fut chargé du dessin, de la disposition et de la construction des monuments. Jean-Étienne Despréaux, ce mari de la Guimard, ancien danseur à l'Opéra, qu'un accident avait obligé d'interrompre une carrière où il tenait une place honorable entre Vestris et Gardel, pour devenir, tour à tour, metteur en scène des ballets de l’Académie de Musique, poète-chansonnier et ordonnateur des décadis de Tivoli et autres jardins à la mode, fut adjoint à Chalgrin pour diriger les divertissements. Avec ces deux maîtres dans l’art du décor et de l’amusement, et un endroit aussi facile à faire valoir, la fête du 14 juillet ne pouvait manquer d’avoir une recrudescence d'éclat et d’attrait.
ILestsingulier qu'aucun historien des fêtes nationales n'ait signalé cette innovation qui contribua au développement des Champs- Élysées, en détermina la vogue, et où certainement Bonaparte eut la vision du superbe monument qu'il élèvera plus tard pour couronner majestueusement la plus belle promenade de Paris'. Ils consacrent quelques lignes timides à la fête du 25 messidor an IX sans insister sur son déplacement. Seul M. Gaston Duval a publié, sans commentaires, l’article paru dans le Journal des Débats au lendemain de la fête?. MM. d’Ariste et Arrivetz, dans leur ouvrage sur les Champs- Élysées, ont reproduit un plan conservé aux Archives Nationales avec cette légende : « Projet d’une fête nationale tracé sur le plan des Champs-Élysées » et comme il ne porte pas de date, les auteurs ont proposé celle de 1789 *. À notre avis, ce projet est celui de la fête du 14 juillet 1801. En effet, on y retrouve l'indication de toutes les
1. Ruccient, Précis historique sur les fêtes. Paris 1830, in-8. — Drumonr. Fêles nationales. Paris, 1879,in-fol. — Coxsranr Pierre, Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution française. Paris, 1899, in-4. — Julien Tiersor, Les fêtes et les chants de la Révolution. Paris, 1908, in-12.
— Bessonnes-Favre, Les fêles républicaines. Paris, 1909, in-4. 2. Bulletin de la Société des VIII et XVII arrondissements, 1901, p. 33. 3. P. p'Anisre et M. Arniverz. Les Champs-Elysées, Paris, 1913, in-8, p. 48.
attractions sur l'emplacement exact où elles ont été réalisées en l’an IX.
Voici, d’après ce plan sommaire, comment les organisateurs comptaient mettre à profit l'heureuse disposition champêtre des Champs-Élysées. Le Cours-la-Reine devenait le chemin des jeux. Une grande salle devait être construite sur le grand Carré, à l’emplacement occupé aujourd'hui par le Grand et le Petit-Palais. Le rondpoint était réservé pour l'ascension des ballons. Entre la rue Marigny et l'avenue de Matignon, sur le Carré Marigny, trois grands théâtres, séparés par deux orchestres, font face à l'avenue, ayant pour vis-à-vis quatre autres petits théâtres. Des salles de danses sont indiquées devant le jardin de l'Élysée, au café des Ambassadeurs qui existait déjà, tenu par Boulet, et chez Ledoyen, installé comme traiteur où nous le voyons encore aujourd'hui, il devait y avoir bal et spectacle. Depuis le 4 août 1791, et moyennant 1 200 livres, Ledoyen occupait une petite maison peinte en blanc avec des volets verts, appartenant à Richard Morin Desmasures'. Enfin le feu d'artifice devait être tiré à la barrière de l'Étoile.
Les préparatifs de la fête intéressèrent les badauds et les curieux qui vinrent en grand nombre voir les travaux, discutant, jugeant, tranchant, sur l'effet probable de la disposition du décor et sur le choix du nouvel emplacement. La police diligente recueillait les critiques et les réflexions des promeneurs, afin de renseigner le premier Consul, encore indécis sur l’état de l'esprit public : « Il y avait hier beaucoup de monde aux Champs-Élysées, signale une de ces notes, on y était attiré par les préparatifs de la fête qui sont approuvés de tous les citoyens, à l'exception d’une poignée de factieux qui tiennent toujours les mêmes propos sur les rentiers et les pensionnaires de l’État. » Le 23 messidor, le passage de Bonaparte dans l’avenue attire un concours de Parisiens encore plus nombreux : « La foule s’est portée hier aux Champs Élysées, et elle était beaucoup plus considérable que les jours précédents, écrit un policier. Les observations ont été faites avec soin et l’on n'a rien remarqué, rien entendu de contraire au bon ordre et à la tranquillité. On désire beaucoup que le temps ne contrarie pas les plaisirs que l'on se promet demain. Lorsque le premier Consul a traversé les Champs-Élysées, les citoyens ont témoigné la satisfaction par des applaudissements*. »
1. Archives de la Seine : Table des baux, 1791, Registre 293. 2. AucarD, Paris sous le Consulat, Paris, 1903, in-8, tome III, p. 398 et or.
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Après avoir acclamé le vainqueur de Marengo, les « citoyens s’'éparpillèrent autour des ouvriers. On les regarde dresser les six mâts de cocagne, installer les jeux de bague du Cours-la-Reine, fixer les poteaux pour les illuminations, garantir lesifs triangulaires chargés de godets par des bornes de bois, disposer les guirlandes de lanternes tout autour du Café des Ambassadeurs transformé en salle de valse’ ». Car tous les tenanciers des établissements de la promenade voulaient participer à la fête et s’attirer la clientèle. Ledoyen avait ajouté, aux chevaux de bois et au jeu de tonneau de son jardin, un théâtre de marionnettes. Dans le parc de l'Élysée, appelé alors le hameau de Chantilly, propriété de la société Howyn et Ci et administré par le glacier Velloni, on avait établi deux théâtres, une piste pour la danse de corde et planté un mai. La direction avait fait insérer dans les journaux l'annonce suivante :
À l’occasion de la fête, le hameau de Chantilly, ci-devant Élysée-Bourbon, a disposé son local de manière à pouvoir recevoir toute la nuit la bonne compagnie qui désirerait, après avoir joui des plaisirs de la fête, trouver un asile agréable et paisible pour se délasser. En conséquence, l’administration a l'honneur de prévenir le public qu’on trouvera au 14 juillet, jusqu’à la fin de la fête, un restaurant complet toute la nuit, ainsi que des ambigus depuis huit couverts jusqu’à quarante, du prix de six francs par tête et au-dessus, toutes sortes de glaces et de rafraichissements, café, thé, chocolat, punch, et généralement tout ce qu’on désirera.
Le jardin et les appartements seront bien éclairés, et tous les jeux seront en activité, ainsi que la danse dans le hameau et la course sur l’eau.
Le prix du billet d'entrée sera comme à l'ordinaire : 1 franc dont 15 sols en consommation ?.
Chacun apportait ainsi sa contribution gratuite ou intéressée pour donner à la fête tout l'attrait possible, et un programme officiel, signé Chaptal, fut publié spécialement. Il en règle tous les détails qu'on lira avec curiosité : |