COURONNEMENT DE L’ARC DE TRIOMPHE
que l’apothéose d’Auguste sur un Arc de Triomphe, ainsi que celle d’Adrien et de Germanicus dont il reste à Rome un grand bas-relief et plusieurs superbes camées à la Bibliothèque de Paris, peuvent appuyer le choix que j'ai fait préférablement au char et aux chevaux qui ont l’air de s’élancer dans le vide, et dont on a déjà une composition sur l’Arc du Carrousel.
Je serais très heureux, Monsieur le Ministre, si cette composition pouvait remplir le but qu ’on se propose en terminant l’Arc de Triomphe de l Étoile pour lequel
Je crois avoir toujours des drois que j’ai mérités et que votre bienveillance voudra bien me conserver.
Agréez, Monsieur le Ministre, les salutations très respectueuses de votre bien dévoué serviteur.
J. PRADIER, Le 16 mars 1852. Membre de l’Institut.
Il existe, sur le même sujet, une troisième lettre de Pradier, publiée dans l'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux (1893) et datée du 51 mai 1852. L'artiste sollicite toujours en faveur de son projet, mais cette fois c'est au Prince-Président qu’il s'adresse et sans apporter d'ailleurs aucun argument nouveau.
Ainsi nous voilà mieux renseignés sur l’allégorie napoléonienne que proposait Pradier et sur l’issue d’un concours demeuré mystérieux. Mais 1l faudra attendre la découverte de la maquette, ou la mise au jour d’un dessin, pour juger si le talent de l'artiste parvint à la hauteur de l’idée, assurément grandiose, de l’Apothéose de l'Empereur. Ces deux lettres expliquent aussi certains passages à mots couverts du Journal des Artistes et de L’Artiste. On remarquera tout ce qu'a d'ironique, à l'égard de M. Thiers, le mot impossible imprimé en italique.
Rien n’est encore décidé au sujet des projets présentés pour le couronnement de l'Arc de l'Étoile. On parle beaucoup d’un projet grandiose qui aurait été d’abord goûté par le Ministre et qu’on aurait fait écarter ensuite, à tort, comme impossible.
Journal des Artistes, 10 août 1834.
Des esquisses demandées à d’autres artistes furent soumises, sans aucune publicité, à un concours établi en famille dans le cabinet du ministre, et l’un des concurrents proposa d'entreprendre le travail du couronnement moyennant une somme de beaucoup inférieure à toutes les estimations. Depuis cet instant son sujet, composé d’une figure colossale de la France, étendant les bras au-dessus des figures de Mars et de Mercure, paraît avoir le plus de chance d’être préféré.
L’Artiste, juillet 1834.
Le projet grandiose est évidemment celui de Pradier; quant à l’autre, proposé au rabais, il semble bien être l’œuvie de Marochetti
et la description succincte qu'en donne L'’Artste est précieuse, car le thème en était inconnu. |
Le correspondant de l’/ntermédiaire demande quelle suite fut donnée à la réclamation de Pradier. La réponse est facile.
La troisième lettre, celle où il relançait le Prince-Président, est du 3r mai 1852; quelques jours plus tard, le 4 juin, l'artiste mourait à Bougival d’une attaque d’apoplexie.
Le catalogue de sa vente après décès contient cette mention :
N° 57. Couronnement de l’Arc de l'Étoile, y compris le moule en plâtre.
Il serait bien curieux de retrouver cette esquisse, de la replacer à son rang parmi beaucoup d’autres projets tous demeurés sans emploi.
S1 l'arc élevé à la gloire des armées impériales n'a pas connu, au cours d’un siècle, l’orgueil d’un couronnement triomphal, c'est que l'épopée guerrière s’estompait dans le passé, tarissant la source de l'inspiration. « Comme ces cathédrales, tant de fois séculaires, dont les tours attendent, de génération en génération, leur flèche hautaine, le solennel portique de l'Étoile se dressera dans les lointains avenirs, sublime et inachevé. »
Ces lignes sont de Louis de Fourcaud.
Les aurait-il écrites, aurait-il cru au monument inachevé pour toujours, s’il avait pu pressentir la moisson de gloire que réservait à la France l'héroïsme de ses enfants?
Ex-Libris de E. M. J. Lemoine