DEUX LETTRES INÉDITES DE PRADIER
Le projet de couronnement de J’Arc de Triomphe de l'Étoile, présenté par Pradier, en 1834, a été cité par Louis de Fourcaud dans son François Rude, et par Émile Le Senne, de glorieuse mémoire, au cours d'un important travail publié dans le Bulletin de notre Société.
Ces deux auteurs ont dû s’en tenir à une simple citation, faute d’une description, même sommaire, de l’allégorie monumentale imaginée par le célèbre sculpteur. Les archives sont muettes en effet et les journaux du temps sont sybillins, sans doute pour ne pas déplaire aux concurrents, non plus qu’à M. Thiers, ministre de l’Intérieur, bien qu'on les devine sourdement hostiles à son ingérence artistique.
Deux lettres autographes de Pradier, conservées à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie, fournissent des renseignements nouveaux sur les compétitions de 1834, et lèvent un coin du voile de l'énigme 1iconographique.
La première lettre, adressée par l'artiste au ministre de l'Intérieur, ne porte pas de date, mais elle doit être placée entre le mois de janvier de l’année 1852, époque à laquelle la question du couronnement de l'Arc de Triomphe est remise sur le tapis, et le 16 mars, date de
la seconde lettre où le sculpteur revient à la charge auprès du ministre.
Monsieur le Ministre,
À Je lis que le gouvernement va faire exécuter le couronnement de l’Arc de l'Étoile; permettez-moi d’avoir l'honneur de vous faire savoir qu’il y a eu un concours lorsque M. Thiers était ministre de l’Intérieur et que c’est à moi qu’a été accordé ce travail. Cette décision est dans les procès-verbaux de ce temps et vous pouvez, Monsieur le Ministre, vous en convaincre en les faisant rechercher dans les cartons. Ce travail serait terminé depuis longtemps si M. Thier (sic) qui l’a ajourné n’eut pas eu le désir injuste de le donner à M. Marocheti son ami, j'ai donc toujours droit à ce travail et je ne crois pas que personne m'ait surpassé depuis et ne l’ait mérité plus que moi.
J'ai l'espoir, Monsieur le Ministre, que votre bon goût et votre justice ne me privera pas de la palme qui m’a-été accordée par les artistes les plus recommandables, les Gérard, les Ingres, etc., etc., etc., composant la commission à ce sujet.
J'ai l'honneur d’être, Monsieur le Ministre, votre très respectueux serviteur.
J. PRADIER, Membre de l’Institut.
N. B. — Une de mes idées qui a semblé prévaloir était l’Apothéose de l’Empereur montant au ciel assis sur un aigle aux ailes déployées et laissant sur terre un trophée d’armes, de couronnes et de palmes.
Ce groupe original a produit grand effet et devait être fondu par morceaux en fonte de zinq. On devait remettre l'Empereur dans le char sur l’Arc du Carousel, par Lemot, auteur de ce couronnement en 1810. Cet exemple se trouve chez les anciens Romains dans l’apothéose d’Auguste enlevé par un aigle, sur un arc de - triomphe romain.
Notons en passant l'intérêt que présente la phrase touchant l’Arc du Carrousel: elle est obscure, mais vaut d'être méditée. Lemot, n'aurait donc pas exécuté seulement les figures accessoires accompagnant le quadrige et, contrairement à la thèse de Jal, le char triomphal aurait connu son impérial occupant.
Quoi qu'il en soit, Pradier fait mouler son esquisse et l’objet de la seconde lettre est d'informer le ministre de l'envoi d’une épreuve.
A Monsieur le Ministre de l'Intérieur.
Monsieur le Ministre,
Permettez-moi de vous offrir une épreuve de l’esquisse du projet de couronnement de l'Arc de l'Étoile qui a été mis au concours et jugé à mon avantage, le 11 juillet 1834, par un juri dont M. Thiers, ministre de l'Intérieur alors, était Président.
Cette composition dont les Romains nous ont donné plusieurs exemples : tels