‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 85 sur 186 · UN PORTRAIT INÉDIT · texte numérisé non relu

UN PORTRAIT INÉDIT

Voici un portrait inédit du comte d'Argental, dessiné sur la fin de sa vie. Il est tracé à la mine de plomb, le fond noirci au fusain. Le célèbre ami de Voltaire est présenté de profil. L'image est d’un grand caractère. On peut la comparer au très médiocre portrait que J. Defraine a fait du comte d’Argental, en forme de buste, sur la fin de sa vie également, et que J.-B. Fosseyeux a gravé en 1788 — l’année même où mourait son modèle. Peut-être a-t-1l fait cette gravure après sa mort, pour répandre un souvenir de lui. Nous avons acquis ce portrait au crayon du comte d’Argental, quelques mois avant la guerre. Il est publié ici pour la première fois.

Charles-Augustin de Ferriol, comte d’Argental, est resté célèbre par l'amitié de Voltaire et par la protection dont il a couvert les nouvellistes. Des nouvellistes il a été un des plus éminents patrons. On sait que les nouvellistes aimaient à se réunir aux Champs-Élysées : par là le comte d’Argental appartient à l'histoire du VIII arrondissement.

Charles-Augustin de Ferriol, comte d’Argental, naquit à Paris le 20 décembre 1700, d'Augustin de Ferriol, premier président au Parlement de Metz, et de Marie-Angélique Guérin de Tencin, sœur aînée du cardinal. Le frère du comte d’Argental, le comte de Pont de Veyle, a passé pour l’un des hommes les plus spirituels du xvim° siècle. Par sa mère il se trouvait neveu de la fameuse Madame de Tencin.

En 1707, d'Argental entra au collège Louis-le-Grand avec son frère Pont de Veyle : les deux enfants y eurent pour camarade le jeune Arouet, qui serait un jour Voltaire. Là se forma, sur les bancs de la classe, une amitié qui ne devait s’éteindre qu'avec la mort.

Le comte de Ferriol destinait son fils Charles-Augustin à la carrière militaire; mais une charge de conseiller au Parlement de Paris, à laquelle son frère avait renoncé, se trouvant vacante, pour ne pas la laisser sortir de la famille, Argental l’accepta.

En 1721, le comte Charles-Augustin d'Argental fut donc nommé conseiller à la quatrième des Enquêtes : il conserva cette charge jusqu'en 1759, année où 1l la céda à l'abbé de Chauvelin, ayant luimême été choisi pour représenter, auprès du roi de France, l'infant duc de Parme, avec le titre de ministre plénipotentiaire. [1 succédait dans cette place au comte de Stainville, par la faveur de Choiseul.

S'il est vrai que ces fonctions diplomatiques, pourvues d'un traitement annuel de 20000 livres, ne fussent pas entièrement une sinécure, du moins il ne s’en fallait pas de beaucoup. On a quelques lettres écrites par le comte d’Argental en qualité de représentant du duc de Parme : l'une, entre autres, du 27 mai 17959, par laquelle il autorise, au nom de son maître, le sculpteur Laurent Guiard — un artiste de génie, assure-t-il, — à travailler pour la Cour de Saxe- Gotha, bien qu'il fût sculpteur attitré de la Cour de Parme.

À propos de sculpture, on sait que d’Argental possédait les bustes des douze Césars. Il les attribuait au Bernin. Il s’imagina de les vendre, et son ami l'abbé Prévost leur fit une magnifique réclame. dans sa gazette poétique, le Pour et le Contre. Voltaire, pour obliger son ami, poussait Frédéric IT à les acheter, quand M. de Knobelsdorf, gentilhomme du roi de Prusse, et bon connaisseur, paraît-il, déclara que les bustes n'étaient pas l’œuvre du sculpteur italien. Alors Frédéric renonça à l'acquisition : on ne sait ce que les bustes sont devenus.

C'est en 1737 que le comte d’Argental avait épousé Jeanne Bosc du Bouchet, une femme vive, active, avec une petite tête d'homme

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